Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 44

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On peut remarquer, en règle générale, que les voyelles ont deux sons: l’un ordinaire, comme celui que nous connaissons, et l’autre nasal, que l’usage seul peut apprendre à distinguer du premier.

DE L’ARTICLE.

Les noms, dans la langue maya, sont indéclinables comme en français; les cas sont formés par des prépositions, suivies ordinairement d’un article qui détermine le sujet. Ces articles sont _u_, qui détermine la possession. Ex.: _U hol pop_, le chef de la natte, ou le maître d’orchestre; _u luum Mayabob_, la terre des Mayas. Les véritables articles sont _le_, _leti_, _letile_.

Singulier masculin et féminin.

N. _Leti uinic_, l’homme; le _xçhup_, la femme. G. _Ti uinic_, de l’homme; _ti le xçhup_, de la femme. D. _Ti uaix_, _ulial lelile uinic_, à _ou_ pour l’homme. Ac. _Ti le uinic_, l’homme. V. _Uinicé_, _o uinicé_, ô homme[5]. Ab. _Ti_, _y_ ou _yetel_, etc. _uinic_, de, dans, avec, etc., l’homme.

Les mêmes articles et les mêmes prépositions s’emploient pour le pluriel comme pour le singulier et pour les trois genres. Au singulier, le neutre prend quelquefois l’article _lo_ au lieu de _le_ ou _leti_, et quant au pluriel, il se distingue par l’adjonction de la particule _ob_, ainsi qu’on le verra dans les noms.

DES NOMS SUBSTANTIFS ET ADJECTIF.

Le nom, en général, a deux formes, sous lesquelles il se présente, abstraite, comme _che_, bois ou arbre, _kaz_, mauvais, _uinic_, homme. Pour les déterminer, on leur ajoute l’affixe _el_ ou _il_; ainsi, _che_ fait _cheil_, le bois de quelqu’un ou de quelque chose; _kaz_ fait _kazil_, la méchanceté ou le mal; _uinic_ devient _uinicil_, l’humanité et aussi le corps de l’homme. _Yum_, père, et _ná_, mère, paraissent faire exception à cette règle: ainsi, un fils dira: _In yum_, mon père; _a ná_, ta mère, _yumbil_ et _náil_ devant être pris, au contraire, dans un sens moins déterminé. C’est pourquoi on dit dans le Symbole: _In u-oczic-uol ti Dios yumbil_, je crois en Dieu le Père.

Quoiqu’il y ait quelquefois de la différence entre les noms de personnes et ceux des animaux ou des êtres inanimés, cette différence est fort peu sensible. La particule pronominale _ah_ ou simplement _’h_ s’affixe pour exprimer le masculin, et _ix_ ou _x_ pour le féminin[6]. Ex.: _Ɔon_, qui est la racine du verbe _ɔonah_, chasser, fait _’hɔon_ ou _ahɔon_, le chasseur, et _’xɔon_, la chasseresse. Ces préfixes se placent également devant les adjectifs lorsque ceux-ci, avec le substantif auquel ils sont joints, servent à exprimer la qualité ou l’attribut de quelque personne. Ainsi, _nohoch_ étant l’adjectif grand et _ná_ la maison, on dirait:

_Ah_ ou _’hnohoch ná_, celui ou le maître de la grande maison. _Ix_ ou _’xnohoch ná_, celle ou la maîtresse de la grande maison.

Dans les anciennes grammaires, le préfixe _xibil_ désigne ordinairement le mâle parmi les animaux, et _çhupul_ la femelle[7].

Le pluriel, dans les noms, se forme par l’addition de la particule _ob_ au singulier. Ex.: _Zayab_, fontaine, _zayabob_, des fontaines[8]. On verra plus loin de quelle manière se forme le pluriel dans les pronoms.

L’adjectif est, comme le substantif, indéclinable. Lorsqu’il qualifie le substantif, il doit toujours le précéder et c’est une corruption espagnole que de le mettre à la suite des mots qu’il qualifie, comme on le voit dans quelques ouvrages modernes[9]. Dans les ouvrages anciens, quelquefois il se présente dans sa simplicité, comme par exemple: _Utz uinic_, homme bon; mais le plus souvent, il se complète pour se déterminer avec les affixes _al_, _el_, _il_, _ol_, _ul_, qui varient quelquefois avec la voyelle radicale. Ex.: _Utzul xçhupal_, bonne fille. Un autre affixe déterminatif qu’on trouve dans les ouvrages anciens est la particule _en_. Ex.: _Kuyen uincob_, hommes saints.

Entre les adjectifs, il y en a qui dérivent des verbes et sont terminés en _nac_; pour former le pluriel, ils changent leurs deux dernières syllabes en _lac_: ainsi, _banacnac_ fait _banlac_; _kinicnac_ fait _kinlac_, etc.

Lorsque l’adjectif précède immédiatement le nom qu’il qualifie, ce dernier seul prend le signe du pluriel. Ex.: _Kazil batabob_, de méchants seigneurs. Le contraire est une corruption tout à fait moderne[10].

DES DEGRÉS DE COMPARAISON.

Le comparatif s’exprime de différentes manières: au moyen de l’adjectif déterminé en _il_, précédé de l’article possessif _u_, souvent changé aujourd’hui en _i_ ou _y_ devant les voyelles. Ex.: _U lobol Pedro cexma Luiz_, Pierre est plus méchant que Louis (mot à mot: sa méchanceté de Pierre et non de Louis).

Les adverbes _azab_, _paynum_, _hach_, etc., s’emploient dans un sens analogue. Ex.: _Azab_ ou _paynum utz_ (et non _yutzul_) _Pedro cexma Juan_, Pierre (est) meilleur que Jean. On dit aussi: _Utz Juan paynum yokol Pedro_, Jean (est) fort bon au-dessus de Pierre. Aujourd’hui que la langue a subi quelque légère altération, on dit très-bien: _Pedro lay hach kaz ema Juan_, littéralement: Pierre est fort bon que non Jean. On dira de la même manière: _Antonio lay com zakol ema Luiz_, Antoine est moins industrieux que non Louis.

Pour former le superlatif, on emploie les mots _hach_, _tipáan_, beaucoup, très, fort. Ex.: _Lob_, mauvais; _hach lob_, très-mauvais, etc.

Les prépositions _tial_, _oklal_, _men_, _menel_, par, pour, à; _ti_, _etel_, _yetel_, _etum_, avec; _ti_, _t’_, dans, sont souvent unies aux noms ou pronoms; mais, dans ce dernier cas, ils viennent après les pronoms.

DU PRONOM.

Les auteurs anciens partageaient en quatre classes distinctes les pronoms, qui tous servaient à conjuguer les verbes. Il faut observer seulement, que ceux des deux dernières classes du tableau suivant sont employés également unis aux noms, comme pronoms possessifs, mais qu’ils ne vont jamais seuls ou comme pronoms absolument.

1ʳᵉ CLASSE. 2ᵉ CLASSE. 3ᵉ CLASSE. 4ᵉ CLASSE. Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur. 1ʳᵉ pers. _ten_. _tu on_, _en_. _on_. _in_. _ca_. _u_. _ca_. _toon_. 2ᵉ — _tech_. _teex_. _ech_. _ex_. _a_. _a ex_. _au_. _a uex_. 3ᵉ — _lay_. _loob_. _laylo_. _ob_. _u_. _u ob_. _y_. _y ob_.

Les pronoms de la troisième et de la quatrième catégories, qu’on s’en serve, soit dans les conjugaisons, soit comme pronoms possessifs, ont toujours le même emploi; la seule différence à observer, c’est que ceux de la troisième catégorie ne servent que lorsque le mot auquel ils se joignent, nom ou verbe, commence par une consonne, et ceux de la quatrième, lorsque le mot commence par une voyelle.

On remarquera également que la seconde et la troisième personnes du troisième et du quatrième pronoms forment leur pluriel, en ajoutant _ex_ ou _ob_ au singulier; unis à un verbe ou à un nom, ces signes suivent toujours le nom ou le verbe. Quand ils servent de pronoms possessifs, les pronoms radicaux _a_, _u_, devant une consonne, _au_, _y_, devant une voyelle, se séparent des signes du pluriel _ex_ et _ob_, qui se mettent toujours après le nom. Si ce nom lui-même est au pluriel, ayant par conséquent la terminaison _ob_, le pronom possessif change _ob_ en _loob_, comme celui de la première catégorie.

EXEMPLE.

_in çhac_, mon lit. _in çhacob_, mes lits. _u al_, ma fille. _a çhac_, ton lit. _a çhacob_, tes lits. _au al_, ta fille. _u çhac_, son lit. _u çhacob_, ses lits. _y’al_, sa fille. _ca çhac_, notre lit. _ca çhacob_, nos lits. _ca al_ (_c’al_), notre fille. _a çhac-ex_, votre lit. _a çhacob-ex_, vos lits. _au al-ex_, votre fille. _u çhac-ob_, leur lit. _u çhacob-loob_, leurs lits. _y’al-ob_, leur fille.

Dans les grammaires modernes de la langue maya, on trouve pour pronoms de la première personne, au pluriel, _c’toon_, _c’toneex_, nous; de la seconde, _téex_, _teexé_, vous, pour le masculin; _xtoon_, _xtoneex_, nous; _xteex_, vous, au féminin. Au lieu de la troisième personne du singulier _lay_, on trouve plus fréquemment _leti_, _letile_, il, _xleti_, elle; _letioob_, ils, _xletioob_, elles.

_Cú_ est un pronom de la troisième personne pour tous les genres et tous les nombres dans les verbes réfléchis. Le pronom réfléchi se forme en ajoutant _ba_ aux pronoms de la troisième catégorie: _inba_, moi-même; _aba_, toi-même; _uba_, lui-même; _caba_, nous-mêmes, etc. Ce pronom s’ajoute dans la conjugaison de tous les verbes réfléchis. Ex.: _Cimzah_, tuer; _cimzahba_, se tuer.[11]

Ajoutons ici, en passant, que les pronoms possessifs de la troisième et de la quatrième catégories s’unissent aux prépositions, citées plus haut, de la manière suivante: _In-tial_, par ou pour moi; _a-tial_, par ou pour toi; _u-tial_, par ou pour lui; _u-oklal_, sur moi; _au-oklal_, sur toi, etc.

Dans les grammaires modernes, on trouve aussi: _In-tilil_, pour mon ou le mien; _a-tial_, pour ton ou le tien; _u-tilil_, son ou le sien; _in-tiil_, le mien. Tous ces pronoms possessifs suivent la variation des genres et des nombres comme les précédents, à très-peu de différence près.

En fait de pronoms relatifs, nous trouvons _ca_, _mac_, _maax_, qui, quoi, lequel, ce qui, etc., _maxaob_ au pluriel; _maxtiil_, dont, de qui; _xmaac_, _maaclo_, de qui; _xmaxtiil_, desquelles, au féminin, etc.

Entre les pronoms interrogatifs et d’admiration: _Baax_? _maax_? _maac_? qui? quoi? Ex.: _Maax bin ú tucule?_ Qui le penserait?—_Bic numia!_ Quel ennui!—Pronoms disjonctifs: _Bic ú chaic hunppel ɔon_, chacun prend une arme.—_Ca hancech ema hancech_, que vous mangiez ou non.

Pronoms indéfinis: _Uamac_, quelqu’un; _mixmac_, personne; _uamax_, qui que ce soit; _cexmac_, quoi que ce soit; _cexma-calmac_, quelque sorte; _mixbaal_, rien; _yaab_, beaucoup; _ɔeɔec_, peu; _heɔani_, un tel, certain, etc.

DU VERBE.

Les grammairiens primitifs de la langue maya admettent quatre conjugaisons; mais il est aisé de reconnaître qu’il n’y a de différence réelle qu’entre les verbes intransitifs ou neutres et les verbes transitifs ou actifs. Les variations qu’on y observe, d’ailleurs, se rapportent soit aux différents pronoms qui les suivent ou les précèdent, soit aux particules qui distinguent les différents temps. L’insuffisance des documents que nous avons entre les mains ne nous permet malheureusement pas de juger exactement des conditions de cette langue; nous n’y découvrons pas, jusqu’à présent, cette richesse et cette élégance de formes que nous avons trouvées dans les verbes de la langue quichée, bien qu’il s’y trouve des analogies très-frappantes avec celle-ci et que nous signalerons à l’occasion.

Gallatin, interprétant la grammaire de Beltran, comprend dans la première conjugaison maya tous les verbes neutres ou intransitifs; les trois autres, selon lui, ne sont que des subdivisions du verbe actif ou transitif. Ces trois dernières conjugaisons ont précisément, dans tous leurs temps et modes, les mêmes pronoms; il n’y a d’autre différence entre eux que les particules, qui distinguent les temps simples: ces temps sont le présent, le prétérit et le futur simple de l’indicatif, l’impératif et le présent de l’infinitif.

Dans la première, le prétérit défini termine en _i_ et le futur simple en _nac_; le présent et l’infinitif, à peu d’exceptions près, finissent en _al_, _el_, _il_, _ol_, _ul_, ajouté à la racine du verbe, particularité qui s’applique également aux verbes actifs, quand ils deviennent absolus ou intransitifs, c’est-à-dire quand l’action ne passe pas du sujet à un objet quelconque. C’est pourquoi Beltran dit que tous les verbes des trois dernières conjugaisons peuvent, au besoin, être conjugués comme s’ils appartenaient à la première.

Ainsi _uen_, racine du verbe neutre dormir, fait _uenel_; _kam_, racine du verbe actif _kamah_, recevoir, fait _kamal_, etc. Mais ce que ni les auteurs qui ont traité de cette langue, ni Gallatin, ne se sont expliqué, c’est que les terminaisons en _l_ indiquent tout simplement un participe présent, absolument semblable à celui qui existe dans le quiché et dans plusieurs autres langues de l’Amérique centrale[12]. Ce qui rend cette remarque plus sensible ici, c’est que le verbe _nacal_, se lever, cité comme exemple dans Beltran, est, ainsi que tous les autres verbes neutres, suivi de la particule _cah_, qui n’est autre qu’un verbe substantif _être_ inusité[13]. Ex.: _Uenel in cah_ représente exactement ces mots: Dormant je suis. Dans la grammaire moderne de Ruz, il y a: _Ten in binel_, je vais; mot-à-mot: actuellement, moi allant. Cette observation s’applique à tous les verbes actifs dans leur mode absolu ou intransitif. Je pourrais dire ainsi du verbe _hantaal_, manger. Ex.: _Ten hantic in uail_, je mange mon pain. Mais si je veux exprimer d’une manière absolue que je mange, sans dire quoi, je dis: _Hanal in cah_, mangeant je suis.

La seconde conjugaison comprendrait tous les verbes transitifs de plus d’une syllabe, dont l’infinitif et le présent sont terminés en _z_ et le prétérit en _ah_, comme _cambez_, _cambezah_. Dans la troisième seraient renfermés tous les verbes transitifs monosyllabiques formant leur prétérit en ajoutant _ah_, comme _kaam_, recevoir, _kamah_, et le futur en _e_ ou en _ab_, indistinctement, _kamé_ ou _kamab_. Enfin, dans la quatrième, tous ceux de plus d’une syllabe qui ne terminent pas en _z_. Norman[14] ajoute ici, d’après Beltran, que ces verbes forment leur prétérit en _tah_, sans rien y changer, lorsque l’infinitif est en _tah_ et que le futur se forme par l’addition de _té_. Ex.: _Tzolthan_, interpréter, fait au prétérit _tzolthantah_ et au futur _tzolthanté_.

Dans la grammaire moderne de Ruz, en dehors des verbes auxiliaires _laytál_, être, et _yantál_, avoir, on trouve le verbe divisé en trois conjugaisons: la première, dont l’infinitif termine en _al_, comme _yacuntáal_, aimer; la seconde en _el_, comme _binel_, aller, et la troisième en _ic_, comme _zahtic_, craindre[15]. Mais ces trois divisions sont également illusoires et sans objet. Autant qu’il nous est possible d’en juger, le verbe actif ne saurait avoir d’autre division régulière que celle que nous venons d’exposer d’après Beltran et que nous allons reproduire dans les tableaux ci-joints, suivis des verbes _yantál_, avoir, et de _laytál_, être, d’après la grammaire de Ruz.

TABLE PREMIÈRE.

_Exemple des temps simples de la première et de la deuxième conjugaison._

INFINITIF.

Première conjugaison. Deuxième conjugaison.

Sing. 1ʳᵉ pers. _nacal in cah_. _ten cambezic_. 2ᵉ — _nacal a cah_. _tech cambezic_. 3ᵉ — _nacal u cah_. _lay cambezic_. Plur. 1ʳᵉ — _nacal ca cah_. _toon cambezic_. 2ᵉ — _nacal a cah-ex_. _teex cambezic_. 3ᵉ — _nacal u cah-ob_. _loob cambezic_.

PRÉTÉRIT DÉFINI.

Sing. 1ʳᵉ pers. _nac-en_. _in cambezah_. 2ᵉ — _nac-ech_. _a cambezah_. 3ᵉ — _nac-i_. _u cambezah_. Plur. 1ʳᵉ — _nac-on_. _ca cambezah_. 2ᵉ — _nac-ex_. _a cambezah-ex_. 3ᵉ — _nac-ob_. _u cambezah-ob_[16].

FUTUR SIMPLE.

Sing. 1ʳᵉ pers. _bin nacac-en_. _bin in cambez_. 2ᵉ — _bin nacac-ech_. _bin a cambez_. 3ᵉ — _bin nacac_. _bin u cambez_. Plur. 1ʳᵉ — _bin nacac-on_. _bin ca cambez_. 2ᵉ — _bin nacac-ex_. _bin a cambez-ex_. 3ᵉ — _bin nacac-ob_. _bin u cambez-ob_.

IMPÉRATIF.

Sing. 2ᵉ pers. _nacen_. _cambez_. 3ᵉ — _nacac_. _u cambez_. Plur. 2ᵉ — _nacen-ex_. _cambez-ex_. 3ᵉ — _nacac_. _u cambez-ob_.

La troisième conjugaison, dans Beltran, ne diffère de la seconde que par l’addition de la lettre _e_ à la racine du verbe, au futur simple, et dans les temps qui en sont dérivés. Dans la quatrième conjugaison, les particules _tic_, _tah_ et _te_ se substituent au présent, au prétérit et au futur simple, aux finales _ic_, _ah_, _e_, de la troisième.

Dans l’ensemble des quatre conjugaisons, les temps simples, pas plus que les temps composés, ne varient autrement dans chaque temps en particulier que par les personnes et les signes du pluriel dans les pronoms; la seule exception est que, dans la troisième personne singulière du prétérit de la première conjugaison, dans le plus-que-parfait et le futur composé, le pronom est omis, et qu’un _i_ est ajouté comme finale au verbe, comme _nac_, _naci_[17].

La seconde et la troisième personnes plurielles de la troisième classe des pronoms sont _aex_, _uob_: observons que chaque fois que ces pronoms se présentent dans les conjugaisons, les signes du pluriel _ex_, _ob_ se détachent des pronoms _a_, _u_, qui restent devant le verbe, et _ex_ et _ob_ se placent à la fin des mots. Le trait d’union que nous y avons mis dans le tableau ci-dessus, n’est là que pour distinguer les pronoms et les particules des temps du corps et des inflexions du verbe.

TABLE DEUXIÈME (D’APRÈS BELTRAN).

Le tableau suivant indique, d’après Beltran, la première personne de chaque temps simple ou composé de l’indicatif et du subjonctif; la troisième du prétérit défini, la seconde et la troisième de l’impératif.

Première conjugaison. Deuxième conjugaison.

Indicatif présent. _nacal in cah_. _ten cambezic_. Imparfait. _nacal in cah cuchi_. _ten cambezic-cuchi_. 1ʳᵉ pers. Prétérit. _nac-en_. _in cambezah_. 3ᵉ — — _nac-i_. _u cambezah_. Plus-que-parfait. _nac-en ili cuchi_. _in cambezah ili-cuchi_. Futur simple. _bin nacac-en_. _bin in cambez_. Futur composé. _nac-en ili cochom_. _in cambezah ili-cochom_. 2ᵉ pers. sing. Impér. _nac-en_. _cambez_. 3ᵉ — — _nacac_. _u cambez_. Subjonctif présent. _ten nacac-en_. _ten in cambez_. Imparfait. _hi nacac-en_. _hihuil in cambez_. Prétérit. _hihuil nacac-en cuchi_. _hihuil in cambez cuchi_. Plus-que-parfait. _hi nacac-en ili cuchi_. _hihuil in cambezili cuchi_. Futur. _hi nacac-en ili _hihuil in cambez cochom._ cochom._ Infinitif. _nacal_, se lever. _cambez_, instruire.

Troisième conjugaison. Quatrième conjugaison.

Indicatif présent. _ten tzicic_. _ten yacuntic_. Imparfait. _ten tzicic-cuchi_. _ten yacuntic-cuchi_. 1ʳᵉ pers. sing. Prét. _in tzicah_. _in yacuntah_. 3ᵉ — — _u tzicah_. _u yacuntah_. Plus-que-parfait. _in tzicah ili-cuchi_. _in yacuntah ili-cuchi_. Futur simple. _bin in tzice_. _bin in yacunte_. Futur composé. _in tzicah ili-cochom_. _in yacuntah ili-cochom_. 2ᵉ pers. sing. Impér. _tzice_. _yacunte_. 3ᵉ — — _u tzice._ _u yacunte._ Subjonctif présent. _ten in tzice._ _ten in yacunte._ Imparfait. _hihuil in tzice._ _hihuil in yacunte._ Prétérit. _hihuil in tzice _hihuil in yacunte cuchi._ cuchi._ Plus-que-parfait. _hihuil in tzice ili _hihuil in yacunte ili cuchi._ cuchi._ Futur. _hihuil in tzice _hihuil in yacunte cochom._ cochom._ Infinitif. _tzice_, obéir. _yacunte_, aimer.

DU VERBE MODERNE.

Avant de continuer l’examen de la grammaire de Beltran, nous ajouterons ici, pour l’instruction du lecteur, les verbes auxiliaires _yantál_, avoir, et _laytál_, être, dont Gallatin ne parle pas, et que nous donnerons en entier d’après la grammaire moderne de Ruz: nous y joindrons ensuite un verbe actif conjugué d’après le même. Un simple coup d’œil sur ce tableau suffira ainsi pour juger de l’ensemble de la conjugaison _maya_ et des modifications qu’un siècle d’intervalle a pu apporter à cette langue.

TABLE TROISIÈME.

INDICATIF PRÉSENT.

_Ten yan_, j’ai. _Tech yan_, tu as. _Letilé yan_, il a. _C’toon yan_, nous avons. _Teex yan_, vous avez. _Letileoob yan_, ils ont.

_Ten layen_, je suis. _Tech layech_, tu es. _Letilé lay_, il est. _C’toon layoon_, nous sommes. _Teex layeex_, vous êtes. _Letileoob layoob_, ils sont.

IMPARFAIT.

_Ten yan cach_, j’avais. _Tech yan cach_, tu avais. _Letilé yan cach_, il avait. _C’toon yan cach_, nous avions. _Teex yan cach_, vous aviez. _Letileoob yan cach_, ils avaient.

_Ten layen cach_, j’étais. _Tech layech cach_, tu étais. _Letilé lay cach_, il était. _C’toon layoon cach_, nous étions. _Teex layeex cach_, vous étiez. _Letileoob layoob cach_, ils étaient.

PRÉTÉRIT DÉFINI.

_Ten yanhi_ ou _in nahalma_, j’eus. _Tech yanhi_ ou _a nahalma_, tu eus. _Letilé yanhi_ ou _u nahalma_, il eut. _C’toon yanhi_ ou _c’nahalma_, nous eûmes. _Téex yanhi_ ou _a nahalmaex_, vous eûtes. _Letiloob yanhi_ ou _u nahalmahoob_, ils eurent.

_Ten hi_ ou _hien_ ou _layac heni_, je fus _ou_ j’ai été, etc. _Tech hiech_ ou _layac-echi_ ou _layac hiechi_, tu fus. _Letilé layhi_ ou _layhiac_ ou _layac-hi_, il fut. _C’toon layhioon_ ou _layacoon-hi_ ou _layac-hioni_, nous fûmes. _Téex layhiéex_ ou _layac-éex_ ou _lay-hiéexi_, vous fûtes. _Letileoob layhioob_ ou _layac-hioob_ ou _layacoob-hi_, ils furent.

_Nahalma_ paraît être un verbe absolument distinct du précédent, et d’une origine tout à fait différente.

PLUS-QUE-PARFAIT.

_Ten yanhi cachi_, j’avais eu. _Tech yanhi cachi_, tu avais eu. _Letilé yanhi cachi_, il avait eu. _C’toon yanhi cachi_, nous avions eu. _Téex yanhi cachi_, vous aviez eu. _Letileoob yanhi cachi_, ils avaient eu.

_Ten layhen cachi_, j’avais été. _Tech layhech cachi_, tu avais été. _Letilé layhi cachi_, il avait été. _C’toon layhioon cachi_, nous avions été. _Téex layhiéex cachi_, vous aviez été. _Letileoob layhioob cachi_, ils avaient été.

FUTUR PRÉSENT.

_Ten bin yanac_, j’aurai. _Tech bin yanac_, tu auras. _Letilé bin yanac_, il aura. _C’toon bin yanac_, nous aurons. _Téex bin yanac_, vous aurez. _Letileoob bin yanac_, ils auront.

_Ten bin layacen_, je serai. _Tech bin layacech_, tu seras. _Letilé bin layac_, il sera. _C’toon bin layacoon_, nous serons. _Téex bin layacéex_, vous serez. _Letileoob bin layacoob_, ils seront.

FUTUR PASSÉ.

_Ten ɔoc u yantali_, j’aurai eu[18]. _Tech ɔoc u yantali_, tu auras eu. _Letilé ɔoc u yantali_, il aura eu. _C’toon ɔoc u yantali_, nous aurons eu. _Téex ɔoc u yantali_, vous aurez eu. _Letileoob ɔoc u yantali_, ils auront eu.

_Ten ɔoc in laytali_, j’aurai été. _Tech ɔoc a laytali_, tu auras été. _Letilé ɔoc u laytali_, il aura été. _C’toon ɔoc laytalioon_, nous aurons été. _Téex ɔoc laytaliéex_, vous aurez été. _Letileoob ɔoc u laytalioob_, ils auront été.

IMPÉRATIF.

(Comme auxiliaire, _yantál_ n’a pas d’impératif.)

_Layac-ech tech_, sois. _Layac letile_, qu’il soit. _Layacéex téex_, soyez. _Layacoob letileoob_, qu’ils soient.

SUBJONCTIF PRÉSENT.

_Ten yanac_, que j’aie. _Tech yanac_, que tu aies. _Letilé yanac_, qu’il ait. _C’toon yanac_, que nous ayons. _Téex yanac_, que vous ayez. _Letileoob yanac_, qu’ils aient.

_Ten layacen_, que je sois. _Tech layacech_, que tu sois. _Letilé layac_, qu’il soit. _C’toon layacoon_, que nous soyons. _Téex layacéex_, que vous soyez. _Letileoob layacoob_, qu’ils soient.

IMPARFAIT.