Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2

Part 18

Chapter 183,438 wordsPublic domain

FIOU. Terme d'écolier, qui équivaut à: Fini, achevé, terminé. _C'est fiou; voilà qui est fiou; fiou tâche et ouvrage!_

FIOÛLER et FIULER, v. a. Fioler, boire à longs traits, siroter. _Ils fioûlèrent toute la nuit. En un clin d'œil les quatre bouteilles furent fioûlées._

FIOÛLEUR, s. m. Fioleur, buveur intrépide.

FITRIPIS ou FITREPIS, s. m. pl. (_s_ muet.) Chiffons, vieilles nippes. _Un tas de fitripis; un tiroir plein de fitrepis._

FIXER QUELQU'UN. Le regarder fixement. _Je t'ai longtemps fixée, Augustine, sans te reconnaître._ Cette expression, blâmée de tous les grammairiens, a eu récemment pour avocat Mr Bescherelle aîné, dans son _Dictionnaire National_: ouvrage d'ailleurs très-remarquable, mais où la plupart des barbarismes de la langue ont trouvé asile et protection.

FLAIRER, v. n. _Ce réséda flaire comme baume._ Dites: Ce réséda fleure comme baume. Flairer est un verbe actif. («Flairer un bouquet.») Fleurer est un verbe neutre.

FLAÎRON, s. m. Enfant qui se fait soigner à l'excès, enfant gâté et pleurard. Le portrait du _Flaîron_ a été tracé par Mr J.-F. CHAPONNIÈRE, dans l'_Album de la Suisse romane_, t. Ier.

FLAÎRONNER, v. a. Gâter un enfant, le dorloter, le choyer. _Juliette aime à se faire flaîronner._

FLAMBANT, ANTE, adj. (fig.) Brillant, éclatant, myrobolant. _Un repas flambant; un discours flambant; un habit flambant; une toilette flambante._ Expression heureuse, qui n'a pas d'équivalent exact dans la langue des dictionnaires.

FLAMBÉE, s. fém. Feu clair, vif et qui n'est fait que pour un instant. _Allons! vite une flambée et nous partons. Cette petite flambée nous avait tout ragaillardis._ Terme berrichon, normand, picard, etc.

† FLAMBOISE, s. f. Framboise. _Confiture aux flamboises._ Terme lyonnais et méridional. En rouchi on dit: _Flambesse_.

FLAMMER, v. n. Flamber, jeter ou donner de la flamme. _Ce feu ne veut pas flammer._ Terme suisse-roman, etc. Dans le _Roman de la Rose_, _flammant_ signifie: Flamboyant.

FLÂNÉE, s. f. Rossée, _fouettée_ à coups de verges.

FLÂNER, v. a. Donner, appliquer, sangler, flanquer. _Flâner une volée. Elle lui flâna un soufflet. Se flâner_, v. pron. se donner. _Se flâner un verre de vin sur la conscience._

FLANQUER (SE), v. pron. Ne se dit qu'en mauvaise part, et signifie: Commencer à, se mettre à. _Au lieu de répondre à ton professeur, tu te flanques à rire. Nos deux nigauds ne font ni un ni deux, ils se flanquent à table les premiers._ «Flanquer,» terme français populaire, signifie: Lancer, jeter brusquement. «Flanquer un coup de poing. Se flanquer dans la boue.» [ACAD.]

FLAPPE, adj. Signifie: 1º Flétri, fané, blet, pourri; 2º Flasque, mou, lâche. _Une poire flappe, une rave flappe._ Terme fort connu de nos campagnards et de ceux du canton de Vaud.

FLAPPET, ETTE, adj. Diminutif de _flappe_. Dans ces deux mots la lettre _l_ étant mouillée, forme une onomatopée.

FLAQUE, adj. Mou, sans vigueur, sans ressort. Se dit des personnes et des choses. _Flaque_, dans le dialecte rouchi, signifie: Poltron. _S'aflaqui_, dans le patois languedocien, signifie: Devenir lâche, s'amollir.

FLÂR, s. m. Senteur, odeur, vapeur. _Le flâr du rôti. Le flâr d'un estaminet. Il venait de cette allée un flâr empesté._ En vieux français, _flâreur_, s. f., a le même sens.

FLASQUE, s. fém. Poire à poudre, sorte de bouteille pour mettre soit la grenaille, soit la poudre. _Une flasque en peau. Une flasque en corne._ Terme suisse-roman, savoisien, méridional et vieux français. On disait anciennement: _Flascon_ pour «Flacon.»

FLATIBOLAGE, s. m. Action de _flatiboler_. Voyez ce mot.

FLATIBOLER, v. a. Flatter, cajoler, enjôler. _Rusé que tu es, après nous avoir fait endêver toute la semaine, tu viens le samedi soir nous flatiboler._ Expression charmante, connue dans le canton de Vaud, et peut-être ailleurs.

FLATIBOLEUR, s. m. Flatteur, cajoleur, enjôleur, patelin. _Petit flatiboleur, je vois assez clairement où tu en veux venir._

FLAU, s. m. Prononciation vicieuse du mot Fléau (instrument à battre le blé), lequel mot forme deux syllabes. La prononciation _flau_ se retrouve à Lyon, en Dauphiné, dans le Limousin, et ailleurs.

FLÉCHON, s. m. Petite flèche pour l'arbalète.

FLEGME (UNE). _Une flegme épaisse._ Ce mot est du genre masculin. «Un flegme épais.»

FLEUME ou FLEMME, s. m. Flegme, pituite, glaire. _Rejeter des fleumes._ Terme picard et vieux français. A Paris le peuple dit: _Flume_.

FLEUR DE PÊCHE, s. f. Fleur de pêcher. L'expression _Eau de fleur d'orange_ se trouve dans le dictionnaire de l'Académie, t. II, p. 730, au mot «Sentir.»

FLEURIER, s. m. Drap de toile forte qu'on étend sous la table pendant le repas. _Mettre le fleurier. Ôter le fleurier. Secouer le fleurier._ Terme vaudois. A Chambéry on dit: _Florier_. Dans le Jura on appelle _fleurier_ une pièce de grosse toile qu'on met sur la lessive pour contenir les cendres. Cette même toile s'appelle en Dauphiné et dans tout le Midi: _Flourier_; en français, «Charrier.»

† FLEUTRE, s. m. _Chapeau de fleutre._ Dites: «Feutre.»

FLIBUSTER, v. a. Tromper.

FLIGEAU ou FLIGEOT, adj. masc. Ne se dit que des personnes et signifie: 1º Dupé, trompé, floué; 2º Flambé, perdu. _Il se retira tout fligeau. Je vois bien qu'ils m'ont mis dedans et que je suis fligeau._ On dit aussi: _Figeau_.

FLON, s. m. Flan, tarte faite avec des œufs, du sucre et de la crème. Terme français populaire. _Flan_ s'écrivait autrefois _flaon_, que les uns prononçaient _flon_, et les autres _flan_, comme nous prononçons _ton_ et _tan_ le mot «Taon.»

FLORIN, s. m. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui a fait une mauvaise spéculation commerciale ou autre: _Il a fait de son florin cinq sous_. (Le _florin_ de Genève, aboli depuis quelques années, valait quarante-six centimes.) L'expression française proverbiale est celle-ci: «Il a fait de cent sous quatre livres, et de quatre livres rien.» [ACAD.]

FLOTTE, s. f. Écheveau. _Flotte de fil; flotte de soie; flotte de chanvre._ Terme vaudois et méridional.

FLÛTE, s. f. L'Académie dit: «Ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour.» Nous disons à Genève: _Ce qui vient par la flûte s'en va par le tambour_; et l'on trouve ce proverbe exprimé de la même manière dans le _Dictionnaire des Proverbes_ de LE ROUX [Lyon, 1735].

FOIE, s. m. Nous disons d'un homme bizarre, original, et qui ne fait rien comme les autres: _Il a le foie blanc_.

FOIN, s. m. Nous disons proverbialement: _Année de foin, année de rien_; ce qui veut dire que les années pluvieuses ne sont pas, dans notre pays, favorables à l'ensemble des récoltes.

FOIS (LA). _La fois que tu es venu me voir; la fois que nous voyageâmes ensemble_, etc. Ces phrases ne sont pas correctes. Il faut dire: «Le jour que tu es venu me voir,» ou il faut chercher une tournure différente.

FOIS (DES). Locution adverbiale qui signifie: 1º Quelquefois, de temps à autre; 2º D'aventure, par hasard. _Je suis des fois obligé de me fâcher. Que me voulez-vous, brave femme?--Oh là, Madame, on m'envoye vers ces dames, pour si des fois elles avaient occasion de fil ou de chevillères._ Français populaire.

FOLACHE, s. f. Femme bizarre, singulière, extravagante, femme qui a le timbre un peu fêlé. _Laissons cette folache, et partons._ _Folache_ est aussi adjectif. _Convenez que votre amie est tant soit peu folache._

FOLÂTRE (UN). Un homme qui a des singularités, des bizarreries choquantes. _Ce folâtre ne va-t-il pas lui-même acheter son beurre et ses œufs au marché?_ En français, «Folâtre» a un autre sens.

FOLIU ou FOLLIU, s. m. (_ll_ mouillés.) Le _foliu_ est une réjouissance que font les petits bouviers ou _bovairons_ le premier dimanche de mai. L'un se couvre le buste d'une enveloppe de feuillage garnie de fleurs et de rubans, et va avec quelques camarades faire la quête chez les particuliers, dont les uns donnent de l'argent, les autres du pain, ceux-ci du vin, ceux-là de la farine, des œufs ou des fruits. Ces jeunes gens s'amusent le reste de la journée à friper le produit de leur quête. [P. G.] En patois, _foliu_ signifie: «Garni de feuilles.» On disait en vieux français: _Foillu_.

FONCÉ, ÉE, adj. Entièrement plein. _Un cuvier foncé._

FOND, s. m. Nous disons: _Un fond d'artichaut_. Dans quelques provinces de France on dit: _Un portefeuille d'artichaut_. Les dictionnaires disent: «Un cul d'artichaut.»

FOND, s. m. Ampleur. _Cette culotte manque de fond. Ce caleçon a trop de fond._ Terme méridional, etc.

FOND, s. m. Terme de baigneur. Endroit où l'eau arrive au-dessus des épaules du baigneur. _Prendre son fond. Avoir son fond. Nager plus loin que son fond._

FONDRAILLONS, s. m. pl. Fondrilles, effondrilles, résidu, dépôt, sédiment. Terme suisse-roman.

FONFONNER, v. a. Remplir à tel point une tasse, une écuelle, un pot plein, que le liquide s'en répand par les bords.

FORT, adv. _La voiture allait très-fort._ Dites: La voiture allait très-vite, très-rapidement.

FORT, adv. _Je sais fort_, signifie: Qu'en sais-je? Le sais-je moi-même? Comment le pourrais-je savoir? _Sais-tu, Nicolette, si tu auras la permission de sortir dimanche?--Je sais fort: notre bourgeoise est si quinteuse._ Cette expression, _Je sais fort_, marque le plus souvent un doute désagréable, et s'emploie quand on est de mauvaise humeur.

FORTUNE (LA BONNE). _Se faire dire la bonne fortune_, signifie: Se faire dire la bonne aventure.

FORTUNÉ, NÉE, adj. Beaucoup de personnes, dans tous les pays où l'on parle français, croient que l'adjectif _fortuné_ signifie: Riche, opulent. _Vous pouvez faire cette dépense, vous autres qui êtes fortunés. Si j'étais fortuné, je m'achèterais une campagne et j'y vivrais._ Ce sens du mot _fortuné_ n'est pas français. Ouvrez les dictionnaires, et vous verrez que «fortuné» signifie: Heureux, qui a du bonheur. On peut être fortuné et n'être pas riche.

FOSSOYEUR, s. m. Ouvrier qui fossoie. En français «fossoyeur» ne se dit que de celui qui creuse les fosses pour les morts.

FOU (DE). Nous disons: _Un mal de tête de fou. Le nouveau roman de George Sand a obtenu un succès de fou. Ce petit volume nous a coûté un argent de fou_, etc. Il faut dire: Un mal de tête fou; un succès fou; un argent fou, c'est-à-dire: Excessif, prodigieux. Cette faute, si fréquente à Genève, n'est signalée nulle part.

FOUDRES, s. m. pl. _Faire les foudres._ Se mettre dans une extrême colère, s'emporter jusqu'à la rage. _Tu es bien agitée, Janneton?--On le serait à moins. J'ai eu le malheur de payer une tomme 20 centimes au lieu de 18, et voilà que notre maîtresse m'agonise et fait les foudres._

FOUETTE, s. f. Terme de pêcheur. Sorte de ligne. _Pêcher à la fouette._

FOUETTE ou FOUATTE, s. f. Terme de tir. Sorte de baguette dont le _cibarre_ (ou marqueur) se sert pour signaler et montrer les coups au fur et à mesure qu'ils se font.

FOUETTÉE (UNE). _Mériter la fouettée. Donner, appliquer une fouettée à un enfant. Recevoir la fouettée._ L'Académie dit: «Une fessée.»

FOUETTER, v. a. (fig.) Terme de tir. Se dit du marqueur ou _cibarre_, et signifie: Indiquer par un signe convenu que le coup du tireur n'a pas touché la cible. _Un coup fouetté_, est un coup perdu, un coup qui n'a pas touché la cible. _Sur six coups, Walter en a eu quatre de fouettés._

FOUGNER, v. a. Fouiller. _Les gabeloux négligèrent de nous fougner._

FOUINE, s. f. Coïncidence de rayons du soleil avec la pluie.

FOUINER, v. n. et act. Fouiller, fureter comme une _fouine_. _Il va fouinant partout. Que fouines-tu là? Quand cesseras-tu de fouiner dans cette dépense?_ Terme valaisan, savoisien et limousin. Dans les dialectes de la France septentrionale, _fouiner_ signifie: Fuir comme une fouine.

FOUINET ou FOUINEUR, s. m. Furet, fureteur. _C'est un fouinet, qui fourre son nez où il n'a que faire._

FOUR, s. m. Nous disons: _Faire au four_. On dit en français: Cuire au four. _Les boulangers ne font pas au four le jour de Noël._ Expression suisse-romane et gasconne.

FOUR, s. m. _Commander au four._ Retenir place au four.

FOUR, s. m. Le proverbe: _On ne peut pas être à la fois au four et au moulin_, proverbe si connu chez nous, n'est pas dans les dictionnaires usuels; mais le vieux _Dictionnaire français-anglais_ de COTGRAVE en fait mention.

FOURCHU, CHUE, adj. _Pied fourchu._ Pied fourché, pied fendu.

FOURGOUNER, v. a. Fourgonner, remuer la braise, tisonner.

† FOURMI (UN). Une fourmi. Dans le Berry et ailleurs, les campagnards font aussi ce mot masculin.

FOURNEAU, s. m. _Se chauffer à un fourneau. Plusieurs personnes préfèrent les fourneaux aux cheminées._ Ce que nous appelons _fourneau_ s'appelle en France «Poêle.» Le mot «Fourneau» est français dans un autre sens.

FOURRE, s. f. Fourreau, taie, têt. _Une fourre d'oreiller. Une fourre de parapluie. La fourre du canapé._ Terme suisse-roman. Dans le patois du Faucigny, _fó-ră_ (_fourre_) signifie: Bogue, enveloppe épineuse de la châtaigne.

FOUSSOIR, s. m. Fossoir, houe.

FOUSSOYER, s. m. Fossoyer, labourer au hoyau.

FRACTION, s. f. Effraction. _Un vol avec fraction._ Terme languedocien.

FRAIDIEU, s. f. Nom que les bateliers du lac de Genève donnent au vent quand il fraîchit ou qu'il devient plus fort. [P. G.]

FRANC, CHE, adj. _Être franc comme l'or. Il est franc comme l'or_, se dit de quelqu'un d'honnête, de probe, de loyal. Expression languedocienne, etc.

FRANC DE COLLIER. _Cheval franc de collier._ Dites: Cheval franc DU collier. Au sens figuré: «Être franc DU collier,» signifie: Suivre toujours la ligne du devoir et de l'honneur. [ACAD.]

FRANCHIPANE, s. f. Frangipane.

FRANCHIR, v. a. Affranchir, couper, tailler. _Franchir l'extrémité d'une branche; franchir les racines d'un arbuste avant de le replanter._ Terme des campagnards et des ouvriers.

FRANCILLON (UN). Un Français. Terme de dénigrement, créé vers la fin du dix-septième siècle, lorsque, à la révocation de l'Édit de Nantes, un très-grand nombre de familles françaises se réfugièrent dans notre ville et y exercèrent leur industrie, aux dépens et au grand déplaisir de quelques artisans nationaux. Une chanson composée à cette époque, et que nous avons sous les yeux, témoigne de cette mauvaise disposition des fabricants genevois.

FRAUDÉ, DÉE, part. _Du vin fraudé; de l'eau-de-vie fraudée._ Ce sens très-répandu du verbe «Frauder» n'est pas dans les dictionnaires. L'expression française est: «Frelater.» Vin frelaté. Eau-de-vie frelatée.

FREGALE, s. f. Rondin de bois à brûler.

FREGALON, s. m. Grosse bûche ronde.

FRELOQUE, s. f. Caprice, boutade, lubie. _Il lui prit une freloque, et il nous planta là._

FRELORE, adj. Perdu. _Voilà mon argent frelore. Me voilà frelore._ R. allem. _verloren_.

FRENÉSIE, s. f. Écrivez et prononcez «Frénésie.»

FREPPE, s. f. Frette, lien de fer qui retient le moyeu de la roue.

FRÉQUENTATION, s. f. Cour honnête et avouée que reçoit une jeune ouvrière ou une domestique, et qui doit aboutir au mariage. _Avoir une fréquentation._ Expression consacrée.

FRÉQUENTER, v. n. Dans le langage des ouvrières et des domestiques, ce mot se prend en bonne part et signifie: Recevoir la cour d'un jeune homme, avoir un bon ami. _Elle n'est pas encore mariée, elle fréquente._

FRÉSURE, s. f. Terme de boucherie. Fressure.

FRÊTE, s. f. Faîtage, crête. _La frête d'un toit; la frête d'une montagne._ «En suivant la frête de la montagne noire, etc.» [DE SAUSSURE, _Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 500.] Terme suisse-roman et savoisien. Dans l'évêché de Bâle on dit: _Le frête_. Dans le dialecte rouchi, _frête_ signifie: Élévation le long d'un fossé qui borde un champ.

FRICASSER, v. neutre. Avoir excessivement chaud. _Touche voir mes mains, comme je fricasse. On fricasse dans cette chambre vers ce fourneau._ Terme suisse-roman.

FRICASSER (SE)., v. pron. Se brûler involontairement une partie du corps. _La pauvre Drion s'est toute fricassée en fondant son beurre._

FRIGOUSSE (LA). Le fricot, la bonne chère. _Faire la frigousse. La femme N** entend bien la frigousse; c'est une bonne_ FRIGOUSSEUSE. Terme français populaire.

FRILIEUX, EUSE, adj. Frileux, qui est sensible au froid. Faute générale qui nous vient du vieux français, où ce mot s'écrivait _Frilleux_ (_ll_ mouillés).

FRINGALLE, s. f. Faim-valle, appétit dévorant. _Avoir la fringalle._ Terme français populaire.

FRISQUIN (LE). Le frusquin, le saint-frusquin, l'avoir d'une personne, le petit argent qu'elle a épargné. _Il a gaspillé tout son frisquin, tout son saint-frisquin._ Terme français populaire.

FRITIÈRE, s. f. Voyez FRUITIÈRE.

† FROID (LA). _Endurer la froid._ Solécisme très-répandu en Suisse et en France.

FROID (PRENDRE). Être surpris par le froid, avoir un refroidissement. _Ôte-toi de cette fenêtre, tu prendras froid._ Cette expression, si familière en Suisse, n'est pas inconnue en France, mais elle n'a l'autorité d'aucun dictionnaire usuel.

FROISSURE, s. f. _Froissure de chevreau._ Terme suisse-roman et savoisien. On dit en français: «Fressure.»

FROMENT ou FROUMAIN. Terme des campagnards. Bœuf dont le poil est d'un rouge tendre comme le _froment_. _Zouli, Froment!_ sont des dénominations aussi usitées en Savoie et dans le Jura que chez nous.

FRONCER, v. neutre. Terme de modiste. Goder, faire des faux plis. _Cette robe fronçait; cette manche fronce encore._ «Froncer,» v. actif, est français.

FRONÇURE, s. f. Le mot véritable est: «Froncis.»

FROUILLE, s. f. Tricherie, fraude au jeu.

FROUILLER, v. n. Tromper au jeu, tricher. _Si tu frouilles encore une fois, je ne joue plus._ Terme suisse-roman.

FROUILLERIE, s. f. Tricherie, fraude au jeu.

FROUILLEUR ou FROUILLON, s. m. Tricheur.

FROÛLER (SE), v. pron. Se frôler, se frotter.

† FROUMILIÈRE, s. f. _Détruire une froumilière._ Dites: «Fourmilière.» Dans le Berry on dit: _Froumi_ pour: «fourmi;» en vieux français, _fromi_; à Reims, _freumi_, et dans notre patois, _fremi_.

FRUIT, s. m. _Manger un fruit. Mangeriez-vous un fruit?_ Cette locution n'est pas admise. L'Académie et les grammairiens veulent qu'on dise: Manger DU fruit, ou qu'on spécifie le fruit dont il est question. «Mangeriez-vous une pêche? Mangeriez-vous un abricot?»

FRUITE, s. f. Terme des campagnards. Cidre, vin de fruit. _Faire la fruite._

FRUITIER, s. m. Fromager, celui qui fait le beurre et le fromage dans les _fruitières_. Terme suisse-roman et franc-comtois.

FRUITIÈRE, s. f. Fromagerie, laiterie, établissement où l'on fait le beurre et le fromage.

FUMERIE, s. f. Habitude de fumer du tabac, habitude de beaucoup fumer. _Crois-moi, Gustave, renonce à la fumerie. La fumerie prend chaque jour plus d'extension._

FUMET, s. m. Fumeron. _Prenez mon chauffe-pied, Fanchon, et ôtez-en le fumet._ Terme vaudois, neuchâtelois et savoisien. On dit en Lorraine: _Un fumant_.

FUMETERRE (LE). Plante très-commune dans les champs. Ce mot est du genre féminin. «Une fumeterre.»

FUMIER, s. m. (fig.) Vieille chose, objet de rebut et qui embarrasse dans une maison. _À notre prochain déménagement nous nous débarrasserons de tous nos fumiers._

FUR ET MESURE (AU). _Travaillez sans crainte, on vous payera au fur et mesure._ Il faut dire, selon les dictionnaires: «Au fur et à mesure,» ou bien: «À fur et mesure,» ou: «À fur et à mesure.»

FURON (LE). Le furet, amusement de société, qui consiste à se passer l'un à l'autre un objet, une clef, par exemple, avec assez de rapidité et d'adresse pour que cet objet échappe à la personne qui doit le saisir. _Faire au furon. Jouer au furon._ «Il a passé par ici, le _furon_ du bois, Mesdames; il a passé par ici, le _furon_ du bois joli.» Ces rimes se chantent pendant que le _furon_ circule entre les joueurs. Le nom français de ce jeu est: «Jeu de la savatte.»

FUSÉ, SÉE, adj. Se dit surtout du bois qui est vieux et vermoulu. _Poutre fusée. Sapin fusé._ On appelle _linge fusé_, celui que l'humidité, ou le soleil, ou le laps du temps ont endommagé. _Un rideau fusé._

FUSÉES, s. f. pl. (fig.) _Faire des fusées._ Vomir. Dans le langage parisien populaire on dit: _Jeter des fusées_. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_, t. II.]

FUSER (SE), v. pron. Se dit des personnes, et signifie: Tomber en langueur, se consumer, dépérir. _Depuis la mort de son enfant, cette jeune dame est inconsolable; elle ne dort plus, elle ne mange plus, elle se fuse._ Ce verbe s'emploie aussi à l'actif: _La jeune Éléonore a un esprit ardent et une imagination qui la fusent_. Expressions remarquables, inconnues aux dictionnaires.

FUSTE, s. f. Sorte de tonneau. Terme suisse-roman et savoisien. En provençal _fusto_, et en vieux français _fust_, signifient: Pièce de bois de charpenterie. De ce mot _fust_ s'est formé le vieux mot de _fusterie_, qui veut dire: Chantier, atelier de charpenterie. Une de nos principales places publiques s'appelle _Place de la Fusterie_.

FUSTIER, s. m. Marchand de planches, de chaux et de gypse. Terme vieux français. Dans le midi de la France, _fustier_ signifie: «Charpentier.»

G

† GABINET, s. m. _Un gabinet sur le devant. Un gabinet à six fenêtres_, etc. Terme vieux français. On dit aujourd'hui: «Cabinet.»

GABIOLON, s. m. Cabinet borgne, petit _gabion_. [P. G.]

GABION, s. m. Bouge, cabinet qui sert de galetas. _Loger dans un gabion._ En languedocien, _gabio_ veut dire: Une cage. En provençal, _gabiolo_ signifie: Prison, maison de détention.

GÂCHE, s. f. Foin qui a crû dans un pré gâcheux.

GADIN, s. m. Layette; c'est-à-dire: Linge, langes, maillot et tout ce qui est à l'usage d'un enfant nouveau-né. _Faire le gadin. Donner le gadin._ Expression consacrée.

GADROUILLAGE, s. m. Action de _gadrouiller_, ou résultat de cette action. _Faire un gadrouillage; faire des gadrouillages._

GADROUILLE, s. f. Mauvaise sauce, mauvaise boisson. _Ce n'est pas de la soupe que vous nous donnez là: c'est une gadrouille, c'est de la gadrouille._ Terme suisse-roman.

GADROUILLER, v. n. Se dit ordinairement des enfants, et signifie: Tripoter avec de l'eau, agiter sans précaution ou salement de l'eau avec les mains. _Les deux petites filles trouvèrent la seille pleine, et se mirent à gadrouiller._ Terme suisse-roman. Dans le dialecte rouchi on dit: _Gadouiller_; à Lyon, _gabouiller_.

GADROUILLON, ONNE, subst. Celui ou celle qui _gadrouille_.

GAFOUILLER, v. a. et n. Tacher avec de l'eau sale, salir. Se dit surtout des petits garçons et des petites filles. _On t'avait mis ce matin un tablier propre, Elisabeth, et le voilà gafouillé._ Au sens réfléchi, _se gafouiller_, signifie: Se salir en tripotant avec de l'eau malpropre; en provençal, _gaffouya_, barboter dans l'eau comme font les canards.

GAGE, s. m. _Le gage d'une domestique, le gage d'un cocher. Augmenter le gage d'un commis._ Pris dans cette acception, _gage_ ne s'emploie qu'au pluriel: «Payer les gages, diminuer les gages.»

GAGER, s. m. Fripier.

GAGÈRE, s. f. _La gagère fera l'estime des meubles._ Terme vaudois et savoisien. On dit en français: «Fripière.»

GAGNER, v. a. _Mr R** gagne d'être connu._ Dites: Mr R** gagne À être connu. [_Acad._]