Chroniques de J. Froissart, tome 06/13

Part 44

Chapter 444,052 wordsPublic domain

Là fu messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient, enclos d’une grosse routte d’Englès qui tout se tiroient de celle part pour aidier le bannierre monsigneur Carle à desrompre et desconfire. Si i eut fait mainte belle appertise d’armes, et mout vaillamment se combatirent messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient. Et ne l’eurent mies li Englès d’avantaige, mès il estoient trop mieus parti à ce donc que li Franchois ne fuissent. Là fu ochis, en bon couvenant et le viaire sus ses ennemis, messire Carlles de Blois, et dallés lui et sus son corps ungs siens filx bastars qui s’appelloit messires Jehans de Blois, et pluisseurs autres chevaliers et escuiers qui ne volloient mies laissier leur mestre et leur seigneur, mès avoient plus chier à morir.

Depuis que les bannierres monseigneur Carle de Blois furent atierées, n’y eut riens retenu, mès furent les desconfitures moult grandes de tous costés sus les Franchois et les Bretons. Et se missent tous li Englès à cheval, et coummenchièrent à cachier et à encauchier leurs ennemis. Là eult, quant à le cache et à le fuitte, grant mortalité, grant ocision et grant desconfiture, et tamaint bon chevalier et escuier pris et mis en grant mescief. Là fu toutte li fleur de le bonne chevalerie de Bretaigne, pour le temps et pour le journée, morte ou prise; car peu de chevaliers ne d’escuiers d’onneur escapèrent, qu’il ne fuissent mort ou pris.

Et par especial des banerès de Bretaingne y furent mort messires Carles de Dignant, li sires de Lion, li sires d’Ansenis, li sirez d’Avaugor, li sires de Lohiach, li sires de Gargoulé, li sires de Malatrait et li sires dou Pont; et pris: li viscomtes de Rohem, li sires de Lion, li sires de Rochefort, li sires de Rays, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, messires Henris de Malatrait, messires Oliviers de Mauni et pluisseur autre bon chevalier et escuier de Bretaingne et grant signeur; et ossi dou royaumme de France, maint bon chevalier et escuier: li comtes d’Auchoire premierement, li comtes de Joni et tamaint autre qui y estoient venu desous le comfort monsigneur Bertran de Claiequin, qui y fu pris ossi.

Briefment à parler, ceste desconfiture fu moult grande et mout grosse, et grant fuisson de bonnes gens y eut mors, tant sus les camps comme en le cache, car elle dura huit grans lieuwes et tout le jour jusques à le nuit. Si poés bien croire que là en dedens y avinrent pluisseur mescief, et y eut maint chevalier et maint escuier mort et pris. Ceste bataille, qui fu assés priès d’Auroi en Bretaingne, fu l’an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens soissante quatre, par un dimenche en octembre, le jour Saint Denis et Saint Gislain. Fº 136 vº.

P. 166, l. 27: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine. Fº 258 vº.

P. 166, l. 29: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et Anglois. Fº 324 vº.

P. 167, l. 1: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et Anglois.

P. 167, l. 7: des siens.--_Mss. A 8, 15 à 17_: de ses gens.

P. 167, l. 8: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur Olivier de Mauni son nepveu. Fº 325.

P. 167, l. 13: tamaint.--_Mss. A 8, 15 à 17_: maint.

P. 167, l. 18: desous.--_Le ms. A 17 ajoute_: la bannière ou.

P. 167, l. 20: un.--_Le ms. A 15 ajoute_: grant. Fº 283 vº.

P. 167, l. 22: durement.--_Le ms. A 15 ajoute_: et qui moult longuement se combatit à monseigneur Jehan Chandos.

P. 167, l. 24: que.--_Ms. A 17_: comme du tout.

P. 167, l. 30: fuite.--_Le ms. A 15 ajoute_: vilaine.--_Le ms. A 17_: vilaine ne honteuse.

P. 167, l. 32: très asprement.--_Ms. A 17_: appertement.

P. 168, l. 13: Blois.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: qui tua celui qui tué avoit monseigneur Charle de Blois.

P. 168, l. 21: fin.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: de bataille et.

P. 168, l. 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Cargolay.--_Ms. A 7_: Guergorlay.

P. 168, l. 32: dou Pont.--_Ms. A 15_: de Vielpont.

P. 169, l. 4: Tournemine.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de Tonnoirre.--_Mss. A 1, 3 à 6, 8_: le conte de Tonnoirre.

P. 169, l. 5: Mauni.--_Le ms. A 15 ajoute_: fort chevalier et hardi durement.

P. 169, l. 5 et 6: Riville.--_Ms. A 17_: Regneville.

P. 169, l. 6: Friauville.--_Ms. A 8_: Frauville. Fº 259.--_Mss. A 15 à 17_: Frianville.

P. 169, l. 6: d’Ainneval.--_Mss. A 1 à 8_: Rainneval.--_Mss. A 15 à 17_: Rayneval.

P. 169, l. 9: le.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant.

P. 169, l. 12 et 13: en le cache.--_Ms. A 8_: sur la place. Fº 259 vº.

P. 169, l. 13: huit.--_Le ms. A 8 ajoute_: grosses.

P. 169, l. 14: Rennes.--_Mss. A 11 à 14_: Vannes.

P. 169, l. 13 à 22: cache... octembre.--_Ms. B 6_: Et dura la chache huit lieues jusques ens ès portes de la chité de Rennes, car ly Englès montèrent à cheval qui les poursievirent jusques au vespre. Et là eult messire Jehan Candos, par l’aide de ses gens, pour trois cens mille frans de bons prisonniers; car il eult messire Bertran de Claykin, le conte d’Auchoire, le conte de Joni et plus de quarante chevaliers. Ceste belle aventure avint au conte Jehan de Montfort en Bretaigne, assés priès du castiel d’Auroy, en l’an de grace mil trois cens soissante quatre, le lundy devant le Saint Mikiel. Fº 648.

P. 169, l. 20: d’Auroy.--_Ms. A 17_: du noble chasteau d’Aurroy que le vaillant roy Artur fist jadis faire et fonder. Fº 325.

§ =540=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le grant desconfiture, si comme vous avés oy, et le place toutte delivrée, li chief des seigneurs englès et bretons d’un lés retournèrent et n’entendirent plus au cachier, mès en laissièrent couvenir leurs gens. Si se traissent d’un lés li comtes de Montfort, messires Jehans Camdos, messires Robers Canolles, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Mahieux de Gournay, messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée, messires Jehans Bourssier et li autre chevalier. Et s’en vinrent ombriier desoubs une longhe haye, un petit enssus de là où li bataille avoit estet, et missent touttes leurs bannierres et pennons en celle haie, pour leurs gens requeillier et radrechier. Et coummenchièrent leur menestrel à corner et à piper, et li signeur se desarmèrent et esventèrent ung petit, car moult avoient chaut pour le traveil de combattre et de cachier. Et burent li aucun qui avoient vin en bouteilles et en flascons. Entroes qu’il estoient en cel estat, li sires de Clichon revint, se bannierre devant lui, qui le plus avoit poursieuwois ses ennemis. A painnes s’en estoit il pous partir, tant avoit estet aïrés et enflammés sus yaulx. Et ramenèrent ses gens grant fuison de prisonniers et par especial son oncle le viscomte de Rohem. Si se traist erramment li dis messires Oliviers de Clichon deviers le comte de Montfort, qu’il tenoit pour seigneur et pour chief, et descendi à piet avoecq les autres.

A ce donc ne savoient il riens encorres que messires Carles de Blois fust mors; mes il avoient envoiiet leurs hiraux par le campaingne regarder as ungs et as autres, et pour triier les seigneurs hors des autres et savoir liquel y estoient mort. Si fu là raporté au comte de Montfort, et dist ensi li chevaliers qui l’en raporta les nouvelles: «Monseigneur, loés Dieu et regraciés de le belle journée que vous avés, car messires Carles de Blois, vostres adverssaires, est demourés mors sur les camps.» Et quant li comtes de Montfort l’entendi, si dist qu’il volloit venir de ceste part et [le] veoir ossi bien mort que vif. Si vint là où messires Carles gisoit, et vinrent avoecq lui pluisseur des seigneurs et chevaliers qui là estoient. Si le trouvèrent environnet de grant fuisson de mors, chevaliers et escuiers, et une hace desoubs lui, dont il s’estoit combatus, et ossi de ses ennemis englès et bretons mors aucuns. Se le fist li comtes de Montfort retourner le viaire dessus, car il gisoit en dens. Et quant il le vit ou viaire, si fu tous penssieux et prist à larmiier et dist: «Ha! monseigneur Carle, monseigneur Carle, biaus cousins, com par vostre opinion maintenir sont grant meschief avenu en Bretaigne! Se Dieux m’aït, il me desplaist que je vous treuve enssi, se estre pewist autrement.» Adonc le tira arière messires Jehans Camdos et li dist: «Sire, sire, partons de chy et regraciiés Dieu de le belle aventure que vous avés; car, sans le mort de cesti, ne poyés vous venir à l’iretaige de Bretaingne.» Adonc ordounna là li comtes de Montfort que il fust tantost mis en un sarqu et aportés à Rennes, et il fu fait presentement si comme il le coumanda. Fºs 136 vº et 137.

P. 170, l. 1: Tanton.--_Mss. A 1 à 6, 15, 18, 19_: Tancon.

P. 170, l. 2: aultre.--_Le ms. A 17 ajoute_: seigneurs et chevaliers. Fº 326.

P. 170, l. 2: ombriier.--_Ms. A 17_: umbraier.

P. 170, l. 2 et 3: dou lonch d’une.--_Ms. A 6_: delez une. Fº 258 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: devant une.

P. 170, l. 12: l’iretage.--_Ms. A 15_: le bel hiretaige.--_Ms. A 17_: le noble heritaige.

P. 170, l. 20: plus de gré.--_Mss. A_: plus grant gré.

P. 170, l. 21: En.--_Ms. A 15_: A.--_Ms. A 17_: Entre.

P. 170, l. 22: enflamés.--_Le ms. A 17 ajoute_: d’ire et de mautalent.

P. 170, l. 24: partir.--_Le ms. B 6 ajoute_: et voelt on dire que en chest jour de se propre main il en ochist et abaty plus de soixante. Fº 649.

P. 170, l. 25: se retraist.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: se traisent.

P. 171, l. 1: chercié.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cerchié.

P. 171, l. 11: d’une.--_Ms. A 8_: à. Fº 260.

P. 171, l. 20: regracions.--_Ms. B 4 et mss. A_: regraciés.

P. 171, l. 21: avés.--_Le ms. A 15 ajoute_: qu’il vous a hui donnée--_Le ms. A 17 ajoute_: aujourd’ui eue.

P. 171, l. 21: poiés.--_Mss. A_: poviez.

P. 171, l. 28: en.--_Mss. A_: ou pays de.

P. 171, l. 29: maint grant et biel.--_Ms. A 8_: pluseurs.--_Ms. A 15_: pluseurs beaus.--_Ms. A 17_: moult de beaus.

P. 171, l. 29: miracle.--_Le ms. B 6 ajoute_: et cante on de luy ensy que d’un martir, car il morut vaillanment en defendant et gardant son hiretaige. Fºs 649 et 650.

§ =541=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ceste ordounnanche et que tout li mort furent desvesti et que leurs gens furent repairiet de le cache, il se traissent vers leurs logis dont au matin il s’estoient parti. Si se desarmèrent et aisièrent de chou qu’il eurent, il avoient assés de quoy, et entendirent à leurs prisonniers et fissent appareillier les navrés et les blechiez; et les leurs meysmement qui estoient navret et blechiet, fissent il remettre à point. Quant ce vint le lundi au matin, li comtes de Montfort fist assavoir sus le pays et à chiaux de Rennes et des villes environ, qu’il leur dounnoit trieuwez troix jours, pour ensepvelir les mors et venir querre les corps des gentilz hommes: laquelle ordounnanche on le tint à belle et à bonne, et se tint par devant Auroy et dist que point ne s’en partiroit, se l’aroit.

Ces nouvellez s’espardirent en pluisseurs lieux et en pluisseurs pays, coumment li comtez de Montfort, par le consseil et confort des Englès, avoit obtenu le place contre monseigneur Carlon de Blois, et li mort et desconfi, et mort et pris toutte le fleur de Bretaingne. Si en avoient messires Jehans Camdos et messires Oliviers de Clichon grant huée. Et disoit li coumune renoumée que par leur fait, avoecques le reconfort de l’arrieregarde monseigneur Hue de Cavrelée, avoit estet la besoingne achievée. De ces nouvellez furent tout li amit et li comfortant monseigneur Carlon de Blois courouchiet, che fu bien raisons, et tout cil de par le comte de Montfort, resjoy...

Bien est voirs que li roys Carles de Franche fu mout courouchiés de le desconfiture qui fu devant Auroy et bien y eut cause, car ses royaummes en fu grandement afoiblis, et par especial il regreta grandement le mort de monseigneur Carlon de Blois, son cousin, le prise de monseigneur Bertran de Claiequin, le mort et le prise des bons chevaliers qui là avoient estet. Si envoiea tantost li roys le duc d’Ango, son frère, deviers les marches de Bretaingne, pour recomforter et conssillier le pays, qui moult estoit desolés et esbahis, et par especial celle qui s’appelloit duçoise et hiretière de Bretaingne; car elle veoit son marit monseigneur Carle de Blois mort et ses deus fils emprisonnés en Engleterre, Jehan et Ghui. Si vint li dus d’Ango, qui avoit sa fille à femme, par deviers lui, et le recomforta et consseilla che qu’il peult, et li proummist qu’il se feroit cause et chiés de le guerre contre le comte de Montfort. Encorres avoit la damme un petit fil qui estoit appellés Henris, c’estoit tous ses recomfors; mès quant la damme examinoit bien touttes ses besoingnes, elle se veoit bien en dur parti. Si ploroit et regretoit ses amis, et bien avoit cause, enssi comme vous orés chy apriès. Fº 137 rº et vº.

P. 171, l. 31: que.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: tous.

P. 172, l. 3: eurent.--_Mss. A 15 à 17_: avoient.

P. 172, l. 14: le.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: fort.

P. 172, l. 15: d’Auroy.--_Le ms. A 15 ajoute_: que le roy Artur fist jadis faire et fonder. Fº 285.

P. 172, l. 19: par le... Englès.--_Les mss. A ajoutent ces mots qui manquent dans le ms. B 1._

P. 172, l. 22: fleur.--_Les mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17 ajoutent_: de la chevalerie.

P. 172, l. 27: li Breton.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et les Anglois.

P. 172, l. 30: li rois.--_Le ms. A 17 ajoute_: Charles. Fº 327.

P. 173, l. 2: chevalier.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: et escuiers.

P. 173, l. 28: Douvres.--_Le ms. B 6 ajoute_: et vinrent si à point que le roy d’Engleterre et ses trois filz, le duc de Clarenche, le duc de Lenclastre, le conte de Canterbruge, estoient à Douves pour festier le conte Loys de Flandres qui là estoit arivés pour le cause de ung mariage aidier à parfaire, qui estoit commenchiet entre monsigneur Aimmon, conte de Cantbruge, et le fille du conte de Flandres. Fº 651.

P. 173, l. 30: hiraut.--_Les mss. B 3, 4 et les mss. A ajoutent_: et li donna le nom de Windesore et moult grant pourfit.

P. 173, l. 32: je fui.--_Le ms. A 17 ajoute_: depuis moult suffisanment informé.

§ =542=. Il est bien voirs.--_Ms. d’Amiens_: Si escripsi li comtes de Montfort ceste avenue en pluisseurs lieux et par especial au roy Edouwart d’Engleterre, qu’il tenoit et appelloit père, car il avoit euv sa fille en mariaige. Si vinrent ces nouvelles au dit roy au cinqime jour de le bataille à Douvres. Et emporta lettres de creanche ungs varlès poursiewans armes, qui avoit estet à le bataille et que li roys englès fist tantost hiraut, et li dounna le nom de Windesore, et moult grant prouffit: par lequel hiraut noummet Windesore je fui enfourmés de ceste bataille et de l’ordounnanche, si comme vous avés oy chy dessus recorder, car j’estoie à Douvres au jour qu’il y vint et que les nouvellez y furent premierement sceuwes. Et le cause pourquoy li roys englès estoit adonc là et grant fuison des seigneurs d’Engleterre, je le vous diray.

En ce tamps que chilx hiraux Windesore ariva là à Douvres, estoit là venus li roys d’Engleterre, avoecq lui li dus de Lancastre et messires Aimmons, comtes de Cambruge, si doi fil, et grant fuison de seigneurs d’Engleterre, telz que le comte d’Arondel, le comte de Salebrin, le comte de Herfort, le jone comte de Pennebrucq, le jone comte de le Marce, monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur Despenssier, le seigneur de le Ware, monseigneur Ricart de Pennebruge, monseigneur Alain de Boukesele, monseigneur Richart Sturi, le seigneur de Ferières, monseigneur Thummas de Grantson et pluisseurs autres seigneurs, barons et chevaliers, pour festiier le comte Loeys de Flandres, je vous diray cause pourquoy.

A che donc assés nouvellement avoit estet tretiez li mariaiges de monseigneur Ainmon, comte de Cantbruge, filz au roy d’Engleterre, et de madamme Marie, fille au comte Loeys de Flandres, qui estoit veve dou jone duc de Bourgoingne, si comme chy dessus est registré. Si estoient là assamblé cil seigneur pour ordounner mariaige et assigner ce que chacuns devoit avoir. Li roys d’Engleterre donnoit à son fil le comté de Pontieu, le comté de Ghines, le terre de Melch et de Oye, et telz drois qu’il entendoit à avoir en le comté de Haynnau, de Hollande et de Zellandez, qu’il ne faisoit mies adonc petis, de par madamme la roynne Phelippe, sa femme, qui fille avoit estet au comte de Haynnau, enssi que vous savés. Si furent là chil seigneur d’Engleterre et de Flandres en grans reviaux et en grans esbatemens l’espasse de quatre jours, et y eut grans disners et biaux et bien ordounnés. Et leur vinrent ces nouvelles certaines de Bretaingne, dont ils furent mout resjoy, especialment li roys englès et li comtes de Flandres, li roys englès pour ce qu’il avoit toudis fait chief et partie de ceste gerre avoecq le comte de Montfort, liquelx comtes avoit eu sa fille espousée, et li comtes de Flandrez, pour tant que il est cousins germains au comte de Montfort.

Apriès ces festes et ces reviaux qui furent à Douvres, prist li comtes Loeis de Flandres congiet au roy et as barons d’Engleterre, et rapassa le mer et vint à Calais. Si le raconvoiièrent li dus de Lancastre et li comtes de Cantbruges et les en mena li comtes de Flandres avoecq lui en Flandres pour jewer et esbattre, et furent à Yppre, à Brughes et à Ghand, et partout si bien venu et si bien recheu. Endementroes ordounna li roys englès grans messaiges pour envoiier deviers le pappe Urbain [cinqime[483]] pour dispensser che mariaige, car il estoient moult prochain de linaige; car autrement sans dispenssations n’avoit li comtes de Flandres acordé sa fille au roy d’Engleterre. Or nous soufferons nous à parler de ceste matère, et revenrons au comte de Montfort et dirons coumment il persevera.

[483] _Le manuscrit d’Amiens porte_: «VIe». _Mauvaise leçon._

P. 174, l. 7: devant.--_Le ms. A 17 ajoute_: de la ditte bataille d’Aurroy.

P. 174, l. 17: conseil.--_Le ms. A 17 ajoute_: qui illecques se tenoient, lesquelz le reçurent moult grandement et moult honorablement, ainsi qu’il appartenoit à un tel prince et si grant seigneur. Fº 327 vº.

P. 174, l. 18: l’avoit.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 8 à 14, 18 à 23_: l’avoient.

P. 174, l. 20: besongne.--_Ms. A 17_: grant bataille.

P. 174, l. 26 à 28: Et donna... pourfit.--_Ces lignes manquent dans les mss. B 3, B 4 et dans les mss. A._

P. 174, l. 30: trois.--_Ms. A 17_: quatre ou cinq.

P. 175, l. 3: Aymons.--_Le ms. A 17 ajoute_: son frère.

P. 175, l. 6: Bruges.--_Le ms. B 6 ajoute_: et à Gand et en pluiseurs bonnes villes et s’y tinrent bien ung mois, et puis s’en retournèrent en Engleterre. Fº 652.

§ =543=. Li contes.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le bataille et le grant desconfiture qui fu devant Auroy, où toutte li fleur de Bretaingne fu morte et prise, li comtes de Montfort se tint à son siège, et dist qu’il ne s’en partiroit jusques à tant qu’il l’aroit. Et envoiea dire à chiaux dou castiel que, se il se volloient rendre bellement à lui et recepvoir à seigneur, il leur pardonroit son mautalent et les lairoit joïr et possesser de tout chou qu’il avoient en le fortrèche. Chil d’Auroy se conssillièrent et regardèrent coumment leurs sirez estoit mors, et tout li baron de Bretaingne de leur costé, mort et pris, meysmement pris leur capittainne, Henris de le Sauternelle, et grant fuisson de bons compaignons qui le fortrèce avoient aidiet à deffendre et à garder en avant. Si ne veoient nul apparant de comfort de nul costé, siques, tout examinet et consideré le bien et le mal, il se rendirent et rechurent le comte de Montfort à seigneur et à souverain. Et entra li dis comtes en le ville et ou castiel d’Auroy à grant solempnité, et li fissent tout feaulté et houmage.

Quant il eut pris le possession dou castiel et de toutte le terre, il eut consseil qu’il se trairoit devant le bonne ville de Jugon à touttes ses hos, et pria affectueusement à monseigneur Jehan Cambdos qu’il volsist demourer avoecq lui; car de son consseil et de sen ayde avoit il grant mestier. Messires Jehans Camdos li otria, et ossi fissent tout li Englès pour l’amour de lui. Si s’en vinrent li comtes de Montfort et touttes ses hos devant Jugon et l’environnèrent tout autour, et dissent qu’il ne s’en partiroit, si l’aroient. Et ordonnèrent li seigneur d’Engleterre qu’il ne ranchonneroient nuls de leurs prisonniers jusques à tant que leur guerre seroit achievée. Si furent envoiiet messires Bertran de Claiequin, li comtes d’Auchoire, li comtes de Joni, li sirez de Rays, li sires de Rieus, li sirez de Tournemine et bien soissante chevaliers tous prisounniers, à monseigneur Jehan Camdos et à ses gens, en Poito, et espars en pluisseurs lieux, les ungs à Plasac, les autres à Niort, les autres à Pons ou à Saintes ou à Lusegnon ou en le Rocelle ou à Saint Jehan l’Angelier. Enssi fissent tout li autre de leurs prisonniers, mes il leur faisoient courtoise prison et les recreoient sus leurs fois bellement sans tenir enfremés, ne loiier en fers ne en buies, et toudis se tenoit li sièges devant Jugon.

Quant chil de Jugon virent le puissanche et l’effort dou comte de Montfort et que nul ayde ne leur apparoit, si n’eurent mies consseil d’iaux longement tenir, mès se rendirent, et tinrent le dit comte à seigneur et li fissent feaulté et hoummaige. Si entra li dis comtez en le [ville de Jugon] et souverains: enssi se faisoit il noummer et escripre. Et remua tous offisciiers et y mist gens à sen ordounnanche, et puis se parti de Jugon. Quant il s’i furent rafresci environ cinq jours, il s’en vinrent devant le bonne ville de Dignant. Là mist il grant siège et qui dura bien avant en l’ivier, car la ville est forte et estoit adonc bien garnie. Et ossi li dus d’Ango leur mandoit qu’il les recomforteroit sans faulte. Ceste esperanche les fist tenir moult longement et endurer et souffrir tamaint assault. Finablement, quant il virent qu’il n’aroient point de secours et que leurs pourveanches amenrissoient, il se composèrent et acordèrent as tretiés dou comte de Montfort. Et se rendirent par composition que, se dedens deux mois en avant, plus fors de lui apparoit en Bretaigne, qui le boutast huers par forche d’armes ou autrement, de le partie monseigneur Carlon de Blois à qui il avoient fait feaulté et houmaige, il estoient quitte et absols de leur tretiet; autrement, les deux mois acomplis, il le tenoient à duch et à seigneur.

Li comtes de Montfort leur acorda vollentiers, et envoiea douze hommes de le ville de Dignant, tous des plus riches, qui furent cran et hostaiges pour aemplir ces couvens, en le cité de Vennes, et puis chevaucha avant et vint droit devant le ville et le cité de Campercorrentin. Et i ariva toutte sen host où il avoit plus de quinze mil hommes, et tous les jours li croissoient gens qui li venoient d’Engleterre et d’autres pays, qui queroient et demandoient les armes, et il ne les savoient bonnement où avoir fors en Bretaingne. Enssi asega li comtes de Montfort le chité de Campercorrentin, qui est moult belle et mout forte. Et y avoit adonc très bonne gens et qui bien s’aquitèrent de le garder, car li sièges y fu mout longement, et petit y fissent de leur prouffit, tant qu’il y sissent, en assallant et en escarmuchant chiaux de dedens. Fºs 137 vº et 138.

P. 175, l. 10: Auroy.--_Ms. A 17_: le fort chasteau d’Auroy que le vaillant roy Artur fit faire et fonder jadis. Fº 328.

P. 175, l. 13: de le Sauternèle.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: de Sautemelle.

P. 175, l. 14: et toute le fleur.--_Ms. B 6_: et plus de quarante. Fº 650.

P. 175, l. 24: le.--_Le ms. A 17 ajoute_: belle.

P. 175, l. 30: vinrent.--_Mss. A_: vint.

P. 176, l. 1: trois.--_Ms. A 15_: quatre. Fº 286.

P. 176, l. 6: herriier.--_Mss. A 15 à 17_: harier.

P. 176, l. 11: chemina.--_Mss. A_: chevaucha.

P. 176, l. 11 et 12: Dignant.--_Mss. A 15 à 17_: Dinan.

P. 176, l. 14 à 16: li dus... faire.--_Ms. A 17_: le duc Charles de Blois si leur avoit moult bien dit que ilz se tenissent ainsi comme bonnes gens devoient faire.

P. 176, l. 16 et 17: conforteroit.--_Ms. A 17 ajoute_: tantost.

P. 176, l. 17: fist.--_Le ms. A 17 ajoute_: longuement.

P. 177, l. 4: nesun.--_Mss. A_: nul.

P. 177, l. 10: le pays de Bretagne.--_Ms. A 15_: le bon pais de Bretaingne.--_Ms. A 17_: tout le demourant du bon pais de Bretaingne.