Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 15
ÉCUERNE ou ÉTIEURNE, s. des 2 genres. Idiot, hébaté, ahuri. _J'avais beau vous appeler à mon secours, vous restiez là tous deux comme des écuernes._ Terme savoisien.
ÉCUÉRU, UE, s. Voyez ÉCOUAIRU.
ÉCUISSETER ou ÉCUISSOTER, v. a. Signifie: Fendre, partager en deux. _La foudre, en tombant sur cet arbre, l'a écuisseté._ Au sens figuré: Fatiguer à l'excès, harasser. _Une marche de six jours consécutifs nous avait écuissotés._ [P. G.]
ÉCUIT, ÉCUITE, adj. Se dit de la peau des petits enfants, lorsqu'elle s'écorche ou se crevasse. _Notre pauvre Lolotte est tout écuite._ Terme suisse-roman. On dit à Lyon: _Entrecuit_.
ÉCUMOIRE (UN). Ce mot est féminin.
ÉDUQUER, v. a. Élever un enfant, l'instruire, le former. _Suis-je assez misérable! s'écriait la Simonne; j'ai tout sacréfié pour faire éduquer mon Janot, et j'y ai pardu, avec ma peine, tous mes petits argents!_ Ce mot d'_éduquer_ appartient au langage le plus négligé et le plus populaire. Cependant on peut fort bien dire d'un homme incivil et grossier: «Voyez ce mal éduqué.»
EFFARCLÉ, ÉE, adj. et partic. Se dit principalement des ustensiles en bois, et signifie: Brisé, mis en pièces. _Seille effarclée; cuvier effarclé; bagnolet effarclé._ En patois, _farclle_ (_ll_ mouillés) veut dire: «Cercle.»
EFFEUILLES (LES). L'opération d'effeuiller la vigne. _Le temps des effeuilles. Les femmes sont aux effeuilles._ Les dictionnaires disent: «L'effeuillaison» et «L'effeuillage.»
† EFFINI, NIE, ou ÉFINI, NIE, adj. Infini. _Depuis un temps effini la voisine me rocandait ce crou-ye paravent._
ÉGANCE, s. f. Répartition de charges, distribution d'impositions entre divers copropriétaires. Ce terme est mentionné dans le _Glossaire de l'ancien droit français_, par MM. DUPIN et LABOULAYE.
ÉGANCER, v. a. Fixer les proportions, régler les parts d'une contribution, _faire les égances_. Expression consacrée.
ÉGANGUILLÉ, ÉE, adj. Se dit d'une personne dont les vêtements sont pleins de trous, sont en lambeaux, en loques. _Ce petit drôle veut toujours grimper sur les arbres, et toujours il en redescend éganguillé._ Voyez GANGUILLER.
ÉGATTER (S'), v. pron. S'ébattre, se divertir, courir la prétantaine. Voyez GATTES.
ÉGLEDON, s. m. Édredon.
ÉGRAVETER, v. a. Gratter la terre. _Les poules égravetaient dans le jardin._ R. _gravier_?
ÉGRÉGE, adj. m. Honorable. «Ordonné aux secrétaires de la Justice de ne point qualifier de Nobles ceux des Auditeurs desquels les pères n'auront été ni Syndics, ni Conseillers, mais simplement d'_Égréges_ ou honorables.» [_Fragments historiques de_ GRENUS.] Ce terme, qui appartient à l'ancienne langue genevoise, manque dans les dictionnaires, et en particulier dans le _Glossaire roman_ de ROQUEFORT. «Égrégiat,» s. m., est dans Bescherelle. R. _egregius_.
ÉGRENÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie: Isolé, incomplet, éparpillé. _Quelques soldats égrenés furent surpris et massacrés. Quand on commence à étudier une langue quelconque, des leçons égrenées sont d'un médiocre profit. La bibliothèque du bateau à vapeur ne nous offrit que quelques volumes égrenés de Buffon et de Voltaire._ On lit dans le _Journal de Genève_, du 27 mai 1851: «Suffrages en faveur de la liste jaune, 1900; en faveur de la liste rouge, 1050; le reste se répartit en _voix égrenées_.» Cette expression utile n'a pas d'équivalent exact en français. «Égrené,» ou plutôt «égréné,» est français dans un autre sens.
ÉGRILLÉ, ÉE, adj. Desséché, éraillé par l'action du soleil. _Un vernis égrillé; un bagnolet égrillé; une brande égrillée._ Terme suisse-roman et jurassien. R. _grillé_, desséché.
ÉGROUGNER, v. a. Frapper rudement, meurtrir, abîmer de coups une personne ou une chose. _Il prenait plaisir à égrougner la poupée de sa sœur. En tombant sur ces cailloux, elle s'égrougna le bras. Ils se battirent dans le cabaret et s'egrougnèrent._ Terme trivial. En provençal, _eigoourigna_ signifie: Charcuter, couper malproprement de la viande à table.
ÉGRUFFÉ, ÉE, adj. et s. Éveillé, vif, étourdi. On dit plus souvent: _Dégruffé_.
ÉJARRATER, v. a. et n. Se dit de certains animaux qui creusent la terre avec leurs pattes, comme les chiens, les lapins et les poules. _Éjarrater_ signifie aussi, en parlant des personnes: Se démener avec les bras ou les jambes pour se débarrasser d'une chose dont le poids nous incommode. [P. G.]
ÉJAVETER (S'), v. pron. Se débattre, s'ébattre, remuer vivement les pieds et les mains. _Etendez votre enfant sur le gazon et laissez-le s'éjaveter._
ÉLANCÉE, s. f. Élancement, impression que fait en quelque partie du corps une douleur subite et de peu de durée. _Avoir des élancées; son abcès lui causait des élancées cruelles._ Dans le français populaire on dit: _Une lancée_.
ÉLEVER (S'), v. pron. En parlant du temps. Se lever, se mettre au beau. _Quand le temps s'élèvera, nous partirons._ Dites: Quand le temps se lèvera.
ÉLÉXIR, s. m. _Éléxir de longue vie._ Dans le français populaire on dit: _Élexir_ (_e_ muet). L'expression véritable est «Élixir.»
ÉLOURDI, IE, partic. Alourdi, appesanti. _Cette maudite voiture m'a tant secoué, que j'en suis tout élourdi._ Terme vieux français.
† ÉLUMINER, v. a. Illuminer.
† ÉMAGINER, v. a. Imaginer. _Peut-on s'émaginer rien de plus laid, de plus-z-hideux? T'émagines-tu bien la tarente que j'ai eue là!_ Dans le patois rouchi on dit: _S'émagéner_. Chez nous il n'est pas rare d'entendre: _Magine-toi, maginez-vous_, pour: «Imagine-toi, imaginez-vous.»
EMBARBOUILLER, v. a. Barbouiller, salir. Au réfléchi: _S'embarbouiller. Le ciel s'embarbouille, le temps s'embarbouille_; c'est-à-dire: Se dérange, se met à la pluie. Terme français populaire.
EMBARDOUFFLER, v. a. Salir, barbouiller. Terme vaudois, etc.
EMBARRAS, s. m. (fig.) _Ce n'est pas l'embarras_, est une locution adverbiale qui répond à: Au surplus, après tout. _Ce n'est pas l'embarras, il pourrait bien y avoir de l'orage cette nuit. Ce n'est pas l'embarras, nos deux garçons peuvent bien faire toute la route à pied._ Français populaire.
EMBAUMER, v. impers. _Il embaume dans cette orangerie; il embaume dans ce salon._ Locution méridionale. Dites: Cette orangerie embaume; ce salon embaume. [ACAD.]
EMBEGUIGNÉ, ÉE. part. Embéguiné, ée.
EMBERLICOQUER, v. a. Voyez EMBRELICOQUER.
EMBIBER (S'), v. pron. S'imbiber. _L'eau s'embibait dans la mollasse et la pourrissait._
EMBIJÔLER, v. a. Cajoler, caresser, endormir par des paroles flatteuses. Augmentatif du verbe «Enjôler.»
EMBIJÔLEUR, EMBIJÔLEUSE, s. Enjôleur, enjôleuse.
EMBIJÔNER, v. a. A la même signification qu'_embijôler_, dont il n'est qu'une corruption.
EMBLOUSER QUELQU'UN. Le mettre dedans, le duper, le friponner dans une affaire. [P. G.]
EMBLOUSER (S'), v. pron. Se fourvoyer dans une affaire, se mettre dedans, être dupe par sa faute. [P. G.]
EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Ce papier emboit._ «S'emboire» est français, mais il ne se dit qu'en peinture. «Les couleurs de ce tableau s'emboivent,» c'est-à-dire: S'imbibent dans la toile. «Tableau embu.» [ACAD.]
EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Faire emboire une étoffe, faire emboire du linge_, signifie: Plissoter deux morceaux d'étoffe ou deux morceaux de linge inégaux, pour les égaliser. On dit en français: Faire boire une étoffe, faire boire du linge,» c'est-à-dire: Les tenir lâches en les cousant.
EMBOUTI, s. m. Sorte d'étoffe piquée. _Une jupe d'embouti._
EMBOUYONNER, v. n. Tremper la lessive. Terme des campagnards. R. _bouïe_, lessive.
EMBRELICOCAGE, s. m. Confusion, brouillamini, quiproquo. _Il y a là-dessous un embrelicocage auquel je ne comprends rien._
EMBRELICOQUER, v. a. Emberlucoquer, troubler, embarrasser. S'emploie surtout au réfléchi: _S'embrelicoquer._ R. _brelue_, berlue.
EMBRELIFICOTER (S'), v. pron. S'emberlucoquer, s'embrouiller. Terme suisse-roman et français populaire. Nous disons aussi: _S'embrelificoquer_ et _s'emberlificoquer_: toutes expressions qui appartiennent au français populaire.
EMBRESAILLE, s. f. Sorte d'arbrisseau. Voy. AMBRESAILLE.
EMBRINGUER (S'), v. pron. Se mettre dans l'embarras, être dans l'embarras. _Cette maison de commerce est, dit-on, un peu embringuée._ R. _En bringues_.
EMBRONCHE, adj. Sombre, soucieux, inquiet, de mauvaise humeur. _Un air embronche. Un visage embronche. Vous me semblez embronche, Monsieur Nicolas._ Dans le vieux français on dit: _Embronché_, terme connu en Suisse, et recueilli par plusieurs dictionnaires modernes.
EMBROUILLAGE, s. m. Embrouillement, confusion, mic-mac. Terme méridional.
EMBROUILLAMINI, s. m. Brouillamini.
EMBROUILLE, s. f. Embrouillement, confusion, gâchis.
EMBROUILLER, v. a. Brouiller, mêler. _Embrouiller du fil. Écheveau embrouillé; ficelle embrouillée._ Ce sens du verbe «Embrouiller» manque dans les dictionnaires.
EMBUMANTER, v. a. Mettre de l'engrais, mettre du fumier.
ÉMINE, s. f. Mouture, salaire du meunier. Voyez le mot suivant.
ÉMINER, v. a. et n. Terme de meunier. Prendre une certaine quantité de farine ou de grains pour se payer quand la personne qui a donné à moudre n'a pas d'argent. [P. G.]
EMME, ÉME, ou EIME, s. m. Esprit, intelligence, jugement. _Il n'a point d'eime._ Terme jurassien, dauphinois et vieux français. R. _anima_?
ÉMOTTER, v. a. Émonder. _Émotter un ormeau._ C'est le mot patois _émotà_.
ÉMOURGER (S'), v. pron. S'animer, se réveiller, se donner de la peine. _Courage, Adolphe, émourge-toi. C'est aujourd'hui qu'il faut s'émourger._ A l'actif, _émourger_, mettre en train.
EMPAFFER (S'), v. pron. Signifie: 1º S'empiffrer, se gorger de nourriture; 2º Faire excès de vin ou de liqueurs. Terme français populaire.
EMPARE, s. f. Marge, champ. (fig.) _Prendre de l'empare_ (prendre de la marge); _avoir de l'empare_ (avoir de la marge). _En évaluant à 25,000 francs nos frais d'établissement, nous avons de l'empare._ En vieux français, _emparer_ signifie: Prendre, saisir.
EMPARER, v. a. Soutenir le parti de quelqu'un. _Emparer quelqu'un; emparer une gageure._ En vieux français, _emparer_ signifie: Protéger, fortifier; _emparement_, protection.
EMPÂTIÈRE, s. f. Huche, pétrin, pétrissoire. Dans notre patois, _patîre_ a le même sens.
EMPATOUFFLER (S'), v. pron. Se couvrir, se remplir involontairement les mains ou le visage d'une matière gluante ou épaisse. _S'empatouffler de miel; s'empatouffler de suif; s'empatouffler de beurre. L'enfant niait avoir visité l'armoire des provisions; mais son visage empatoufflé de confitures le trahissait._ R. _patte_?
EMPÊCHER À QUELQU'UN DE. Dites: Empêcher quelqu'un de. _Je lui empêcherai bien d'entrer. Empêche-leur de se battre. Notre plus belle vache a une maladie qui empêche au lait de sortir._
EMPÉGÉ, ÉE, adj. et part. Embarrassé, empêtré, pris, arrêté. _Nous fûmes accostés et empégés par ton babillard de cousin._ En provençal, _empeiga_ signifie: Enduire de poix, coller. R. _pége_. Voyez ce mot.
EMPELOTONNER, v. a. Pelotonner.
EMPESTIFÉRÉ, ÉE, adj. et part. _Une chambre empestiférée._ Dites: Une chambre empuantie, empestée, puante.
EMPLÂTRE (UNE). Ce mot est masculin; mais il était encore féminin au dix-septième siècle, et il l'est encore dans plusieurs dialectes populaires de France.
EMPLÂTRE, s. m. (fig.) Coup bien appliqué, horion, soufflet. _Donner un emplâtre. Si tu répliques un seul mot, tu as un emplâtre._ Terme méridional.
EMPLÂTRER, v. a. (fig.) Choyer, dorloter, traiter avec une délicatesse outrée. _Emplâtrer un enfant. Eugénie est emplâtrée par sa mère._ Au réfléchi, _s'emplâtrer_ signifie: Se dorloter, se choyer. «Emplâtre,» s. m., homme mou, femme sans vigueur, est français.
EMPLÂTRER (S'), v. pron. Se salir, se couvrir les mains de matières sales ou glutineuses. _Je voulus prendre le coquemar et je m'emplâtrai._ Terme méridional. Ce sens manque dans les dictionnaires.
EMPLÉTER, v. a. Faire emplette. _Empléter une robe; empléter du sucre et du café._ Terme suisse-roman et savoisien.
EMPLETTE, s. f. Nous disons: _J'ai fait l'emplette d'une table. J'ai fait l'emplette d'un canapé_, etc. On doit retrancher l'article et dire: J'ai fait emplette d'une table, j'ai fait emplette d'un canapé.
EMPOIGNÉE, s. f. Lutte, conflit. _Ils se rencontrèrent et eurent ensemble une rude empoignée._
EMPOIS, s. f. _Empois blanche; empois cuite_, etc. Ce mot est masculin: Empois blanc, empois cuit.
EMPOISONNER, v. actif. Puer, communiquer une mauvaise odeur. _Recule-toi, tu empoisonnes la pipe. Cette vieille mendiante empoisonnait l'eau-de-vie. Votre chambre empoisonne le brûle._
EMPOISONNER, v. a. (fig.) Infecter, infester. _Votre prairie est empoisonnée de mauvaises herbes; ce champ est empoisonné de rats et de sauterelles. La France nous empoisonne de mauvais romans._ Ces diverses significations du mot «Empoisonner» manquent dans les dictionnaires.
EMPOUTOUILLE, s. f. Terme des campagnards. Brouillamini, discours confus et embrouillé, bagout inintelligible. _Quelle empoutouille tu nous fais là!_
EMPOUTOUILLER, v. a. Embrouiller (au sens propre et au sens figuré). _Échevette empoutouillée._
EMPRÔGER, v. n. Voyez AMPRÔGER.
EMPUANTER, v. a. Empuantir, infecter.
EN, prép. Pour. _Une tailleuse en hommes._ Dites: Une tailleuse pour hommes. Dans une comédie de LE SAGE, intitulée: _Les trois Commères_ (acte I, scène 9), on trouve cette phrase: «Je suis cordonnier POUR femmes.»
EN, prép. À (avec mouvement devant un nom de ville). _Aller en Carouge, aller en Seyssel_, etc. Expression de nos campagnards, fort usitée en Savoie, à Lyon et dans le Midi. Un guide de Chamouny me disait: _Je pris ces deux Anglais à La Roche, je passai avec eux le Petit-Bornand, et je les conduisis jusqu'en Thônes_. «Un tel fut conduit captif _en_ Alger,» est une phrase que chacun de nous a rencontrée dans les vieux romans.
EN, prép. À la (avec mouvement). _Aller en Diète. Ils quittèrent la campagne le 15 septembre et ils rentrèrent en ville._ Phrases incorrectes.
EN, prép. Est retranché à tort dans l'expression suivante: _Il ne fit ni un ni deux et lui appliqua un soufflet_. Dites: Il n'EN fit ni un ni deux. [ACAD.]
† EN, prép. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes: _Cela ne fait en rien; cela ne signifie en rien_.
EN AGIR. _En agir bien, en agir mal, en agir librement_, etc., ne sont pas des expressions avouées par les grammairiens. Il faut dire: Agir bien, agir mal, agir librement; ou: En user bien, en user mal, en user librement.
EN BAS, prép. _En bas la Tour de Bois; en bas la rue Verdaine; en bas Coutance; en bas Chevelu._ «En bas» n'est pas une préposition, c'est un adverbe. Pour être correct il faut dire: En bas DE la rue Verdaine, en bas DE Coutance, en bas DE Chevelu; ou mieux encore: Au bas de la rue Verdaine, au bas de Coutance, etc.
EN BONNE FOI, loc. adv. De bonne foi, sincèrement.
EN-ÇÀ, adv. Çà, ici. _Joson, mon ami, viens en-çà, et salue toute la companie._ Dites: Joson, mon ami, viens çà, viens ici.
ENCABOURNER (S'), v. pron. Se tenir enfermé, se tenir caché chez soi. _Il reste tout le jour encabourné._ Terme neuchâtelois et languedocien. Dans le dialecte vaudois on dit: _S'encabiborner_. R. _cabourne_. Voyez ce mot.
EN CAMPE. En course, en campagne. _Être en campe_, être sur pied, courir çà et là. _Mettre en campe_, mettre en campagne, envoyer à la découverte. _Toute la gendarmerie est en campe._
ENCANTER, v. a. Acheter à l'encan.
ENCAVAGE, s. m. Encavement, action d'encaver.
ENCHEBROTTER ou ENCHEVROTTER, v. a. Bredouiller, parler dans un langage confus et embrouillé. _Qu'est-ce que tu nous enchebrottes là? Qu'as-tu tant à enchebrotter?_ On dit aussi: _Lanchebrotter_.
ENCHENAILLER, v. a. Terme de charpentier, qui signifie: 1º Ajuster le tenon dans la mortaise; 2º Lier fortement.
ENCHEVALER, v. a. Ranger des colis les uns sur les autres, les mettre, pour ainsi dire, _à cheval_ les uns au-dessus des autres.
ENCLINTE, adj. fém. Encline. _Votre tante Judith a le visage bien échauffé; ne serait-elle point enclinte à la boisson?_
† ENCOMPAGNER, v. a. Accompagner. _Allez dire à la Mariette qu'elle nous encompagne._
ENCOQUER, v. a. Terme de pêcheur. Étourdir le poisson ou l'enivrer au moyen de la coque du Levant. Terme méridional.
ENCORE PASSE. _Faire un tel voyage à pied!... Encore passe, si nous étions dans la belle saison._ Dites: Passe encore, si, etc.
ENCOUBLE, s. f. Signifie: 1º Entraves, liens dont on embarrasse les pieds d'un cheval; 2º Obstacle, empêchement, embarras. _Ces deux cousines, qui arrivent la veille de notre déménagement, sont une fière encouble._ Terme provençal. R. _couble_, tresses de paille qui servent d'entraves aux pieds des chevaux.
ENCOUBLER, v. a. Gêner, embarrasser. _Un paillasson troué m'encoubla. La jeune fille s'encoubla dans sa robe et tomba._
ENCOURAGER (S'), v. pron. _S'encourager à l'ouvrage_, signifie, dans notre dialecte: Travailler avec ardeur. _Encourage-toi, Justine, si tu veux nous faire plaisir._ «S'encourager» est un verbe réciproque.
† ENCRE, s. masc. _De l'encre épais._ Ce solécisme est une tradition du vieux français. Dites: «De l'encre épaisse.»
ENCRE À LA CHINE, s. f. Encre de Chine.
ENCROIRE (FAIRE). _T'imagines-tu me faire encroire une semblable bêtise?_ Terme méridional. Dites: T'imagines-tu me faire accroire? etc.
EN CROIRE (S'). S'en faire accroire, être glorieux, se pavaner, faire le faraud. _Voyez donc comme il s'en croit! Tu t'en crois, toi, parce que tu as un paletot neuf._ Terme méridional.
ENCROTTER, v. a. Enfouir, enterrer. _Encrotter un chien, encrotter un cheval._ Terme suisse-roman, savoisien, berrichon, etc. Nos campagnards disent aussi: _Encrotter un tison dans les cendres_. En vieux français, _crot_ signifie: «Creux.»
ENCUCHER, v. a. Terme rural. Envélioter, mettre le foin en véliotes. Voyez CUCHET.
EN DERNIER, loc. adv. Voyez DERNIER.
EN DESSUS DE, prép. Au-dessus de. _Le village de Gingins est à une lieue en dessus de Nyon._
ENDOLORÉ, ÉE, adj. Terme vieux français. Dites: «Endolori, ie.»
ENDOSE, s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Endosse.» Les dictionnaires disent: «Avoir l'endosse, tu en auras l'endosse.» Nous disons: _Porter l'endose, tu en porteras l'endose_.
ENDRUGER, v. a. Mettre de l'engrais dans un champ. Voyez DRUGE.
† EN EFFET DE, loc. adv. En fait de. _En effet d'habit des dimanches, je n'ai que ma blouse neuve. En effet de linge, j'ai deux chemises et un vieux paire de bas. En effet de légume, parlez-moi des écorces noires. En effet de viande, parlez-moi d'une lièvre._ Expression fort usitée.
EN ÉTÉ. _Se mettre en été_, signifie: Quitter les habillements d'hiver et se vêtir légèrement. _Chez nous il n'est jamais prudent de se mettre en été avant le milieu du mois de mai._
ENFANTIAU, s. m. et adj. Celui qui fait des enfantillages. _Faire l'enfantiau; être très-enfantiau._ Dans le vieux français, _enfanteau_ signifiait: Petit enfant.
ENFANTIOLE, s. f. et adj. C'est le féminin du mot _enfantiau_. _À ton âge, Albertine, s'amuser de la sorte, c'est être bien enfantiole. Tu es une véritable enfantiole._
ENFANTISE, s. f. Enfantillage.
ENFARÉ, ÉE, adj. Enfariné, ée. _Il est accouru, la bouche tout enfarée, m'apprendre... que les sauteurs viennent d'arriver._
ENFAUFILER, v. a. Se glisser dans. _Enfaufiler un sentier._ _S'enfaufiler_, v. pron. Se faufiler, s'introduire, se glisser.
ENFILÉE, s. f. Enfilade. _On nous fit traverser une longue enfilée de chambres et de corridors._
EN FIN DE COMPTE, loc. adv. Au bout du compte, en résumé, enfin.
ENFLAMMATION, s. f. Inflammation.
ENFLAMMATOIRE, adj. _Rhume enflammatoire._ Dites: «Inflammatoire.»
† ENFLE, adj. Enflé. _À la suite d'une tombure, son genou devint tout enfle._ Français populaire.
ENFONCE, s. f. Enfoncement. _Il demeure dans un certain recoin, dans une certaine longue, vilaine enfonce de la rue du Perron._
ENFOURNER (S'), v. pron. S'enfoncer, se fourrer. _Quand la nuit on crie à l'eau! mon poltron s'enfourne dans son lit et laisse crier._ Dans le dialecte languedocien, _s'enfourna_ se dit du vent qui entre avec impétuosité et s'engouffre dans un lieu étroit. Ces deux sens du verbe _s'enfourner_ manquent dans les dictionnaires.
ENGLAUDINER, v. a. Enjôler, endoctriner, duper. _Par tes paroles mielleuses tu espères peut-être m'englaudiner, mais bernicle._ Dans le Jura on dit: _Englauder_. R. _Glaude_ ou _Claude_, nom propre, qui est quelquefois synonyme de «niais.»
† ENGOND, s. m. Gond. _Poser les engonds; arracher les engonds._
ENGORGELER et ENGORGER, v. a. Faire entrer par force un aliment dans la _gorge_; ingurgiter. _Il fallut lui desserrer les dents et lui engorger sa potion._
ENGRINGER, v. a. Chagriner, rendre triste, peiner. Terme suisse-roman. Dans le vieux français, _engraigner_ a le même sens. R. _gringe_. Voyez ce mot.
ENGRENER (S'), v. pron. Se dit surtout des personnes, et signifie: S'engager dans une affaire, y participer. Se prend d'ordinaire en mauvaise part. _Si tu t'engrènes une fois dans cette spéculation, je crains pour ta bourse._ Terme recueilli par Boiste et par Chapsal. Nous disons aussi à l'actif: _Engrener_, dans le sens de «Commencer.» _Engrener une affaire. Engrener des relations. La chose fut mal engrenée et elle échoua._ Le dictionnaire de l'Académie et celui de Mr Bescherelle ne disent rien de satisfaisant.
ENGUEUSEUR, EUSE, s. Celui ou celle qui engueuse, qui endoctrine, qui trompe par de belles paroles. Terme familier, qui ne s'emploie guère qu'en plaisantant.
ENGUIGNACHÉ, CHÉE, adj. Qui a du guignon, qui est en guignon. Augmentatif d'_enguignonné_.
ENGUIGNÔCHER (S'), v. pron. S'habiller étrangement, s'accoutrer d'une manière qui apprête à rire. Ne se dit que des femmes.
ENGUIGNONNÉ, NÉE, adj. Qui a du guignon, qui est en guignon. _Permettez-moi de quitter le jeu, je suis trop enguignonnée aujourd'hui._ Terme parisien populaire.
EN HAUT ou EN HAUT DE, prép. _En haut la Cité; en haut la Treille; en haut de Coutance._ Dites: Au haut de la Cité, au haut de la Treille, etc.
ÉNIERLER (S') ou S'ÉNIARLER, v. pron. Se fatiguer à l'excès, s'éreinter. L'ancien _Glossaire_ dérive le mot _énierler_ de la préposition latine _e_, et de _nerio_, force, puissance. Le mot _nerio_ ne se trouve pas dans les dictionnaires. Mais, sans recourir aux langues anciennes, les mots genevois populaires _Nière_, _nierf_, ou _niarf_, nous fournissent spontanément la véritable étymologie de ces deux termes.
ENJOUER, v. a. Mettre en joue, coucher en joue. _Le garde-chasse enjoua notre braconnier._ Ce mot n'est pas dans les dictionnaires.
EN LÀ, adv. En delà, plus loin. _S'il vous plaît, Messieurs, tirez-vous en là, placez-vous tant soit peu en là. Aide-moi, Drion, à mettre ce placard plus en là._ Terme languedocien, etc.
ENLESSIVER, v. n. Encuver le linge destiné à la lessive.
ENLIASSER, v. a. Mettre en liasse. _Enliasser du linge_, c'est: En faire une trousse, l'accoupler. Terme méridional.
ENLIER, v. a. et n. Agacer. _Être enlié_, signifie: 1º Avoir les dents agacées; 2º Avaler avec difficulté. [P. G.]