Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 45

Chapter 453,316 wordsPublic domain

_Ten yanaci_ ou _ten yantalaci_ ou _ten yantalaci tené_, que j’eusse. _Tech yanaci_ ou _tech yantalaci_ ou _tech yantalaci teché_, que tu eusses. _Letilé yanaci_ ou _yantalaci_ ou _yantalaci tié_, qu’il eût. _C’toon yanacioon_ ou _yantalacion_ ou _yantalacioone_, que nous eussions. _Téex yanaciéex_, _yantalaciéex_, _yantalaciéexi_, que vous eussiez. _Letileoob yanacioob_, _yantalacioob_, _yantalacioobé_, qu’ils eussent.

_Ten layaci_ ou _layacili_ ou _layachiené_, que je fusse. _Tech layaci ou layacili_ ou _layachieché_, que tu fusses. _Letilé layaci_ ou _layacili_ ou _layacihié_, qu’il fût. _C’toon layacilioon_ ou _layaciooné_, que nous fussions. _Téex layaciéex_, _layaciliéex_, _layaciéexé_, que vous fussiez. _Letileoob_, _layacioob_, _layacilioob_, _layacioobé_, qu’ils fussent.

PRÉTÉRIT.

_Ten ɔoci u yantal_, que j’aie eu. _Tech ɔoci u yantal_, que tu aies eu. _Letilé ɔoci u yantal_, qu’il ait eu. _C’toon ɔoci u yantal_, que nous ayons eu. _Téex ɔoci u yantal_, que vous ayez eu. _Letileoob ɔoci u yantal_, qu’ils aient eu.

_Ten ɔooc layac hieni_, que j’aie été. _Tech ɔooc layac hiechi_, que tu aies été. _Letilé ɔooc layac hii_, qu’il ait été. _C’toon ɔooc c’layac hiooni_, que nous ayons été. _Téex ɔooc layac hiéexi_, que vous ayez été. _Letileoob ɔooc layac hioobi_, qu’ils aient été.

INFINITIF.

_Yantal_, avoir. _Ɔoc u yantal_, avoir eu. _Bin yanac u yantal_, pour ou à avoir. _Taan u yantal_, ayant. _Yanhi_, eu.

_Laytal_, être. _Layhi u yantal_, avoir été. _Layhi, bin yanac ti u laytal_, été pour ou à être. _Taan u laytal_, étant. _Ɔoc u layhital_, ayant été.

TABLE QUATRIÈME.

_Verbe ZAHTAAL, radical ZAH, craindre, faisant partie de la quatrième conjugaison dans l’ordre de Beltran._

PRÉSENT.

_Ten in zahtic_, je crains. _Tech a zahtic_, tu crains. _Letilé u zahtic_, il craint. _C’toon zahtic_, nous craignons. _Téex a zahtic_, vous craignez. _Letileoob u zahtic_, ils craignent.

IMPARFAIT.

_Ten in zahtic cach_, je craignais. _Tech a zahtic cach_, tu craignais. _Letilé u zahtic cach_, il craignait. _C’toon c’zahtic cach_, nous craignions. _Téex a zahtic cach_, vous craigniez. _Letileoob u zahtic cach_, ils craignaient.

PRÉTÉRIT DÉFINI.

_Ten in zahtahma_ ou _ten in zahtahi_ ou _ten in yanhi in zahtic_, je craignis _ou_ j’ai craint. _Tech a zahtahma_ ou _tech a zahtahi_ ou _tech a yanhi a zahtic_, tu craignis _ou_ tu as craint. _Letilé u zahtahma_ ou _letilé u zahtahi_ ou _letilé u yanhi u zahtic_, il craignît _ou_ il a craint. _C’toon c’zahtahma_ ou _c’toon c’zahtahi_ ou _c’toon c’yanhi c’zahtic_, nous craignîmes _ou_ avons craint. _Teex a zahtahma_ ou _teex a zahtahi_ ou _teex a yanhi a zahtic_, vous craignîtes _ou_ avez craint. _Letileoob u zahtahma_ ou _letileoob u zahtahi_ ou _letileoob u yanhi u zahtic_, ils craignirent _ou_ ont craint.

PLUS-QUE-PARFAIT.

_Ten in zahtahma cachi_, j’avais craint. _Tech a zahtahma cachi_, tu avais craint. _Letilé u zahtahma cachi_, il avait craint. _C’toon c’zahtahma cachi_, nous avions craint. _Teex a zahtahma cachi_, vous aviez craint. _Letileoob u zahtahma cachi_, ils avaient craint.

FUTUR SIMPLE.

_Ten bin in zahte_, je craindrai. _Tech bin a zahte_, tu craindras. _Letilé bin u zahte_, il craindra. _C’toon bin c’zahte_, nous craindrons. _Teex bin a zahte_, vous craindrez. _Letileoob bin u zahte_, ils craindront.

FUTUR PASSÉ.

_Ten ɔooc u yantal in zahtic_, j’aurai craint. _Tech ɔooc a yantal a zahtic_, tu auras craint. _Letilé ɔooc u yantal u zahtic_, il aura craint. _C’toon ɔooc c’yantal c’zahtic_, nous aurons craint. _Teex ɔooc a yantal a zahtic_, vous aurez craint. _Letileoob ɔooc u yantal u zahtic_, ils auront craint.

IMPÉRATIF.

_Zahte tech_, crains. _Zahte letile_, qu’il craigne. _Zahteex teex_, craignez. _U zahteoob letileoob_, qu’ils craignent.

SUBJONCTIF PRÉSENT.

_Ten in zahte_, que je craigne. _Tech a zahte_, que tu craignes. _Letile a zahte_, qu’il craigne. _C’toon c’zahte_, que nous craignions. _Teex a zahte_, que vous craigniez. _Letileoob u zahte_, qu’ils craignent.

IMPARFAIT.

_Ten in zahtici_ ou _ten in zahtahmai_ ou _ten in zahticié_, que je craignisse. _Tech a zahtici_ ou _tech a zahtahmai_ ou _tech a zahticié_, que tu craignisses. _Letile u zahtici_ ou _letile u zahtahmai_ ou _letile u zahticié_, qu’il craignît. _C’toon c’zahtici_ ou _c’toon c’zahtahmai_ ou _c’toon zahticié_, que nous craignissions. _Teex a zahtici_ ou _teex a zahtahmai_ ou _teex a zahticié_, que vous craignissiez. _Letileoob u zahtici_ ou _letileoob u zahtahmai_ ou _letileoob u zahticié_, qu’ils craignissent.

PRÉTÉRIT.

_Ten ɔooci in zahtic_, que j’aie craint. _Tech ɔooci a zahtic_, que tu aies craint. _Letile ɔooci u zahtic_, qu’il ait craint. _C’toon ɔooci c’zahtic_, que nous ayons craint. _Teex ɔooci a zahtic_, que vous ayez craint. _Letileoob ɔooci u zahtic_, qu’ils aient craint.

PLUS-QUE-PARFAIT.

_Ten ɔocaan u yantal_ ou _ten ɔocaan u yantali_ ou _ten ɔocaan yanili in zahtic_, que j’eusse craint. _Tech ɔocaan u yantal_ ou _tech ɔocaan a yantali_ ou _tech ɔocaan a yanili a zahtic_, que tu eusses craint. _Letile ɔocaan u yantal_ ou _letile ɔocaan u yantali_ ou _letile ɔocaan u yanili u zahtic_, qu’il eût craint. _C’toon ɔocaan c’yantal_ ou _c’toon ɔocaan c’yantali_ ou _c’toon ɔocaan c’yanili c’zahtic_, que nous eussions craint. _Teex ɔocaan a yantal_ ou _teex ɔocaan a yantali_ ou _teex ɔocaan a yanili a zahtic,_ que vous eussiez craint. _Letileoob ɔocaan u yantal_ ou _letileoob ɔocaan u yantali_ ou _letileoob yanili u zahtic_, qu’ils eussent craint.

FUTUR DU SUBJONCTIF, ou conditionnel. _Ua ten bin in zahte_, si je craignais _ou_ craindrais, etc. Le reste comme au futur simple, en préfixant _ua_ à chaque personne.

FUTUR PASSÉ. _Ua ten ɔooc u yantal u zahtic_, si j’avais craint _ou_ j’aurais, etc.

INFINITIF.

Présent: _Zahtaal_, craindre.—Passé: _Ɔooc yantal u zahtic_, avoir craint.—Futur: _Bin yanac ti u zahtic_, sur le point de craindre _ou_ pour craindre.—Gérondif présent: _Taan u zahtic_, craignant[19].—Gérondif passé: _Ɔocaan layhital u zahtic_, ayant craint.

On a vu par l’examen de la table nº 2 des verbes, extraits de Beltran, que, dans toutes les conjugaisons, l’imparfait ne diffère du présent que par l’addition de la particule _cuchi_, devenu _cach_ dans la grammaire moderne de Ruz (tables 3ᵉ et 4ᵉ). Le prétérit défini qui est toujours en _ah_ dans Beltran, est changé en _ahi_ ou _ahma_ dans l’autre, qui présente en outre un passé du même verbe, précédé de l’auxiliaire avoir. Ex.: _Ten in yanhi in zahtic_, j’ai craint.

Le plus-que-parfait, dans les verbes anciens, ajoute au prétérit défini _ili_ avec _cuchi_, et le futur passé _ili cochom_. Ex.: _In tzicahili-cuchi_, j’avais obéi; _in tzicahili-cochom_, j’aurai obéi. Le verbe moderne fait en se modifiant _in tzicahma-cachi_, pour le plus-que-parfait et au futur passé _ten ɔooc u yantal u tzicic_, c’est-à-dire qu’il se fait précéder d’une particule et d’un verbe auxiliaire.

Dans tous les verbes anciens et modernes, ce qui caractérise le futur simple, c’est la particule _bin_, qui n’est autre que le radical du verbe _binel_, et joue par conséquent le rôle d’un verbe auxiliaire. Ainsi quand on dit _ten bin in yacunte_, j’aimerai, c’est comme si l’on disait je vais aimer.

Des particules _hi_ et _hihuil_, qui précèdent l’imparfait, le prétérit, le plus-que-parfait et le futur du subjonctif, on ne retrouve quelque chose que dans le prétérit _yan-hi_ du verbe _yantal_, avoir[20].

Au présent du subjonctif, deux pronoms sont usités au lieu d’un: dans la première conjugaison de Beltran, le premier _ten_ est placé avant le verbe, et le second _en_ après. Dans les trois autres conjugaisons anciennes, comme aussi dans la conjugaison moderne, le premier et le second pronoms précèdent le verbe. Dans les autres modes et temps, les pronoms, dans les trois dernières conjugaisons, sont placés avant le verbe; ils le suivent dans la première. Dans les temps du présent et de l’imparfait, les pronoms de la première classe, _ten_, _tech_, etc., sont usités pour les trois dernières conjugaisons, et pour la première ce sont les pronoms de la troisième classe, _in_, _a_, _u_. Dans tous les autres temps, les pronoms de la seconde classe, _en_, _ech_, _laylo_, sont employés pour la première conjugaison, et les pronoms de la troisième classe dans les trois autres.[21]

«Beltran, ajoute ici Gallatin[22], n’assigne aucune raison qui explique la variation de ces divers pronoms.» Les grammaires anciennes sont probablement insuffisantes ou incomplètes, tout autant que les grammaires modernes; mais les explications que l’on ne trouve pas dans ces ouvrages, on peut par analogie les déduire des autres langues de l’Amérique centrale. En effet, si l’on prend, pour point de comparaison, le groupe des trois langues principales du Guatémala, on reconnaît immédiatement dans les pronoms du présent _ten_, _tech_, etc., le _tin_, _ta_, _tu_, du cakchiquel, composé de la particule _ta_ ou _tan_, indiquant dans celle-ci l’actualité comme _ta_ ou _táan_ dans le maya; _en_ ou _in_, _ech_ et _a_, etc., pronoms possessifs dans l’origine, sont devenus personnels. Ainsi quand on dit _ten cambezic_, j’enseigne, en prenant le sens étymologique, on trouve actuellement: Mon enseigner ou enseignement. _Cuchi_, _cach_, _cachi_ sont des variétés de formes pour exprimer le passé, dont le sens se retrouvera par l’étude plus approfondie de la langue, et la particule _ah_, pour le prétérit, y fait exactement l’office de _x_, _ix_ ou _xi_ dans le quiché et le cakchiquel, où ils ont une fonction toute diminutive.

DES VERBES IRRÉGULIERS.

Nous avons parlé plus haut (page 466) des verbes actifs ou transitifs, et de quelle manière on peut leur appliquer la règle des verbes neutres ou intransitifs. Mais il y a une autre règle, universelle à cet égard, c’est que la formation du prétérit et du futur d’un verbe transitif, changé en intransitif, diffère également, dans l’ancienne grammaire, de la formation usitée dans les verbes transitifs ou intransitifs, que nous avons fait connaître plus haut. Quoiqu’il y eût quelques variations, la règle générale était que les verbes transitifs, devenant intransitifs dans la première conjugaison, prenaient les pronoms usités dans ces derniers; mais la terminaison du prétérit, au lieu d’être simplement _i_, faisait _nahi_; et le futur faisait _nac_ au lieu de _cac_. Ainsi _tzicah_ au lieu de _tzici_, se change en _tzicnahi_, et au lieu de _tzicac_ faisait _tzicnac_.

La même règle s’observait encore par rapport aux verbes composés. Ainsi _çhahaa_, porter de l’eau, faisait au prétérit _çhahaanahi_, il a porté de l’eau, et au futur _bin çhahaanac_, il portera de l’eau.

Comme exception à ces règles, nous citerons le verbe intransitif _keluc_, tuer, transpirer, dont l’infinitif et le présent ne se terminent pas par _l_, mais qui forme toutefois son prétérit en _nahi_ et son futur en _nac_. _Okol_, pleurer, fait au prétérit _oknahi_, et futur _bin okolnac_.

Certains verbes se composent par l’addition de la particule _hal_ ou _hil_ à des noms, pronoms ou adverbes, signifiant alors l’identification de la chose avec une autre, ou avec une personne. Ainsi _uinic_ fait _uinic-hal_, se faire ou devenir homme; _hunppel_, un, fait _hunppelhol_, s’unifier, se singulariser. _Yaab_, beaucoup, _yábhal_, multiplier, etc. Tous ces verbes forment leur prétérit et leur futur comme le verbe neutre, par exemple _yan_ ou _yantál_, avoir. Ainsi _uinac-hal_, fait _uinic-hi_, il s’est fait homme, _bin uinicac_, il se fera homme. Cette particule _hal_ qui ne paraît être qu’un ancien verbe avoir, ne serait-elle pas l’origine de la plupart des infinitifs des verbes se terminant en _al_? On trouve dans Ruz un certain nombre de verbes qui suivent les règles des verbes en _hal_, à peu près comme dans Beltran.

Entre autres verbes irréguliers, _binel_, aller fait au présent _bin in cah_, allant je suis: _binen_ au présent et _bixicen_ au futur, d’après Beltran. Suivant la grammaire de Ruz, il fait au futur _ten he in binel_, j’ai (à) aller, etc.

Suivant Beltran, _cah_ aurait la signification d’agir ou de faire quelque chose, ce qui équivaut, après tout, à l’être, car qui agit existe: il se conjugue _in cah_, j’agis, _a cah_, tu agis, _u cah_, il agit, _ca cah_, _a cahex_, _u cahob_, nous, vous, ils, etc. A l’imparfait nous trouvons _cahcuchi_, il agissait, etc.

Certains verbes dont le radical est en _ah_ ou en _oh_ et le présent en _al_ ou en _ol_, forment leur prétérit et leur futur de cette manière: _Bohol_ prétérit _bohlah_, futur _bohlé_, etc.

Les verbes fréquentatifs se forment comme dans le quiché[23], en redoublant la première syllabe, comme _lom_, mouvoir ou frapper, _lomlomah_, frapper ou mouvoir souvent. Quelquefois aussi le redoublement indique un diminutif, comme _chocou_, chaud, qui fait _chochocou_, tiède, etc.

Lorsque le verbe se combine à la fois avec le nominatif et un pronom qui en est le régime, il n’y a pas de difficulté quant au régime de la première et de la seconde personne. Les pronoms de la seconde classe _en_, _ech_, au pluriel, _on_, _ex_, sont respectivement les régimes de ceux de la première classe; mais il paraîtrait, d’après Beltran, que ceux-ci sont suivis alors des pronoms de la seconde classe, précédés de la particule _ca_ avec laquelle ils se composent. Ainsi avec le verbe _moc_, lier, nous avons pour la combinaison du premier et du second pronoms:

_Ten cin_ (pour _ca in_) _moc ech_, je te lie _ou_ je lie toi. _Tech ca_ (pour _ca a_) _moc en_, tu me lies. _Ten cin_ (pour _ca in_) _moc ex_, je vous lie. _Tech ca_ (pour _ca a_) _moc on_, tu nous lies.

A la troisième personne, le régime est souvent sous-entendu, bien qu’on le trouve exprimé quelquefois dans la finale du verbe terminant en _c_ ou _ic_ pour le singulier, et en _ob_ pour le pluriel, le verbe dans sa forme active suffisant par lui-même pour annoncer le régime.

DU VERBE PASSIF.

D’après Beltran, la voix passive, pour la seconde et la troisième conjugaison, se forme en ajoutant _abal_ ou _tabal_ à la racine du verbe; _cambez_, enseigner, _cambezabal_ être enseigné; _yacun_, aimer, _yacuntabal_, être aimé. Pour la troisième conjugaison, on ajoute simplement à la racine la lettre _l_, précédée de la voyelle radicale du verbe. Ex.: _Tzic_, obéir, _tzicil_, être obéi; _tal_, toucher, _talal_, être touché; _mol_, réunir, _molol_, être réuni. Cependant si le verbe se termine par une voyelle, on ajoute _bal_, comme _ɔa_, donner, _ɔabal_, être donné.

On peut observer au sujet de ces verbes, qu’ils rentrent tous ici dans la catégorie de ceux dont il est question dans la grammaire quichée, dont la terminaison en _bal_ annonce l’instrument pour faire ou le lieu où se fait la chose. Ainsi par exemple si l’on dit en maya _in molol_, je suis réuni, c’est comme si l’on disait je la réunion ou ma réunion; _a yacuntabal_, tu es aimé, ou bien ton amour ou ton être aimé. Ex.: _U cambezabal utial in yum_, il est enseigné, instruit par mon père; mot à mot son instruction (est) à cause de ou par mon père.

Dans la grammaire de Ruz, le passif est formé exactement comme dans la langue française ou espagnole, etc., à l’aide de l’auxiliaire _laytal_, être. Ex.: _Le nicteoob lay_ (ou _layoob_) _chanoob tioklal le uinicil_; les fleurs sont cueillies par le peuple.

La grammaire de Beltran ajoute que les verbes intransitifs de la première conjugaison ne peuvent d’aucune manière prendre la forme passive: ainsi _naczabal_, ou _naczal_, n’est pas le passif de _nacal_, se lever, mais de _naczah_, lever.

Ce que nous remarquons à notre tour au sujet de ce verbe, c’est qu’il révèle une particularité commune aux verbes des langues quichée, cakchiquèle et à plusieurs autres de l’Amérique centrale et du Mexique, que, ni Gallatin, ni Norman, ni Ruz ne paraissent avoir observée: c’est la faculté compulsive que nous trouvons dans le verbe _naczah_, actif, lever, qui n’est autre chose que le compulsif de _nac_ ou _nacal_, se lever, ou faire qu’on se lève. Ainsi de _cim_ ou _cimi_, mourir, on fait _cimzah_, faire mourir ou tuer, de _tzic_, obéir, _tziczah_, faire ou forcer à obéir, etc.[24].

Terminons cet abrégé par quelques observations rapides: les particules _ca_ et _he_ sont alternativement conjonction et pronoms relatifs. Ex.: _Ma in kat ca a cambez_, je ne veux pas que tu enseignes.—_Ohelté he Pedro cimi_, sache que Pierre est mort, etc.

Observons encore que la lettre _t_ (probablement pour _tin_ ou _ten_) est préposée d’ordinaire au prétérit de la première conjugaison pour le distinguer de l’impératif. Ex.: _t’nacen_, je me suis levé.

Le changement de l’_i_, dans certains verbe en _ci_, en modifie le sens de cette manière. _Cimi in ná_, ma mère est morte; _cimci in ná_, depuis que ma mère mourut.

_Ten ci in_ ou _ten cin_ était souvent substituée à _in cah_, je suis, dans les verbes neutres et dans ces verbes commençant par une voyelle, le pronom _in_ pouvait être supprimé de cette manière: _Ten cualic_, je le dis.

Les syncopes, si fréquentes dans toutes les langues de l’Amérique centrale, se retrouvent encore ici fort nombreuses et fort variées. Ainsi _ten tziccech_ pour _ten tzicic ech_; _tzic a yum_, pour _tzice_; _cah_ pour _ca h_, ou _ca ah_, signe du masculin. _Cambzic_ pour _cambezic_; _tla_ pour _tela_; _tucle_ pour _tucule_; _zazcob_ pour _zazacob_, etc. Comme dans le quiché, avec lequel le maya a de si grandes analogies, on y substituait aussi le pronom _u_ à _in_ possessif devant une voyelle, et l’on disait _ti u’otoch_, à ma maison, au lieu de _ti in_ ou _tin otoch_, etc.

Ces notions, quelque rapides qu’elles soient, suffiront avec les prières que nous joignons ici pour donner au lecteur une idée de la langue maya et lui permettre d’en faire la comparaison avec celles de l’Amérique centrale que nous lui avons déjà fait connaître: nous aurions étendu encore ces notions, si les éléments en eussent été à notre disposition. Avec le vocabulaire abrégé que nous faisons suivre, nous complétons notre travail sur le Yucatan, en attendant que des documents nouveaux ou une exploration dans cette péninsule si digne d’intérêt nous permette d’en dire davantage.

LES PRIÈRES EN MAYA ET EN FRANÇAIS D’APRÈS LE P. JOAQUIN RUZ.

LETI H C YUM.

Il c Yum, ca yanéech ti le caanoob, cilichcuntabac a kaba, talac ti c toon a ahauil, mentabac a uolah bay tile luum hebic ti le caan: leti c uah ti amalkinil c ɔatoon behelé, iix c zatez c toon c paxoob, bay hebic c toon c zaat-zicoob ti ahppaxoob c tooné: Iix ma a ppaticoon lubul ti tuntabul kaz, hebac tocoon ti lobil. Bay layac.

L’ORAISON DOMINICALE.

Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, que ton règne nous arrive, que ta volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel: donne-nous notre pain quotidien et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés: Et ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal. Ainsi soit-il[25].

LETI TÉEZ DIOS MARIA.

Téez _Dios_ Maria, chupech ti _gracia_, leti c Yumil lay a uicnal; cici-thanhanech ichil le xçhuplaloob: Iix u cici-thanbilil leti u ɔa-ich ti a nak Jesus. Cilich Maria, u na _Dios_ okoltbanen tioklal c’toon ah-kebanoob behelé iix tile u _orail_ ti cimilé. Bay layac.

LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

Je te salue, Marie[26], pleine de grâce, le (notre) Seigneur est avec toi; bénie tu es entre toutes les femmes: Et béni le fruit de ton ventre, Jésus. Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de la mort. Ainsi soit-il.

LETI IN UOCZICUOL TI DIOS.

In uoczicuol ti _Dios_ Yumbil yuchucil-zinil, ah-zihzahul ti le caan iix ti le luuni, iix ti Jesu-Cristo, ú ppel mehen, h c Yum, ca hiçhnaktabhi tioklal u meihul ti le Espiritu-Santo. Iix zihi ti cilich zuhuy Maria: Tu manzah numia yalan ti le u yuchucil Poncio Pilato: zinlahi ti cruz, t’ cimi iix t’ muuci; t’ emi ti le metnaloob, iix ti yoxppel kinil caputcuxlahi ti ichil le cimenoob; t’ naci ti le caanoob iix yan culaan ti le u nooh Dios Yumbil yuchucil-zinil; tac tilo bin yanac u talel ti u çhaic nuucul cuxtal ti le cuxanoob, iix ti le cimenoob. Yn uoczicuol ti leti Espiritu-Santo, le cilich _Iglesia catolica_, le u etmalkam ti le _santoob_, leti u zahat-zahul ti le kebanoob, le caputcuxtal ti le bakel, iix le cuxtal maxulunté. Bay layac.

LE SYMBOLE DES APÔTRES.

Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu (par l’œuvre) du Saint-Esprit et né de la (sainte) vierge Marie: Qui a souffert (éprouvé des souffrances) sous Ponce-Pilate: a été mis en croix, est mort, a été enseveli; est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger (prononcer la sentence) les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit, à la sainte Église catholique, la communion des saints, la rémision des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Ainsi soit-il.

FIN DE LA GRAMMAIRE.

NOTES

[1] Voir plus haut _Relacion de las Cosas de Yucatan_, page 96.

[2] Francisco Gabriel de San-Bonaventura écrivit un _Arte de el idioma maya_, imprimé à Mexico en 1580, in-8ᵒ. L’ouvrage de Beltran porte le titre suivant: _Arte de el idioma maya_, reducido a succinctas reglas y semi-lexicon Yucateco, Mexico, por Bernardo de Hogal, 1746, 4ᵒ.

[3] _Gramatica Yucateca_, por el P. Fr. Joaquin Ruz, formada para la instruccion de los indigenas, sobre el compendio de D. Diego Narciso Herranz y Quiros, Merida de Yucatan, por Rafael Pedrera, 1844, in-12.

[4] La lettre _h_, dans les ouvrages modernes, où elle est précédée de la lettre _t_, est toujours barrée par le haut, pour indiquer un son différent du _th_ anglais; nous n’en avons pas mis ici, n’en voyant pas la nécessité: il suffit de savoir que ce _th_ a un son qu’on ne peut apprendre que par l’usage.

[5] La lettre _é_ à la fin des noms est un signe du vocatif, comme dans plusieurs autres langues de l’Amérique.

[6] Ce que nous avons dit pour la langue quiché et ses dialectes, nous le répétons ici pour le maya, où le son _x_ ou _ix_ exprime le féminin, exactement comme le _she_ anglais. Ce même son, placé devant certains noms de choses ou d’animaux, en modifie aussi la qualité dans un sens d’infériorité. Voir ma _Grammaire de la langue quiché_, pages 4 et 5.

[7] Ainsi _ixok_, femme, dans le quiché, indique le sexe de l’animal; _coh_, lion, _ixok-coh_, lionne; de même encore en anglais a _she-lion_, une lionne.

[8] Dans le quiché, le pluriel se forme généralement par l’addition des voyelles, _ab_, _ib_, etc.

[9] C’est ainsi que dans la grammaire et les sermons du père Joaquin Ruz, l’adjectif, par une corruption espagnole et contraire au génie de la langue maya et des langues congénères, se trouve le plus souvent après le nom qu’il qualifie.

[10] Très-commune encore dans les sermons de Ruz.

[11] On peut remarquer encore ici la ressemblance qui existe entre la formation du verbe réfléchi et du verbe passif.

[12] Voir ma _Grammaire de la langue quichée_, page 95.

[13] On peut voir dans la même _Grammaire quichée_, page 42, ce qui se dit au sujet de _ca_, verbe substantif _être_ qu’on retrouve dans le quiché, dans le nahuatl ou mexicain, dans le quichua, etc.

[14] _Rambles in Yucatan_, p. 244.

[15] Ce qui montre combien ces distinctions de Ruz sont vaines, c’est qu’après avoir établi par exemple que la première conjugaison fait l’infinitif en _al_, et la seconde en _ic_, donne précisément à celle-ci, en la conjuguant, la même terminaison en _al_, et fait l’infinitif _zahtáal_.