Chroniques de J. Froissart, tome 11/13

Part 13

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Voirement estoit il en grant volenté de combatre le roi de France, et bien le monstra, car il s’en vint à Gand, et ordonna que tout homme portant armes, 25 dont il se pooit aidier, la ville gardée, le sieuissent. Tout obeïrent, car il leur donnoit à entendre que, par la grace de Dieu, il desconfiroient les François, et seroient signeur chil de Gand et souverain de toutes autres nacions. Environ dis mille hommes pour l’arière 30 ban e[n]mena Phelippes avoecques lui, et s’en vint devant Courtrai; et ja avoit il envoiet à Bruges, au Dam, à Ardembourc et à l’Escluse, et tout sus la [38] marine et ens es Quatre Mestiers et en la castelerie de Granmont, de Tenremonde et d’Alos; et leva bien de ces gens là environ trente mille. Et se loga une nuit devant Audenarde, et à l’endemain il s’en parti et 5 s’en vint vers Courtrai, et avoit en sa compaignie environ cinquante mille hommes.

§ 332. Nouvelles vinrent au roi de France et as signeurs de France, que Phelippes d’Artevelle aprochoit durement, et dissoit on que il amenoit en sa 10 compaignie bien soissante mille hommes. Adont se departi li avant garde d’Ippre, li connestables de France et li mareschal, et s’en vinrent logier à lieue et demie grande hors de Ippre, entre Roulers et Rosebecque; et puis à l’endemain, li rois et tout li 15 signeur s’en vinrent là logier, avant garde et arrière garde et tout. Si vous di que sus les camps li signeur pour ce tamps i eurent mout de paine, car il estoit au cuer d’ivier à l’entrée de decembre, et plouvoit toudis; et se dormoient li signeur toutes les nuis et 20 tous armés sus les camps, car tous les jours et toutes les heures il atendoient la bataille. Et disoit on communement en l’ost: «Il venront demain;» et che savoit on par les fourageurs, qui couroient as fourages sus le païs, qui raportoient ces nouvelles. Si 25 estoit li rois logiés tout en milieu de ses gens, et de ce que Phelippes d’Artevelle et li Flamenc detrioient tant, estoient li signeur de France tout courouchiet, car, pour le dur tamps que il faissoit, il vosissent bien estre plus tos delivré et combatu. Vous devés savoir 30 que avoec le roi de France estoit toute fleur de vaillance et de chevalerie. Si estoient Phelippes et li Flamenc [39] mout outrequidiet, quant il s’ahatissoient dou combatre, car, se il se fuissent tenu en leur siège devant Audenarde et aucunement fortefiiet, avoec ce que il faissoit plouvieux et fresc et bruecqueus en 5 Flandres, on ne les fust là jamais alé querre; et, se on les i euist quis, on ne les peuist avoir eus pour combatre, fors à trop grant meschief et peril. Mais Phelippes se glorefioit si en la belle fortune et victore que il ot devant Bruges, que il li sambloit bien 10 que nuls ne li poroit fourfaire, et esperoit bien à estre sires de tout le monde. Autre imaginacion n’avoit il, ne riens il ne doubtoit le roi de France ne sa poissance, car, se il l’euist doubté, il n’euist pas fait ce qu’il fist, sicom vous orés recorder ensieuant.

15 § 333. Che merquedi au soir, dont la bataille fu à l’endemain, s’en vint Phelippes d’Artevelle et sa poissance logier en une place asés forte, entre un fosset et un bosquetel et fortes haies, que on ne pooit venir aisse tant c’à eulx, et fu entre le Mont d’Or et la 20 ville de Rosebecque, où li rois estoit logiés. Che soir, Phelippes donna à soupper en son logeïs toutes les cappitaines, grandement et larghement, car il avoit bien de quoi: fuisson de pourveances les sieuoient. Quant che vint après soupper, il les mist en parolle 25 et leur dist: «Biau signeur, vous estes en che parti et en ceste ordonnance d’armes mi compaignon. J’espoire bien que demain nous arons besongne, car li rois de France, qui a grant desir de nous trouver et combatre, est logiés à Rosebecque. Si vous pri que 30 vous tenés tout vostre loiauté, et ne vous esbahissiés de cose que vous veés, c’est sour nostre bon droit [40] que nous nos combaterons, pour garder les juridicions de Flandres et nous tenir en droit. Amonnestés vos gens de bien faire, et les ordonnés sagement et tellement que on die que, par nostre bon arroi et ordonnance, 5 nous arons eu la victoire; et la journée pour nous eue demain, à la grace de Dieu, nous ne trouverons jamais signeur qui nous combate ne qui se osse mettre contre nous as camps; et nous sera li honneurs cent fois plus grande que ce que nous euissons 10 le confort des Englès, car, se il estoient en nostre compaignie, il en aroient la renommée, et non nous. Avoec le roi de France est toute la fleur de son roiaulme, ne il n’a nullui laissiet derière; et dites à vos gens que on tue tout, sans nullui prendre à merchi. 15 Par enssi demor[r]ons nous en paix, car je voel et commande sus la teste, que nuls ne prende prisonnier, se ce n’est le roi. Mais le roi voel je deporter, car c’est uns enffes; on li doit pardonner, il ne scet que il fait, il va ainsi que on le maine: nous l’enmenrons 20 à Gand aprendre flamenc; mais dus, contes et tous autres hommes d’armes, ochiiés tout. Les communautés de France ne nous en saront ja pieur gret, car il voroient, de che sui je tous fils, que jamais piés n’en retournast en France, et ossi ne fera il.»

25 Ces cappitaines, qui estoient là à colacion, après soupper, avoecques Philippe en son logeïs, de pluiseurs villes de Flandres et dou Franc de Bruges, s’acordoient tout à ceste oppinion et le tinrent à bonne, et respondirent à Phelippe, et li dissent: 30 «Sire, vous dites bien, et enssi sera fait.» Lors prissent il congiet à Phelippe, et retournèrent cascuns en son logeïs entre leurs gens, et leur recordèrent [41] et les endittèrent de tout che que vous avés oï.

Enssi se passa la nuis en l’ost Phelippe d’Artevelle; mais, environ mienuit, sicom je fui adont enfourmés, il avint en leur ost une mervilleuse cose, ne je n’ai 5 point oï recorder la parelle.

§ 334. Quant chil Flamenc furent aserissiet, et que cascuns se tenoit en son logeïs (et toutesfois il faissoient bon gait, car il sentoient leurs ennemis à mains d’une lieue d’eux), il me fu dit que Phelippes d’Artevelle 10 avoit à amie une damoiselle de Gand, laquelle en che voiage estoit venue avoecques lui. Et entrues que Phelippes dormoit sus une queute pointe, dalés le feu de carbon, en son pavillon, ceste femme, environ heure de mienuit, issi hors dou pavillon, pour veoir le 15 chiel et le tamps et quelle heure il estoit, car elle ne pooit dormir. Si regarda au lés devers Rosebecque, et voit en pluiseurs lieux en l’air dou chiel fumières et estincelles de feu voller; et che estoit des feux que li François faissoient desouls haies et desoulx buissons, 20 ensi comme il estoient logiet. Celle femme escoute et entent, che li fu vis, grant friente et grant noisse entre leur ost et l’ost des François, et criier Monjoie et plusieurs autres cris; et li sambloit que ce estoit sus le Mont d’Or entre eux et Rosebecque. De 25 celle cose elle fu toute eshidée, et se retraïst ens ou pavillon Phelippe, et l’esvilla soudainement et li dist: «Sire, levés vous tos et vous armés, car je ai oï trop grant noise sus le Mont d’Or, et croi que che sont li François qui vous viègnent asallir.» Phelippes, à ces 30 parolles, se leva mout tos et afubla une gonne, et prist une hache, et issi hors de son pavillon, pour [42] veoir et mettre en voir che que la damoiselle dissoit.

En telle manière, comme elle l’avoit oï, Phelippes l’oï, et lui sambloit que il i euist un grant tournoiement. Tantos il se retraïst en son pavillon, et fist faire 5 friente et sonner sa trompète de resvellement. Sitos que li sons de le trompète Phelippe s’espandi ens es logeïs, on le recongneut; tout se levèrent et armèrent. Chil dou gait, qui estoient au devant de l’ost, envoiioient de leurs compaignons devers Phelippe, pour savoir quel 10 cose il leur falloit, quant il s’armoient; il trouvèrent, chil qui envoiiet i furent, et raportèrent que Phelippes les avoit mout blastengiet de ce que il avoient oï noisse et friente devers les ennemis et si s’estoient tenu tout quoi: «Ha! ce dissent cil, alés; [si] dites à 15 Phelippe que voirement avons nous bien oï noise sus le Mont d’Or, et avons envoiiet à savoir que ce pooit estre, mais chil qui i sont alé ont raporté que ce n’est riens et que nulle cose il n’ont veu; et pour che que nous ne veïsmes de certain nul apparant d’esmouvement, 20 ne voliens pas resvillier l’ost, que nous n’en fuissiens blasmés.» Ces parolles de par ceulx dou gait furent raportées à Phelippe. Il se apaisa sur ce, mais en corage il s’esmervilla grandement que che pooit estre. Or dient li aucun que che estoient li diable 25 d’infier, qui là jeuoient et tournioient où la bataille devoit estre, pour la grant proie que il atendoient.

§ 335. Onques depuis che resvellement de l’ost, Phelippes ne li Flamenc ne furent aseuret, et se doubtèrent toudis que il ne fuissent trahi et souspris. Si 30 s’armèrent bien et bel de tout che que il avoient, par grant loisir, et fissent grans feux en leurs logis et se [43] desjunèrent tout à leur aise, car il avoient vins et viandes assés. Environ une heure devant le jour, dist Phelippes: «Che seroit bon que nous nos traïssisons tout sus les camps et que nous ordenissièmes nos 5 gens, par quoi sus le jour, se li François viennent pour nous assaillir, nous ne soions pas desgarni, mais pourveu d’ordonnance et avissé que nous deverons faire.» Tout s’acordèrent à sa parolle, et se departirent de leurs logis, et s’en vinrent en une bruière au dehors 10 d’un bosquetel, et avoient au devant d’eux un fosset largue assés et nouvellement relevet, et par derrière eux grant fuisson de ronsis, de genestres et de menut bois. Et là en che fort lieu s’ordonnèrent et se missent tout en une grosse bataille, drue et espesse; et se trouvoient 15 par rappors de connestables environ cinquante mille tout à elecion, li plus fort, li plus appert et li plus outrageux et qui le mains acontoient à leurs vies, de Flandres, et avoient environ soissante archiers englès, qui s’estoient emblé de leurs gages de Calais, pour 20 venir prendre grigneur pourfit à Phelippe, et avoient laissiet en leur logis che de harnas que il avoient, malles, lis et toutes autres ordonnances, hors mis leurs armeures, chevaux, charroi et sommiers, femmes et varlès. Mais Phelippes d’Artevelle avoit son page 25 monté sus un biau coursier dalés lui, qui valoit encores pour un signeur cinc chens florins, et ne le faissoit pas venir avoecques lui pour cose que il se vosist embler ne defuir des autres, fors que pour estat et par grandeur et pour monter sus, se cache sus les François se 30 faissoit, pour commander et dire à ses gens: «Tués tout! tués tout!» En celle instance le faissoit Phelippes aler dallés lui.

[44] De la ville de Gand avoit Phelippes en sa compaignie environ noef mille hommes tous armés, lesquels il tenoit d’encoste lui, car il i avoit grigneur fiance que il n’euist ens es autres; et se tenoient chil de Gand 5 et Phelippes et leurs banières tout devant, et cil de le castelerie d’Alos et de Grammont; après, chil de la castelerie de Courtrai, et puis, cil de Bruges, dou Dam et de l’Escluse, et cil dou Franc de Bruges. Et estoient armés la grignour partie de maillès, de 10 huvettes, de capiaux de fier, d’auquetons et de gans de balaine, et portoit cascuns un planchon à picot de fier et à virolle, et avoient par villes et par casteleries parures senlables pour recongnoistre l’un l’autre; une compaignie, cotes faissies de gaune et de bleu; li autres, 15 à une bende de noir sus une cote rouge; li autres, cheveronnet de blanc sus une cote bleue; li autres, paletet de vert et de bleu; li autres, ondet de blanc et de rouge; li autres, nuet de vert et de gaune; li autres, losengiet de bleu et de rouge; li autres, une 20 faisse esquiequetée de blanc et de noir; li autres, esquartelet de blanc et de rouge; li autres, tout b[l]eu à un quartier rouge; li autres, coppet de rouge desus et de blanc desous. Et avoient cascune banières de leurs mestiers et grandes coutilles à leurs costés parmi 25 leurs chaintures, et se taissoient en cel estat tout quoi, atendant le jour qui vint tantos.

Or vous dirai de l’ordenanche des François, otant bien comme jou ai recordé des Flamens.

§ 336. Bien savoient li rois de France et li signeur 30 qui dalés lui estoient et qui sus les camps se tenoient, que li Flamenc aprochoient et que che ne se pooit [45] passer que bataille n’i eust, car nuls ne traitoit de la paix, et toutes les parties en avoient grant devocion. Si fu nonchié et criié le merquedi au matin parmi la ville d’Ippre que toutes manières de gens d’armes se 5 traïssissent sour les camps dalés le roi et se mesissent en l’ordenance, enssi comme il savoient que il devoient aller et estre. Tout obeïrent à che ban fait de par le roi, le connestable et les mareschaus, che fu raisons, et ne demora nuls hommes d’armes ne 10 gros vallès en Ippre, que tout ne venissent sus les camps, fors varlès qui gardoient les chevaux et que il avoient ramenés en Ippre, quant leur maistre estoient descendu. Mais toutesfois chil de l’avant garde en avoient grant fuisson avoec eux, pour les aventures 15 de cachier et pour descouvrir les batailles: à ceux là besongnoit il plus que as autres. Enssi se tinrent li François che merquedi sus les camps, assés priès de Rosebecque, et entendoient li signeur à leurs besongnes et à leurs ordonnances.

20 Quant che vint au soir, li rois donna à souper ses trois oncles, le connestable de France, le signeur de Couchi et aucuns autres grans signeurs estraingniers de Braibant, de Hainnau, de Hollandes [et de Zellandes], d’Alemaigne et de Savoie, qui l’estoient venu servir; et 25 les remerch[i]a grandement (ossi fissent si oncle) dou bon service que il li faissoient et monstroient à faire. Et fist che soir le gait pour le bataille dou roi li contes de Flandres, et avoit en sa route bien sis cens lanches et douse cens hommes d’autres gens. Che merquedi au 30 soir, apriès ce soupper que je vous di et que tout li signeur que li rois avoit donné à soupper, furent retrait, li connestables de France demora, et darrainement [46] au prendre congiet, pour parler au roi et à ses oncles de leurs besongnes. Ordonné estoit dou conseil dou roi che que je vous dirai: que li connestables, messires Oliviers de Cliçon, se desmeteroit pour l’endemain, 5 le joedi, car on esperoit bien que on aroit bataille, de l’office de la connestablie, et le seroit pour che jour seullement li sires de Couchi en son lieu, et ils demor[r]oit dalés le roi. Et avint que, quant li connestables prist congiet au roi, li rois li dist moult doucement, 10 sicom il estoit endités dou dire: «Connestables, nous volons que vous nous rendés vostre office pour le jour de demain, car nous i avons autrui ordonné, et volons que vous demorés dalés nous.» De ces parolles qui furent toutes nouvelles au connestable, 15 fu il grandement esmervilliés; si respondi et dist: «Très chiers sires, je sai bien que je ne puis avoir plus haute honneur que de aidier à garder vostre personne, mès, chiers sires, il venroit à grant contraire et desplaissance mes compaignons et ceulx de 20 l’avant garde, se il ne m’avoient en leur compaignie, et plus i poriiés perdre que gaagnier. Je ne di mies que je soie si vaillans que par moi se puist achiever ceste besongne, mais je di, chiers sires, salve le corection de vostre noble conseil, que, depuis quinse jours 25 en chà, je n’ai à autre cose entendu fors à parfurnir, à l’onneur de vous et de vos gens, mon office, et ai enditté les uns et les autres comment il se deveront maintenir; et, se demain que nous nos combaterons par la grace de Dieu, il ne me voient et je les defaloie 30 d’ordenance et de conseil, qui sui usés et fais en tels coses, il en seroient esbahi, et en recheveroie blasme, et poroient dire li aucun que je me seroie [47] disimulés et que couvertement je aroie tout ce fait et avisset, pour fuir les premiers horions. Si vous pri, très chiers sires, que vous ne voelliés noient brisier ce qui est fait et aresté pour le milleur, et je vous di 5 que vous i arés pourfit.»

Li rois ne sceut que dire sus ceste parolle: ossi ne fissent chil qui dalés li estoient et qui entendu l’avoient, fors tant que li rois dist mout sagement: «Connestables, je ne di pas que on vous ait en riens desveu 10 que en tous cas vous ne vous soiiés grandement acquités, et ferés encores, c’est nostre entente; mais monsigneur mon père vous amoit sur tous autres et se confioit en vous, et, pour l’amour que il i avoit et la grant confidensse, je vous voloie avoir dalés moi à 15 ce besoing et en ma compaignie.»--«Très chiers sires, dist li connestables, vous estes si bien acompaigniés et de si vaillans gens, et tout a estet fait par si grant deliberacion de conseil, que on n’i poroit riens amender, et che vous doit bien et à vostre noble conseil 20 souffire. Si vous prie pour Dieu, laissiés moi convenir en mon office, et vous arés demain, par la grace de Dieu, en vo jovene avenement, si belle journée et aventure que tout vostre ami en seront resjoï et vostre ennemi courouchiet.»

25 A ces parolles ne respondi riens li rois, fors tant que il dist: «Connestables, et je le voel; et faites, ou nom de Dieu et de saint Denis, vostre office, je ne vous en quier plus à parler, car vous i veés plus cler que je ne face, ne tout cil qui ont mis avant ces parolles; soiés 30 demain à ma messe.»--«Sire, dist li connestables, volentiers.» Atant prist il congiet dou roi, qui li donna liement. Si s’en retourna en son logis, avoecq ses gens.

[48] § 337. Quant che vint le joeudi au matin, toutes gens d’armes s’aparillièrent et ordonnèrent, tant en l’avant garde comme en l’arière garde, que ossi en la bataille dou roi, et s’armèrent de toutes pièces, hors 5 mis des bachinès, enssi que pour entrer en bataille; car bien savoient li signeur que point dou jour n’isteroient sans estre combatu, pour les apparans que leur fourageur, le merquedi, leur avoient rapporté des Flamens que il avoient veus, qui les aprochoient et 10 qui le bataille demandoient. Li rois de France oï à che matin messe, et ossi fissent pluiseur signeur, qui tout se missent en priière et en devocion envers Dieu, que ils les vosist jeter dou jour à honneur. Celle matinée leva une bruine très grande et très espesse et si continuelle 15 que à paines veoit on un arpent lonch, dont li signeur estoient courouchié, mais amender ne le pooient. Après la messe dou roi, où li connestables et pluiseur haut signeur furent pour parler ensamble et avoir avis quel cose on feroit, ordonné fu que messires 20 Oliviers de Cliçon, connestables de France, messires Jehans de Viane, amiraulx de France, et messires Guillaumes de Poitiers, bastars de Lengres, chil troi vaillant chevalier et usé d’armes, iroient pour descouvrir et aviser de priès les Flamens, et en raporteroient 25 au roi et à ses oncles la verité; et entrues li sires de Couchi, li sires de Labreth et messires Hues de Chaalon entenderoient à ordonner les batailles.

Dont se departirent dou roi li troi dessus nommet, montés sus fleurs de coursiers, et chevauchièrent sus 30 frain à cel endroit où il penssoient que il les trouveroient, et la nuit logiet il estoient.

Vous devés savoir que le joedi au matin, quant [49] ceste forte bruine fu levée, li Flamenc qui estoient trait, dès devant le jour, en che fort lieu, sicom chi dessus est dit, et il se furent là tenu jusques environ vuit heures, et il veïrent que il n’ooient nulles nouvelles 5 des François, et il se trouvèrent une si grosse bataille ensamble, orgieux et oultrequidance les resvilla; et commenchièrent les capitaines à parler l’un à l’autre, et pluiseurs de eulx ossi, en dissant: «Quel cose faisons nous chi, estans sus nos piés et nous 10 refroidant? Que n’alons nous de bon corage, puisque nous en avons la volenté, requerre nos ennemis et combatre? Nous sejournons chi pour noient; jamais li François ne nous venroient chi querre. Alons à tout le mains jusques sur le Mont d’Or, et prendons 15 l’avantage de la montaigne.» Ches parolles mulletepliièrent tant que tout s’acordèrent à passer oultre et venir jusques sus le Mont d’Or, qui estoit entre eux et les François. Adont pour eschieuer le fosset qui estoit pardevant eux, tournèrent il autour dou bosquetiel, 20 et prissent l’avantage des camps.