Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 11
CONTRE FIN (À), loc. adv. Dites: A fin contraire. _En agissant de la sorte, tu vas directement à contre fin. Nos plans, nos mesures, nos combinaisons, sont allées à contre fin._ Expression très-répandue.
CONTRE-POIDS, s. m. Valet, poids qui pend avec une corde derrière la porte, pour faire quelle se ferme sans qu'on la touche. «Contre-poids» est français, mais il n'a pas cette signification dans les dictionnaires.
CONTRE-POINTE, s. f. Courte-pointe, couverture de lit piquée.
CONTRE-POINTIER, CONTRE-POINTIÈRE, subst. «Mademoiselle Giraud était _contre-pointière_.» [J.-J. ROUSSEAU, _Confessions_, livre IV.] Terme suisse-roman, français populaire et vieux français. Aujourd'hui on dit: Courte-pointier, courte-pointière.
CONTREVENTION, s. f. Contravention. _Être pris en contrevention._ Terme français populaire et vieux français.
CONTRIÈRES, s. f. pl. Gardes d'une serrure.
CONVENIR, v. a. et n. Faire accord. _Qu'avez-vous convenu ensemble?--Nous avons convenu de partir dans quinze jours._ Dites: De quoi êtes-vous convenus ensemble?--Nous sommes convenus de partir dans quinze jours.
CONVOI FUNÈBRE, s. m. _Vous êtes prié par la famille de Mr N** d'assister à son convoi funèbre qui aura lieu_, etc. Formule consacrée chez nous et dans plusieurs villes du midi de la France. Au lieu de _convoi funèbre_, dites: Enterrement, ou bien dites «Convoi» tout court, et sans y ajouter d'épithète.
COPON, s. m. Sébile, grande écuelle de bois, destinée à recevoir la pâte que l'on porte au four. Le _copon_ avait jadis un second emploi: la plupart des marchands y tenaient l'argent de la vente journalière; et c'est de là qu'est venue cette expression proverbiale: _Mettre la main au copon_, laquelle signifie: Soustraire de l'argent à un patron.
COPON, s. m. Employé au sens figuré, ce mot est un terme de couturière. Il se dit d'un vêtement mal coupé ou d'une couture mal faite, qui occasionne un renflement dans l'étoffe. _Le dos de ta robe va mal: il fait le copon du côté droit et tu as l'air bossue._
COPONNER, v. n. Faire le _copon_. Voyez ce mot, no 2.
COPONNIER, s. m. Dans l'ancienne langue genevoise, on appelait _coponnier_ l'ouvrier qui fabriquait la vaisselle de bois.
COQ, s. m. (fig.) _À nous le coq_, est une expression proverbiale qui signifie: À nous la supériorité, à nous le fion, à nous le bouquet. _Pour les chaînes de montres, à nous le coq. Pour accommoder une truite, à moi le coq, à moi le pompon._ «Le coq du village» est une expression française fort connue; mais celle-ci: _à nous le coq_, n'est pas dans les dictionnaires usuels.
COQUARD, adj. masc. _Être à son point coquard, être à son moment coquard_, signifient: Être à son maximum de bonté, de beauté, d'excellence, de perfection. _Mangez vite cet œuf, il est à son point coquard. Venez voir le Mont-Blanc, il est à son point coquard. Cueillez-moi ces pêches, François, c'est l'instant coquard. Ta fille n'a point de dot, mais elle est jolie; dépêche-toi de la marier pendant qu'elle est à son point coquard._ On voit par ces exemples: 1º Que notre mot _coquard_, inconnu à tous les dictionnaires et à tous les glossaires, appartient au style familier; 2º Qu'il n'a point de correspondant exact en français. L'étymologie de ce singulier terme pourrait se chercher dans le vieux mot _coquardise_. [Voyez le _Glossaire roman_ de ROQUEFORT, et le _Dictionnaire wallon_ de DON FRANÇOIS.]
COQUASSE, s. f. Signifie: 1º Femme ou fille ridicule; 2º Femme ou fille ivrogne. Dans l'ancien français, _coquasse_ signifiait: Chaudron, coquemar, cruche, vase à vin. Voyez CAUQUE.
COQUEMOLLE ou CROQUEMOLLE, s. f. Sorte d'amande dont la coque est facile à briser. Le mot français est «Amande princesse.»
COQUER, v. n. Terme d'écolier. Frapper l'un contre l'autre deux œufs cuits durs. _Qui veut coquer? Veux-tu coquer avec moi?_ Dans le canton de Vaud on dit: _croquer_.
COQUER, v. a. Enlever la coque. _Coquer des noix._
COQUILLON, s. m. Boucle de cheveux. Dans le vieux français, _coquillon_ signifiait: Petite coquille.
CORAILLON ou COURAILLON, s. m. Trognon, cœur d'un fruit ou d'un légume. _Coraillon de pomme, coraillon de poire, coraillon de chou, coraillon de salade._ Terme suisse-roman, savoisien et jurassien. A Lyon et dans le Berry on dit: _Curaille_. En vieux français, _coraille_ signifiait: «Cœur;» _coraillon_ signifiait: «Petit cœur.»
CORBE, s. f. Fruit du sorbier domestique. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs.
CORBEILLE DE NOCE, s. f. _Préparer une corbeille de noce. Envoyer la corbeille de noce._ En français on dit: La corbeille de mariage, ou simplement: «La corbeille.» [ACAD.] «Notre ami Gremillet a dépensé 400 francs pour la corbeille.»
CORDONNIER, s. m. Petit insecte rouge et noir, de l'ordre des Coléoptères.
CORIANDE, s. f. Coriandre, sorte de plante. En latin, _Coriandrum_.
CORNER, v. a. Donner de la corne, frapper de la corne. _Éloignez-vous, mes enfants: cette vache corne; elle vous cornera._ Terme vaudois.
CORNER, v. a. _Corner un chapeau_, c'est le déformer. _Maladroit, tu viens de corner l'aile de mon chapeau._
CORNIOLE, s. f. Terme de Boucherie. Œsophage de l'animal, conduit par où les aliments descendent du gosier dans l'estomac. _Je te demandais de la viande et tu me donnes de la corniole!_ Terme méridional, etc. R. _corne_.
CORPORANCE, s. f. _Grosse corporance; énorme corporance._ Terme suisse-roman, français populaire et vieux français. Le mot véritable est «Corpulence.»
CORPORÉ, ÉE, adj. Membré. En vieux français, _corporu_.
CORPS, s. m. Dans plusieurs de nos villages, _être corps_ se dit d'un mort non enterré. _Pendant que la Fanchon était corps, son mari en guignait déjà une autre._ Expression curieuse.
CORSÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et signifie: Membru, vigoureux, solide, bien taillé. Dans le vieux français on disait _Corsu_, terme usité encore en Normandie.
CORTI, s. m. Voyez COURTI.
CORTIAUD, s. Voyez COURTIAUD.
COSSU, s. m. Nous disons d'une chose belle, d'une chose riche, superbe, bien étoffée: _C'est du cossu_. En français, «Cossu» n'est pas substantif.
COSSU, s. m. Nom que l'on donne à une maladie ou indisposition des vaches, qui leur fait enfler le pis et gêne la sortie du lait. Ce mal leur vient le plus souvent après qu'elles ont vêlé. [P. G.]
COSTI, s. m. Cautère, ulcère artificiel. Dans le canton de Vaud on dit: _Costic_, et en Languedoc, _coustic_.
COTAPILE, s. f. Foule compacte. _C'était une cotapile à y étouffer. J'ai assez d'une pareille cotapile, et l'on ne m'y retrouvera pas. Être à la cotapile_, signifie: Être fort serrés, être fort pressés les uns contre les autres, de manière à en avoir les _côtes pilées_.
COTAPILER, v. a. Presser, fouler, serrer. _L'assemblée était infiniment trop nombreuse: on y était cotapilé._
CÔTES, s. f. pl. Cardes de bettes, cardes de poirée. _Un plat de côtes. Plucher des côtes._ Terme languedocien.
CÔTES, s. f. pl. Nous disons figurément et facétieusement d'un homme bizarre, original, capricieux, qui ne fait rien comme les autres et ne peut se plier ni aux goûts ni aux désirs de personne: _Il a les côtes en long_. Locution provençale. Se dit aussi, mais plus rarement, d'un homme paresseux.
COTON SANS FILÉ, s. m. Coton qui n'est pas filé, coton en bourre.
COTONNE, s. f. Cotonnade, étoffe de coton. _Cotonne quadrillée._ Terme suisse-roman.
COTTE, s. f. Signifie: 1º Étai, appui, soutien. _Mettre des cottes à un pommier qui plie sous le poids des fruits. Mettre des cottes à une masure qui menace ruine. Cotte_ signifie: 2º Cale, c'est-à-dire: Morceau de bois, de pierre, de carton, que l'on place sous un objet quelconque pour le mettre de niveau ou pour lui donner de l'assiette. _Ne voyez-vous pas que cette table remue? Mettez-y une cotte._ En Franche-Comté on dit: _Coute_.
COTTER, v. a. Serrer, assujettir, fixer, caler, mettre une _cotte_. _Cotter une porte, cotter une fenêtre, cotter un contrevent qui bat. Voici la troisième fois que le vent fait tomber ce devant de cheminée: cottez-le donc avec soin._ Dans un sens analogue, _cotter un lit_, signifie: Le border, c'est-à-dire: Mettre les bords de couverture sous le matelas. _Le lit était mal cotté: la couverture est tombée._ Terme suisse-roman, savoisien, méridional et vieux français. On dit en Franche-Comté: _Couter_. Notre mot _cotter_ est le radical perdu des mots français «acoter» (appuyer) et «acotoir» (appui).
COTTER, v. n. S'arrêter, hésiter en récitant ou en déclamant. _Le jeune étudiant nous récita toute la première satire de Boileau sans cotter, sans cotter d'un seul mot. Notre ministre a fait un bien beau sermon: mais il a un peu cotté._ Terme vaudois. A Neuchâtel, _être cotte, rester cotte_, signifie: Rester court, demeurer court.
COTTER (SE), v. réc. Ne pas tomber d'accord sur une vente, sur un achat qui allaient être faits; se tenir à très-peu de chose. _On allait conclure le marché, quand on s'est cotté pour vingt francs. Cette magnifique campagne allait se vendre: on s'est cotté pour une vétille_ (on s'est tenu à une vétille).
COTTES, s. f. pl. Cotillons.
COUAILLÉE et COUAILLER. Voyez COAILLÉE et COAILLER.
COUALER, v. n. Crier comme les enfants. Voyez COAILLER.
COUANNE, s. f. _Couanne de lard._ On écrit «Couenne de lard.» Au sens figuré, _couanne_ signifie: Grande saleté, grande malpropreté. _Va te cacher, caïon, avec ta couanne; va laver ta couanne._ «Couenne» est français, mais non pas dans cette acception.
COUANNE, s. f. Force, vigueur, courage. _Avoir la couanne de_, signifie: Oser, avoir le courage de, avoir le cœur de. _As-tu la couanne de te battre? Lequel de vous quatre aurait la couanne de traverser le Rhône? Si tu as de la couanne, Marmilloud, fais-y voir._ Ce mot de _Couanne_ n'est autre chose que le mot français «Couenne» pris dans un sens figuré, sens que les dictionnaires ne mentionnent pas.
COUANNEUX, EUSE, adj. Très-sale, fort malpropre. _Enfant couanneux; mains couanneuses._ Dans ce sens on ne dit, en français, ni _couanneux_, ni couenneux.
COUÂTRE, s. m. Culot. Le dernier né d'une famille d'animaux, et principalement le dernier éclos d'une couvée. _Voilà le couâtre de nos poulets; voici le couâtre de nos petits lards._ [P. G.]
COUBLE (UNE). Une paire de chevaux de carrosse, une couple. Terme méridional. Selon M. Pierre GAUD, ce mot signifie aussi: Bande, troupe, remonte. _Une couble de chevaux suisses._
COUCHER, v. a. _Coucher le poil à quelqu'un_, le flatter, le cajoler, l'endoctriner pour obtenir de lui une faveur, un bienfait, un avantage quelconque. Image tirée des caresses qu'on fait aux chiens, aux chats, aux chevaux.
COUCI-COUÇÀ, loc. adv. _Et la santé, Monsieur Robert?--Couci-couçà, ni bien ni mal, tolérablement._ On dit en français: «Couci-couci.»
COUDE, s. m. Nous disons figurément et proverbialement d'un homme intelligent qui comprend vite les choses et ne se laisse pas duper: _Il ne se mouche pas du coude_. Le Dictionnaire de l'Académie dit: «Il ne se mouche pas du pied.»
COU DU PIED, s. m. Il faut dire: «Cou-de-pied,» puisqu'on disait anciennement: _Col de pied_. [Voyez les dictionnaires de Robert ESTIENNE et de COTGRAVE.] On disait de même: _Col de bras_.
COUESTE, s. f. Extrait d'absinthe.
COUGNARDE, s. f. Compote de coings, cotignac, résiné. Terme vaudois et neuchâtelois. Dans le Jura on dit: _Coignarde_. R. _coing_.
COUGNE, s. f. Se dit d'une ou de plusieurs personnes qui, étant prises et serrées dans une foule compacte d'où elles voudraient sortir, s'y démènent, s'y agitent violemment en tout sens pour reculer ou pour avancer, pressant ainsi à leur tour et bousculant ceux qui les enveloppent. La _cougne_ est quelquefois un jeu entre écoliers ou entre gamins. On dit alors: _Faire à la cougne_, ou, _Faire une cougne_, ou, _Faire la cougne_.
COUGNER, v. a. Pousser vivement, presser fortement, pousser quelqu'un dans une encognure et l'y serrer. _Qui est-ce qui cougne? Ne cougnez donc pas! On s'est cougné sous le vestibule du Théâtre, jusqu'à y étouffer._ Le verbe français «Cogner» n'a pas ce sens. R. _cuneus_, coin.
COUIN-NÉE, s. f. Voyez COIN-NÉE.
COULERIE, s. f. Perte, ruine, déroute. _Quelle coulerie! Quelle fameuse coulerie! C'est une coulerie complète._
COULEURS, s. f. pl. Façons, sortes. _Dans la dispute, ils se sont insultés et ils s'en sont dit de toutes les couleurs. Notre cadet devient chaque jour plus malin et il nous en fait de toutes les couleurs._
COULEUSE, s. f. Buandière, femme chargée du soin de couler la lessive.
COULOUVRINE, s. f. Coulevrine, ancienne pièce d'artillerie plus longue que les canons ordinaires. C'est du mot _coulevrine_ que s'est formé celui de _Coulouvrenière_, vaste emplacement consacré à nos tirs.
COUP DE CHALUMEAU, s. m. Soleil ardent, soleil donnant aplomb. Expression de nos milices. _Dis donc, Marcelin, quels coups de chalumeau on recevait hier à cette revue._
COUP DE FROID, s. m. Coup d'air, refroidissement. _Prendre un coup de froid; avoir un coup de froid. Ce n'est pas une pleurésie, c'est un très-mauvais coup de froid._
COUP DE PARTI, s. m. Coup de partie, coup qui décide du gain de la partie, coup avantageux. _En achetant cette bicoque, il a fait un coup de parti._
COUPE, s. f. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut environ à soixante-dix-sept litres. _La coupe de blé a coûté, en avril 1847, quarante-deux francs._
COUPEAUX, s. m. pl. Copeaux, éclats de bois.
COUPER, v. a. _Couper pique, couper trèfle_, etc. Terme du jeu de cartes. Dites: Couper À pique, couper À trèfle.
COUPER, v. neutre. Se dit des couleurs, et signifie: Trancher, faire un contraste trop grand, n'être pas assorti. _Le brun et le jaune coupent trop_, c'est-à-dire: Sont des couleurs trop tranchantes.
COUPER LA CHIQUE. Terme trivial. Rabattre le caquet, couper le sifflet.
COUPER, v. a. (fig.) Pour dire: Supplanter quelqu'un, lui enlever sa place, son poste, etc., nous disons figurément et proverbialement: _Lui couper l'herbe sous les pieds_. L'Académie dit: «Lui couper l'herbe sous le pied.» Les proverbes et locutions proverbiales quelconques doivent être conservées intactes, ou elles cessent d'exister. «Ils veulent nous couper l'herbe sous le pied,» dit Voltaire, dans ses _Dialogues_, t. II, p. 186, édition de Baudouin frères.
COUPEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois, fendeur de bois. «Tout _coupeur de bois_, qui, au débarquement d'une voiture, ne serait pas muni de ses outils, ne pourrait venir plus tard, prendre part au travail.» [_Règlement de police_, 1850.]
COUPILLE, s. f. Goupille, petite cheville de laiton ou d'autre métal.
COUPLE, s. m. _Un couple d'écus, un couple d'œufs_, etc. Dites: Une couple d'écus, une couple d'œufs; c'est-à-dire: Deux écus, deux œufs, etc.
COUPS, s. m. pl. _Faire les cent coups, faire les cent dix-neuf coups_, veut dire: Se porter à toutes sortes d'extravagances et d'excès. Français populaire.
COURANT, s. m. Terme de couturière. Coulisse. _Robe à courant._
COURATIER, s. m. Voyez COURIATIER.
COURBATURE, s. f. Lassitude douloureuse.
COURBE, adj. des 2 genres. Courbé, courbée. _Il marche tout courbe; elle se tient toute courbe._
COURGERON, s. m. Potiron, sorte de légume. _Peler des courgerons._ Terme suisse-roman et savoisien.
COURGE SAUVAGE, s. f. C'est le nom que nous donnons à une plante appelée en français Couleuvrée ou Bryone. [P. G.]
COURIATER, v. neutre. Courir, perdre son temps, vagabonder. Se dit surtout des jeunes garçons et des jeunes filles. _À çà, Françoise, où avez-vous été couriater, que vous rentrez si tard?--Couriater, Madame? Je me suis promenée tranquillement avec mon amie._ Ce mot de _couriater_ n'a point d'équivalent exact en français.
COURIATERIE, s. f. Action de _couriater_.
COURIATIER, IÈRE, ou COURATIER, IÈRE, s. et adj. Celui ou celle qui perd son temps en courses de plaisir inutiles. Se dit surtout des jeunes garçons et des jeunes filles. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. En vieux français, _couratier_ signifie: 1º Messager; 2º Courtier.
COURT (À). _Vous étiez à court d'argent; je suis à court de pommes de terre; elle est à court de fascines_, etc. Dites: Vous étiez court d'argent; je suis court de pommes de terre; elle est court de fascines. Dans ces exemples, «Court» est un adjectif invariable.
COURTE-BÛCHE, s. f. Courte-paille. _Tirer à la courte-bûche._ Terme suisse-roman. Voyez BÛCHE.
COURTI ou CORTI, s. m. Jardinet, petit jardin. Ce terme, qui appartient au vieux français, est fort usité dans la Suisse romane et dans la moitié de la France.
COURTIAUD, COURTIAUDE, s. et adj. Courtaud, courtaude; homme ou femme d'une taille ramassée et trapue. _Un petit courtiaud; un gros courtiaud; une courtiaude réjouie._ On dit quelquefois au féminin: _Courtiaule_.
COUSINER, v. n. _Cousiner_ n'est pas un verbe neutre. On ne doit pas dire: _Cousiner avec quelqu'un; il cousine avec tous ceux de son village; les Vaudois, dit-on, cousinent beaucoup_. «Cousiner» est un verbe actif. On dira donc: Cousiner quelqu'un; il cousine tous ceux de son village; les Vaudois se cousinent beaucoup.
COÛTE, s. f. Coût, dépense, frais.
COUTEAU, s. m. (fig.) Rayon de miel.
COUTEAU DE BOIS, s. m. Plioir, petit instrument fort connu, que nous appelons aussi, mais improprement, _couteau de papier_. Terme français populaire.
† COUTELAR, s. m. Coutelas. Dans le patois bressan on dit: _Cutelar_.
COUTELER, v. a. Faire une blessure avec un couteau. _Se couteler_, v. récip. S'écharper. Terme vaudois.
COÛTE QUI COÛTE. Expression rapide et concise qui signifie: À quelque prix que ce soit. _Coûte qui coûte, je veux en finir avec mon procès._ L'expression française est: Coûte que coûte.
COÛTES, s. f. pl. _Vivre aux coûtes de quelqu'un, être sur les coûtes de quelqu'un_, signifie: Être à la charge de quelqu'un, vivre à ses dépens. _Ce jeune homme est depuis deux ans sur les coûtes de sa grand'mère._ On dirait, en français: Ce jeune homme est depuis deux ans sur les crochets de sa grand'mère.
COUTHIONS, s. m. pl. _Jouer aux couthions._ Ce jeu, fort en usage dans diverses communes du bassin de Genève, se joue entre filles et garçons le jour de Pâques, et quelquefois le lendemain. Il consiste à lancer des bâtons retordus et recourbés qu'on dirige contre une baguette appelée _margale_. Celui qui s'est le plus éloigné de la margale, en jouant, perd quelque chose. Le jeu se termine à la nuit par un régal, où l'on dépense l'argent qui a été perdu. [P. G.]
COUTUME, s. f. Nous disons: _Avoir de coutume_, pour: Avoir coutume. _Nous avions de coutume d'aller ensemble après dîner boire la demi-tasse._ Expression vieillie, qui a disparu des dictionnaires.
COUTURE RENTRÉE. Terme de couturière. Rentraiture.
COUVASSER, v. n. Se dit d'une poule qui cherche à couver.
COUVÉ, adj. masc. Ce que nous appelons _œuf couvé_ s'appelle en français «Œuf couvi,» c'est-à-dire: Œuf à demi couvé, œuf gâté.
COUVERT, s. m. Couvercle. _Un pot et son couvert; une boîte et son couvert._ Terme suisse-roman, franc-comtois et méridional.
COUVERTE, s. f. Couverture. _La couverte du lit. Changer de couverte. Couverte de coton._ Au dix-septième siècle, les grammairiens français attaquaient déjà ce barbarisme, lequel cependant est resté vivace en France, en Suisse et en Savoie.
COVET, s. m. Couvet, vase de fer-blanc ou de terre, dans lequel on tient de la braise allumée, et dont quelques femmes se servent en guise de chaufferette. A Paris on dit populairement: _Couvot_. Ces mots viennent probablement du verbe «Couver,» parce que les femmes semblent, en quelque sorte, s'accroupir sur ce meuble, comme la poule sur ses œufs.
CRA, s. m. (_a_ bref.) Crasse attachée à la peau de la tête d'un enfant. Terme vaudois.
CRA (À), loc. adv. Voyez À CRA.
CRACHE, s. f. Salive.
CRACHÉE, s. f. Très-petite quantité. Ne s'emploie guère que dans cette expression: _Une crachée de neige_.
CRAINTE DE. De crainte de. _Crainte des gendarmes, les deux filous disparurent. Crainte des brigands, nos voyageurs prirent une escorte._ Dans le style familier, «Crainte de» peut se dire en parlant des choses: «Crainte de malheur, crainte d'accident;» mais il ne se dit jamais des personnes.
CRAINTE DE. _Crainte de tomber, marchez doucement; crainte de vous égarer, prenez un guide._ Ces phrases sont incorrectes; il faut ajouter la préposition, et dire: «De crainte de tomber, de crainte de vous égarer,» etc.
CRAINTE QUE. _Crainte qu'on ne nous dérange, sortons d'ici. Crainte qu'il ne s'échappe, tiens-le bien._ Dites, avec la préposition: «De crainte que,» etc.
CRAINTER, v. n. Terme rural. Se dit principalement du raisin et signifie: Rester petit. _Les raisins ont crainté_ (ils n'ont pu acquérir leur grosseur accoutumée).
CRAINTER, v. n. Terme rural. Secouer avec vitesse le van sur l'un et l'autre genou pour en faire sortir les épis et les mauvais grains. [P. G.]
CRAMARINS, s. m. pl. Terme des campagnards. Groseilles rouges.
CRAMOISIN ou CARMOISIN, s. m. La grosse blanquette, sorte de poire. Nous disons aussi adjectivement: _Une poire cramoisin_. Dans le dialecte languedocien, _cramoisin_ et _cramoisien_ signifient: «Cramoisi.»
CRAMPON, s. m. Ne dites pas: _Le crampon d'une boucle_, mais «L'ardillon d'une boucle.» [P. G.]
CRAPAUD, s. m. (fig.) Terme injurieux qui équivaut à: Polisson, mauvais drôle. En français, «Crapaud, vilain crapaud,» se disent d'un homme très-disgracié de la nature. [_Dictionnaire_ de BESCHERELLE.]
CRÂPE, s. f. Celle qui mène une vie dissolue. De ce mot peuvent dériver les mots «Crapule» et «Crapuleux.»
CRAQUER, v. n. Nous disons: _Les dents lui craquent_. On dit en français: Les dents lui claquent.
CRASANE, s. f. Sorte de poire d'hiver. _De bonnes crasanes. Une livre de poires crasanes._ C'est l'orthographe du dictionnaire de Trévoux. Mais GATTEL, BOISTE, NOËL ET CHAPSAL, BESCHERELLE, et Mr PAUTEX, dans son _Vocabulaire_, écrivent: _Crassane_; l'Académie française préfère _Cresane_; à Reims, à Gap et ailleurs, on dit: _Cressane_; le peuple de Paris prononce _Creusane_. Voilà, certes, de quoi choisir.
CRASE, s. f. Berge, falaise, rive escarpée. _Les crases de l'Arve, au-dessus de Champel._
CRASET, ETTE, s. Se dit d'une personne petite, maigre et chétive. _Viens-y, craset, viens, que je te giffle. Mettez bien vite à la raison ce craset._ Terme vaudois.
CRASSER, v. a. Encrasser. _Crasser ses habits._
CRASSERIE, s. f. Ladrerie, mesquinerie, avarice sordide. Terme français populaire.
CRENELLE, s. f. Crécelle, moulinet de bois qui fait un bruit aigre. [P. G.]
CRENET, s. m. Oiseau dont J.-J. Rousseau parle dans l'_Héloïse_. BOISTE et le _Complément du dictionnaire de l'_ACADÉMIE disent: _Crenel_, et Mr BESCHERELLE a copié cette faute. Le terme véritable est «Courlieu.»
CREPETONS (À), loc. adv. À croupetons, c'est-à-dire: En s'accroupissant. _Se mettre à crepetons._ Terme jurassien. A Neuchâtel on dit: _À crepotons_; dans une partie de la Lorraine on dit: _À cripotons_. Voyez CROPETONS.