Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 12
CRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. _Ce mur aurait grand besoin d'un crépissage._ Terme suisse-roman et méridional.
CRESOLETTE, CREUSELIETTE, ou COURSELIETTE, s. f. Tire-lire, laquelle est quelquefois une botte en fer-blanc, et quelquefois un sac, que l'on présente à l'église en faisant la quête. _Mettre à la cresolette._ Dans le canton de Vaud on appelle _crusille_, la boîte ou tronc destiné aux aumônes dans le temple.
CREST ou CRÊT, s. m. Cime d'un coteau, mamelon, éminence de terre dans une plaine. _Les crêts du Grand-Saconnex. Le Crêt de Jussy. Les Hauts-Crêts_, dans la commune de Vandœuvres. Terme suisse-roman, savoisien et franc-comtois. R. _crista_, crête.
† CRÉTIQUE, s. fém. Critique, blâme.
CRÉTIQUEUR, s. m. Critiqueur.
CREUX (LE). Sorte de jeu d'enfant. _Jouer au creux._ On dit en français: Jouer à la fossette.
CREVAISON, s. f. Ne se dit que des animaux, et signifie: État de dépérissement, état de maladie mortelle. Les enfants disent d'un oiseau qui a la pépie et qui va mourir: _Il a la pipi, la mimi, la crevaison_. Dans le Berry on dit populairement d'une personne qui vient de mourir: _Elle a fait sa crevaison_; et dans le langage parisien, _elle a fait sa crevation_.
CRÈVEMENT DE CŒUR, s. m. Crève-cœur, grand déplaisir, grande mortification mêlée d'un certain dépit. _Ce fut un crèvement de cœur pour notre Étienne d'aller aux Promotions sans y recevoir de prix._
CREVER, v. n. Nous croyons parler correctement, quand nous disons d'un chien, d'un chat, d'un bœuf, etc., qu'_ils ont crevé_, pour signifier qu'ils ont cessé de vivre. Il faut dire: Ils sont morts, ou, Ils ont péri. «Quarante vaches périrent dans les neiges du Bon-Homme. Le pauvre canari mourut de faim. Les moutons du fermier moururent de la clavelée.» On trouve dans le dictionnaire de l'Académie: «Le poison fait _crever_ les rats;» mais cet exemple ne prouve rien contre ce qui vient d'être avancé. Voyez tous les dictionnaires.
CREVOTANT, ANTE, adj. Se dit des personnes et des choses et signifie: Malade, fort malade, près de finir. _Un feu crevotant; une lampe crevotante. Je trouvai la pauvre mère Trapelle toute crevotante._ Appliqué aux personnes, ce terme appartient au style badin ou au style trivial. _Eh bien, l'ami Tronchet, comment va ce te santé depuis deux mois?--Hélas! c'est toujours le catarrhe, toujours la goutte, toujours l'estomac qui digère mal: je suis tout crevotant._
CREVOTER, v. n. Se dit des choses et des personnes, et signifie: Être près de finir, être sur le point de mourir. _La chandelle vient de s'éteindre, et tu laisses ton lumignon crevoter!_
CREZENET, s. m. Petite tomme ou fromage que les fruitiers se font dans les laiteries avec les égouttures de lait qui restent dans le couloir. [P. G.]
CRIBLETTE ou QUIBLETTE, s. f. Cresserelle, espèce de faucon.
CRIÉE, s. f. Crierie, gronderie. _Faire une criée. Il nous faisait des criées à épouvanter les voisins._
CRIER, v. a. Réprimander en élevant la voix, gronder. _Crier ses domestiques; crier ses enfants. J'ai été criée tout le jour._ Terme méridional. Le verbe «Crier,» pris dans cette acception, est neutre, et l'on doit dire: «Crier après quelqu'un; il ne cesse de crier après ses enfants.» Dans le canton de Vaud, _crier quelqu'un_, signifie: L'appeler.
† CRINCAILLER, s. m. Quincaillier.
CRIQUET, s. m. Crécelle, moulinet de bois très-bruyant.
CRIQUET, ETTE, adj. Étroit, trop étroit, étriqué. _Un bonnet criquet._
CROCHER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. _Crochez-lui sa robe, crochez-moi mon manteau._ Terme suisse-roman. Nous disons dans un sens analogue: _Crocher un contrevent_, c'est-à-dire: Le fixer au moyen d'un crochet.
CROCHET, s. m. (fig.) Croc. _L'affaire est au crochet; le procès est au crochet; l'ouvrage est au crochet._ Dites: L'affaire est au croc (elle est suspendue, interrompue); le procès est au croc, etc.
CROCHETER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. Terme méridional.
CROCHON, s. m. Grignon, entamure de pain, morceau de l'entamure du côté le plus cuit. _Un joli crochon; un gros crochon; s'emparer du crochon._ Terme suisse-roman et savoisien. En languedocien, on dit: _Crouchon_; en patois lorrain, _croche_; à Marseille, _corchon_.
CROCHONNER, v. a. Couper la croûte autour du pain. Nous appelons _pain crochonné_, un pain fait à cornes pour en multiplier les grignons ou _crochons_. Les Languedociens disent: _Pain crouchonné_.
CROCODILLE, s. m. (_ll_ mouillés.) Écrivez et prononcez, avec un seul _l_, «Crocodile.»
CROIRE, v. a. Nous disons proverbialement et familièrement à une personne que nous voyons ajouter une foi aveugle à des récits invraisemblables ou absurdes: _Croyez cela et buvez de l'eau_ (_buvez de l'eau_ pour mieux digérer de semblables contes).
CROIRE DE. _Je croyais d'arriver le premier. Il croyait de ne pas se tromper. Nous avions cru d'être fouillés à la douane._ Retranchez le _de_ et dites: Je croyais arriver le premier. Il croyait ne pas se tromper. Nous avions cru être fouillés à la douane.
CROIRE (S'EN), v. pron. S'en faire accroire, s'enorgueillir, être fier. _Tu t'en crois bien, Pierre, avec ton chapeau neuf. Voyez comme ces gamins de huit ans s'en croient avec leur cigarette à la bouche._
CROISON, s. m. Pomme sauvage. Dans le Berry on dit: _Croix_.
CROIZONNIER, s. m. Pommier sauvage. Dans le Berry on dit: _Croizier_.
CROISSANT, s. m. Se dit des enfants et des adolescents, et signifie: Croissance, augmentation en grandeur. _Avoir le croissant; souffrir du croissant._
CROPETONS (À), loc. adv. À croupetons, en s'accroupissant, à genoux repliés.
CROQUEMOLLE, s. f. Sorte d'amande. Voyez COQUEMOLLE.
CROSSE, s. f. Béquille. _Marcher avec des crosses._ Terme suisse-roman, savoisien et méridional. Proverbialement: _Un boiteux ne peut se servir que de ses crosses_; signifie: Nul ne peut employer que les ressources, grandes ou petites, qu'il possède.
CROTON, s. m. Cachot, prison obscure et enfoncée. _Être mis au croton; passer la nuit au croton._ Terme suisse-roman, savoisien et méridional. Ce mot vient du vieux mot français _crote_, lequel signifiait: Un creux, un caveau, une grotte. A Genève, ce qu'on appelle aujourd'hui «la Grotte aux Archives,» s'appelait autrefois _la Crotte aux Archives_. Dans le Berry, _crot_ veut dire: Un creux, un trou, et _crotter_, v. a., signifie: Creuser, faire un trou. Enfin, dans le dialecte provençal, on appelle _crotto_ un local souterrain pour tenir le vin.
CROTU, TUE, adj. Marqué de petite vérole, grêlé. Expression très usitée, et que J.-J. Rousseau a introduite dans sa _Nouvelle Héloïse_: «Veux-tu que je coure baiser un visage noir et _crotu_?» [IVe partie, lettre 8e.] _Crot_, dans le vieux français, signifie: Creux, fossette.
CROUILLE, adj. Voyez CROU-YE.
CROUSTILLEUX, EUSE, adj. En Suisse, nous donnons à cet adjectif une signification qu'il n'a point dans les dictionnaires; nous disons, par exemple, d'une affaire délicate, épineuse, embarrassante, qu'elle est _croustilleuse_. _Voilà qui est difficile et croustilleux._ «Croustilleux» signifie: Plaisant, leste, libre, graveleux, licencieux. «Anecdote croustilleuse; conte croustilleux.»
CROUSTILLON, s. m. Croustille, petite croûte de pain. _Ces messieurs voudraient-ils boucher par un croustillon?_
CROÛTE AU BEURRE, s. f. Tartine de beurre, tranche de pain recouverte de beurre. Nous disons dans le même sens: _Croûte au miel, croûte à la drâchée, croûte aux confitures, croûte dorée_. Terme suisse-roman.
CROÛTION, s. f. Morceau de pain mordu, rongé, et laissé sur la table après le repas; vieux reste de pain sec. _Ne jetez pas ces croûtions; ayez soin de ces croûtions. Si Madame exige que je fasse de la soupe avec ces croûtions, ce n'est pas moi qui en mangerai._ Le mot français «Croûton» n'est point l'équivalent de notre mot _croûtion_. Au sens figuré, nous disons quelquefois d'un chenapan: _C'est un croûtion d'homme_; et d'un mauvais dîné: _C'est un croûtion de dîné_.
CROU-YE ou CROUILLE, adj. Mauvais, grossier, gâté, en mauvais état. Se dit des personnes et des choses. _Une crou-ye marchandise; un crou-ye habit; un crou-ye déjeuné; une crou-ye auberge. Michel Godineau est un crou-ye sujet, mais son fils est plus crou-ye encore._ Terme suisse-roman. _Crou-ye_ s'emploie aussi dans le sens de: Chétif, malade, malingre, souffreteux, cacochyme. _Oui, Madelon, je suis bien crou-ye aujourd'hui. Notre cousin Godefroi n'est pas des plus vigoureux, mais il n'est pas des plus crou-yes._
CROU-YERIE, s. f. Objet de nulle valeur.
CRÛ, s. m. Crue, croissance. _Faire son crû._ Se dit des animaux et de l'homme. _Voilà un beau poulain qui aura bientôt fait tout son crû._ Terme vieux français.
CRUE, adj. fém. Écrue. _Toile crue_, toile qui n'a pas été blanchie. _Soie crue_, soie qui n'a pas été mise à l'eau bouillante. Terme dauphinois, etc.
CRULLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Fer pour attiser le feu, fourgon. [P. G.] Dans le canton de Vaud on dit: _Crullion_ et _crouillon_.
CUARD, s. m. Terme de boucherie. Cimier, filet, pièce de bœuf charnue, prise sur le quartier de derrière.
CUCHET, s. m. Terme rural. Veillotte, petit tas de foin qu'on forme sur les prés. _Mettre le foin en cuchets. Étendre les cuchets; s'ébattre sur les cuchets._ Terme vaudois. Dans le vieux français, _cuche_ veut dire: Tas de foin, meule de paille. En provençal, _cucha_, mettre les gerbes en tas.
CUEILLER ou CUEILLÈRE, s. f. Orthographe et prononciation vicieuses des mots «Cuiller» et «Cuillère,» qui sont tous deux français et se prononcent tous deux _kuillère_.
CUEILLIR, v. a. Beaucoup de personnes prononcent _ku-llir_ (_ll_ mouillés), au lieu de _keu-llir_. Plusieurs personnes aussi disent au futur: _Je cueillirai, tu cueilliras_, etc., au lieu de: Je cueillErai, tu cueillEras, etc. Cette forme, _je cueillirai_, appartient à l'ancienne langue française.
CUEILLIR, v. a. (fig.) _Cueillir du linge_, signifie: Ramasser du linge. _Cueillir les thèmes des écoliers_, signifie: Les recueillir, les rassembler.
CUEILLIR, v. a. (fig.) Gagner. _Cueillir un mal. Cueillir la petite vérole. La coqueluche se cueille._
CUER ou COUER, s. m. (Faites sonner l'_r_.) Cuir, peau. _Entre cuer et chair._ Terme vieux français.
CUIRE, v. a. et n. _Votre lait va cuire, Colette; votre lait cuit déjà._ Dites: «Votre lait va bouillir; votre lait bout déjà.»
CUISON, s. f. Action de cuire ou de faire cuire. _La cuison du pain, la cuison de la viande. La cuison que fait éprouver une plaie._ Le mot français est «Cuisson.»
CUISSE-DAME, s. f. Cuisse-madame, sorte de poire.
CUIT, partic. masc. _Beurre cuit. Accommoder avec du beurre cuit. Toupines de beurre cuit._ On dit en français: «Beurre fondu.»
CUIT, CUITE, adj. Pourri. _Du bois cuit._
CUITE, s. f. Terme de laiterie. Recuite, petit-lait recuit, dernière qualité de petit-lait, c'est-à-dire, celui qui reste après qu'on en a fait le _séret_. _La cuite sert à engraisser les cochons._ Terme vaudois.
CUITE, s. f. État d'ivresse. _Il a sa cuite_ (il est soûl).
CULOT, s. m. (fig.) _Être culot_, terme du jeu de billard, signifie: Être inférieur à son adversaire, avoir moins de points que lui. Cette expression, qui est sans doute connue ailleurs, n'est pas consignée dans les dictionnaires.
CULOTTE, s. f. (fig.) Gronderie, mercuriale, réprimande. _Donner une culotte; recevoir une culotte. Un tel a eu sa culotte._
CULOTTES, s. f. pl. _Dans sa chute, ses culottes furent déchirées. Il avait mis ce jour-là ses culottes du dimanche._ Dites: «Sa culotte,» et n'employez le pluriel que lorsque vous parlez de deux ou de plusieurs culottes.
CUPESSE, s. f. Culbute, saut que l'on fait en mettant la tête en bas et les jambes en l'air. _Quand nos jeunes écoliers apprirent qu'ils avaient congé, ils firent des cupesses de joie._ Terme suisse-roman et savoisien. _En cupesse_, locution adverbiale, signifie: Sens dessus dessous, à la culbute. _Mettre en cupesse_ (bouleverser). _On déménageait; tout était en cupesse dans la maison._
CUPESSER, v. n. Tomber, faire une chute légère, se renverser. Se dit des personnes et des choses. _La table où il écrivait cupessa. En voulant monter sur l'échelle, je cupessai._ Ce terme appartient au style le plus familier. Employé figurément, il signifie: Faire faillite. _La maison X., Y. et Cie vient de cupesser._ Quelquefois ce verbe s'emploie à l'actif. _Philibert se mit en rage et cupessa tout._
CUPLAT ou CUL-PLAT, s. m. Chute sur le derrière, casse-cul. _Faire un cuplat. Les patineurs novices sont exposés à de continuels cuplats._
CURAFIFI, s. m. Vidangeur, gadouard, maître des basses-œuvres, nettoyeur de latrines. Terme connu dans le canton de Vaud. En Dauphiné et en Provence, on appelle les gens de cette profession _cure-privés_, et en Languedoc, _maîtres fifi_. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes corrigés_, t. 1, p. 232.] R. _Fi! Fi!_
CURE. Ce mot ne s'emploie que dans l'expression _faire cure_, qui se dit dans certains jeux, quand on ne fait aucun point, ou qu'on perd tout ce qu'on met sur jeu. C'est l'équivalent de: _Être à sec, mettre à sec_. [P. G.]
CURER, v. a. _Curer un poisson_, le vider. _Curer une volaille_, l'effondrer, c'est-à-dire, en ôter la poche, le gésier et la tripaille. _Curer des pommes_, c'est: Les cerner avec la pointe d'un couteau. Expressions méridionales.
CUSIN, s. m. Cousin, insecte.
CUTTRER ou CUTURER et COUTURER, v. a. Terme d'agriculture. Houer, labourer à la houe. _Cuttrer des pommes de terre._ En vieux français, on disait: _Culturer_.
CUVET, s. m. Nous appelons _char à cuvets_, ce qu'on nomme en français: «Chariot à hèches.»
CYTISE, s. f. _De la cytise en fleur._ Ce mot est masculin.
D
D. Les campagnards ajoutent un _d_ euphonique ou énergique dans une foule d'expressions très-familières. Ils disent, par exemple: _Aller d'à quatre; mettre d'à coin; monter d'à reculons; faire une chose d'acachette_ (en cachette); _tomber d'abouchon. Nous sommes de cousin avec Jean-Glaude. J'étais d'assis. Je vous ferai un mur bien soigné_, me disait un maçon, _je tiendrai les pierres bien d'égal_. Voyez les mots ACACHONS, D'AVAU, DOBLIGÉ et DÔTER.
DÂ, s. m. Terme enfantin qui équivaut à: Merci, je te remercie. _Dis dâ, ma petite; il faut dire dâ. Dâ, ma nainnain._
DADA, s. m. Nourricier, mari de la nourrice.
DADERIDOU, s. m. Dadais. Voyez le mot suivant.
DÂDOU, s. m. Dadais, nigaud, bélître. _Grand dâdou, cesseras-tu une fois de faire crier cet enfant?_ Terme suisse-roman et savoisien.
DAGUER, v. n. Pester, enrager. _Voyez comme il bisque! Voyez comme il dague!_ Terme trivial.
DAILLE, s. f. Faux, instrument pour faucher. _Piquer une daille._ Terme méridional et vieux français.
DAM, s. m. (Prononcez _dan_.) _C'est ton dam, c'est bien ton dam_, se dit à une personne qui semble avoir mérité le mécompte, le désagrément, la mésaventure qui lui arrive. _Tu t'es coupée, Jenny, et c'est bien ton dam: on t'avait défendu de jamais toucher un canif. J'ai été trompé par Guichardin, et c'est bien mon dam: j'y avais été pris déjà deux fois._ Ce terme, qui appartient au vieux français, est d'un emploi journalier chez nous. R. _damnum_.
DANDINE, s. f. Volée de coups, rossée. _Administrer une dandine._ Français populaire.
D'À PLOMB, loc. adv. _Le soleil donnait d'à plomb; le soleil tombait d'à plomb sur nos têtes._ Dites: «Donnait à plomb; tombait à plomb.»
DARBON ou ZARBON, s. m. Nos campagnards désignent par ce mot tantôt le mâle de la taupe, tantôt le campagnol ou rat des champs. Terme savoisien, dauphinois et provençal. _Darbounîre_, s. f. Taupinière. _Edarbogni_, v. a., signifie dans le patois vaudois: Étendre la terre qui a été soulevée par la taupe.
† DARDE ou DAIRDE, s. f. Dartre.
† DARNIER, adj., adv. et prépos. Voyez DERNIER.
DARTE, s. f. Dartre, maladie de peau. _Darte rentrée; darte farineuse._ Français populaire.
DAUBER, v. a. Duper, tromper, flouer. _Pauvre nigaud, on t'a daubé et on te daubera encore._ En français: «Dauber» signifie: 1º Battre à coups de poing; 2º Railler, injurier. [ACAD.]
DAUDER, v. n. Mot patois. Donner de la corne, frapper de la corne. _Éloignez-vous, cette vache daude._
DAUDINÉE, s. f. Rossée, volée de coups.
DAVANTAGE DE. _Tu as eu davantage de peine, tu auras aussi davantage d'argent._ Dans cette phrase et dans les analogues, employez l'adverbe «plus», et dites: Tu as eu plus de peine, tu auras aussi plus d'argent.
D'AVAU, adv. Là-bas, plus loin en descendant. Terme patois et vieux français. R. _vau_ ou _val_.
DE, prép. Dans les phrases suivantes et phrases analogues, on doit retrancher la préposition _de_. _Il m'en a fait de cadeau. Cela ne fait de rien. Tu ne risques de rien sur ce bateau. Reprends ton couteau, je n'en ai plus de besoin_ (expression, au reste, qui était encore française au milieu du dix-huitième siècle). _A quoi bon de se tourmenter? A quoi bon de lire tant de journaux? Il fait bon de s'asseoir. Il fait bon de boire frais en été._ Voyez FAIRE, no 5.
DE, prép. Les phrases suivantes offrent une syntaxe remarquable, quoiqu'elles appartiennent au langage populaire. _Je n'ai rien dit qui ne soit de dire; je n'ai rien fait qui ne soit de faire_, etc.; c'est-à-dire: Qui ne puisse se dire, qui ne puisse se faire.
DÉBAGAGER, v. n. Plier bagage, déménager brusquement, décamper. _Ils débagagèrent de nuit et emportèrent tout le bataclan._ Terme suisse-roman, savoisien et français populaire.
DÉBARRAS, s. m. Nous appelons _chambre de débarras_ un petit local où l'on serre les meubles, les ustensiles, et les vêtements qui ne sont pas d'un usage ordinaire, ou qui causent quelque embarras. Nos _chambres de débarras_ s'appellent en français: «Décharge, pièce de décharge.»
DÉBARRASSÉE, s. f. Débarras, délivrance de ce qui embarrassait. _Les voilà partis! quelle débarrassée!_
DÉBIGOCHÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie: 1º Disloqué, détraqué, gâté, endommagé; 2º Malingre, sans entrain, lâche, débiffé. _Une poupée débigochée. Quand il veut pleuvoir, disait Mme N***, je me sens toute débigochée._ Dans le patois languedocien, _débigoussat_ signifie: Contrefait, tortu. [Voyez le _Dictionnaire patois_ de M. l'abbé Gary. Castres, 1845.]
DÉBITE, s. f. Débit, vente. _Cette marchandise n'a pas de débite._ Terme vieux français.
DÉBITER, v. a. et n. Il se dit de certains oiseaux qui abandonnent pour toujours leur nid, quand on va les inquiéter pour voir leurs œufs ou leurs petits. C'est le propre des corbeaux, des geais, des pies-grièches, etc. [P. G.]
DÉBLOTTER, v. a. Réciter fort vite, débiter vivement. _Déblotter un discours; déblotter des injures. Il nous déblotta en moins de rien toute son histoire._ Terme suisse-roman. _Déblotter_ signifie aussi: Manger avidement. _Déblotter un pain; déblotter un poulet._ La signification primitive de ce mot est: Ôter les jeunes pousses d'un arbrisseau; ôter la première enveloppe de certains fruits. _La chèvre a déblotté toute la haie. Déblotte-moi ces branches de noisetier_, etc. Expression familière à nos campagnards et à ceux du canton de Vaud. Quant à l'idée qui domine dans ces diverses significations et qui les lie entre elles, c'est évidemment l'idée de vitesse, de promptitude, de célérité.
DÉBLOTTURES, s. f. pl. Jeunes pousses qui viennent d'être ôtées d'un arbrisseau. _Ramasser les déblottures. Une corbeille de déblottures._
DE BON, adv. Sérieusement, tout de bon, tout badinage à part. _Jouer de bon. Se fâcher de bon. Parlez-vous de bon ou plaisantez-vous?_ Français populaire.
DÉBOQUER QUELQU'UN. Le déplacer, le chasser du poste qu'il occupait, le débusquer. En vieux français, _bos_ ou _bosc_ veulent dire: Bois, forêt. Les mots «Débusquer,» _débosquer_ (vieux français), et _déboquer_, ont signifié originairement: «Faire sortir d'un bois.»
DÉBOUCHARDER, v. a. Laver, nettoyer le visage. _Va te déboucharder, Gédéon, avant qu'on se mette à table._ R. _bouchard_.
DÉBOULÉE, s. f. Sortie précipitée. Terme suisse-roman.
DÉBOULER, v. n. Déloger promptement, décamper, déguerpir. _Drôles que vous êtes, déboulez d'ici._ Français popul.
DÉBRANLER, v. n. _Ne pas débranler d'un endroit_, signifie: Ne pas le quitter. _Ne pas débranler de l'ouvrage_, signifie: Ne pas quitter le travail avant que la tâche donnée soit remplie. _Il bûcha tout le jour sans débranler. Ils restèrent toute la nuit au cabaret sans débranler._ Terme parisien populaire, etc.
DÉCESSER, v. n. _Tu ne décesses de babiller. Elle ne décesse de se plaindre. La pluie n'a pas décessé de toute la nuit._ Terme français populaire. Dites: Tu ne cesses de babiller; elle ne cesse de se plaindre; la pluie n'a pas cessé de toute la nuit.
DÉCHANTER, v. a. Désensorceler, ôter un mauvais sort, déguignonner.
DÉCHARGE, s. f. Dans notre langage, _Demander sa décharge_ veut dire: Demander d'être déchargé d'une place, d'une fonction, d'un emploi; expression qui n'a rien de choquant.
DÉCHARGEOIR, s. m. Terme des campagnards. Grande cuve où l'on jette la vendange qui vient d'être cueillie.
DÉCHÂSSER, v. a. Ôter le _charre_. Voyez ce mot.
DÉCHAUX, adj. _Aller déchaux, être déchaux_, signifie: Aller sans chaussure, être sans chaussure. _Le frère et la sœur allaient déchaux._ Ce terme, qui appartient au vieux français, est encore fort usité chez nos campagnards et dans le nord de la France.
† DÉCHELOQUER, v. a. Disloquer. _Une serrure décheloquée._
DÉCHICOTER, v. a. Déchiqueter, couper en morceaux. _Déchicoter la carcasse d'un poulet._ Français populaire.
DÉCIDER (SE), v. pron. _Je me décidai de partir; elle se décida de rester_, etc. Il faut dire, en employant la préposition _à_: Je me décidai À partir; elle se décida À rester.
DÉCOCHE, s. f. Ce terme n'est guère usité que dans l'expression suivante: _Être dur à la décoche_, c'est-à-dire: Être dur à la desserre, aimer trop l'argent, se faire tirer l'oreille pour boursiller.
DÉCOCHER, v. a. et n. (fig.) Payer, s'élargir, contribuer, boursiller. _On te fera décocher; il faudra bien que chacun de vous décoche. À la fin des fins, ils ont décoché dix francs._
DÉCOMBRES, s. f. pl. _Toutes ces décombres nous arrêtèrent._ Ce mot est masculin.
DÉCOTTÉ, TÉE, participe. Ce terme n'est guère employé que dans l'expression suivante: _Un lit décotté_, c'est-à-dire, un lit dont les couvertures et le drap supérieur ne sont pas serrés avec le matelas. Voyez COTTER.
DÉCOTTER, v. a. et n. Terme de commerce. Arranger, rapprocher (fig.). _Je mettrai encore vingt-cinq francs pour décotter, pour vous décotter._
DÉCOUVRIR UN LIT. Cette expression genevoise signifie: Faire la couverture d'un lit, préparer le lit avant que de se coucher. «Ô çà, écoutez, Mme Gray; rangez-moi cette chambre, _découvrez-moi ce lit_, j'ai envie de me coucher.» Cette phrase est de CLÉMENT, de Genève, dans ses _Annales littéraires_, t. II, p. 217. En Languedoc et en Gascogne, on dit: _Faire la découverte d'un lit_.