Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 14
DIGESSION, s. f. _Faire digession. Avoir une mauvaise digession._ Écrivez «Digestion,» et faites sonner le _t_ après l'_s_.
† DIMANCHE (UNE). _On ira à Salève la première dimanche de juillet._ Ce mot est masculin aujourd'hui; il était encore féminin au milieu du dix-septième siècle. L'historien Spon, dans son _Histoire de Genève_, dit: «_La deuxième dimanche de mars._»
DIMANCHE, s. f. Argent de poche qu'on est dans l'usage de donner chaque dimanche aux enfants et aux adolescents. _Sa dimanche lui a été retranchée. Notre garçon économise toutes ses petites dimanches._ Ce mot est masculin.
DINDE (UN). _Un dinde farci. Ils emplétèrent deux gros dindes pour leur Escalade._ Faute très-répandue en Suisse, en Savoie et en France. Dites: Une dinde ou un dindon.
DÎNER AVEC. _Nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli._ Il est plus correct et plus élégant de dire: Nous dînâmes DE soupe et DE bouilli.
DIOGUET, adj. et s. m. Nigaud, niais, dadais.
DIOT, s. m. (Prononcez _dio_, _o_ bref.) Terre glaise. _Des pétards de diot. Des mâpis de diot. Votre simolat a cuit trop longtemps: c'est du papet, c'est du diot._ Dans le canton de Vaud, _s'endioter_ veut dire: S'enfoncer dans quelque chose d'épais, s'empêtrer.
DIOTU, UE, adj. Épais, ferme. _Une soupe diotue; du pain diotu._
DIRE, v. a. Demander. _Dis à Joseph s'il peut venir me parler. Dites au fermier s'il pourrait nous fournir quelques artichauts._ Locution méridionale.
DIRE, v. a. Se vanter, se donner du jabot. _Ce n'est pas pour dire, mais je saurais en faire autant que toi._ Expression française populaire.
† DIRE À QUELQU'UN. _Ce meunier qui passe, comment lui dit-on? Cette femme que nous avons rencontrée hier, comment lui dit-on?_ Expression qui équivaut à: «Comment l'appelle-t-on? Quel est son nom?»
DISCREUSAGE, s. m. Terme d'art. Décreusage.
DISCREUSER, v. a. Décreuser.
DISPARAT (UN). _Un disparat choquant._ Ce mot est féminin, et il s'écrit avec un _e_ final: Disparate. «Disparate choquante.»
DISPARUTION, s. f. Disparition.
DISSIPÉ, s. m. _Un jeune dissipé._ Selon les dictionnaires, ce mot n'est pas substantif.
DISTAC, s. m. Terme de tir. Prix supplémentaire donné par des amateurs. _Mettre un distac, remporter un distac, faire plusieurs distacs._
DISTINCTÉMENT, adv. «J'ai reconnu _distinctément_ ces ardoises.» [DE SAUSSURE, _Voyage dans les Alpes_, t. I, p. 504.] «Je ne voyais pas _distinctément_.» [_Ibid._, p. 288.] Écrivez et prononcez «Distinctement.»
DISTRAIRE, v. a. Ce verbe, et ceux qui viennent de «traire,» comme «soustraire» et «extraire,» sont d'une conjugaison difficile. Nous disons: _Vous me distraisez; ces enfants me distraisaient, ils me distraisent; je n'aime pas qu'on me distraise_. «Trop d'autres goûts me _distraisent_. L'exercice... me _distraisant_ sur mon état.» [J.-J. ROUSSEAU, _Confessions_, livres I et VI.] Il faut dire: Vous me distrayez, ils me distrayaient, ils me distraient, distrayant.
DIVISER, v. n. Deviser, causer, jaser. Le mot «Deviser» vient de _devis_, qui, en vieux français, signifiait: Discours, entretien familier, conversation.
DIX-HEURES (LES), s. m. pl. L'heure sèche, petit repas sec, petite collation qui se fait à _dix heures_ du matin. _Faire les dix-heures._ On dit aussi au singulier: _Faire le dix-heures; faire un dix-heures_.
DIZEURER, v. n. Se dit quelquefois pour signifier: Faire le repas de _dix heures_.
† DOBLIGÉ, DOBLIGÉE, part. Obligé, forcé, contraint. _L'incendie éclata dans le cabaret, et les buveurs furent dobligés de se sauver par la fenêtre._ On dit aussi, sous forme de remerciement: _Je vous suis bien dobligé_.
DODO, s. m. Terme enfantin. Lit, couchette. Français populaire.
DOGUIN, DOGUINE, s. Terme d'écolier. Se dit de certains objets, et signifie: Gros, grosse. _Quel doguin de mâpis! Venez tous voir le doguin de poisson que j'ai pris._
DOIGT, s. m. Nous disons proverbialement: _Se mettre le doigt dans l'œil_, ou, _Se mettre du doigt dans l'œil_, pour signifier: Faire une fausse spéculation, faire un faux calcul. _En vendant sa campagne pour acheter des rentes de France, il s'est mis le doigt dans l'œil._
DÔLE (LA). Nom propre de montagne. Nous disons proverbialement d'une chose qu'on nous représente comme remarquable, prodigieuse, extraordinaire, et sur laquelle nous portons un jugement moins favorable: _Ce n'est pas la Dôle. Traverser le lac à la nage?... Ce n'est pas la Dôle. Faire à pied quatorze lieues par jour?... Ce n'est pas la Dôle_; c'est-à-dire: Ce n'est pas merveille. _As-tu lu le nouveau poëme de Z. Z**?--Oui, je l'ai lu; ce n'est pas la Dôle._
DOMESTIQUE, s. m. Ne dites pas: _Un domestique en homme_; dites tout court: Un domestique.
DOMMAGER, s. m. Causer du dommage, gâter, prodiguer. _Dommager du pain_, signifie: Le perdre, le jeter sans profit pour personne, le gaspiller. _Ne dommagez pas ces restes de viande: ils feront plaisir à un mendiant._ Terme suisse-roman. Le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie donne le verbe _dommager_ comme hors d'usage: c'est possible. A Genève il est d'un emploi journalier. On disait en vieux français: _Damager_. R. _dam_. [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire roman_.]
DONDAINE, s. f. Dondon, femme ou fille grasse et d'un solide embonpoint. _Quelle dondaine! Quelle puissante dondaine!_ Terme lorrain, etc.
DONNE, s. f. Dans la commune de Meyrin et lieux avoisinants ce mot signifie: «Belle-mère.» Dans le canton de Vaud il signifie: _mère_, et dans le vieux français il se disait pour «Dame, femme noble.» R. latin, _domina_; italien, _donna_.
DON-NE, s. f. Ce terme, fort connu dans les communes réunies, se dit plus particulièrement d'une distribution de pain à tous les pauvres de la paroisse après un enterrement. _Faire une don-ne._ Terme vaudois, savoisien, dauphinois, languedocien et vieux français.
DONNER, v. neutre. Se dit principalement des vaches et signifie: Frapper de la corne. _Prenez garde, Madame, notre vache donne._ En Languedoc et en Dauphiné, _donner_, v. n., se dit des mules, et signifie: «Ruer.» _Votre mule donne-t-elle?_
DONNER, v. neutre. Nous disons: _Ce vin donne à la tête_. Les dictionnaires disent: «Ce vin porte à la tête,» ou, «Ce vin donne dans la tête.»
DONNER, v. neutre. Nous disons: _L'odeur du musc donne sur les nerfs_. Les dictionnaires disent: «Porte sur les nerfs.»
DONNER DU PIED CONTRE. Nous disons figurément: _Un tel ne donne pas du pied contre cette proposition, contre ce projet_, pour signifier: Un tel ne s'oppose pas à cette proposition, à ce projet.
DONNER LE TOUR. Faire un circuit, faire le tour. _Qui est-ce qui frappe là-bas?--C'est moi, père.--Eh bien, donne le tour par la maison de Trimolet._
DONNER LE TOUR. Signifie, au sens figuré: Avoir de quoi suffire aux dépenses de l'année; gagner de quoi faire face à tous les besoins journaliers. _Nous ne mettons rien de côté, nous autres, mais nous donnons le tour._
DONNER UN COURS. _Mr N**, licencié en philosophie, donnera cet hiver un cours de dialectique. TABLEAU des cours qui seront donnés, l'hiver prochain, par les professeurs de l'Académie de Genève._ Terme consacré chez nous, utile en beaucoup de cas, mais inconnu aux dictionnaires. On dit en France: _Faire un cours, faire des cours_.
DONNER (SE), v. pron. _Votre ami Z** est un honnête homme, mais il se donne un peu trop à la boisson._ Dites: Mais il s'adonne un peu trop à la boisson.
DONNER PEUR (SE). S'effrayer, prendre de l'épouvante. _Se voyant seule dans un chemin écarté, Alexandrine se donna peur._ Expression fort usitée.
DONT AUQUEL. Sorte d'adjectif des 2 genres qui signifie: «Bien né, bien élevé, riche, et qui a de bonnes manières.» _Un jeune homme dont auquel; une jeune personne dont auquel._ En français, cette expression se prend toujours en mauvaise part.
DORAN-NAVANT, adv. Écrivez et prononcez «Dorénavant.»
† D'ORE-S-EN-AVANT, adv. Dorénavant. _Te voilà guéri de ton indigestion, Anselme; tâche de moins gaillaufrer d'ore-s-en-avant._ Terme vieux français. R. _hora_.
DÔTER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ôter. _Dôtez-vous d'ici, mes enfants. Dôte-toi de là._ Dans le Berry, _d'ôter_ signifie: Ôter, enlever. En vieux français, _tauter_ a le même sens.
DOUBLE, s. f. Terme de boucherie. Gras double.
DOUBLET, s. m. Terme de chasseur. Coup double. _Pour son début, Alberti vient de faire un doublet_; c'est-à-dire: Chacun des deux coups de son fusil a atteint le but.
DOUCE, s. f. Ne s'emploie que dans cette locution adverbiale: _À la douce_; c'est-à-dire: Doucement, couci-couci, ni bien ni mal, tolérablement. _Comme ça va-t-il avec la santé, Monsieur Bégoz?--Ça va tout à la douce._
DRÂCHÉE, s. f. Résidu ou crasse du beurre fondu. _Un morceau de drâchée; une figâce à la drâchée; un châchô à la drâchée._ Terme suisse-roman. Dans le patois de l'Isère on dit: _Drachi_. En provençal, _draco_ signifie: Marc de raisin. En rouchi, _draque_, en vieux français, _drasche_, et en français, _drèche_, signifient: Marc de l'orge qui a été employée pour faire de la bière. Ce mot _drâchée_ est en usage quelquefois au sens figuré, et il se prend alors en mauvaise part.
DREMILLE ou DORMILLE, s. f. Loche franche, poisson.
DROIT, adv. Précisément, exactement. _Venez droit à midi. Tu arriveras droit à l'heure convenue._
DROIT, DROITE, adj. Debout. _La pauvre Emma avait un si grand sommeil qu'elle dormait toute droite. Le quart des assistants resta droit pendant tout le spectacle._ Faute très-répandue.
DROIT (LE). _Le droit d'une étoffe._ Dites: «L'endroit.» L'endroit et l'envers.
DROIT FIL (À). Nous disons: _Couper à droit fil, aller à droit fil_, pour signifier: Couper une étoffe entre deux fils sans biaiser. Les dictionnaires disent: «Couper DE droit fil; aller DE droit fil.»
DROITIER, s. m. Cheval de droite.
DRÔLE, s. m. _Le pauvre drôle était gisant et moribond._ En français, «Drôle» (subst.), ne se prend qu'en mauvaise part. «Je t'apprendrai, drôle, à obéir promptement.»
DRUGE, s. f. Engrais, fumier. Ce mot appartient à notre patois et aux patois de Vaud et de Fribourg. R. _dru_.
DRUGEON, s. m. Femme ou fille forte, hardie, laborieuse. _Notre Josette est un vrai drugeon._ R. _dru_.
DU BONHEUR QUE... Voyez BONHEUR.
DU DEPUIS, adv. _Nous avons campé ensemble il y a douze ans, et l'on ne s'est pas vu du depuis._ Terme français populaire et vieux français. Dites: Depuis, ou dès lors.
DU MATIN. _J'irai du matin. Venez du matin. On partira du matin._ Dites: Dès le matin.
D'UN JOUR L'UN. Expression bizarre qui revient à celle-ci: «De deux jours l'un.» _Il se baigne en Arve d'un jour l'un. Jérémie doit prendre une purge d'un jour l'un._
DU MOINS, adv. _Je ne peux que du moins_, signifie: Je suis forcé d'agir de la sorte; il faut que je fasse ainsi. _J'ai souscrit à l'ouvrage de Mr N**: je ne pouvais que du moins. Nos polissons, à force de tourmenter la porte et de la sigougner, l'ont disloquée, et ça ne pouvait que du moins._
D'UN. _C'est d'un joli! C'est d'un beau!_ Signifie: C'est si joli! C'est si beau! _Ce Mr Z** est d'un bête! Ce travail est d'un long, d'un fatigant, d'un assommant!_ Français populaire.
DURÉE, s. f. Nous disons avec les Méridionaux: _Une étoffe de durée, un drap de durée_, pour signifier: Une étoffe de bon user, un drap de bon service.
DUVET, s. m. Couvre-pied d'édredon. _J'avais trop chaud, je lançai à terre mon duvet._ Le mot de «Duvet» est français, mais avec une signification différente.
E
EAU, s. f. Nous disons: _Crier à l'eau! Les cris d'à l'eau! à l'eau! se répétaient dans toutes les rues._ On dit en France: «Crier au feu!»
ÉBALOURDIR, v. a. Abalourdir, étourdir, troubler. R. _balourd_, homme stupide.
ÉBARAGNER, v. a. Enlever, au moyen d'un _ébaragnoir_, les toiles d'araignée. _Ébaragner un plafond, ébaragner un corridor._
ÉBARAGNOIR, s. m. Longue époussette, long balai à tête ronde, destiné à ôter les toiles d'araignée. R. _aragne_.
ÉBAU ou ÉBAUD, s. m. Terme des campagnards. Signifie: 1º Un feu clair, un feu flamboyant, un feu de joie dans les champs; 2º Un flambeau de poix. Ce mot est probablement l'origine du verbe «Ébaudir» (égayer, divertir, réjouir).
ÉBAUCHE (UN). _Un petit ébauche._ Ce mot est féminin.
ÉBÉNISTRE, s. m. Écrivez sans _r_, et prononcez «Ébéniste.» _Ébénistre_ se dit aussi en Lorraine, et sans doute ailleurs.
ÉBERCHER, v. actif. _Couteau éberché, assiette éberchée._ Terme français populaire. Dites: «Ébrécher.»
ÉBERCHURE, s. f. _Faire une éberchure à une tasse, à une_ _assiette, à un couteau._ On devrait dire en français: «Ébréchure,» mais ce mot utile ne se trouve pas dans les dictionnaires.
ÉBOÉLER, ÉBOILER, ou ÉBOUELLER, v. a. Éventrer, faire sortir les boyaux, arracher les entrailles. Terme vaudois et vieux français. R. _boël_, boyau.
† ÉBOLUTION, s. f. Ébullition, éruption passagère qui survient à la peau.
ÉBORNICLER, v. a. Éborgner. _Le soleil nous éborniclait._
ÉBOURIFFLER, v. a. _Cheveux ébourifflés. Cette grosse bise m'a ébourifflée._ Le verbe français est «Ébouriffer.»
ÉBRAISER, v. a. Remuer la braise d'une chaufferette ou d'un brasier. Ce terme, usité aussi chez nos proches voisins, mérite d'être observé.
ÉBRIQUER, v. a. Briser, mettre en pièces, effondrer. _Ébriquer une caisse. Écuelle ébriquée; pipe ébriquée._ Terme suisse-roman et savoisien. R. _brique_. Voyez ce mot.
ÉCAGNER QUELQU'UN. L'écarter, le mettre de côté, le supplanter, le chasser.
ÉCALABRER, v. a. Ouvrir entièrement. _La porte resta écalabrée. Portes et fenêtres étaient écalabrées._ A Lausanne et à Neuchâtel on dit: _Écalambrer_. Dans le patois dauphinois, _eicalambra_, et dans le dialecte languedocien, _escarlamba_, signifient: Écarquiller les jambes. Tous ces termes, fort expressifs, n'ont point d'équivalents en français.
ÉCAMBOUILLI ou ESCAMBOUILLI, IE, adj. ou partic. Ébouilli, trop cuit, diminué par la cuisson. _Bouillon écambouilli; sauce écambouillie; viande écambouillie._
ÉCARABILLER, v. a. Écarquiller. _Tout en dormant, il avait les yeux écarabillés._ Dans le dialecte provençal, _escarabiha_ signifie: Éveillé, gai, de bonne humeur. Le dictionnaire de l'Académie (édition de 1760) enregistre encore le mot d'_Escarbillard_, et lui fait signifier: Éveillé, gai, enjoué.
ÉCARAFLER, v. a. Aplatir, écacher, écraser. _Il s'est écaraflé le genou en tombant. En remuant cette pierre, je m'écaraflai le pouce._
ECCÉTÉRA ou ECCÉTRA. Expression qui a passé du latin dans le français. Écrivez et prononcez «et cétéra,» en faisant sonner le _t_ du mot _et_.
ÉCHAFFOURÉE, s. f. Échauffourée.
ÉCHALAS, s. m. La syllabe finale est longue, comme dans les mots _appās_ et _trépās_; mais les Genevois la prononcent aussi brève que la dernière syllabe des mots _prélăt_, _plăt_, _éclăt_, etc.
ÉCHANGE (UNE). _Une échange avantageuse._ Solécisme fort répandu. «Échange» est masculin, aussi bien que «Change.»
ÉCHAPPER, v. actif. _Tu as échappé une occasion excellente._ Dites: «Tu as laissé échapper, tu as manqué une occasion excellente.»
ÉCHARAVOÛTÉE, s. f. Rossée, étrillée. _Ils se sont donné là une fameuse écharavoûtée._ On dit dans le même sens: _Ils se sont fameusement écharavoûtés_. Terme énergique, mais trivial.
ÉCHARAVOÛTER, v. a. Mettre en désordre, embrouiller (au sens propre). _Fil écharavoûté; cheveux écharavoûtés; femme écharavoûtée._
ÉCHARBOTTER, v. a. Mêler, embrouiller. _Écheveau écharbotté; crinière écharbottée._ Terme savoisien, dauphinois et vieux français. Dans le patois de Dijon, _encharbôtai_, et dans le patois franc-comtois, _encharbouter_, signifient: «Embarrasser.»
† ÉCHARPE, s. f. _Une écharpe au doigt._ Dites: «Écharde.»
ÉCHARPINER ou ÉCHARPIGNER, v. a. Se dit du chanvre qu'on ouvre, qu'on ébouriffe après qu'il a été battu, et avant qu'il passe dans les mains de ceux qui doivent le peigner. Figurément, _écharpiné_ signifie: Échevelé, ébouriffé. _Cheveux écharpinés; coiffure écharpinée._ Terme vaudois, valaisan et savoisien. Dans le patois franc-comtois on dit: _Encharpé_. En languedocien et en provençal, _escarpina_ signifie: Écheveler, tirer par les cheveux, écharper, déchirer. Dans ces mêmes dialectes, _charpineux_ se dit d'un arbre hérissé de pointes. R. lat. _carpere_.
ÉCHART, ÉCHARTE, adj. Terme de couturière. Se dit de ce qui manque d'ampleur, de ce qui est étriqué. _Robe écharte; manteau échart; rideau échart._ Terme suisse-roman et franc-comtois. Dans le vieux français, _échars_, et en italien, _scarso_, signifient: Chiche, mesquin, avare.
ÉCHEMI, IE, adj. Terme culinaire. Se dit de certains mets qui manquent de suc et qui sont, par cela même, desséchés. _Viande échemie, légume échemi. Un bouilli échemi_ est un bouilli maigre et comme desséché.
ÉCHEVETTE, s. f. Écheveau. _Échevette de fil; échevette de soie; échevette embrouillée._ Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais, comtois, lorrain et vieux français.
ÉCHILLE, s. f. Esquille, écharde, éclat de bois. [P. G.]
ÉCHINANT, ANTE, adj. Très-fatigant, accablant, tuant. _Travail échinant; occupation échinante._ «Échinant,» en français, est un participe et non un adjectif; du moins, ce mot n'existe-t-il, sous cette dernière forme, dans aucun dictionnaire usuel.
† ÉCHIRER, v. a. Déchirer. _Fais donc attention, Lise, tu me marches et tu vas m'échirer._
ÉCHIRURE, s. f. Déchirure.
ÉCHOPPLE, s. f. Terme d'art. Échoppe, pointe dont se servent plusieurs artistes, et surtout les graveurs.
ÉCHOPPLER, v. a. Échopper, travailler avec l'échoppe.
ÉCLAFFER, v. a. Écraser avec le pied un objet qui éclate et rend un bruit ou exprime un suc par le fait même de l'écrasement. _Éclaffer une poire; éclaffer une grenouille; éclaffer un escargot. Il lui éclaffa le nez d'un coup de poing._ Terme vaudois, neuchâtelois et franc-comtois. Dans le dialecte languedocien, _esclafa_. En vieux français, _esclaffer_ veut dire: «Éclater» (_s'esclaffer de rire_); en limousin, _escloffa_, aplatir, ouvrir en pressant, comme on le fait pour une noix; en picard, _éclifer_, fendre, déchirer. Tous ces termes sont des onomatopées évidentes; mais la plus remarquable de toutes est notre mot patois _écllafà_ (_ll_ mouillés).
† ÉCLAIR (UNE). Ce mot est masculin.
ÉCLAIRCI (UN). _Au premier éclairci nous partirons._ Terme bordelais, etc. Dites: Éclaircie.
ÉCLAIREMENT, s. m. Éclairage. «Dans l'hiver de 1755 à 1756, un grand nombre de particuliers firent allumer la nuit des lanternes devant leurs maisons, pour éclairer la rue, et ils continuèrent cet _éclairement_ pendant tout l'hiver.» [J. PICOT, _Histoire de Genève_, t. III, p. 303.]
ÉCLAIRER, v. a. Allumer, faire brûler. _Éclairer les quinquets; éclairer le feu._ Terme méridional, etc.
ÉCLATER (S'), v. pron. Se gercer, se crevasser. _Le froid fait éclater les mains_ (fait gercer les mains).
ÉCLATER (S'), v. pron. _S'éclater de rire._ Terme vieux français. On dit aujourd'hui: «Éclater de rire.»
ÉCLIFFE, s. f. Seringue en sureau avec laquelle les enfants se jettent de l'eau. J.-J. ROUSSEAU, dans ses _Confessions_, livre Ier, dit: _Équiffles_. «A Bossey... nous faisions des cages, des flûtes, des volants, des tambours, des maisons, des _équiffles_, des arbalètes.» C'est le mot _écliffe_, avec une prononciation différente: la véritable est _eykllieffa_ (_ll_ mouillés et _a_ presque muet).
ÉCLÔPÉ, PÉE, adj. et partic. _Comme tu es éclôpé, Daniel!_ Prononciation genevoise du mot _écloppé_, dont l'_o_ est bref, comme dans _développé_.
ÉCOLAI ou ÉCOULAI, s. m. Terme des campagnards. Mère-goutte, surmoût, vin qui coule du pressoir dans la cuve avant que le raisin soit pressé.
ÉCORCE NOIRE, s. f. _Un plat d'écorces noires._ Terme suisse-roman et savoisien. On dit en français: «Scorsonère.»
ÉCORCES, s. f. pl. _Sécher des écorces; brûler des écorces._ Le mot français est «Tannée.»
ÉCOT DE BOIS, s. m. Bûchette, ramille, menu bois que les pauvres gens vont ramasser dans les forêts, ou au bord des haies, ou près des ruisseaux. Sismondi n'a pas hésité d'adopter ce mot. «Quelques petits _écots_ recueillis le long des chemins, etc.» [_L'Irlande en 1834_; article de la Bibliothèque Universelle, mai 1836.] Terme suisse-roman et jurassien. Montaigne dit: _Escot_; on le dit encore dans le patois limousin (_esco de boï_). Au sens figuré nous disons: _Être maigre comme un écot; être sec comme un écot_.
ÉCOTER, v. n. Ramasser des _écots_, c'est-à-dire, du menu bois. _Où allez-vous, brave femme?--Pauvre Monsieur, je vais écoter le long d'Arve._
ÉCOUAIRU, UE, s. et adj. Petit, maigre, débile, chétif. _Un écouairu comme toi, vouloir camper! Dis voir, Cabot, connaîtrais-tu par hasard la femme de Jean Lorrain, cette petite écouairue, qui tient une boutique brisée darnier le Rhône?_ Dans quelques provinces de France, _écouer_ signifie: Couper la queue à un animal (_écouer un chien_), et c'est là peut-être l'origine de notre mot _écouairu_. Dans le patois vaudois, _écouairu_ veut dire: «Écureuil.»
ÉCOUAIRÙLE, s. f. C'est un féminin du mot précédent.
ÉCOUENNE, s. f. Force, vigueur. _Il y va de toutes ses_ _écouennes_, c'est-à-dire, de toute sa force. _Tu n'as pas l'écouenne_, tu ne peux pas, tu n'es pas assez fort.
ÉCOUENNER (S), v. pron. S'efforcer. Voyez COUANNE.
ÉCOULER, v. a. Terme de tricoteuse. Laisser couler, laisser tomber, laisser échapper. _Écouler une maille; maille écoulée._
ÉCOVET ou ÉCOVÉ, s. m. Écouvillon, linge fixé à l'extrémité d'une perche et servant à nettoyer le four. Terme suisse-roman. En provençal, _escoubo_, en vieux français, _escouve_, et en français, «écouvette,» signifient: «Balai.»
ÉCRELET ou LÉCRELET, s. m. Sorte de nougat. _Des écrelets de Bâle._ Terme suisse-roman, formé du mot allemand _Leckerei_, friandise.
ÉCREMÉ, ÉE, adj. _Étang écremé, rivière écremée._ Étang, rivière dont les froids de l'hiver commencent à congeler la surface.
ÉCREMER, v. a. _Écrémer du lait._ Écrivez et prononcez «Écrémer,» avec un accent aigu sur les deux _é_.
ÉCRITOIRE (UN). _Un petit écritoire._ Ce mot est féminin.
ÉCRIVISSE, s. f. _Pêcher aux écrivisses._ Terme suisse-roman, savoisien et franc-comtois. Dans le vieux français on écrivait et on prononçait _Escrivisse_, et l'on ne dit pas autrement dans plusieurs villages de notre canton.
ÉCU, s. m. _Écu changé, écu mangé._ Ce proverbe, peu répandu à Genève, mais qui nous appartient réellement, signifie qu'une pièce d'argent, dès qu'elle est changée, est bientôt dépensée. Ce proverbe a été recueilli par deux dictionnaires modernes, savoir, le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie (au mot Manger), et le Dictionnaire national de M. Bescherelle.
ÉCUELLE, s. f. _Écuelle de lait._ Dites: Écuellée de lait.
ÉCUELLE, s. f. Nous disons figurément: _Verser son écuelle_, pour signifier: «Faire mal ses affaires.» _Un tel a versé son écuelle_; c'est-à-dire: Un tel a perdu, en tout ou en partie, ce qu'il possédait.
ÉCUELLE, s. f. Ricochet, bond que fait une pierre plate et légère jetée obliquement sur la surface de l'eau. _Faire des écuelles._