Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2

Part 10

Chapter 103,358 wordsPublic domain

CHRISTIANISME, s. m. Ne prononcez pas _Christianizme_, en donnant au second _s_ le son du _z_. Ne prononcez pas non plus _schizme_, ni _paganizme_.

CHRYSANTHÈME. Plante. Ce mot est masculin.

CHUCHOTAGE, s. m. Chuchoterie.

CHUTER, v. n. Tomber. _Le baromètre qui avait monté hier, a chuté cette nuit. Le pavé était fort glissant, j'ai failli chuter. Depuis quelques mois le sieur Damirond a beaucoup chuté dans notre estime._ Terme suisse-roman.

CIBARE, s. m. Marqueur à la cible, celui qui signale et marque les coups des tireurs. Terme suisse-roman.

CIBE, s. f. Cible. _Tirer à la cibe; atteindre la cibe; cibe tournante._ Terme suisse-roman. Ce terme, venant de l'allemand _Scheibe_, nous pouvons affirmer que «Cible» est l'expression corrompue, et _cibe_ la véritable.

CICLER, v. n. Voyez SICLER.

CIGALE, s. f. La grosse sauterelle verte. Dans le patois limousin, _sigalo_ a le même sens.

CIGARRE (UNE). Ce mot, dont le genre a été longtemps douteux et l'orthographe incertaine, est aujourd'hui masculin, et s'écrit avec un seul _r_, «Cigare.»

CIGOUGNER, v. a. Voyez SIGOUGNER.

CINTIÈME, adj. Mauvaise prononciation du mot «Cinquième.»

CIRÉ, adj. m. Se dit du pain qui est compacte et _diotu_ comme de la cire. _Pain ciré_ est l'opposé de _pain bolant_.

CISEAUX. _De bonnes ciseaux._ Ce mot est masculin.

CITER, v. a. Réciter, conter, dire. _Citez-nous donc quelque chose; citez-nous un des charmants contes de Petit-Senn ou de Chaponnière. Demain, au Cercle littéraire, on chantera, on fera de la musique et l'on citera._

CITRONNELLE, s. f. Seringat. Sorte d'arbrisseau.

CLÂFI, IE, adj. Plein, rempli de. _Un lit clâfi de punaises; une tête clâfie de poux._ Terme trivial. Dans le patois de l'Isère, _claffi_ se dit d'un arbre chargé de fruits.

CLAIRE, s. f. Terme de lingère. Rang de mailles usées et où le trou va se faire. _Refais tes claires avec soin, Georgette, si tu veux que tes bas n'aient jamais de trous._

CLAIRETTE, s. f. Clarette. Petit vin blanc.

† CLAIRINETTE, s. f. Clarinette. R. _clair_ (sons clairs).

† CLAIRTÉ, s. f. Clarté. Terme vieux français.

† CLÂMEAU, s. m. Crachat très-épais. _Faire un clâmeau._ Expression ignoble.

CLARET, adj. _Vin claret._ Dites: Vin clairet.

CLÉDAL, s. m. Porte à barreaux de bois ou de fer; fermeture d'un champ, d'un jardin, d'une cour; claydas, barrière. _Escalader un clédal._ En languedocien on dit: _Clëdas_; en limousin et en provençal, _clédo_.

CLÉDAR, s. m. Fermeture d'un champ, d'un jardin, d'une cour. _Ouvrir le clédar. Changer le clédar._ Terme vaudois, valaisan et neuchâtelôis. A Lyon, _clédar_ signifie: «Claire voie.» Voyez CLÉDAL, qui a le même sens.

CLEF, s. f. Mérelle. Jeu d'écolier. _Faire une clef. Jouer à la clef._

CLICLI-MOUCHETTE. Cligne-musette. Sorte de jeu très-connu. _Jouer à clicli-mouchette; faire à clicli-mouchette._ Terme vaudois et neuchâtelois. _Mouchette_, en vieux français, et _muchette_, dans les dialectes normand et picard, signifient: «Cachette,» et viennent de l'ancien verbe _musser_ (cacher).

CLIE, s. f. Claie. _Réparer une clie._ Terme méridional et vieux français.

CLINER LES YEUX. Cligner les yeux, clignoter. _Son tic est de toujours cliner les yeux._ Terme vieux français.

† CLINQUAILLER, s. m. Quincaillier. R. _clinquant_.

CLINQUETTE (À LA). Au point du jour. _Se lever à la clinquette._

CLOCHE, s. f. _Est-ce la cloche de Monsieur ou celle de Madame que je viens d'entendre?_ Quand on parle des cloches d'un appartement, il faut se servir du mot «Sonnette.» [Voyez le _Recueil de mots français_ de M. PAUTEX.]

CLOCHE, s. f. Liseron ou clochette, plante.

CLOCLO, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme badin. En languedocien: _Cloco_, coup de cloche; en allemand, _die Glocke_, la cloche.

CLOPET, s. m. Petit somme, sieste, méridienne. _Faire un clopet._

CLOPORTE (UNE). Ce mot est masculin: «Un cloporte,» sorte d'insecte. Quelques-uns disent: _Cléoporte_; c'est un barbarisme.

CLOUS, s. m. pl. Nous disons: _River les clous à quelqu'un_, pour dire: Lui répondre fortement, vertement et de manière qu'il n'ait rien à répliquer. _Qu'il y revienne seulement, et je saurai bien lui river ses clous._ L'Académie dit, avec le singulier: «Lui river son clou.»

CLOUSSER, v. n. Glousser.

CLUSSE, s. f. Poule qui a des poussins. _La courageuse clusse força Médor à battre en retraite._ Terme dauphinois. Dans le Jura et à Reims on dit: _Clousse_; dans le midi et en vieux français, _clouque_: tous mots dont le son imite le cri habituel des poules qui couvent ou qui sont mères.

COAILLÉE, COUAILLÉE, ou COUÉLÉE, s. f. Cri aigu. _Ces petits enfants faisaient des couaillées à nous rompre le tympan._ Dans le canton de Vaud on dit: _Couilée_.

COAILLER, COUAILLER, COUALER, ou COUÉLER, v. n. Crier, pousser des cris aigus. Dans le dialecte du Berry, _coualer_ signifie: Pousser des cris semblables à ceux du corbeau.

COÂTEUX, EUSE, adj. Voyez COITEUX.

COCARD, adj. m. Voyez COQUARD.

COCASSE, s. f. Voyez COQUASSE.

COCHES, s. f. pl. Terme rural. Débris de blé ou d'autres céréales qui tombent du van quand il est secoué alternativement sur l'un et l'autre genou. [P. G.]

COCHON, s. m. Nuque du cou. _Avoir le cochon découvert._ Terme suisse-roman.

COCHON, ONNE, adj. Sale, très-sale. _Un enfant cochon. Avoir des mains cochonnes._ Ce mot n'est pas adjectif.

COCHON DE MER, s. m. Terme suisse et savoisien. On dit en français: «Cochon d'Inde.»

COCHONNER (SE), v. pron. Se salir. En français, Cochonner un ouvrage, c'est: Le faire grossièrement et sans soin.

COCO, s. m. Terme enfantin. Œuf. _Allons voir si ta jolie poule a fait son coco._ Terme usité en Normandie. _Coconnier_, en vieux français, signifiait: Marchand d'œufs.

COCO, s. m. Homme simple, dadais, nigaud, niais. _Après l'étourderie que je viens de faire, me voilà un joli coco. Le pauvre N** a été le coco de la farce._ Plus souvent ce mot se place dérisoirement devant un nom propre d'homme. _Coco un tel, coco X**, coco Z**._ Dans le dialecte rouchi, _coco_ ou _cocosse_ signifient: Niais, imbécile.

COCO, s. m. Dénomination amicale qu'on donne aux enfants. _Oui, tu es mon coco, tu es mon valet_, disent les bonnes et les mamans à leur enfant qui se désole. _Coco_ est aussi l'équivalent de Benjamin, enfant de prédilection. _L'aîné est le coco de la famille._ Français populaire.

COCOCHER (À), ou À COCOCHÉ, loc. adv. _Mettre un enfant à cococher_, c'est: «Le porter sur le dos, jambe deçà, jambe delà. En français on dit: «À califourchon.» Les Gascons disent: _Mettre en croupe, porter en croupe_.

† COCODRILLE, s. m. Crocodile. _Des larmes de cocodrille_, c'est-à-dire: Des larmes feintes. Terme parisien populaire et vieux français.

COCOLE, s. f. Enfant gâté. Dans le dialecte rouchi, _cocole_ se dit de toute personne molle et nonchalante.

COCOLER, v. a. Dorloter, choyer, traiter délicatement. _Notre Auguste est un peu malade et je le cocole._ Dans le dialecte du Jura on dit: _Cocoter_, et en languedocien, _acocoula_. R. _coco_, terme d'amitié.

COCOLER, v. n. Terme des campagnards. Bégayer.

COCOLI, s. m. Celui qui bégaie. Onomatopée remarquable.

COCOMBRE, s. m. Concombre. _Salade aux cocombres._ Terme vaudois, neuchâtelois et français populaire. Dans l'évêché de Bâle et en vieux français on dit: _Coucombre_.

COCU, s. m. Terme des campagnards. Coucou, oiseau. En vieux français, _cucu_.

COCU, s. m. Coucou des prés, plante.

COCUE, s. f. La grande ciguë, fleur.

CŒUR, s. m. Nous disons: _Cela me tient à cœur_. L'Académie et les meilleurs écrivains disent: Cela me tient au cœur.

CŒUR, adj. invar. Charmant, joli, mignon, adorable. Ne se dit que des jeunes enfants. _Cet enfant est cœur. Votre petite Adélaïde est cœur._

COFFE, adj. et s. Sale, saligaud. En vieux français, _gof_ ou _goffe_ signifie: 1º Mouillé, trempé; 2º Mal fait, grossier, maussade.

COGNER, v. a. Presser, serrer, fouler. _La salle était pleine à regorge: nous y étions cognés jusqu'à étouffer._ En français, «Cogner» signifie: Frapper, heurter, faire entrer à force au moyen d'un coin.

COI, adj. fém. _Elle se tenait coi; elle restait coi._ Dites: Coite. «Elle se tenait coite.»

COIFFAGE, s. m. Coiffure. _Toutes les danseuses avaient un coiffage simple, mais plein de goût. Coiffage_ n'est pas français.

COIGNÉE, s. f. Cognée, hache.

COIGNIER, s. m. Cognassier, arbre qui porte les coings. Le mot _coignier_ appartient au vieux français.

COIN (À), loc. adv. En réserve. _Mettre à coin_, mettre en réserve, serrer. _Elle avait mis à coin quelques sous pour les cas d'ovaille._

COINEAU, COËNEAU, ou COINET, s. m. Sorte de planche brute, arrondie d'un côté et plate de l'autre. _Un cent de coineaux._ Terme vaudois, comtois, etc. On dit en français: «Dosse.»

COIN-NÉE, s. f. Cri des petits enfants quand ils souffrent, ou qu'ils s'impatientent et font les méchants. _Faire des coin-nées._

COIN-NER, v. n. Se dit des petits enfants et signifie: Crier, pleurer en grognant. _Sa fièvre ourtillière le tourmentait, et il ne cessait pas de coin-ner._ Onomatopée évidente. Dans le Jura, _coin-ner_ se dit du cri des petits cochons quand on les porte. A Lyon, _quiner_ veut dire: Crier d'un ton aigre; en Languedoc, _caïner_.

† COISSIN, s. m. Coussin. _Coissin_ appartient au vieux français. Dans le Berry on dit: _Cuissin_.

COÎTEUX, EUSE, adj. Qui a grande hâte, qui se dépêche beaucoup. Quand on parlait patois à Genève, on chantait une chanson dont le refrain était: _Vo-z-êtes tant coîteux, Vo-z-âtres amoireux_; c'est-à-dire: Vous avez tant de hâte, vous êtes si pressés, vous autres amoureux. _Coîte_ signifie: «Hâte;» _à la coîte_, à la hâte. Ce terme, très-connu de nos campagnards et de ceux du canton de Vaud, appartient au vieux français. Dans le patois de l'Isère, _coeïta_ veut dire: «Empressement.»

COITRE ou COUATRE, s. f. Couette ou coite, lit de plume.

COÎTRON, s. m. Petit limaçon qui fait beaucoup de mal aux légumes. Dans le canton de Vaud, on dit d'une personne très-laide, qu'_elle est laide comme un coîtron_.

COÎTRON, s. m. Culot. Oiseau dernier éclos d'une couvée. _Tout le nid s'envola; mais nous attrapâmes le coîtron._ On le dit aussi de quelques quadrupèdes.

COL D'HABIT, s. m. Collet d'habit.

† COLIDOR, s. m. Corridor. _Colidor étroit, colidor sombre._ Terme connu à Lyon, à Reims, à Nancy, etc. Le changement de l'_r_ en _l_ est très-fréquent.

COLLARD, s. m. Carcan. Cercle de fer avec lequel on attachait par le _cou_ à un poteau celui qui avait été condamné à cette peine.

COLLECTER, v. n. Faire une collecte. _En 1840, le gouvernement de Genève permit de collecter pour les incendiés de Sallanches._ Terme clair et utile.

COLLER QUELQU'UN. Le réfuter victorieusement, le mettre dans l'impossibilité de répondre. Terme normand, etc.

COLLIOT, adj. m. (_ll_ mouillés.) Se dit: 1º D'un homme large d'épaules, fort, vigoureux; 2º De celui qui est le coq de son village, c'est-à-dire, qui en est le plus riche et le plus considéré.

COLOGNE, s. f. Terme patois. Quenouille. A Reims et dans le vieux français on dit: _Quelongne_.

COLORER et COLORIER, v. a. On ne doit pas employer indistinctement ces deux verbes. «Colorer» se dit des couleurs naturelles: Un teint coloré; un visage coloré; le soleil colore les fruits. «Colorier» se dit des couleurs artificielles: Estampe coloriée; images coloriées; ce peintre colorie mieux qu'il ne dessine.

COMÂCLE ou COUMÂCLE, s. m. Crémaillère.

J'espérais m'attabler et bâfrer sans obstacle, Mais, hélas! rien n'était plus froid que le _comâcle_.

[CH.]

C'est-à-dire: Rien n'était plus maigre, ni plus chétif que le repas qui nous fut servi. Dans le patois de l'Isère on dit: _Coumaclo_; dans le Jura, _coumacle_, et en Provence, _cumascle_.

COMBE, s. f. Petite vallée, pli de terrain, lieu bas entouré de collines. L'Académie n'a pas enregistré ce mot, et Boiste dit qu'il est vieux. _Combe_ est, en effet, un mot très-ancien, mais qui est fort usité en Suisse, en Savoie, en Franche-Comté, dans le Midi, et sans doute ailleurs.

COMBIEN (LE)? Le quantième? _Le combien du mois tenons-nous? Le combien est-ce aujourd'hui? Le combien es-tu dans ton école?_ Dites: Quel quantième du mois avons-nous? Quel quantième est-ce aujourd'hui? Ou bien, dites: Quel est le quantième du mois? À quel quantième sommes-nous aujourd'hui? Le quantième es-tu dans ton école?

COMÈTE, s. f. Nous disons d'un homme ivre: _Il a sa comète_, par allusion à l'excellent vin de 1811.

COMMAND, s. m. Nous disons d'un domestique qui est facile à diriger: _Il est de bon command_. En vieux français, _command_ signifie: «Commandement.»

† COMME? adv. _Comme est-on chez vous, Blaise? Comme va-t-il chez ton père, Fanchette?_ Cette expression appartient au vieux français.

† COMME, est employé pour «que» dans les phrases suivantes: _Votre garçon n'est pas aussi grand comme le mien. Je n'ai pas autant d'éducation comme vous autres._

COMME ÇA. Cette locution adverbiale est employée inutilement dans la phrase suivante, et phrases analogues: _Notre bourgeois qui était de très-bonne humeur me dit comme ça: Garcin, aimes-tu les figâces?_ Français populaire.

COMME DE. _Comme de juste_ (comme cela est juste); _comme de vrai_ (comme cela est vrai).

COMMENCEMENT (DU), loc. adv. Au commencement, dans le premier temps, dans l'origine. _Nous allâmes demeurer tout auprès de lui, et du commencement l'on se visitait._ Cette expression appartient à l'ancienne langue française.

COMMISSION, s. f. Affaire, emplette. En Suisse et en Savoie, une dame qui sort pour vaquer à ses propres affaires, dit qu'_elle va faire ses commissions_. Terme impropre, puisque _commission_ signifie: Charge, mandat, ordre donné à quelqu'un de faire telle ou telle chose.

COMMUNAL, s. m. Terres communales, pâturages communaux. _Sa vache paissait dans le communal._ Terme vieux français, connu dans le Berry et ailleurs.

COMMUNAUTÉ, s. f. Manières et tons communs, grossièreté de mœurs et de langage. _Quel accent! quel ton! quelle communauté! Ce Mr N*** est d'une communauté sans égale._

COMMUNICATION, s. f. Nous appelons _communication de mariage_, ce qu'on appelle en France «Billet de faire-part,» ou simplement «Billet de part.» _Recevoir une communication de mariage. Envoyer une communication de mariage_, ou simplement: _Envoyer une communication; recevoir une communication_. Cependant on peut très-bien dire: «Mr X** m'a donné communication de son mariage,» c'est-à-dire: M'a donné avis, m'a fait savoir qu'il allait se marier, ou qu'il venait de se marier.

COMMUNIQUER UN MARIAGE. Au lieu de dire: _C'est lundi prochain que votre cousine communiquera son mariage_, dites: C'est vendredi prochain que votre cousine enverra ses billets de faire part. Mais la phrase suivante est très-française: C'est à mon ancien précepteur que je veux premièrement communiquer mon mariage; c'est-à-dire: C'est à lui le premier que j'en veux communiquer la nouvelle. (Il n'est pas question ici de Lettres circulaires, ni de Billets de faire part.)

† COMMUNS, s. m. pl. Latrines.

† COMPANIE, s. f. Compagnie. _Viens-t'en, Jeannot, et tire ta casquette à la companie._

COMPAGNONNE, s. f. Luronne, femme grande, forte et effrontée. _Le jeune officier crut pouvoir tourner en ridicule l'accent traînard de la fille d'auberge: mais cette compagnonne le prit aux cheveux et le sigougna._

COMPARAISSANCE, s. f. Comparution.

COMPARITION, s. f. Comparution. _Je veux que tu ailles à ce bal, quand tu ne devrais y faire qu'une comparition._ Terme vieux français.

COMPÔTE, s. f., et COMPÔTIER, s. m. Ces mots s'écrivent et se prononcent «Compote» et «Compotier» (_o_ bref). Ne dites donc pas comme plusieurs, en appuyant sur la deuxième syllabe: _Compôte de Chambéry; compôte de poires et de coings_.

COMPTE, s. m. _Être en compte à demi avec quelqu'un_, signifie: Être en société d'intérêt avec quelqu'un. Les dictionnaires disent: «Être DE compte à demi avec quelqu'un.»

COMPTER, v. n. Nous disons d'une chose qui sort de ligne, d'une chose remarquable, considérable en son espèce, excellente, qu'_elle compte au piquet_; expression un peu triviale, mais fort usitée. _On nous servit un dîner qui comptait au piquet. Notre petit vagabond recevra demain une saboulée qui comptera au piquet._

COMPTER, v. a. _Compter ses chemises_, se dit figurément et populairement d'un soulard, et signifie: Rendre le superflu des aliments, vomir.

COMTÉ (LA). _La comté de Neuchâtel._ Ce mot, qui a été féminin jusqu'à la fin du dix-septième siècle, est aujourd'hui masculin.

CONCHE, s. f. Bassin de fontaine. _Tomber dans la conche. Vider la conche. Laver du linge dans la conche._ Terme savoisien, dauphinois, etc. Dans le patois du canton de Vaud, _contza_ signifie: Bassin de pressoir. En provençal, _conquo_ veut dire: Abreuvoir. Nos bateliers appellent le lac _La grande conche, la conche_.

CONCHON, s. m. Sorte de jeu de boule.

CONDUITE, s. f. Manière sage d'agir, manière prudente et raisonnable de se gouverner. _Notre Josette est une fille de conduite. Ta blanchisseuse est une femme active et économe, une femme de conduite._ Dites: Une femme qui a de la conduite.

CONFÉRENCE, s. f. Accessit, distinction accordée dans notre Collége à l'écolier qui a beaucoup approché du prix. _Trois conférences sont d'ordinaire plus honorables qu'un prix._

CONFÉRENT, s. m. Écolier qui a obtenu un accessit. _Il n'a pas le prix, mais il est conférent._

CONFESSION, s. f. Prononciation vicieuse du mot Confection, sorte de médicament. _Une prise de confession. Faire usage de confession._ Cette faute est déjà signalée dans le _Traité d'orthographe_ de Jean BARBE, Genève, 1701.

CONFIRE, v. a. _Confire son argent_, signifie: Ménager ses écus, les choyer, les laisser séjourner dans le coffre-fort, comme on laisse séjourner au fond d'un bocal les fruits que l'on veut _confire_. Expression heureuse, connue en Dauphiné, en Languedoc, et sans doute ailleurs.

CONFISSEUR, s. m. Ancienne orthographe du mot Confiseur, lequel ne s'écrit plus avec deux _s_.

CONFIT, ITE, adj. Stupéfait, ébaubi.

CONFORON, s. m. Dans les villages catholiques du canton, ce mot signifie: Bannière d'église (bannière qui est d'un rouge écarlate). Figurément et proverbialement, _rouge comme un conforon_ est l'équivalent de Très-rouge, extrêmement rouge. _Il avait tant et tant couru, qu'il était rouge comme un conforon._ Ce terme, connu aussi en Savoie et dans le Jura, est une corruption des mots _gonfanon_ ou _gonfalon_, ancien étendard militaire.

CONFUSIONNER, v. a. Rendre confus, couvrir de confusion. _Ses prévenances vont si loin que j'en suis presque confusionné._ Terme français populaire.

CONGRÉGATION, s. f. Sermon de paraphrase. _Assister aux congrégations; suivre les congrégations. Les Congrégations du pasteur Cellérier ont paru en 1825, sous le titre d'Homélies._

CONNAISSANCE, s. f. Nous disons: _Être en connaissance avec quelqu'un_, pour signifier: Avoir des relations avec quelqu'un. _Il y a dix ans que je suis en connaissance avec cette famille._ Les dictionnaires ne donnent pas cette expression, dont l'emploi chez nous est journalier.

CONNAISSANCE, s. f. _Avoir une connaissance_, terme consacré, signifie, dans le langage des ouvrières et des domestiques: Avoir une liaison d'amour. _La Rosalie a une connaissance_ (elle a un tenant, elle a un prétendant).

CONNAÎTRE (SE), v. pron. Se dit des moribonds et signifie: Avoir sa connaissance, conserver sa connaissance. _Ce malade s'est connu parfaitement jusqu'au dernier moment de sa vie._ Expression méridionale, etc.

CONNAÎTRE (SE), verbe impersonnel. _Il se connaît que tu as été chez l'Italien. Il se connaît facilement que Monsieur est étranger._ Dites: On connaît, on voit, il paraît bien que, etc. Terme méridional.

CONSCIENCE, s. f. Nous disons: _Se faire une conscience de... Je me fais une conscience de lui emprunter de l'argent, parce qu'il en refuse les intérêts._ Dites en retranchant l'article: Je me fais conscience de lui emprunter, etc.; ou: Je me fais un cas de conscience de, etc.

† CONSEILLER, v. a. _Je les conseille de partir. On les conseille d'être prudents._ Il faut dire: Je LEUR conseille de partir. On LEUR conseille d'être prudents.

CONSENTIR À CE QUE, suivi d'un verbe au subjonctif. _Je consens à ce que tu ailles au cirque. Consentez-vous à ce que nous sortions dimanche? Je ne consens pas à ce qu'on vienne me déranger._ Dans ces divers exemples et les exemples analogues, il faut dire: Je consens que tu ailles. Consentez-vous que nous sortions? etc.

† CONSENTU, UE, partic. Consenti, ie. _Ils y aviont consentu dans le principe. On y a tous consentu que la Fanchette et sa cauque de belle-sœur._ Cette expression, connue aussi dans plusieurs provinces de France, appartient au vieux français.

CONSÉQUENCE, s. f. Valeur d'une chose, prix d'une chose. _Notre excellente maîtresse m'a fait un legs de 2000 francs; si j'en suis satisfaite, c'est pour le sentiment, bien plus que pour la conséquence._ Français populaire.

CONSÉQUENT, TE, adj. Ne signifie pas: Considérable, important. C'est donc une faute de dire: _Un gain conséquent; une perte conséquente. Il a hérité cent louis d'or: c'est conséquent._ Mais on peut dire, avec un habile écrivain (DUCLOS): «Une erreur conséquente,» pour signifier: Une erreur qui tire à conséquence.

† CONSINE, s. f. Consigne. _Forcer la consine; changer la consine._ CONSINER, v. a. Consigner. _Le capitaine fit consiner les deux sous-lieutenants._ Voyez nos mots COMPANIE, MANIFIQUE, SÉNIFIER, BÉNINE, CLINER les yeux, etc. Ces fautes sont une tradition de l'ancien français.

CONSULTE, s. f. Consultation. _Il y eut deux consultes le même jour._ Terme français populaire et vieux français.

CONSUMÉ, s. m. Consommé, bouillon succulent.

CONTINUE (À LA), loc. adv. Sans relâche, sans interruption. _En 1817, le temps fut froid et pluvieux à la continue._ L'expression «À la continue» est française, mais dans un autre sens.

CONTRE, prép. de temps. Vers. _Tu ne manqueras pas d'arriver à l'audience contre neuf heures. La Nancy aura ses vingt ans contre Noël. Le mariage se fera contre la vogue._

CONTRE, adv. Ce mot peut, dans certains cas, être employé comme adverbe; mais ce n'est pas dans les phrases suivantes ni dans les phrases analogues. _Fermez ce rideau: le soleil nous vient contre. Faites attention, s'il vous plaît, vous me jiclez contre._

CONTRE, prép. de lieu. Du côté de. _Je m'acheminais contre Nantua. La voiture allait contre Lausanne._

CONTRE, adv. Dans le langage des campagnards, _Faire contre_, signifie: Nuire, faire tort, porter dommage. _Sois tranquille, Gaspard, je ne te ferai jamais contre._ Un paysan savoisien sortait du tribunal, où il avait perdu son procès contre un Genevois. Nous causâmes et je tâchai d'adoucir un peu son dépit. _N'en parlons plus_, me dit-il en finissant; _on sait bien que les Genevois ne se font jamais contre_.