Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 16
† EN MÊME DE. À même de, en position de, capable de. _Tu n'es pas en même de me rattraper. Si M'sieu voulait m'avancer deux écus de cinq francs, je serais en même de les lui rendre dans trois mois._ Terme lyonnais et méridional.
ENNIFLÉ, ÉE, adj. Enchiffrené, ée. [P. G.]
ENNIÔLER, v. a. Terme d'écolier. _Je t'enniôle_, c'est-à-dire: Je me moque de toi. _Je vous enniôle tous_, c'est-à-dire: Vous pouvez tous aller au d.....
ENNOSSER, v. a. Engouer, embarrasser le passage du gosier en mangeant ou en buvant trop vite. _S'ennosser_, s'engouer, perdre la respiration en buvant de travers, ou en mangeant trop vite. _Il s'ennossa au point qu'il fut obligé de quitter la table._ Dans le vieux français, _énosser_ signifie: Boucher le gosier avec un _os_.
ENNUYANT, ANTE, s. Ennuyeux, euse. _Tu es une ennuyante. Va-t'en, petite ennuyante, et laisse-nous tranquilles._ Terme méridional. «Ennuyant» n'est pas un substantif; c'est un adjectif et un participe.
ENNUYER (S'), v. pron. _S'ennuyer de quelqu'un_ ou de _quelque chose_, signifie: S'ennuyer de l'absence de quelqu'un; regretter la privation d'une chose dont on avait joui. _Tu fais bien de revenir, Baptiste, car tout le monde s'ennuyait de toi. Mme N** s'ennuie de son appartement_ (elle regrette de l'avoir quitté). On dit dans le même sens, et cette expression est plus usitée que la précédente: _S'ennuyer après quelqu'un; s'ennuyer après quelque chose. Je m'ennuie après ces deux aimables étrangers._ Expression connue en Lorraine, et sans doute ailleurs.
† ÉNONDÉ, DÉE, part. Inondé, dée. _La seille coulait, et la pauvre Marguerite en fut tout énondée. Cette averse nous a énondés._
ÉNOSSER, v. a. Voyez ENNOSSER.
EN OUTRE DE CELA, loc. adv. Outre cela.
EN PLACE DE, prép. Au lieu de. _En place de vin, donnez-nous une cruche de bière. En place d'un mur, établissez une bonne haie. En place d'étudier, tu babilles._ Français populaire.
† EN PREMIER, adv. Premièrement, d'abord. _Nous irons en premier chez l'oncle, et ensuite chez le cousin._ Français populaire.
ENRAIDI, IE, adj. et part. Voyez ENROIDI.
ENRAUFER ou ENRÔFER, v. a. Salir, couvrir d'ordures. En vieux français, _roffée_ signifie: Gale, croûte de gale. [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.]
ENROIDI, IE, adj. et part. Roidi, devenu roide par le froid ou par une cause quelconque. _Je me sens tout enroidi, tout enraidi; j'ai le cou enraidi. S'enroidir_ ou _s'enraidir_, v. pron. Se roidir. _Mon bras et ma main s'enraidissent._ Terme méridional.
ENROSSER, v. a. Flouer, attraper, mettre dedans. _On t'a joliment enrossé avec ce cheval. Il s'est laissé enrosser d'un tas de rossignols_ (rebuts de magasin). _Le croyez-vous assez enrossé avec sa vieille comtesse?_ R. _rosse_.
† ENROUCHÉ, ÉE, adj. Enroué, qui a de l'enrouement. _Le froid l'a enrouché. Pauvre Suzon, te voilà donc bien enrouchée._ R. _rouche_. Voyez ce mot.
ENROUURE, s. f. Enrouement, maladie du gosier. _Une forte enrouure._ Terme suisse-roman, dauphinois et languedocien.
† ENSAUVER (S'), v. pron. Se sauver, s'enfuir. _Ensauve-toi, ensauve-toi! on te court après. Voilà l'hussier: ensauvez-vous!_
ENSEIGNE, s. f. _À bonne enseigne_, c'est-à-dire: À juste titre, avec des sûretés. _Si ton frère a pris cette résolution, ce n'est qu'à bonne enseigne._ On dit en français: «À bonnes enseignes.»
ENSEVELIR et ENTERRER n'ont point le même sens. «Ensevelir,» c'est: Envelopper un corps mort dans le drap appelé linceul. «Enterrer,» c'est: Mettre en terre le corps mort. L'historien suisse, Ruchat, s'est donc exprimé peu correctement dans la phrase suivante: «Calvin mourut le 27 mai (1564), et fut _enseveli_ tout simplement au cimetière commun de Plainpalais.» Il fallait dire: Enterré, ou Inhumé.
ENSEVELISSEMENT, s. m. Ne dites pas: _Accompagner un ensevelissement. Regarder passer un ensevelissement. L'ensevelissement défila pendant plus d'une demi-heure_. Dites: Accompagner un convoi, accompagner un enterrement, accompagner une pompe funèbre, etc.
† ENSOUVENIR (S'), v. pron. Se souvenir. _Ensouviens-t'en, Gabriel, ensouviens-t'en bien: je t'attends demain à la Jonction._
ENSUITE, adv. D'ailleurs, de plus, au surplus. _Devais-tu, André, te gendarmer de la sorte, quand ton père te réprimandait? Premièrement il en a le droit; ensuite tu es véritablement dans tes torts._ Expression gasconne, etc.
ENSUITE (D'). _L'année d'ensuite._ Dites: L'année suivante, l'année d'après. [ACAD.]
ENTAILLER (S'). Se couper, se faire une coupure, une incision dans la chair. _S'entailler le doigt; s'entailler la main._ Ce verbe, pris dans cette acception, manque dans les dictionnaires.
ENTE (LA). _La ente d'un poirier; la ente d'un rosier. La ente a bien réussi._ L'_e_ initial de ce mot ne s'aspire pas. Il faut écrire et prononcer «L'ente.» L'ente a bien réussi, etc.
ENTE, s. f. Terme de couturière. Voyez ENTER, no 2.
ENTÉCHER, v. a. Mettre en tas. Se dit particulièrement des fourrages. Voyez TÈCHE.
ENTENDU (UN). Un plan concerté, un plan combiné, une collusion secrète. _C'est un entendu entre eux_ (c'est une affaire arrangée et calculée entre eux). Terme méridional.
† ENTENTION, s. f. Attention. _Faites entention, ma bonne Dame, vous pourriez glisser._ Terme vieux français, que l'on trouve déjà dans le _Roman de la Rose_, ainsi que l'adjectif _ententif_ (attentif).
ENTER, v. a. Greffer. Nous aspirons l'_e_ initial de ce mot, comme s'il s'écrivait _henter_. C'est une faute aussi grossière que fréquente. Ne dites donc pas: _Je soigne cet arbrisseau pour le enter quand le moment sera favorable_; dites: «Pour l'enter.»
ENTER, v. a. Terme de couturière. _Enter des bas_, veut dire: Remonter des bas, les raccommoder en y ajoutant des bouts. Terme suisse-roman et méridional. Dans l'évêché de Bâle on dit: _Renter_.
ENTERREUR, s. m. Fossoyeur, celui qui creuse les fosses destinées aux morts. Terme dauphinois et languedocien. On dit à Marseille: _Un enterre-mort_.
ENTICHER (S'), v. pron. S'entêter, s'éprendre d'une personne. _Il s'enticha d'une comédienne, et il l'épousa. Il est entiché de lui-même et il s'admire._ L'Académie dit: «S'enticher d'une opinion, s'enticher d'un système;» mais elle ne dit pas: S'enticher d'une personne. Expression fort admissible.
ENTORSE, s. f. Nous disons: _Se faire une entorse; il se fit une entorse au pied_. Il faut dire: «Se donner une entorse.»
EN TOUT ET PARTOUT. Sorte d'adverbe, qui signifie: En total. _À la fin de ce long voyage, il ne leur restait en tout et partout que trois francs._
ENTRAIN, s. m. Ardeur au travail. _Étudier avec entrain. Travailler avec entrain. Je n'ai point d'entrain, je n'ai aucun entrain aujourd'hui._ Ce substantif, si usité chez nous et si remarquable, n'existe pas en français.
ENTRE, prép. _Ils n'avaient entre eux tous que sept francs à dépenser._ Ce sens de la préposition _entre_ n'est pas français. Il faut dire: «Ils n'avaient ensemble que sept francs à dépenser.»
ENTRECOT, s. m. (_o_ bref.) Ruelle, ruelle formée par les boutiques ou échoppes qui bordent nos Rues basses. _Traverser un entrecot; s'échapper par l'entrecot. On nous fit passer par un corridor étroit, ou, pour mieux dire, par un entrecot._
ENTRE DEUX. Nous disons: _Être entre deux_, pour signifier: Être indécis, être en balance, hésiter. _Partirai-je? Resterai-je? Je suis là entre deux._ Expression méridionale.
ENTREPOSER, v. a. Déposer. _Entreposer sa canne, entreposer son ombrelle à l'entrée d'un lieu public._ «Entreposer,» en français, n'a aucun autre sens que celui de: Déposer des marchandises dans un entrepôt.
ENTRER, v. actif. Mettre dedans ce qui était dehors. _Entrer le bois au grenier; entrer les fauteuils dans le salon; entrer les vases dans la serre_, etc. _Entrer son chapeau_ (l'enfoncer dans sa tête). _Elle s'est entré une écharde dans le doigt._ Expressions incorrectes, ou qui, du moins, n'ont pas l'autorité des dictionnaires.
† ÉNUTILE, adj. Inutile. ÉNUTILEMENT, adv. Inutilement.
ENVERJURE, s. f. Envergure, que l'on prononce _enverghure_ (comme _figure_). R. _vergue_.
ENVERS, s. m. Clou, furoncle. _Il dormit sur l'herbe humide, et il lui sortit des envers par tout le corps._ Terme suisse-roman.
EN VEUX-TU? EN VOILÀ. Cette locution adverbiale signifie: À foison, abondamment, en grande quantité. _C'était un bal magnifique: il y avait des glaces en veux-tu? en voilà._
ENVIER QUELQU'UN. _Envier les riches. Tu vas demain aux Treize Arbres, Catherine: ah! que je t'envie._ On dit: «Envier une chose;» on ne dit pas: _Envier quelqu'un_.
ENVIRONS (AUX), prép. _J'irai te voir aux environs de Noël. Quel âge a ton garçon, compère?--Il a aux environs de douze ans. Quelle heure est-il?--Il est aux environs de quatre heures._ Dites: Près de Noël. Il est quatre heures environ, etc.
ÉPARE, s. f. Penture, bande de fer pour soutenir les portes et les fenêtres. Terme suisse-roman. A Lyon on dit: _Empare_.
ÉPARGNE, s. f. Binet, petit instrument qu'on adapte au chandelier pour brûler les bouts de chandelle. A Neuchâtel, en Dauphiné, en Languedoc et en Lorraine on dit: _Une ménagère_; en Picardie, _un profit_; en Limousin, _une économie_.
ÉPAULE, s. f. (fig.) Grappillon au haut d'une grappe et qui en dépend. _Accepterais-tu ce raisin, Fanny?--C'est beaucoup trop; mais j'en prendrai avec plaisir une épaule._ Expression très-juste.
ÉPAUTE, s. f. Épeautre, sorte de froment.
ÉPENALET, s. m. Tranche de lard coupée au dos d'un cochon. C'est un morceau estimé des paysans gourmets. [P. G.]
ÉPICACUANA ou ÉPÉCACUANA, s. m. _Tablettes d'épicacuana._ Écrivez et prononcez «Ipécacuana.»
ÉPIDERME. _Épiderme délicate._ Ce mot est masculin.
ÉPINARDS. Ce substantif est masculin; mais beaucoup de personnes le font féminin et disent: _De bonnes épinards_. Cette faute nous vient du patois, où le mot _épenoches_ (épinards) est féminin.
ÉPINGLE D'ÉPOUSE, s. f. Camion. [Voyez le _Vocabulaire français_ de Mr PAUTEX, 9e édition, p. 57.]
ÉPINGOLER, v. a. Épingler, déboucher la lumière d'une arme à feu avec une épinglette.
ÉPINGOLOIR, s. m. Épinglette.
ÉPINGUE, s. f. Prononciation vicieuse du mot «Épingle.»
ÉPINIACHER ou ÉPINASSER, v. a. Au sens propre ce mot signifie: Peigner les échappes ou tresses de chanvre; défaire les échappes et les mettre en quenouilles. Au sens figuré il signifie: Ébouriffer les cheveux, les mettre en désordre. _Les trois quarts du temps vous rencontrez cette jeune personne tout épiniachée._
ÉPION, s. m. Espion. ÉPIONNER, v. a. Espionner.
ÉPISODE, s. fém. Au milieu du dernier siècle, le genre de ce mot n'était pas encore fixé; aujourd'hui il est masculin. «Un court épisode; un charmant épisode.»
ÉPIZOOTIE, s. f. L'Académie veut que l'on prononce _épizo-o-tie_, en donnant au _t_ un son dur, comme dans _rôtie_.
ÉPOULAILLÉ, ÉE, part. Épouvanté, ée; effrayé, ée. _Elle vint tout époulaillée me dire qu'elle croyait avoir vu un loup. Tu t'époulailles de rien, Dorothée._ Dans notre patois, _poulaille_ ou _polaille_ signifie: «Poule.»
ÉPOUSE (L'). La femme d'un tel. _Je vous présente mon épouse. Je vais monter en char avec mes deux garçons et mon épouse. Si Monsieur avait occasion d'une excellente courtepointière, je lui recommanderais mon épouse._ Dans tous ces exemples il faut dire: «Ma femme.» Voyez l'article ÉPOUX.
ÉPOUSE, s. f. Nous disons d'une femme parée avec affectation ou avec un soin outré: _Elle est parée comme une épouse_. Il faut dire: Elle est parée comme une épousée; ou mieux: Comme une épousée de village. [ACAD.]
ÉPOUSES DU MOIS DE MAI (LES). Jeunes villageoises qui, dans un costume aussi gracieux qu'elles le peuvent, vont, le premier dimanche du mois de mai, offrir des bouquets aux promeneurs et leur demander une étrenne.
ÉPOUSSETER QUELQU'UN. L'expulser, le chasser d'un lieu où il était importun. En français, «Épousseter» veut dire: Battre, châtier.
ÉPOUSSOIR, s. m. Époussette, sorte de grande brosse.
ÉPOUSTACHER ou ÉPOUSTATER, v. a. Chasser quelqu'un, le renvoyer avec humeur. Augmentatif d'_épousseter_. Voyez ce mot.
ÉPOUX, s. m. Ne signifie point: «Fiancé.» _Épouse_ ne signifie point: «Fiancée.» «Époux» veut dire: Mari, dans le style noble; «Épouse» veut dire: Femme, dans le style poétique et oratoire, ou quand on parle de la femme d'un roi, d'un prince ou d'un seigneur.
ÉPUISETTE, s. f. Écope, sorte de pelle creuse pour ôter l'eau d'un bateau.
ÉQUIFFLE, s. f. Canonnière. Voyez ÉCLIFFE.
ÉQUIPAGE, s. m. Voiture, cabriolet, etc. _Aller en équipage; mettre les chevaux à l'équipage; laver un équipage._ En français on appelle «Équipage» la voiture et le cheval. La voiture seule ne s'appelle pas _équipage_.
ÉRAILLÉ, ÉE, adj. _Visage éraillé, teint éraillé, peau éraillée._ Ces divers sens du mot «Éraillé» manquent dans les dictionnaires; mais on y trouve: «Œil éraillé.»
ERCE, s. f. Gerce, larve de la teigne des pelleteries.
ÉREINTE, s. f. Outrance. _À toute éreinte_, à toute outrance. _Il y allait à toute éreinte; il le battait à toute éreinte._ Français populaire.
ÉREINTÉE, s. f. Volée de coups. _Appliquer une éreintée. Recevoir une éreintée._
† ERGENT, s. m. Argent. _Une cueillère en ergent._
ÉRINIÈRES, s. f. pl. Douleur de reins, lumbago, courbature. _Avoir les érinières._ On dit à Lyon: _Les enreinières_.
ERREUR, s. f. Écart, différence. _Je demande six francs de ce beau dinde, et vous m'en offrez trois!... Il y a trop d'erreur._
† ERRIÈRE, adv. Arrière. _Il fit trois pas en errière._ Terme français populaire.
† ERTEUIL, s. m. Voyez ARTEUIL.
ÉRYSIPÈLE ou ÉRÉSIPÈLE (UNE). Ce mot est masculin. «Érésipèle ou Érysipèle dartreux.»
ÈS. Aux (à les). Nos paysans disent: _La boîte ès lettres_, pour: La boîte aux lettres. _La soupe ès faviûles_, pour: La soupe aux haricots. _D'ei étà ès pommes_ (j'ai été aux pommes), etc. Ce vieux terme ne s'est conservé en français que dans trois ou quatre dénominations: Bachelier ès lettres, Docteur ès sciences, Maître ès arts, et dans quelques phrases de pratique. L'emploi de ce mot, chez nous, est continuel dans la bouche des campagnards.
ESCALIER, s. m. C'est une erreur de confondre les mots «Escalier» et «Degré.» Un escalier n'est pas un _degré_. Ne dites donc pas: _Le clocher du temple de Saint-Pierre a cent cinquante-six escaliers. Les jeunes garçons aiment à sauter les escaliers quatre à quatre_. Dans ces exemples et les analogues il faut se servir des mots «Degré» ou «Marche.» Descendre les degrés, sauter les degrés; monter les marches, descendre les marches, etc. «Un escalier,» en français, est ce que nous appelons vulgairement _une montée_, c'est-à-dire: La réunion de toutes les marches, de tous les degrés, depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'étage le plus élevé. On dira donc: Éclairer un escalier, monter un escalier, glisser dans l'escalier, tomber dans l'escalier, jouer dans l'escalier, etc.
ESCAMPETTE, s. f. Ce mot est français; mais, selon les dictionnaires, il ne s'emploie que dans cette locution: «Prendre la poudre d'escampette,» c'est-à-dire: S'enfuir. A Genève nous disons: _Faire une escampette; faire des escampettes; je commence à m'inquiéter de ses fréquentes escampettes_. _Escamper_, en vieux français, signifie: Décamper.
† ESCANDALE, s. m. Scandale.
ESCANDALISER, v. a. Scandaliser. _Oui, Messieurs, elle m'a dit: Fayasse; elle m'a dit: Vieille cauque; et j'en suis encore tout émotionnée, tout escandalisée._ Terme méridional et vieux français.
† ESCARAMOUCHE, s. f. Escarmouche.
† ESCARTER (S'). S'écarter. _Escartez-vous, Messieurs, s'il vous plaît. Jâques, tu ne t'escarteras pas de là._ Terme vieux français, conservé dans le langage des paysans.
ESCAVALANT (EN), ou EN ESCAVALON, loc. adv. En désordre, en déroute, sens dessus dessous. _La chambre était en escavalon, en escavalant. Gaudichon revint soû_ (soûl) _du cabaret, et mit toute sa maison en escavalant._
ESCIENT, s. m. Bon sens, raison, jugement, judiciaire. _Avoir de l'escient; manquer d'escient; faire preuve d'escient. Les dents d'escient_ (dents de sagesse). Expressions d'un emploi journalier dans la Suisse romane. En français le mot «Escient» ne s'emploie que dans cette phrase: «À bon escient,» c'est-à-dire: Sciemment, avec connaissance de cause.
ESCLANDRE (UNE). _Une grande esclandre, une fameuse esclandre._ Ce mot est aujourd'hui masculin, après avoir été féminin jusqu'au milieu du dix-septième siècle. R. _scandalum_.
ESCORMANCHER (S'), v. pron. S'échiner à travailler, s'escrimer, se tourmenter, s'excéder. Terme suisse-roman.
ESCÔTE, s. f. Terme de batelier. Écoute, corde qui sert à diriger la voile. _Tirer l'escôte._ En vieux français: _Escoute_.
ESCUSE, s. f. Excuse. ESCUSER, v. a. Excuser.
ESPADRON, s. m. Espadon. ESPADRONNER, v. n. Espadonner.
ESPARGEOLER ou ASPARGEOLER, v. a. Asperger, jeter de l'eau avec un balai mouillé à cette intention.
† ESPÉTÂCLE, s. m. Spectacle. _C'était un espétâcle à vous fendre l'âme._ Terme méridional.
ESPICERIE, s. f. Épicerie. ESPICES, s. f. pl. Épices. ESPICIER, s. m. Épicier. Ces trois termes appartiennent au vieux français.
ESPINCHER, v. a. Épier, découvrir avec adresse, rechercher, poursuivre.
ESPLICATION, s. f. Explication. ESPLIQUER, v. a. Expliquer.
† ESQUELETTE (UNE). Un squelette.
ESSARTIR ou ESSERTER, v. n. Essarter, défricher en arrachant les bois et les épines. Du mot _esserter_ sont venus les noms propres _Essertines_, _Les Esserts_ et _Belesserts_, ou _Bellexserd_, ou _Ballexserd_, hameaux ou habitations voisines de Genève. R. _essart_, terre défrichée.
ESSEMER, v. n. _Les deux ruches ont essemé le même jour._ Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Essaimer.»
ESSENCILLER, v. a. et n. (_ll_ mouillés.) Terme de lessive. Faire égoutter le linge, l'étendre quand il vient d'être lavé et qu'il dégoutte encore. _Mettez ce linge essenciller au soleil. Ne rentrez pas ces draps: ils sont à peine essencillés._
ESSERTER, v. a. Essarter, défricher. Voyez ESSARTIR.
ESSOURDELER, v. a. Assourdir. _Finis, Charles, avec ton tambour: tu nous essourdelles. Il parlait si haut qu'il m'essourdelait._ Terme suisse-roman. En Franche-Comté, _essourder_, en Lorraine, _essourdir_, ont le même sens.
ESSOURER (S'), v. pron. Sortir de chez soi pour prendre l'air. _Il faut que l'on s'essoure un peu aujourd'hui. Ce n'est pas s'essourer que de se promener dans des rues humides et étroites._ Nous disons aussi à l'actif: _Essourer des couvertures, essourer des coussins, essourer un lit_; c'est-à-dire: Les mettre à l'air. L'Académie dit: «Essorer du linge,» en ajoutant que ce terme est peu usité. _Essourer_ et _s'essourer_ sont fort usités dans le dialecte genevois.
† ESTATUE, s. f. Statue. _Il restait là planté comme un idoine, comme une estatue._ Terme méridional et vieux français.
ESTIME, s. f. Estimation. _Acheter des meubles à l'estime._ Terme méridional.
ESTOC, s. m. Esprit, imagination, sagacité, capacité. _Avoir de l'estoc_, signifie: Avoir de la tête, trouver facilement des ressources, se tirer d'affaire aisément. Le contraire est: _Manquer d'estoc, être sans estoc_. Terme picard et lorrain. En Dauphiné, _cela ne vient pas de son estoc_, signifie: Cela ne vient pas de lui. En vieux français, _estoc_ avait le sens de: Race, extraction, lignée; et dans le dialecte de Valenciennes on appelle _homme d'estoc_ «Un homme comme il faut.»
ESTOMAC (UNE). _Estomac dérangée, estomac serrée._ Ce mot est masculin, et il se prononce _estoma_.
ESTOMACHIQUE, adj. Stomachique.
† ESTRAIT, s. m. _Estrait d'absinthe. Un verre d'estrait._ Écrivez «Extrait,» et donnez à l'_x_ le son qui lui est propre.
ESTRANGALA, s. f. Grand filet de pêche. Terme vaudois.
† ESTRÉMENT, adv. Extrêmement. _Le temps n'est pas, pour dire, estrément mauvais. N'as-tu pas estrément soif, Carizot?_
ESTRIFFE, s. f. Discussion, dispute, querelle, castille. Dans le vieux français ce mot était masculin et il s'écrivait _estrif_.
ESTRINGOLER, v. a. Étrangler. _Que le d..... t'estringole!_ Terme vaudois, berrichon et rouchi. Le peuple de Paris dit: _Espringoler_. _S'estringoler_, v. pron., signifie: Se donner beaucoup de peine, se tourmenter, se fatiguer, s'échiner. _Je suis là à m'estringoler toute seule, pendant que cette charoupe d'homme me regarde faire. Nous nous sommes toutes trois estringolées à cette lessive._ R. _stringo_ ou _strangulo_?
† ESTRORDINAIRE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot Extraordinaire.
ÉTABLISSEUR, s. m. _Un établisseur d'horlogerie_, est Celui qui fait confectionner, _établir_ les montres, par opposition au marchand qui les vend.
ÉTALABOURDI, IE. Augmentatif d'_élourdi_. Voyez ce mot.
† ÉTALIE. Italie. ÉTALIEN. Italien.
ÉTARTIR (S'), v. pron. S'étendre par terre, tomber tout de son long. _Il resta étarti et sans connaissance._ R. _stratus_.
ÉTATS, s. m. pl. _Être dans tous ses états_, signifie: Être fort troublé, être fort agité, se désoler, ne pas se posséder. Nous disons dans le même sens: _Se mettre dans tous ses états; se mettre dans des états affreux_. Terme suisse-roman.
ÉTATS, s. m. pl. _Prendre les états_, se dit d'une domestique qui, ayant quitté le service, s'habille à la façon des dames. _Félicie a pris les états._
† ÉTENAILLES, s. f. pl. Tenailles. _Tends-me voir les étenailles._ Terme méridional, etc.
ÉTENDRE, v. a. _Étendre du fumier._ Dites: «Épandre du fumier,» c'est-à-dire: Le jeter çà et là en plusieurs endroits, l'éparpiller.
ÉTIEURNE, s. des 2 genres. Voyez ÉCUERNE.
ÉTIRE, s. f. Sorte de gaffe ou grande perche ferrée pour conduire les barques. _Aller à l'étire._
ÉTONNER (S'), v. pron. _Je m'étonne si... Je m'étonne comment... Je m'étonne pourquoi... Je m'étonne où..._ Ces expressions signifient: Je voudrais bien savoir si... J'aimerais bien savoir comment... Il me tarde de savoir pourquoi... _Je m'étonne si je recevrai ce soir une réponse à ma lettre. Je m'étonne si le mariage en question aura lieu. Je m'étonne s'il fera beau temps demain. Je m'étonne comment finira leur procès. Je m'étonne où l'on peut se procurer d'excellentes chaussures. Je m'étonne où est ma clef d'armoire. Je m'étonne pourquoi notre Ernest n'est pas invité à ce bal. Je m'étonne quand notre contingent reviendra_, etc. Les grammairiens condamneront sans doute cette expression, et diront doctoralement qu'on _s'étonne_ d'une chose qui est arrivée, mais non pas d'une chose incertaine et non avenue. Pour nous, passant condamnation là-dessus, nous ferons observer: 1º Que les expressions: _Je m'étonne si, je m'étonne quand, je m'étonne pourquoi_, sont universellement usitées dans la Suisse romane; 2º Qu'elles ont une rapidité, une concision et une originalité remarquables; 3º Qu'elles n'ont aucun équivalent meilleur en français.
ÉTOUFFÉE, s. f. _Des haricots à l'étouffée._ Terme vaudois, neuchâtelois, savoisien, etc. Dites: À l'étuvée.
ÉTOUFFER DE RIRE (S'), v. pron. Étouffer de rire. [ACAD.]
ÉTOUILLER (S'), v. pron. Étendre les bras en bâillant, s'étirer. Terme des campagnards. [P. G.]