Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 19
GAGNER À SON AVANTAGE. _À mesure que notre petite Alexandrine grandit, elle gagne beaucoup à son avantage._ Gagne-t-on à son désavantage?
GAGUI, s. f. Femme ou fille éhontée, dont la mise annonce le désordre et la crapule. _Une dégoûtante gagui._ Terme vaudois et neuchâtelois. Dans le vieux français, _gagui_ ou _gaguie_ se disait d'une grosse femme, fraîche et enjouée.
GAI, GAIE, adj. Se dit figurément d'une chose qui est au large dans sa place, dans son lieu. _Cette vis est trop gaie, trop libre, elle ne tient pas. Ma tabatière était trop gaie, elle s'est ouverte dans ma poche. Cette nourrice a le lait gai._ Terme dauphinois, lorrain, etc., qui n'a point d'équivalent exact en français. Le dictionnaire de Trévoux [1721] avait relevé ce sens, qui a été abandonné à tort par la plupart des lexicographes subséquents. Laveaux l'a recueilli, mais il ne le donne que comme terme de marine: Un mât libre.
GAIEMENT, adv. (Au sens figuré.) _Cette vis entre trop gaiement_, c'est-à-dire: Elle est trop libre, elle ne serre pas assez.
GAILLEMÂFRER, v. a. Bâfrer, dissiper en excès de table.
GAILLEPAN, s. m. Mauvais drôle, chenapan, bandit, vagabond. En Normandie, on dit: _Galapian_; dans le Berry et en Picardie, _gaillepat_; dans le bas Limousin, _golopian_, etc.
GALAMAR, s. m. Écritoire. Voyez CALAMAR.
GALANCER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se balancer.
GALANDAGE, s. m. Cloison hourdée, cloison faite de bois et de gypse. _Ce n'est pas un mur, c'est un simple galandage. Deux coups de hache ont suffi pour enfoncer le galandage._ Terme lyonnais. En Franche-Comté on dit: _Galandure_. Dans le canton de Vaud, _un galandage_ est une cloison en briques.
GALAVARDE, s. f. Petite fille qui aime à courir avec les garçons, ou qui en imite les manières. _Faire la galavarde._ Dans le midi de la France, _galavard_ signifie: Goulu, goinfre, gouliafre; dans le vieux français il signifie: Gros réjoui, homme sans souci, vaurien.
GALAVARDER, v. n. Se dit des petites filles, et signifie: Garçonner, imiter les ébats des garçons, faire des jeux de garçons.
GALÈRE, s. f. Tombereau dont se servent les maçons et qu'ils traînent eux-mêmes. _Tirer la galère; transporter du mortier dans la galère._
GALETAS, s. m. Ce mot ne signifie pas: Grenier; il signifie: 1º Logement pratiqué sous les combles; 2º Logement pauvre et mal en ordre. [ACAD.]
GALIAUFRE, subst. des 2 genres. Gouliafre, goinfre, glouton. En vieux français, _galiofe_.
GALIAUFRER, v. n. S'empiffrer, bâfrer, manger avidement et malproprement.
GALIET, s. m. Caille-lait, sorte de plante.
GALIMAUFRÉE, s. f. Galimafrée, fricassée composée de restes de viandes.
GALOP, s. m. Algarade, forte réprimande. _Donner un galop; recevoir un galop; il a eu son galop._ Français populaire.
GAMBÉE, s. f. _D'une gambée on le vit franchir le ruisseau._ Nos campagnards disent: _Une écambée. Faire une écambée_. Dans le canton de Vaud, _cambée_; en Dauphiné, _jambée_. Le mot français est: «Enjambée.»
GAMBER, v. a. _Gamber un fossé._ Le mot français est: Enjamber. Nos campagnards disent: _Écamber. Écamber une gouille_. Dans le canton de Vaud, _camber_. En vieux français, _gambe_ ou _cambe_ se disaient pour: «Jambe.»
GAMBION, s. m. Celui qui est contrefait des jambes, celui qui boite en marchant; bancroche. On dit à Lyon: _Gambille_; dans le Jura, en Bourgogne et dans le Berry, _gambi_; en Picardie, _gambète_. Dans le dialecte provençal, _bouès gambi_ signifie: «Bois tortu.»
GAMBIROLET, ETTE, s. et adj. Bancroche, qui a les jambes arquées. En languedocien on dit: _Gambèrlié_.
GANDIN, s. m. Tapage, grand tapage, scandale. _Dis voir, Bosson, quel gandin il y a eu cette nuit dans la montée._
GANDOISES, s. f. pl. Fariboles, sornettes, gravelures, fleurettes. _Dire des gandoises; conter des gandoises._ Terme suisse-roman, savoisien et méridional.
GANDROUILLE, s. f. Personne malpropre; sale cuisinière. [P. G.]
GANGALER, v. n. Trimbaler, balancer dans ses bras. [P. G.]
GANGANER (SE), v. pron. Se suspendre, grimper pour atteindre à quelque chose. _N'allez pas vous ganganer là-haut._
GANGUILLER, v. n. Pendre, être pendu, se pendre. Se dit des personnes et des choses. _Il faudra couper ces branches qui ganguillent. Une affreuse pannosse ganguillait à la croisée. Ne te ganguille pas à cette échelle, Pauline, tu pourrais tomber._
GANGUILLES, s. f. pl. Guenilles ou lambeaux qui pendent. _Une robe en ganguilles._
† GANIF, s. m. Canif. _Tout en flânant darnier le Rhône, je trouva un beau ganif à six lames._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois, dauphinois, bordelais, parisien populaire et vieux français.
GÂPÉE, s. f. Trotte, longue course. _Faire une gâpée._
† GÂPER, v. n. Faire une longue trotte, arpenter beaucoup de terrain. _Nos gamins se dépêchèrent de voler des noix et gâpèrent à travers champs._ Terme trivial.
GÂPION ou GÂPIAN, s. m. Terme de dénigrement par lequel on désigne les Employés subalternes des douanes, de l'octroi et de la police. _Il se prit de querelle avec les gâpions._ Terme vaudois, savoisien, limousin, etc. En provençal et en languedocien: _Gâbian_.
GARAUDE, s. f. Mauvaise poupée, et, figurément, femme ou fille de mœurs relâchées. Terme vaudois. En vieux français, _caraulde_ signifie: Vieille sorcière. Dans le patois de l'Isère, _garaudié_ veut dire: Chenapan, maraud; dans le Berry, _garaud_, Celui qui ne marche pas d'aplomb.
GARAUDER, v. a. Manier sans soin ou brusquement, maltraiter. _Garauder une poupée. Ne lui donnez pas cet enfant à garauder._
GARÇON, s. m. _Le garçon à David s'est enrôlé. Notre garçon vient d'être placé dans la Fabrique._ Dites: Le fils de David, etc.
GARDE-PAILLE, s. m. Paillasse. _Garnir un garde-paille._ Terme suisse-roman, savoisien, parisien populaire, etc.
† GARDE-ROBE (UN). _Un petit garde-robe. Un mauvais garde-robe._ Ce mot est féminin.
GARDE-ROBE, s. f. Armoire. _Garde-robe en noyer, garde-robe en sapin; les tablats d'une garde-robe._ En Suisse, en Savoie, à Lyon, en Languedoc, _garde-robe_ se dit, comme chez nous, d'une armoire destinée à recevoir les habits, les hardes; mais ce sens n'est pas admis par le bon usage, ni par les dictionnaires. «Garde-robe» signifie: 1º Le cabinet destiné à renfermer des hardes; 2º Tous les habits, toutes les hardes à l'usage d'une personne; 3º Etc. Voyez les dictionnaires.
GARDE-VIGNE, s. m. Surveillant préposé aux vignes, durant l'époque des vendanges.
GARDIATEUR, s. m. Gardien, la personne qui est chargée de garder une saisie. [P. G.]
GARDIATURE, s. f. Garde, surveillance. [P. G.]
GARGATAINE et GARGATE, s. f. Gosier, gorge, cou. _Couper la gargataine. Cette soupe m'a brûlé la gargataine._ En vieux français, et dans le dialecte parisien populaire, on dit: _Gargate_. En languedocien, _s'engargater_ veut dire: S'embarrasser le gosier en mangeant trop vite.
GARGORISER (SE), v. pron. Se gargariser. Nous disons aussi: _Se gargoliser_.
GARGORISME, s. m. Gargarisme.
GARGOTER, v. n. Se dit d'un liquide qui bout fortement. _Ton bouillon gargote, Tiennette._ Se dit, par analogie, du bruit que fait à la surface de l'eau le souffle d'une personne qui est sous l'eau. _Le jeune garçon tomba du bateau, et déjà il gargotait, lorsque_... etc. Terme méridional.
GARGOUILLE, s. f. Égout. _Les gargouilles se trouvaient bouchées._ «Gargouille» est français, mais dans une acception différente.
GARGOUILLER, v. n. Grouiller. _Le ventre me gargouille. Les boyaux lui gargouillaient._ Français populaire.
GARNEÇON, s. f. Terme de boucherie. Basse viande, réjouissance. _Mon boucher croit-il bonnement que je me contenterai d'os et de garneçon?_ Dans le canton de Vaud et à Rumilly (Savoie), on dit: _Garnison_. Ce mot de _garnison_ vient de _garnir_ (compléter), et notre mot de _garneçon_ n'est vraisemblablement qu'une corruption de ce terme.
GARNI EN. _Une robe garnie en dentelle; une bague garnie en diamants_, etc. Dans ces phrases et dans les phrases analogues, mettez la préposition «de,» et dites: Une robe garnie DE dentelle; une bague garnie DE diamants.
GARNIR, v. a. _Garnir la salade._ Expression méridionale.
GARNISSAIRE, s. m. Écrivez avec un seul _s_, «Garnisaire.»
GASEMATE, s. f. Écrivez et prononcez «Casemate.»
GASPILLER, v. a. Voler, filouter. _Prends-y garde, Madeleine: on nous gaspille._ Expression dauphinoise, lorraine, etc. Dans la langue des dictionnaires, «Gaspiller» signifie: 1º Gâter; 2º Prodiguer, dissiper.
GASTRIQUE, s. f. Gastrite. «Gastrique» est l'adjectif; «Gastrite» est le substantif.
GÂTER (SE), v. pron. Se dit du temps et signifie: Se déranger, devenir mauvais. _Le ciel se gâte; le temps se gâte, nous aurons de l'eau._ Expression fort répandue, mais qui n'est pas consignée dans les dictionnaires.
GATILLON, s. m. Détente d'un fusil, d'un pistolet, etc. _Lâcher le gatillon._
GATOLION, s. m. Grumeau, caillot.
GATTANCE, s. f. _Faire une gattance._ Terme d'écolier. Faire l'école buissonnière, manquer la classe pour aller jouer.
GATTELION, s. m. Fleur et fruit de la bardane.
GATTER, v. n. Faire l'école buissonnière, manquer l'école pour aller jouer. _La moitié des écoliers a gatté hier. Si tu gattes encore une fois, Jean-Louis, je te punis sans miséricorde._ Terme consacré. Nous disons aussi à l'actif: _Gatter l'école_.
GATTES (LES). L'école buissonnière. _Faire les gattes._
GAUDIR DE QUELQU'UN. Venir à bout de le dompter, se rendre maître de lui. _J'ai beau être sévère avec tous ces jeunes garçons, je ne peux pas en gaudir._ Le mot français correspondant, mais qui commence à vieillir, est _chevir_.
GAUFRE (UN). _Des gaufres plats._ Solécisme fréquent dans la Suisse romane. On doit dire: _Une gaufre; une gaufre plate_.
GAULÉE, s. f. Averse considérable.
GAULER (SE), v. pron. Se crotter, se salir. Se dit principalement de la crotte qui s'attache au bas des robes. _Être gaulé_ signifie: Être crotté.
GAUME, s. m. Seau traversé par un long manche de bois, et servant à puiser de l'eau ou du _lisier_.
GAUPE, s. f. Dans le dialecte de nos villageois, ce mot ne se prend point en mauvaise part. Ainsi, pour eux, _une belle gaupe_ est une grosse femme ou une grosse fille, fraîche et attrayante. Dans le canton de Vaud, _gaupe_ se dit d'une femme grosse et robuste.
GAZETTE, s. f. _Lire la gazette_, se dit d'un cheval ou d'une autre bête de somme, que son maître laisse exposée à l'injure du temps, pendant que lui se tranquillise au cabaret. _Le maître fioûle sa bouteille, la jument lit la gazette._
GAZOUILLON, s. m. Terme des campagnards. Margouillis. Se dit surtout du margouillis qui provient d'un mélange de neige fraîchement tombée et de pluie. _Gazouillon_ et _Margouillis_ sont des onomatopées.
GÉANE, s. f. Géante. _La merveilleuse géane étonna toute l'assemblée._ Français populaire.
GEL, s. m. Gelée. Le mot _gel_ manque dans plusieurs dictionnaires et en particulier dans celui de l'Académie française. Le _Complément_ de ce même dictionnaire, et le _Dictionnaire national_ de Bescherelle [1846], disent que _gel_, dans le sens de «Gelée,» a vieilli. Nous pouvons affirmer que le mot _gel_, signifiant: «Gelée,» est d'un emploi habituel chez nous et chez nos proches voisins.
GELÉE AUX GROSEILLES, s. f. Dites: «Gelée DE groseilles.» Dites aussi: Gelée DE pomme, gelée DE framboise, etc.
GELER DE FROID. Geler. _Faites-moi vite un grand feu, je gèle de froid._ Français populaire.
GELER (SE), v. pron. Geler. _Je me gèle ici à vous attendre._ Faute très-répandue. «Se geler» n'est français qu'en parlant des choses. «Le mercure peut se geler. Le nez de Mme Z*** se gela au passage du grand Saint-Bernard.»
GEMOTTER, v. n. Signifie: 1º S'impatienter, pester; 2º Languir, être languissant. _La pauvre drôlesse, abandonnée de tout le monde, était là à gemotter dans son lit. Ranimez donc ce feu qui ne fait que gemotter._ Dans le patois vaudois, _gemotta_ veut dire: Gémir, et dans le patois neuchâtelois, _gemiller_, s'impatienter. R. _Gemo_.
GENDRE, s. m. _Se faire gendre_, signifie, dans son sens le plus large: Se procurer, par un riche mariage, une position douce, confortable, oisive, à laquelle on ne serait jamais arrivé d'une autre manière. Dans un sens plus restreint, _se faire gendre_ se dit facétieusement et dérisoirement d'un jeune homme du _haut_, qui, ayant une fortune exiguë, des habitudes un peu dispendieuses et un extérieur agréable, choisit pour femme une riche héritière dans la classe bourgeoise. Cette expression originale, _se faire gendre_, a été créée ou mise en circulation par un charmant article du journal de Mr PETIT-SENN. [Voyez _le Fantasque_ de 1835, no 81, p. 322, et la _Revue suisse de 1850_, livraison du mois de mai, p. 328.]
GENÈVRE, s. m. _Des grains de genèvre._ Ce terme nous vient du vieux français. Au commencement du dix-huitième siècle, on disait encore indifféremment _genèvre_ et _genièvre_. «Genièvre» a prévalu.
GENILLÉ, s. m. Nous appelons _goût de genillé_, un mauvais goût que contractent les volailles qui ont été nourries dans un poulailler petit et malpropre. _Geniller_ veut dire «Poulailler» dans le dialecte du Berry. _Djeneuille_, dans le patois vaudois, signifie: Poule. Par métathèse, c'est-à-dire par transposition de lettres, ces mots viennent du mot latin _gallina_, poule.
GENOU, s. m. Nous disons d'un couteau qui coupe mal: _Il coupe comme les genoux d'une vieille femme, comme les genoux de ma grand'mère_. Expression triviale, consignée dans le _Dictionnaire du Bas langage_, t. II, p. 10.
GERLE, s. f. Corbeille ronde et peu profonde, destinée à recevoir le légume qu'on porte au marché. En Dauphiné, _gerle_ signifie: Jarre, grand vase de terre. En languedocien, une _gerle_ est un baquet, un grand seau. Voyez JARLOT.
GÉROFLÉE, s. f. _Géroflée blanche. Bouquet de géroflées._ Terme français populaire. On doit dire: «Giroflée.»
GÉROLE, s. f. Chervis, racine potagère. Dans quelques provinces de France, on dit: _Gyrole_.
GESSION, s. f. _On vient d'ôter à ce jeune dissipateur la gession de sa fortune._ Terme parisien populaire, etc. On doit écrire «Gestion» et prononcer _gess-tion_.
GICLÉE ou JICLÉE, s. f. Signifie: 1º Jaillissement, liquide qui jaillit; 2º Éclaboussure, flaquée. _En deux ou trois giclées, on se rendit maître du feu. Une giclée de mortier suffira contre ce mur._ Dans le Jura, _gicle_, s. f., se dit d'une petite seringue de sureau, avec laquelle les polissons s'évertuent à arroser les passants. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire du Jura_.]
GICLER ou JICLER, v. n. et a. Signifie: 1º Jaillir, saillir, sortir impétueusement; 2º Faire jaillir, jeter de l'eau. _Faire gicler de l'eau; faire gicler de la boue. Finis-donc, André, tu me gicles._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et lyonnais. En provençal et en languedocien: _Jhiscla_. Onomatopée remarquable. Dans le patois bourguignon, _chicclai_ signifie: «Faire jaillir,» et _chiccle_ se dit d'une «Canonnière» ou seringue de bois dont s'amusent les enfants pour jeter de l'eau. [Voyez les _Noëls bourguignons_ de LA MONNOYE.]
GIFFLARD, DE, s. Joufflu, mouflard, qui a le visage bouffi et rebondi. _Un gros gifflard._ On disait en vieux français: _Giffard, giffarde_, terme formé de _giffe_ ou _giffle_, joue.
GIFLÉE, s. f. Giffle, mornifle, taloche.
GIGASSE, s. f. Se dit d'une personne démesurément grande et un peu dégingandée.
GIGIER, s. m. Gésier, second ventricule de certains oiseaux. _Ne jetez pas ces gigiers, ils serviront pour le bouillon._ Terme généralement usité en Suisse et en France, mais que les dictionnaires n'ont pas recueilli. Nous disons aussi: _Gisier_.
GIGNER, v. a. Guigner, regarder du coin de l'œil.
GIGOT DE MOUTON, s. m. Dites simplement: «Gigot,» puisque «gigot» signifie: Cuisse de mouton séparée du corps de l'animal pour être mangée. [ACAD.]
GIGUE, s. f. Se dit d'une personne dont la taille est grande et toute d'une venue. _Vois-tu là-bas cette grande gigue, cette perche?_ En Normandie, une _gigue_ est une jeune fille qui a de grandes jambes. En français, «Gigue» veut dire: Jambe; et «Giguer,» aller vite, courir, sauter, danser.
GILLOTIN, s. m. (_ll_ mouillés.) Pantin, jeune garçon qui est toujours en mouvement, et qui cherche à divertir par ses perpétuelles pasquinades. _Faire le gillotin._
GILLOTINER, v. n. Faire le _gillotin_.
GINGEOLET, ETTE, adj. Ginguet, court, étriqué. _Habit gingeolet._
GINGUER ou JINGUER, v. n. Jouer, rire, sauter, folâtrer. _Elle est toujours à ginguer._ Terme limousin, normand et vieux français. En Picardie on dit: _Jingler_.
GIRADE, s. f. Girarde ou julienne, fleur.
GIRANIUM, s. m. Écrivez «Géranium» et prononcez _géraniome_. Prononcez aussi _albome_, _peinsome_ et _laudanome_ les mots Album, Pensum et Laudanum.
GIRAUD, nom propre. Nous disons proverbialement et facétieusement à une personne qui nous fait une demande inadmissible, à une personne qui porte très-haut ses prétentions et dont l'attente sera trompée: _As-tu connu Giraud?... Eh bien, torche Miraud_; ou plus laconiquement: _As-tu connu Giraud?_ c'est-à-dire: Bernicle; à d'autres; adresse ta demande à un autre. _Tu voudrais que je te prêtasse encore cinquante francs? As-tu connu Giraud? Quoi! ton vilain cousin se flatte d'épouser cette jeune et jolie Anna!... As-tu connu Giraud?_
GISIER, s. m. Voyez GIGIER.
GISPINER, v. a. Expression adoucissante, pour signifier: Filouter, attraper, enlever habilement et sans scrupule, comme le font quelquefois des amis entre eux. _Ce joli volume était à sa potte: il me l'a tout bonnement gispiné._ En Lorraine on dit: _Gaspiner_ ou _gabsiner_, et à Valenciennes, _gobsiner_.
GIVRÉ, ÉE, part. et adj. Couvert de givre. _C'est givré; c'est tout givré. Il a beaucoup givré cette nuit._ Terme des campagnards.
GLACE, s. f. Ne dites pas: «_Manger une glace_.» Dites: «Prendre une glace, prendre des glaces.»
GLACE, s. f. _Être froid comme la glace; être uni comme la glace._ Retranchez l'article et dites: Être froid comme glace; être uni comme glace.
GLACER UN PLAFOND. Terme de plâtrier. L'expression française est: Enduire un plafond.
GLAFFER ou GLLAFFER, v. a. (_ll_ mouillés.) Terme des campagnards. Manger gloutonnement quelque chose qui croque sous la dent. On le dit des pourceaux et de ceux qui, de près ou de loin, leur ressemblent. Ce mot _gllafer_, quand on le prononce comme il faut, imite parfaitement la chose qu'il doit peindre.
GLAÎNE ou GLÈNE, s. f. _Faire glaîne_, terme d'écolier, signifie: Faire rafle, prendre à l'improviste les jouets, et surtout les _mâpis_ des joueurs. _Ce polisson, ce voleur s'approcha doucement du carré et nous fit glaîne._ Voyez GLENNE, nº 1.
GLAPPE, s. f. Signifie: 1º Terre glaise; 2º Pisé. [P. G.]
GLAIRE, s. m. _Le glaire d'un œuf._ «Glaire» est féminin.
GLÉNER ou GLAÎNER, v. a. et n. Glaner, ramasser les épis après la moisson. Terme français populaire et vieux français.
GLÉNEUR, GLÉNEUSE, s. Glaneur, glaneuse.
GLENNE, s. f. Glane, produit du glanage, glanure. _Un bandit lui enleva toutes ses glennes._ Terme français populaire et vieux français.
GLENNE, s. f. Sorte de renoncule des champs.
GLIN-GLIN, s. m. Terme enfantin. Le petit doigt. _Il a bobo à son glin-glin._ Cette expression, usitée aussi dans les cantons voisins, vient probablement des mots allemands _klein, klein_, qui signifient: Petit, petit.
GLISSE, s. f. Terme de pâtissier. Cressin, sorte de petit pain long, qui est fort léger à l'estomac.
GLISSE, s. f. Glissoire, chemin frayé sur la glace pour y glisser par divertissement. _Faire une bonne glisse, faire une longue glisse. Gare, gare, sur la glisse!_ Terme suisse-roman et savoisien. On dit à Lyon: _Une glissière_; en Lorraine, _un glissant_; à Paris, _une glissade_.
GLISSER, v. neutre. _La rue du Perron glisse souvent en hiver._ Dites: La rue du Perron est souvent glissante en hiver; ou dites: On glisse souvent en hiver dans la rue du Perron.
GLISSER (SE), v. pron. Glisser, s'amuser à glisser. _Les fossés sont gelés: allons nous y glisser tous ensemble._ Il faut dire: «Allons y glisser tous ensemble.»
GLOPET, s. m. Sieste, méridienne. Voyez CLOPET.
GLU, s. masc. _Du bon glu._ Solécisme répandu aussi dans le reste de la Suisse romane, en Savoie, en Dauphiné, en Franche-Comté, en Lorraine et ailleurs.
GNIABLE, s. m. Sobriquet qu'on donne aux cordonniers.
GNIANIOU, s. m. Voyez NIANIOU.
GNIFFE-GNIAFFE, s. m. Ce terme fort expressif signifie: 1º Nigaud, niais, benêt; 2º Flasque, lâche, mou et sans ressort. En Picardie on dit: _Gniouffe_.
GOBE-LA LUNE, s. m. Gobe-mouche, niais, grand niais qui marche la tête levée comme s'il regardait la _lune_. Dans le patois du bas Limousin, _gobo-luno_ se dit de celui qui s'occupe niaisement de bagatelles. [Voyez BÉRONIE, _Dictionnaire du patois du bas Limousin_.]
GOBERGER (SE), v. pron. Faire grande chère, bâfrer, faire bombance, se régaler. _Nos quatre amis allèrent à une auberge de Coppet, où ils demandèrent des feras et des volailles, dont ils se gobergèrent. Voyez donc comme ces enfants se gobergent et s'empiffrent de raisins et de noix!_ En français, «Se goberger» signifie: Prendre ses aises, se dorloter, se divertir.
GODAILLE, s. f. Débauche de bouche, bâfre, grande ribote. _Faire une godaille. Ce fut une godaille complète, une godaille de mâlevie._ Le dictionnaire de l'Académie ne fait pas mention de ce terme; et, selon les dictionnaires de Boiste, de Landais et de Bescherelle, _godaille_ signifie: 1º Ivrognerie; 2º Mauvais vin. Ce n'est point là le sens que nous lui donnons à Genève; ce n'est pas non plus le sens qu'il a dans le langage français populaire. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_, t. II, p. 17, et le _Dictionnaire rouchi-français_, aux mots _godaïer_ et _godalier_.]
GODAILLER, v. n. Faire une grande ribote, une bâfre, une _godaille_. Dans les dictionnaires ce verbe a un autre sens.
GODAILLEUR, s. m. Riboteur, bambocheur, bâfreur. _Un tas de godailleurs._ Ce mot et les deux précédents sont probablement originaires du nord de la France, où le mot _godale_ signifie: «Bière, petite bière.»
GODICHE, s. et adj. Plaisant, risible. _Être godiche_, être plaisamment bête. _Tu es godiche, toi! Voilà qui est vraiment godiche._ Terme parisien populaire recueilli par MM. Noël et Chapsal. Les autres dictionnaires donnent à ce mot le sens de: «Gauche, emprunté, maladroit.»
GODICHON, s. m. Diminutif de _godiche_.
GODRON, s. m. Goudron. GODRONNER, v. a. Goudronner. Les mots _godron_ et _godronner_ appartenaient encore à la langue des dictionnaires, il y a un siècle.
GOFFETTE, adj. fém. Nous appelons _mains goffettes_, des mains grassettes, des mains potelées.
GOGNE, s. f. Courage, cœur, hardiesse, capacité. _Avoir la gogne_, oser. _Aurais-tu la gogne de sauter ce ruisseau? Non, tu n'en as pas la gogne; tu n'as point de gogne._