Chroniques de J. Froissart, tome 06/13
Part 43
§ =534=. Messires Jehans.--_Ms. d’Amiens_: Messires Jehans Camdos, qui estoit cappitainnes et regars et souverains dessus yaux tous, quoyque li comtez de Montfort en fuist chiés, car li roys englès li avoit enssi escript et mandet que souverainnement il entendesist à son fil le comte de Montfort, prisoit durement en coer et à ses gens ossi l’ordounnance et l’aroy des Franchois, et veoit bien, se combattre les couvenoit, enssi qu’il esperoit bien que che feroit, qu’il ne l’aroient mies d’avantaige. Et disoit enssi messires Jehans Camdos que oncques en sa vie il n’avoit veu gens mieux arés, ne en si couvignable couvenant que li Franchois estoient. Si se vot ordounner seloncq chou et fist trois batailles et une arieregarde, et mist en le premierre monseigneur Robert Canolle, monseigneur Gautier Huet et monseigneur Richart Burlé; en le seconde, monseigneur Olivier de Clichon, monseigneur Mahieu de Gournay et monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt. La tierce, il ordounna au comte de Montfort, et demoura dallés lui. Et avoit en chacune bataille cinq cens hommes d’armes et trois cens archiers.
Quant ce vint sus l’arrierregarde, il appella monseigneur Hue de Cavrelée et li dist ensi: «Messire Hues, vous ferés l’arrieregarde et arés cinq cens combatans, et vous tenrés sus elle et recomforterés nos batailles là où vous les verrés branler: et ne vous partirés ne bougerez de vostre establissement pour cose qui aviegne, s’il ne besoingne, fors en l’estat que je vous ai dit.» Quant li chevaliers entendi messire Jehan Camdos, si fu mout courouchiés et respondi en tel manière: «Sire, sire, bailliés ceste arrieregarde à ung autre c’à moy, car je ne m’en quier ja à ensonniier; mès en quelle manierre m’avés vous desveu que je ne soie ossi bien tailliés de moy combattre tout devant et des premiers ossi bien c’uns autrez?» Dont respondi messires Jehans Camdos moult aviseement et dist: «Messire Hue, messire Hue, je ne vous estaublis mie en l’arrieregarde pour cose que vous ne soiiés ossi bons chevaliers et ossi seurs que nulx qui soit sour le place. Et say bien que très vollentiers vous vos combateriés des premiers; mès je vous y ordounne pour tant que vous estez ungs sages et avisés chevaliers, et se couvient que li ungs y soit et le face. Si vous pri chierement que vous le voeilliés faire, et je vous ay en couvent, se vous le faittez, nous en vaurons mieux et y acquerrons haute honneur. Et le première priière et requeste, quelle qu’elle soit, je le vous acorderay.» Encorres s’escuza li chevaliers et dist: «Sire, ordounnés y ung autre, car je me voeil combattre tout des premiers.» De ceste responsce fu messires Jehans Camdos moult courouchiés, et le reprist et dist: «Messire Hue, or regardés et eslisiés. Ou il couvient que vous y allés et le fachiés, ou il couvient que je y voise et le fache. Et par ma teste, se je ne quidoie que honneurs et prouffis ne nous en deuist venir de vous plus que d’un aultre, je ne vous en requerroie ja.» Quant messire Hue de Cavrelée se vit si constrains et apressés de monsigneur Jehan Camdos, si ne l’oza courouchier ne plus escondire, et dist: «Sire, sire, ce soit ou nom de Dieu et de saint Jorge, et je l’emprench volentiers.» Dont prist messires Hues de Cavrelée ceste bataille, et se traist tout enssus des autres sus elle et se mist en bonne ordounnanche. Fº 135.
P. 155, l. 5: quoique.--_Ms. A 17_: non contrestant que Fº 320.
P. 155, l. 9: il.--_Ms. A 17_: le comte de Montfort.
P. 155, l. 11: aucuns.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: bons.
P. 155, l. 13: couvenant.--_Ms. A 15_: couvine.
P. 155, l. 15: hui.--_Ms. A 17_: aujourd’ui.
P. 155, l. 23: entente.--_Mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17_: entencion.
P. 155, l. 30: Richart Burlé.--_Ms. A 17_: Thomas Brulé. Fº 320 vº.
P. 156, l. 4: trois cens.--_Ms. A 17_: quatre cens.
P. 156, l. 5: Cavrelée.--_Ms. A 15 à 17_: Carvallay.
P. 156, l. 7: cinq cens.--_Ms. B 6_: trois mille. Fº 644.
P. 156, l. 8: vo.--_Mss. A_: vostre.
P. 156, l. 10: besongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: besoing.
P. 156, l. 10: ouvrent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: euvrent.
P. 156, l. 17 et 18: ensonniier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: embesoingnier.
P. 156, l. 18: chiers.--_Mss. A 15 à 17_: beau.
P. 156, l. 19: estat.--_Le ms. A 17 ajoute_: ne en quel lieu ou place. Fº 321.
P. 156, l. 19: desveu.--_Ms. A 17_: veu deffaillir.
P. 156, l. 25: bons.--_Ms. A 17_: meilleurs.
P. 156, l. 29: li uns.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de nous deux.
P. 157, l. 8: ces.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: nouvelles.
§ =535=. Enssi.--_Ms. d’Amiens_: Ensi ce samedi au matin, qui fu le huitime jour dou mois d’octembre l’an mil trois cens soissante quatre, furent ces batailles ordounnées l’une devant l’autre, en ung biau plain, assés priès d’Auroy en Bretaingne. Si vous di que c’estoit moult belle cose à veoir et à comsiderer, car on y veoit bannières, pennons parés et armoiiés moult ricement de tous costés. Et par especial li Franchois estoient si faiticement et si souffisamment ordonné, que c’estoit ungs grans deduis dou regarder.
Or vous di que, entroes qu’il ordonnoient et advisoient leurs batailles et leurs besoingnes, li sires de Biaumanoir, ungs grans barons et rices de Bretaingne, aloit de l’un à l’autre, traitant et pourparlant de le pais, car vollentiers l’i euist veut, s’il pewist, et s’en ensonnioit en bonne manière. Et le laissoient li Englès et li Breton de Montfort aller et venir et parlementer à monseigneur Jehan Camdos et au comte de Montfort, pour tant qu’il estoit prisounniers par deviers yaux et qu’il ne se pooit armer. Si mist, che samedi, maint pourpos et tamainte parchon avant, pour venir à pès, mès nulle ne s’en fist. Et tint les batailles en cel estat jusquez à nonne, et prist une souffrance à durer tout le jour et toutte le nuit et l’endemain jusques soleil levant entre les deus hos. Si se retraist chacuns à son logeis bellement et faiticement, et se aisièrent de ce qu’il eurent. Che samedi au soir, yssi li cappittainne d’Auroy hors dou castiel et de le ville à quarante armurez de fer, liquels s’appelloit Henris de Sauternelle, et estoit ungs bons escuiers et qui loyaument s’estoit acquités enviers monsigneur Carlon de Blois de garder le forterèce d’Auroy. Si le rechupt li dis messires Carles moult liement, et li demanda de l’estat dou castiel: «En nom Dieu, monsigneur, dist li escuiers, Dieu merchi, si sommez encorrez bien pourveu pour le tenir deus mois, s’il besoigne.»--«Henry, Henry, respondi messires Carlez, demain, se il plaist à Dieu, serés vous delivrés dou siège ou par accord ou par bataille.»--«Sire, ce dist li escuiers, Dieux y ait part, qui vous doinst victore contre vos ennemis!»
Enssi se passa chilx samedis toutte nuit. Et menèrent li Franchois grant joie et grant revel, et d’autre part ossi fissent li Englès. Et requissent li aucun compaignon et priièrent moult especialment à monsigneur Jehan Camdos qu’il ne volsist mie consentir que nus tretiés ne nulx acors de pès se fesist, car il avoient tout despendu et aleuwet et estoient povre: si volloient par le bataille ou tout parperdre ou recouvrer, et messires Jehans Camdos leur eut en couvent. Fº 135.
P. 157, l. 25: plains.--_Le ms. A 17 ajoute_: les autres, en une grant lande et longue. Fº 321 vº.
P. 158, l. 4: de l’un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: host.
P. 158, l. 5: l’i euist veu.--_Ms. A 17_: il eust veu certain acord entr’eulx.
P. 158, l. 23: Sauternelle.-_-Mss. A 3, 15 à 17_: Hauternelle, Hanternelle. Fº 256 vº.--_Ms. B 6_: Sautrelle. Fº 640.
P. 158, l. 25: lanches.--_Mss. A 15 à 17_: hommes d’armes.
P. 158, l. 29: li chastelains.--_Mss. A 8, 15 à 17_: li escuiers.
P. 159, l. 18: à ce Henri.--_Ms. A 17_: à son escuier.
P. 159, l. 19: nuitie.--_Mss. A 8, 15 à 17_: nuit.
P. 159, l. 24: tout aleuet et.--_Mss. A 8, 15 à 17_: tout le leur.
P. 159, l. 25: parperdre ou recouvrer.--_Ms. A 17_: tout perdre ou tout gainnier ou au moins aucune chose recouvrer. Fº 322.
P. 159, l. 25: ou.--_Le ms. A 15 ajoute_: aucune chose.
P. 159, l. 26: en couvent.--_Ms. A 15_: en couvenant.--_Ms. A 17_: encouvenancié.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et le leur promist ainsi.
§ =536=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Quant ce vint le diemenche au matin, chacuns en sen host s’appareilla, vesti et arma. Si dist on pluisseurs messes en l’ost le dit monsigneur Carle de Blois, et s’acumenia qui acumeniier vot, et ossi fissent il en l’ost le comte de Montfort. Ung petit après soleil levant, se retraist chacuns en se bataille et en son arroy, enssi qu’il avoient estet le jour devant. Assés tost apriès, revint li sirez de Biaumanoir, qui portoit lez tretiez et qui vollentiers les ewist acordés, s’il peuist, et s’en vint premier à chevauchant deviers monsigneur Jehan Camdos, qui yssi de se bataille et laissa le comte de Montfort, et vint sus les camps contre le dit seigneur de Biaumanoir pour li faire une briefve response et pour son corps garder, car il avoit oy dire et jurer les Englès que, se il venoit plus avant pour tretier ne porter pès ne acort, il l’ociroient.
Siques, si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à lui, il li dist: «Sire de Biaumanoir, sire de Biaumanoir, je vous avisse que vous ne venés meshui plus avant; car nos gens dient qu’il voellent combattre et qu’il vous ochiront, s’il vous puevent enclore entre yaulx. Et dittes à monsigneur Carle de Blois que messires se voelt combattre et qu’il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s’il n’est plainement dus de Bretagne.» Quant li sires de Biaumanoir entendi Camdos enssi parler, si fu mout courouchiez et dist: «Camdos, Camdos, ce n’est mie li entente de monseigneur qu’il n’ait plus grant desir de combattre, et touttez ses gens, que vous n’aiiés, et ont toudis eu. Et che que je m’en sui ensonniiés jusc’à ores, je l’ay fait en espèce de bien et pour tant que je voy, d’un lez et de l’autre, grant fuison de bonne chevalerie de ce pais qui ne se poront combattre que grans meschief n’en viegne; et puisqu’il faut qu’il aviegne, Dieus voeille aidier le droit, car li ungs des deux chiés demourra hui dus de Bretaigne.»
Adonc s’en retourna il vistement deviers monsigneur Carlon de Blois, et Camdos deviers le comte de Montfort, qui li demanda tantost quel cose li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au contraire, pour li enflammer et courouchier: «Quel cose? Sire, je le vous diray. Messires Carlez de Blois vous mande que sans raison on tretie ne parolle de nulle pès; car il demourra ducs de Bretaingne, et n’y arés riens: ossi nul droit n’y avés de riens avoir, et tout ce vous remoustr[er]a il tantost par force d’armes. Or en regardez que vous en voullés faire, se vous vous voullés combattre.»--«Par me foy, dist li comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez passer avant nos bannières, ou nom de Dieu et de saint Gorge.» Depuis n’y eut riens tretiet ne parlementet entre les deux hos; car li sirez de Biaumanoir revint tantost deviers monseigneur de Blois, et li dist le responce de Camdos telle que vous avez oye. Dont messires Carles tendi ses mains vers le chiel, en regraciant Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie qu’il veoit dallés lui, et puis dist: «Passés avant, bannierrez, ou nom de Dieu et de monsigneur saint Yve.» Fº 135 vº.
P. 160, l. 1: se acumenia... veult.--_Ms. A 8_: se commenièrent ceulx qui vouldrent. Fº 257.--_Ms. A 15_: s’accommunièrent ceulx qui vouldrent. Fº 281 vº.--_Ms. A 17_: se acommissèrent tous ceuls qui vouldrent.--_Le ms. B 6 ajoute_: et puis burent un cop et s’armèrent. Et se tirèrent tout sur les camps au devant de leurs ennemis ossy serreement comme on povoit, les lanches contremont et grandes haches forgies à Paris et ailleurs pendant à leur costé. Et s’en vinrent ensy tout à piet en une plache au trait de trois arbalestres près de leurs ennemis. Fº 641.
P. 160, l. 8: à.--_Mss. A_: en.
P. 160, l. 10: vei.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: venir.
P. 160, l. 21: pri.--_Ms. A 15_: avise.
P. 160, l. 29: le painne.--_Mss. A_: la place.
P. 161, l. 2: s’enfelleni.--_Mss. A 8, 15_: s’enfelonni.--_Ms. A 17_: s’afelonnit.
P. 161, l. 2: courouciés.--_Le ms. A 17 ajoute_: et tant que, se il eust esté armé comme monseigneur Chandos estoit, pour certain ilz eussent commencé la bataille. Fº 322 vº.
P. 161, l. 3: monsigneur.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Charles de Blois.
P. 161, l. 15: Bretagne.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: aujour d’uy.
P. 161, l. 16: le painne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la place.
P. 161, l. 25: si fisent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se passèrent.
P. 161, l. 28: grosse.--_Mss. A 8, 15 à 17_: orguilleuse.
P. 162, l. 2: hui.--_Mss. A 8, 15 à 17_: au jour d’ui.
P. 162, l. 2: font.--_Mss. A 6, 8_: distrent.--_Ms. A 17_: le scèvent bien. Fº 323.
P. 162, l. 4: banières.--_Ms. A 15_: et pennons et toutes manières de. Fº 282.
§ =537=. Un petit.--_Ms. d’Amiens_: Ung petit devant l’eure de primme, s’aprocièrent les batailles. Dont ce fu très belle cose à regarder, si comme je l’oy dire à chiaux qui y furent et qui veu les avoient, car li Franchois estoient ossi serré et ossi joint que on ne pewist mies jetter une pomme que elle ne cheyst sus un bachinet ou sus une lanche. Et portoit chacuns hommes d’armes son glaive droite devant lui, retaillie enssi que de cinq piés, et une hace forte et dure et bien acerée, chacuns sus son col ou sus sen espalle. Et s’en venoient enssi tout bellement le pas, chacuns sirez en son arroi et entre ses gens, et se bannierre ou se pennon devant lui, enfourmés de savoir quel cose il devoit faire. Et, d’autre part, li Englès estoient très bien et très faiticement ordonné.
Si s’asamblèrent premierement li bataille monseigneur Bertran de Claiequin et li Breton de son lés, à le bataille monseigneur Robert Canolle et monseigneur Gautier Huet. Et missent li seigneur de Bretaingne, cil qui estoient d’un lés et de l’autre, les bannierrez des deus dus l’un contre l’autre, et les autres batailles s’asamblèrent enssi l’un contre l’autre. Là eut des premiers encontres grans bouteis des lanches et fort estour et dur. Bien est voirs que li arcier trayrent de coummenchement, mès leurs très ne greva noyent as Franchois, car il estoient trop bien armet et fort et ossi bien pavesciet contre le tret. Si jettèrent cil archier leurs ars jus, qui estoient fort compaignon et legier, et se boutèrent entre ces gens d’armes de leur costé, et puis s’en vinrent à ces Franchois qui portoient ces haces. Si s’aherdoient à yaux de grant vollenté et tolloient as pluisseurs leurs haces, de quoy depuis se combatirent. Là eut fait mainte belle appertise d’armes, mainte luite, mainte prise et mainte rescousse. Et sachiés qui estoit cëus à terre, il estoit fort dou relever, se il n’estoit trop bien aidiés.
La bataille monseigneur Charle de Blois s’adrecha droitement à le bataille le comte de Montfort qui estoit forte et espesse. Dallés monseigneur Carlon de Blois estoient li sires de Lion, messires Carles de Dinant, li viscomtez de Rohem, li sirez de Qui[n]tin, li sirez d’Ansenis et li sires de Rocefort, et chacun sires se bannierre devant lui. Là eut, je vous di, dure bataille et grosse et bien combatue. Et furent chil de Montfort de coummenchement durement reboutet; mès messires Hues de Cavrelée, qui estoit desus èle et qui avoit une belle bataille et de bonne gent, venoit à cel endroit où il veoit ses gens branller, ouvrir ou desclore, et les reboutoit et metoit sus par force d’armes. Et ceste ordounnance leur valli trop grandement; car, si tost qu’il avoit les foullés remis sus et il veoit une autre bataille ouvrir ne branler, il se traioit de celle part, et les recomfortoit par telle mannierre comme il est dit devant. Fºs 135 vº et 136.
P. 162, l. 6: § 537.--_Le ms. A 15 ajoute_: Mais tantost.
P. 162, l. 14: courtes mances.--_Ms. A 8_: petis manches. Fº 257 vº.--_Ms. A 15_: à bien court manche.--_Ms. A 17_: un petit manche.
P. 162, l. 17: lui.--_Le ms. A 17 ajoute_: chascun tout.
P. 162, l. 20: assamblèrent.--_Le ms. A 15 ajoute_: ces batailles. Fº 282.
P. 162, l. 21: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur Olivier de Mauni son nepveu. Fº 323.
P. 162, l. 21: de son lés.--_Ms. A 17_: de leur costé.
P. 162, l. 27 et 28: premiers encontres.--_Mss. A 8, 15 à 17_: première rencontre.
P. 162, l. 29: estour.--_Mss. A 8, 15 à 17_: estrif.
P. 163, l. 5: se aherdirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’adrecèrent.
P. 163, l. 7: haces.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et en y eurent plus de cinq cens, et che parfist le desconfiture, car il ochioient les Franchois et les Bretons de leurs haches. Fº 647.
P. 163, l. 8: faiticement.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hardiement.
P. 163, l. 10 et 11: c’estoit fort dou.--_Ms. A 15_: il ne se povoit.
§ =538=. D’autre part.--_Ms. d’Amiens_: D’autre part, se combatoient messires Olivier de Clichon, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Richars Burlé, messires Jehans Bourssiers, messire Mahieux de Gournay, à le bataille le comte d’Auchoire et dou comte de Joni, qui estoit moult grande et moult grosse et bien estoffée de bonne gens. Là eut fait ossi mainte belle appertise d’armes et mainte prise et mainte rescousse. Là se combatoient Franchois et Bretons, d’un lés, mout vaillamment et mout hardiement, des haces qu’il portaient et qu’il tenoient.
Là fu messires Carles de Blois durement bons chevaliers, et qui vaillamment et hardiement se combati et assambla à ses ennemis, et ossi fist ses adversaires le comte de Montfort: chacuns y entendoit enssi que pour lui. Là estoit messires Jehans Camdos, qui y faisoit merveilles d’armes de son corps, car il estoit fors chevaliers et hardis durement; si conssilloit et comfortoit le comte de Montfort en touttes manierrez, et le faisoit passer avant et arester, quant il veoit que tamps estoit.
D’autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires de Tournemine, li sirez d’Avaugor, li sires de Rays, li sires de Lohiac, li sires d’Ansenis et li autre bon chevalier de Bretaingne se combatoient mout vaillamment et y fissent maintes belles apertises d’armes. Et tant se combatirent que touttes ces batailles se requeillirent enssamble, excepté li arrieregarde des Englès, dont messires Hues de Cavrelée estoit souverains. Ceste bataille se tenoit toutdis sus costière, et ne servoit d’autre cose fors de redrechier et mettre en conroy les leurs qui branloient ou qui se desconfissoient.
Entre les autres chevaliers bretons et englès, messires Oliviers de Clichon fu bien veus et avisés qu’il y fist merveillez d’armes de son corps, et tenoit une hache, mès il rompoit ces presses, et ne l’osoit nus aprochier. Et s’enbati telle fois si avant qu’il fu en grant peril, et eut mout affaire de sen corps en le bataille dou comte d’Auchoire et dou comte de Joni, et trouva durement fort encontre sus lui, tant que dou cop d’une hace il fu navrés desous et parmy le visierre de sen bachinet au travers de l’oeil, et l’eut crevet, mès depuis fu il rescous et remis entre ses gens en bon couvenant; et, durement aïrés et enflammés, il se combati et y fist de le main pluisseurs belles appertises d’armes. Là se recouvroient bataillez et bannières, qui une heure estoient tout au bas, et tantost par bien combattre recouvroient et estoient remis sus.
Entre les autres chevaliers, fu messires Jehans Camdos très bons chevaliers, et vaillamment se combati, et tenoit une hace dont il donnoit les horions si grans que nulx ne l’osoit aprochier, car il estoit grans chevaliers et fors et bien fourmés de tous membres: si s’en vint combattre à le bataille le comte d’Auchoire et des Franchois. Et là eut fait maintes belles appertises d’armes. Et, par force de bien combattre, il rompirent et reboutèrent ceste bataille bien avant et le missent à tel meschief que briefment elle fu desconfite et touttez les bannierrez et les pennons de ceste bataille jettés par terre, rompus et deschirés, et li seigneur mis et contourné en grant meschief; car il n’estoient aidiet ne comfortet de nul costé, mès estoient leurs gens tous ensonniiés d’iaux deffendre et combattre. Là crioient chil seigneur et leurs gens qui estoient dallés yaux, leurs ensaignes et leurs cris, dont li aucun estoient oy et reconforté, et li autre, non, enssi que telz besoingnes aviennent et que li cas le requiert.
Touttes fois, li comtes d’Auchoire, par force d’armes, fu durement navrés et pris desoubs le pennon monseigneur Jehan Camdos et fianciés prison, et li comtez de Joni ossi, et mors li sires de Prie, uns grans bannerès de Normendie, et pluisseurs bons chevaliers de Franche et de Normendie. Fº 136.
P. 164, l. 6: Joni.--_Mss. A 15 à 17_: Joingny.
P. 164, l. 20 et 21: ressongnies.--_Mss. A 8, 15 à 17_: redoubtez. Fº 258.
P. 164, l. 30 et 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Gargolay. Fº 324.
P. 164, l. 31: Malatrait.--_Mss. A 15 à 17_: Malestroit.
P. 164, l. 31: dou Pont.--_Mss. A 15 à 17_: de Viez Pont.
P. 165, l. 8: s’ensonnioit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’embesongnoit.
P. 165, l. 9: conroy.--_Mss. A 15 à 17_: arroy.
P. 165, l. 19 et 20: en travers.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du visaige.
P. 166, l. 18: en sus.--_Mss. A 15 à 17_: arrière.
P. 166, l. 21: prisons.--_Mss. A 8, 15 à 17_: prisonnier.
P. 166, l. 22: [T]rie.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Prier.--_Mss. A 8, 9_: Pie.--_Mss. B et A 7, 15 à 17_: Prie.
§ =539=. Encores.--_Ms. d’Amiens_: Encorres se combatoient les autres batailles moult vaillamment, et se tenoient li baron en bon couvenant. Et touttesfois, à parler loiaument d’armes, il ne tinrent mies si bien leur pas ne leur arroy, enssi qu’il apparut, que fissent li Englès et li Breton dou costé le comte de Montfort; et trop leur valli celle bataille sus elle de messire Hue de Cavrelée. Quant li Englès et li Breton de Montfort virent ouvrir et branler les Franchois, si se confortèrent entre yaux moult grandement. Et demandèrent li pluiseur leurs chevaux que leur garchon tenoient enssus d’iaux. Tantost il furent monté, pourveu de haces et d’espées de Bourdiaux et en grant vollenté de envaïr, d’ochir et de mehaignier leurs ennemis.
Et se parti adonc messires Jehans Camdos à toutte une grosse routte des siens, et s’en vint adrechier sus le bataille monsigneur Bertran de Claiequin, où on faisoit merveillez d’armes, mès elle estoit ja ouverte et pluisseur chevalier et escuier mis en grant meschief. Et encorres furent il plus, quant messires Jehans Camdos et une grosse routte d’Englès s’i embatirent. Là eut donnet tamaint pesant horion de ces haces, maint bachinet fendu et maint homme mort. Touttesfois, messires Bertrans ne li sien ne peurent porter che fès. Si fu là pris messires Bertrans d’un escuier englès desoubs le pennon monsigneur Jehan Camdos et qui estoit de ses gens et de son hostel. Et entendi ensi que messires Jehans Camdos prist et fiancha de sa main un baron de Bretaingne que on appelloit le seigneur de Rays, hardi chevalier durement.
Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue, li bataille fu enssi que desconfite, et perdirent li autre tout leur arroy et se missent en fuite, qui mieux mieux chacuns, exceté li vaillant chevalier et escuier de Bretaingne, qui ne volloient mies laissier leur signeur, monsigneur Carlon de Blois, mès avoient plus chier à morir que reprochiet leur fust fuitte. Si se combatirent, chacuns desoubz se bannierre et se pennon, depuis moult vaillamment et très asprement, et se rekeillirent en pluisseurs lieux et par tropiaux chil bon chevalier et escuier de Bretaingne, qui estoient avoecq monseigneur Carlon de Blois, et qui, par force d’armes, volloient recouvrer le meschief qu’il leur apparroit; mès il ne peurent.