Chroniques de J. Froissart, tome 11/13
Part 23
Et premiers, messire Jehan de Halluwin, le plus prochain dou corps, mené de Engherran de Walenne et de Rogier de l’Espière; le seigneur de Marcq, devant 20 le seigneur de Halluwin, mené de Henri de l’Aubiel et de Jehan de Gommer; le seigneur de Mamines, devant le seigneur de Marcq, mené de Jehan de l’Espière et de Sausset de Fretin; messire Jehan dou Molin, devant le seigneur de Mamines, mené de Godefroid de Noiielle 25 et de Henri de le Vacquerie.
_Item_ s’ensieuwent chil ordonné pour le tournoi:
Messire Pierre de Bailloel prochain dou corps, devant messire Jehan dou Molin, menet de Jehan de Quinghien et de Lambequin le Marescal; messire Sohier de Gand, 30 devant messire Pierre de Bailloel, menet de Guiot de Loncpret et de Jehan Loeuïs; le seigneur de Bethencourt, [159] devant messire Sohier de Gand, menet de Gerart de Quinghien et de Rolant d’Isenghien; monseigneur l’Aigle de Sains, devant le seigneur de Bethencourt, menet de Huart de Quinghien et de Michiel de le Bare.
5 Apriès s’ensieuwent les banières de la bière:
Et premiers, messire François de Havesquerque; et puis messire Gossuin le Sovage, devant messire François; messire Lancelot la Personne, devant messire Gossuin; messire Jehan de Helle, devant messire 10 Lancelot.
_Item_ s’ensieuwent cil qui portèrent les banières de le bière et du tournoi:
Messire Mahieux de Humières, devant messire Jehan de Helle; le seigneur des Abiaux, devant le dessus dit 15 sire Mahieu; messire Tiercelet de le Bare, devant le seigneur des Abiaux; messire Jehan de Paris, devant messire Tiercelet.
_Item_ chi après s’ensieuwent les noms des barons, qui aidièrent à porter le corps dou conte de la porte 20 des Malades mouvant, en venant parmi la ville de Lille, jusques à l’eglise Saint Pierre:
Et premiers, messire Jehans de Viane, amiraus de France, au destre, et li seigneur de Ghistelle, au senestre; messire Waleran de Raineval après, au 25 destre, et le castelain de Disquemue, au senestre; le seigneur d’Escornais après, au destre; messire Ansel de Salins, au senestre.
_Item_ chi s’ensieuwent li baron, qui aidièrent à porter le corps de la contesse de Flandres, mouvant de la 30 porte Saint Ladre en venant, jusques à l’eglise Saint Pière:
Et premiers, le seigneur de Sulli, au costé destre, [160] et le seigneur de Castillon, au costé senestre; messire Guis de Pontaliers, marescal de Bourgongne après, au costé destre, et monsigneur Gerart de Ghistelle, au costé senestre; et puis, messire Henri d’Antoing, au 5 destre, et le castellain de Furnes, au senestre.
§ 405. _Item_ chi après s’ensieuwent les ordonnances dou jour de l’obsecque, lequel on fist en l’eglise Saint Pierre à Lille, et comment les corps furent enterés, et li seigneur qui i furent, et les escus; ossi les noms 10 des escuiers qui tinrent les escus toute la messe durant jusques à l’ofertoire:
Le duc de Bourgongne tout seul; et le premier escut fist porter devant lui de messire Raoul de Raineval et dou seigneur de la Grutuse; et fu soustenu 15 l’escut de Lambequin de la Coustre et de Jehan de Pontaliers, frère au mareschal de Bourgongne.
Après, le second escut, devant monseigneur Jehan d’Artois, conte d’Eu, et messire Philippe de Bar: l’escut fu tenus de Waleran de la Sale et de l’Esclave 20 d’Anechin.
Après, le conte de la Marce et messire Phelippe d’Artois: l’escut fu tenus de Gillion de le Brest et de Robin de Floregni.
Après, Robert, monseigneur de Namur, dalés lui 25 messire Guillaume de Namur, sen nepveu: l’escut fu tenus de Cambernart et de Gerart d’Estervaille.
_Item_ pour les escus dou tournoi:
Le seigneur d’Enghien, dalés lui messire Jehan de Namur: l’escut fu tenus de Eulart de Poucres et de 30 Hervi de Mouci.
Après, messire Hue de Chalon et le seigneur de Fère: [161] l’escut fu tenus de Jehan de Halluin et de Oudart de [Caserom].
Après, le seigneur d’Antoing et le seigneur de Ghistelle: l’escut fu tenus de Tristran de Lambres et de 5 Jehan dou Beart.
Après, le seigneur de Moriamés et le seigneur de Sulli: l’escut fu tenus de Jehan de Fressinghem et de Damas de Bussi.
_Item_ s’ensieuwent chil qui offrirent les destriers de 10 la guerre:
Et premiers, le seigneur de Chastillon et messire Simon de Lalaing, bailli de Hainnau, et estoient li seigneur à piet, et li cheval armet et couvert; pour le second, messire Waleran de Raineval et le castelain de 15 Disquemue; pour le tierch, messire Hue de Melun et le seigneur d’Aussi; pour le quart, le seigneur de Briffoel et le seigneur de Brimeu.
_Item_ s’ensieuwent chil qui offrirent les destriers dou tournoi:
20 Et premiers, messire Henris d’Antoing et messire G[e]rart de Ghistelle pour le premier; pour le second, le seigneur de Montegni et le seigneur de Rassenghien; pour le tierch, le seigneur de le Hamaide et le castelain de Furnes; et pour le quart, le seigneur de Fagnoelles 25 et messire Rolant de le [Clite].
_Item_ s’ensieuwent chil qui offrirent les glaives de la gherre:
Premiers, monseigneur l’amiral de France; [le] second, le seigneur de [Rai]; le tierch, le mareschal 30 de Bourgogne; et le quart, le seigneur de Sempi.
_Item_ s’ensieuwent les noms de ceux qui offrirent les espées dou tournoi:
[162] Premiers, messire Guillaume de Ponthieu; le second, messire Guillaume de la Tremouille; le tierch, le castellain d’Ippre; et le quart, messire Ghuis de Honcourt.
5 _Item_ s’ensieuwent cil qui offrirent les hiaumes de la gherre:
Pour le premier, le seigneur de Villers, et dalés lui le seigneur de Mailli; pour le second, messire Guillaumes de Hornes et messire Ansiel de Salins; pour 10 le tierch, messire Jehan d’[Ophem] et le castelain de Saint Omer; et pour le quart, messire Ghuis de Ghistelle et le Galois d’Aulnoi.
_Item_ pour les heaumes dou tournoi:
Premiers, messire Josse de Halluwin et messire Olivier 15 de Gussi; pour le second, le seigneur de la Capelle et le seigneur de Mornai; pour le tierch, le seigneur de [Hollebeque] et le seigneur de Lalaing; et pour le quart, messire Tristran dou Bois et messire Jehan de Jeumont.
20 _Item_ s’ensieuwent chil qui offrirent les banières de guerre:
Pour le premi[è]re, le seigneur de [Lichtervelde]; pour le seconde, messire Lionel d’Araines; pour le tierce, messire Gille de la Grutuse; et pour le quarte, 25 messire Jehan de Linseillon.
_Item_ s’ensieuwent chil qui offrirent [les banières] dou tournoi:
Pour la première, messire Orengois de Rilli; pour la seconde, messire Jehan de Chevreuses; pour la 30 tierce, messire Jehan de Disquemue; et pour la quarte, messire Guillaume de la [Clite].
_Item_ s’ensieuwent les noms des seigneurs qui, après [163] l’obsèque fait, misent le corps dou conte de Flandres en terre: messire Jehan de Viane, amiral de France, le seigneur de Ghistelle, messire Walleran de Raineval, le castellain de Disquemue, le seigneur de [Rai] 5 et messire Ansiau de Sallins.
§ 406. _Item_ s’ensieuwent les noms de ceux qui enterrèrent le corps de la contesse, femme qui fu au conte: monseigneur Ghuis de la Tremouille, le seigneur de Sulli, le seigneur de Castillon, le mareschal de Bourgoingne, 10 monseigneur Gerard de Ghistelle, monseigneur Henri d’Antoing et le castellain de Furnes. Et est assavoir que tous ceux qui furent en office à l’entrer en l’eglise de Saint Pierre de Lille, quant les corps i furent aportés la vesprée, il demorèrent en l’office à l’endemain 15 à la messe, tant des chevaliers armés comme de ceux qui portoient banières, et ossi des escuiers qui menèrent les chevals.
_Item_ i eut à l’aporter les corps dou conte de Flandres et de la contesse sa femme, parmi la ville de Lille, 20 venant jusques à l’eglise Saint Pierre, quatre cens hommes, ou environ, tous noirs vestus. Et porta cascuns desdis hommes une torse, pour convoier les corps jusques à le dite eglise Saint Pierre; et ces quatre cens hommes dessus dis tinrent les torses l’endemain 25 en l’eglise durant la messe, et tout chil qui les tenoient estoient eschevin de bonne villes ou officier de son hostel; et dist la messe li archevesques de Rains, et estoit acompaigniés de l’evesque de Paris, de l’evesque de Tournai, de l’evesque de Cambrai et de l’evesque 30 d’Arras, et si i furent avoecq eux cinc abbés.
_Item_, il est assavoir que il ot en l’eglise, à l’obsecque, [164] ung traveil auquel il avoit set cens candeilles u environ, cascune candeille de une livre pesant, et sus ledit traveil avoit cinc banières: chelle dou milieu estoit de Flandres, [et la destre d’Artois, et la senestre] au desous, de 5 la conté de Bourgongne, et la quatrime apriès, de la conté de Nevers, et la cinquime, de la conté de Rethel. Et estoit li travaux armoiés d’un lés d’escuchons de Flandres, et au lés senestre de madame, d’escuchons de Flandres et de Braibant. Et aval l’eglise avoit douse 10 cens candelles ou environ, pareilles à celles dou traveil, et n’i avoit dame ne damoiselle de par monseigneur de Bourgongne ne de par madame sa femme, fors la gouverneresse de Lille, femme au gouverneur. Et i fist on ung très biau disner, et furent delivret de 15 tous coustenges et frais, tant de bouce comme as hostels, tous chevaliers et escuiers qui la nuit et le jour de l’obsecque i furent ensonniiet, et leur furent envoiet tout li noir drap de coi il furent vesti à ce jour.
Après toutes ces coses ensi faites, cascuns retourna 20 en son lieu, et laissa li dus de Bourgongne es garnisons de Flandres et par toutes les villes chevaliers et escuiers, quoi que les trieues fuissent jurées, acordées et seellées en France et Engletière et de tous les païs conjoins et ahers avoecques eux; et se tenoit cascuns 25 sour sa garde. Et puis retourna li dus de Bourgongne en France, et madame sa femme demora un terme en Artois.
§ 407. Vous avés bien chi dessus oï recorder comment li signeur de France, qui au parlement avoient esté 30 en celle ville que on dist à Lolinghen, qui siet entre Calais et Boulongne, se cargièrent à leur departement [165] que il segnefieroient les trieues, qui prises estoient de toutes parties entre eux et les Englès, as Escos et au roi d’Escoce, par quoi guerre ne mautalens ne s’esmeuist de païs à autre. Toutesfois, au voir dire, li 5 consaulx de France ne fissent pas de che si bonne diligence comme il deuissent, car tantos il devoient envoiier, et non fissent, ne sai à quoi che demora ne peri fors en ce, espoir, que li dus de Bourgongne, puis les parlemens fais, fu grandement cargiés et ensongniiés 10 pour la mort de son grant signeur, le conte de Flandres, et pour l’ordenance de l’osèque ossi ensieuant que on en fist en la ville de Lille, sicom chi dessus vous avés oï recorder. Et ne quidoient pas que les Englesc deuissent faire che qu’il fissent, car, 15 tantos apriès la Pasque, li contes de Northombrelande et li contes de Nottinghem et li baron de Northombrelande missent une chevauchie et armée sus, où il pooit avoir deus mille lances et sis mille archiers; et passèrent Beruich et Rosebourc, et entrèrent en Escoce, 20 et commenchièrent à ardoir la terre le conte [de] Douglas et celle au signeur de Lindesée, et ne deportèrent riens à ardoir jusques en Hainnedebourc.
Li baron et li chevalier d’Escoce n’estoient de noient segnefiiet de ceste avenue, et prissent ceste cose en 25 grant despit, et dissent que il l’amenderoient à leur pooir, et oultre il disoient que li Englès devoient avoir trieues à eux, sicomme on leur avoit raporté, mais riens n’en savoient, car encores, au voir dire, il n’en estoient noient segnefiiet. Bien savoient que 30 de leur costé il n’avoient eu nul traitié as Englès; si estoit la guerre ouverte, mais toutesfois il avoient premiers comparé, dont mout leur desplaisoit.
[166] Vous savés que nouvelles s’espandent tantos en pluiseurs lieux. Il fu sceu en Flandres et par especial à l’Escluse, par marceans qui issirent hors d’Escoce, comment li Englès estoient entré en Escoce, et ossi 5 li rois Robers d’Escoce et li signeur d’Escoce faissoient leur mandement et leur semonse très grande, pour venir combatre les Englès.
Ossi fu il sceu en France que li Englès et li Escot estoient as camps, sicom on disoit, l’un contre l’autre, 10 et ne pooit remanoir que il n’i eust prochainement bataille. Li dus de Berri et li dus de Bourgongne et li consaulx dou roi de France, quant il entendirent ces nouvelles, dissent que che estoit trop [follement] esploitié, quant on n’avoit encores envoiiet segnefiier la 15 trieue en Escoce, enssi que on avoit promis à faire. Adont furent ordonné de par le roi et ses oncles et leurs consaulx d’aler en Escoce messire Ainmars de Massé, sage chevalier et autentique, et messires Pière Frainiel, et uns sergans d’armes dou roi, liquels estoit 20 de nacion d’Escoce, et s’apelloit Janekin Campenois; et i fu ordonnés de aler pour tant que il savoit parler le langage et que il congnissoit le païs.
§ 408. Endementrues que cil ambasadour de France s’ordonnoient, et que pour venir en Engletière il s’aparilloient, 25 et que li Englès en Escoce couroient, dont les nouvelles en pluiseurs lieux s’espardoient, avoit gens d’armes à l’Escluse dou roiaulme de France qui là dormoient et sejournoient, ne en quel lieu ne païs que ce fust, pour honneur acquerre et eux avanchier, 30 aler ne traire il ne savoient, car les trieues entre France, Flandres et Engletière se tenoient, et entendirent [167] que li Escot et li Englès guerrioient; et disoit on à l’Escluse pour certain que hastéement ensamble il se combateroient. Chevalier et escuier qui ces nouvelles entendirent, en furent tout resjoï et parlèrent 5 ensamble, tels que messires Joffrois de Charni, messire Jehan de Blasi, messire Hue de Boulan, messires Sauvage de Villers, messire Garniers de Quensegnich, messire Oudille de Montiu, messire Rogier de Campigehem, le Borgne de Montaillier, Jaque de Monfort, 10 Jehan de Haluin, Jehan de Nielles, Mikiel de le Bare et Guillaume Gaubart, et pooient estre environ vint hommes d’armes, chevaliers et escuiers. Si eurent collation ensamble, pour l’avancement de leurs corps et pour che que il ne savoient où trouver les armes 15 fors en Escoce, que il leueroient une noef par acord, et s’en iroient en Escoce prendre l’aventure ensamble avoecques les Escos. Sicom il l’avisèrent, il le fissent, et se departirent de l’Escluse, et missent en une bonne noef tout leur harnas d’armes, et puis entrèrent ens, 20 quant il orent le vent, et laissièrent tous leurs chevaux, pour le dangier de la mer et pour le voiage qui estoit trop longs, car bien savoient li maronnier qui les menoient, que il ne pooient prendre tière en Haindebourc ne à Dombare ne ens es havenes prochains, 25 car otant bien estoient la navie d’Engletière par mer comme par terre, et estoient li Englès maistre et signeur de ces premiers pors d’Escoce pour les pourveances qui les sieuoient par mer.
En che tamps vinrent li desus dit ambasadour de 30 France en Engletière, et furent devers le roi et ses oncles, qui leur fissent bonne chière, et se disimulèrent à ce premiers un petit envers eux, pour la cause de [168] leurs gens qui faissoient guerre as Escos. Et quant il entendirent que leurs gens avoient fait leur fait et que il se retrairoient en Engletière, il fissent partir les mesages dou roi de France, messire Ainmart de 5 Marsé et les autres, et leur baillièrent deus sergans d’armes dou roi d’Engletière, pour eux mener sauvement parmi Engletière jusques en Escoce et faire ouvrir villes et castiaulx encontre leur venue. Si se missent au chemin li dessus dit pour venir vers Escoce.
10 § 409. Tant exploitièrent par mer li chevalier de France dessus nommé, eux parti de l’Escluse, en costiant Hollandes et Engletière, et eslongant les perils dou rencontre des Englès sus mer, que il arivèrent en Escoce sus un port que on dist Monstros. Quant les 15 gens escochois qui demoroient en la ville, entendirent que ce estoient François qui estoient là venu pour trouver les armes, si leur fissent bonne chière, et les adrechièrent de tout che que il leur besongnoit, à leur loial pooir. Quant chil chevalier et escuier se furent 20 rafresqui en celle ville là deus jours, et il orent apris des nouvelles, il se departirent et montèrent sus haguenées, et vinrent à Dondieu, et fissent tant, à quel paine que che fust, que il vinrent à Saint Jehan Ston, une bonne ville en Escoce où la rivière de Taie keurt, 25 et là a bon havene de mer pour aler par tout le monde. Eux venu en la ville de Saint Jehan, il entendirent que li Englès estoient retrait et que li rois d’Escoce et li signeur d’Escoce estoient en Handebourc à parlement ensamble. Adont ordonnèrent il que messires 30 Garniers de Quisegnich et Mikiels de le Bare iroient devers le roi en Haindebourc et les barons et chevaliers [169] dou païs, pour savoir quel cose il poroient faire, et leur remonsteroient, à tout le mains, la bonne volenté qui les avoit meus de partir de Flandres pour venir en Escoce, et messires Joffrois de Carni et li 5 autre demor[r]oient là tant que il aroient leur relacion.
Sicom il fu ordonné, il fu fait. Il se partirent de Saint Jehan, et chevauchièrent tant que il vinrent en Haindebourc où li rois, li contes de Douglas, li jones, qui 10 s’appelloit James, car li contes ses pères, messires Guillaumes, estoit nouvellement mors, et là estoient li contes de Moret, li contes de le Mare, li contes de Surlant, li contes d’Orkenai, li sires de Verssi, l[i] signeur de Lindesée qui estoient sis frère et tous chevaliers; 15 et fissent chil signeur d’Escoce au chevalier de France et à Mikiel de le Bare très bonne chière. Messires Garniers remonstra au roi et as barons d’Escoce l’intencion de ses compaignons et pour quoi il estoient venu en Escoce.
20 En ces jours tout nouvellement estoient venu en Haindebourc li ambasadeur de France, mesires Ainmars de Marsé et mesires Pières Frainel et Janekin Champenois, qui avoient aporté les trieues dessus dites et devisées entre le roi de France et le roi d’Engletière. 25 Mais li Escochois i estoient rebelle, et s’en disimuloient, et dissoient que trop tart on leur avoit segnefiiet et que nulles il n’en tenroient, car li Englès leur avoient en celle saison porté et fait trop grant contraire. Li rois Robers leur brissoit leur pourpos ce que il 30 pooit, et disoit que boinement, puisque il en estoient segnefiiet, que il ne se pooient disimuler que les trieues n’i fuissent. Enssi estoient il en different, li rois et li [170] chevalier de son païs l’un contre l’autre, et avint que li contes de Douglas et li contes de Mouret et li enfant de Lindesée et aucun jone chevalier et escuier d’Escoce, qui desiroient les armes, orent un secret parlement 5 en Haindebourc ensamble, en l’eglise de Saint Gille, et là furent appellé li chevalier de France, messires Garniers et Mikiels de le Bare, et là leur fu dit que il fesissent traire avant leur compaignons, et il oroient bonnes nouvelles, et tout ce il tenissent en 10 secret. Sus cel estat s’en retournèrent il à Saint Jehan Ston, et recordèrent à leurs compaignons tout che que il avoient veu et trouvé.
§ 410. De ces nouvelles furent messires Joffrois de Carni, li chevalier et li escuier tout resjoï, et se departirent 15 de là, et esploitièrent tant par leurs journées que il vinrent en Haindebourc, et ne fissent nul samblant de cose que il deuissent faire. Il n’eurent sejourné là pas douse jours, que li contes [de] Douglas tout secretement les manda et leur envoia chevaulx, que il venissent 20 parler à lui en son castel à Dalquest; il i vinrent. A l’endemain que il furent venu, il les enmena avoecques lui sus un certain lieu et marce, où li baron et li chevalier d’Escoce faissoient leur mandement, et se trouvèrent sus trois jours plus de eux quinse mille, as 25 chevaux et tous armés selonc l’usage de leur païs.
Adont, quant il se trouvèrent tout ensamble, vorent il faire leur chevaucie, et dissent que il se contre-vengeroient des despis et damages que li Englès leur avoient fais. Si se missent au chemin, et passèrent les 30 bos et les forès de leur païs, et entrèrent en Northombrelande en la terre le signeur de Persi, et le commenchièrent [171] à pillier et à ardoir, et le chevauchièrent mout très avant, et puis s’en retournèrent parmi la terre le conte de Nottinghem, le signeur de Moutbrai, et i fissent mout de desrois, et passèrent à leur 5 retour devant Rosebourc, mais point n’i arestèrent. Et avoient grant pillage avoec eulx de hommes et de bestail, et rentrèrent en leur païs sans damage, car li Englois estoient ja retrait: si ne se fuissent jamais sitos remis ensamble que pour combatre les Escos, 10 et leur convint porter et souffrir celle bufe, car il en avoient donné une as Escos.