Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 43

Chapter 433,642 wordsPublic domain

CHAPITRE XXIII.—D’un autre Cimi, qui se nomme Guabancex.—Ce cimi _Guabancex_ était dans le pays d’un grand cacique d’entre les plus distingués, appelé _Aumatex_: ce Cimi est femelle: et ils disent qu’il est accompagné de deux autres[55]; l’un est celui qui annonce, l’autre celui qui rassemble et gouverne les eaux. Or, quand Guabancex se fâche, ils disent qu’il fait mouvoir le vent et l’eau, qu’il renverse les maisons et arrache les arbres. Ce Cimi, qu’ils disent être femelle, est fait des pierres du pays: les deux autres Cimi dont il est accompagné, sont appelés l’un _Guatauva_; c’est le messager et l’avant-coureur qui ordonne, par le commandement de Guabancex, à tous les autres Cimi de cette province de l’aider à faire beaucoup de vent et d’eau; l’autre s’appelle _Coatrischie_; c’est lui qui rassemble les eaux dans les vallées entre les montagnes, et qui les laisse aller ensuite pour qu’elles bouleversent le pays. Et ceci, ces gens-là le tiennent pour certain.

CHAPITRE XXIV.—De ce qu’ils croient d’un autre Cimi qui se nomme _Faragauaol_.

Ce Cimi est celui d’un grand cacique de l’île Espagnole, et c’est une idole à qui ils attribuent différents noms, et qui fut trouvée de la manière que vous allez entendre. Ils disent qu’un jour, dans les temps passés, avant la découverte de l’île, sans qu’ils puissent dire quand, étant allés à la chasse, ils trouvèrent un certain animal; qu’étant couru après, il tomba dans une fosse, et qu’y regardant pour cela, ils virent un tronc d’arbre qui leur paraissait une chose vivante. Ce que voyant le chasseur, il courut à son maître qui était cacique, et père de _Guaraionel_ et lui dit ce qu’il avait vu. Sur quoi ils y allèrent et trouvèrent la chose, comme le chasseur l’avait dite; et ayant pris le tronc ils lui fabriquèrent une maison. Ils disent que de cette maison il sortit plusieurs fois, retournant à l’endroit, d’où on l’avait enlevé, non précisément au même lieu, mais tout près; car le seigneur susdit ou son fils Guaraionel l’ayant envoyé chercher, le trouvèrent caché; une autre fois ils le lièrent et le mirent dans un sac; et avec tout cela, ses liens ne l’empêchaient pas de s’en aller. Et ces pauvres ignorants regardent ces choses comme des plus certaines.

CHAPITRE XXV.—Des choses qu’ils affirment avoir été dites par deux des principaux caciques de l’île Espagnole, l’un appelé _Caziuaguel_, père du dit Guarionel, et l’autre _Guamanacoel_.—C’est ce grand seigneur qu’ils disent être dans le ciel, et qui au commencement de ce livre est écrit _Caizihu_, lequel fit ici une abstinence comme celle que ces gens-ci font tous communément: à cet effet, ils restent renfermés six ou sept jours, sans rien manger, excepté du jus des herbes avec lequel ils se lavent également. Ce temps terminé, ils commencent à manger quelque chose qui alimente. Et dans le temps qu’ils sont restés sans manger, à cause de la faiblesse qu’ils éprouvent dans le corps et dans la tête, ils disent avoir vu quelque chose, peut-être désirée par eux: tous font donc cette abstinence en l’honneur des Cimi qu’ils possèdent, pour savoir s’ils remporteront la victoire sur leurs ennemis ou pour acquérir des richesses, ou pour toute autre chose qu’ils puissent désirer. Ils disent aussi que ce cacique avait affirmé avoir parlé avec _Iocauuaghama_, qui lui avait dit que, après sa mort, quel que fût celui qui demeurât vivant, il ne jouirait que peu de temps de l’autorité, parce qu’il viendrait dans le pays des gens habillés qui devaient les mettre sous le joug et les faire mourir, et qu’ils mourraient de faim. Mais ils pensèrent d’abord que ces gens seraient les Cannibales; et considérant que ceux-ci ne faisaient autre chose que piller et s’enfuir, ils crurent que ce devrait être une autre nation dont parlait le Cimi. D’où ils sont persuadés maintenant qu’il s’agissait de l’Amiral et des gens qu’il amena avec lui[56].. ..

Voilà tout ce que j’ai pu comprendre et savoir par rapport aux coutumes et rites des Indiens de l’île Espagnole, par le soin que j’ai mis; en quoi je ne prétends à aucune utilité spirituelle ou temporelle. Plaise à Notre-Seigneur de faire tourner tout cela à sa gloire et à son service, de me donner la grâce de pouvoir persévérer! s’il devait en être autrement qu’il m’ôte l’intelligence.

FIN DE L’ŒUVRE DU PAUVRE ERMITE ROMAIN PANE.

NOTES

[1] Ce petit ouvrage est tiré de l’histoire de Christophe Colomb, écrite par don Fernando Colomb, son fils. Au temps où Pinelo rédigea sa Bibliothèque en 1738, l’original espagnol n’existait plus; on n’a en Espagne qu’une traduction faite sur l’ouvrage en italien, imprimé à Venise en 1571, d’après lequel nous donnons la nôtre. Le frère Romain Pane, hermite de l’ordre des Hiéronymites, comme il le dit lui-même, écrivit son récit à la demande du grand navigateur; il se compose de vingt-six petits chapitres, comprenant dix-huit feuillets, insérés à la suite du chapitre LXI de l’ouvrage de don Fernando Colomb, au milieu duquel il est intercalé.

[2] Cemini, pluriel en italien, de cemi, cimi ou zemi, appelés ailleurs tuyra, tel est le nom générique des dieux ou génies inférieurs, bons ou mauvais, des aborigènes de Haïti, nom qu’ils appliquaient à un grand nombre d’idoles et d’amulettes, représentant ces génies ou aux reliques de leurs ancêtres. «Les Caciques, ajoute à ce sujet Fernando Colomb, ont trois pierres dans lesquelles eux et leurs peuples ont une grande dévotion. L’une, disent-ils, est favorable aux moissons et aux légumes; l’autre à l’accouchement des femmes et la troisième pour obtenir de l’eau et du soleil au besoin.» Dans les dialectes des Antilles, on prononce aussi ce mot _ceme_, _cheme_, _chemi_ (_ch_ guttural comme le _j_ espagnol). En quelques endroits du Yucatan le nom de _tzimin_ était donné à certains fantômes: au temps de la conquête, les Mayas appelaient ainsi le tapir en quelques endroits; ils le donnèrent au cheval. En langue nahuatl _tzimitl_, _tzitzimitl_, _tzitzimime_ sont des fantômes ou démons: c’est le nom des étoiles qui tombèrent du ciel, au temps du déluge.

[3] Pierre Martyr d’Anghiera a pu consulter l’ouvrage original de Romain Pane, ainsi que d’autres documents analogues; il écrit ces deux noms _Yocauna Gua-Maonocon_ (_gua_ est un article pronominal dans la langue antique de Haïti). Ce dieu est le premier moteur tout-puissant, éternel et invisible (_Sumario delle Indie Occidentali_, etc. Col. de Ramusio, tom. III, fol. 34, V. Venise, 1606). On peut consulter, pour l’étymologie de ces noms, le petit vocabulaire haïtien placé à la suite de celui de la langue maya à la fin de ce volume.

[4] Cette mère, dans Pedro Martyr, reçoit les noms suivants: _Attabeira_, _Mamona_, _Gua-Carapita_, _Iiella_, _Guimazoa_; Humboldt dit que les noms sont très-estropiés dans l’édition italienne de la vie de Colomb par son fils. Dans l’île de Cuba, au lieu d’_Atabei_ on disait _Atabex_, dont la racine _at_ signifie un, unique, premier. Ceux-ci et quelques autres dieux supérieurs n’avaient point d’images.

[5] Pierre Martyr appelle le premier _Caunana_, le second _Canta_ est écrit ailleurs _Cauta_; le troisième nom est écrit par l’auteur cité _Caxi Baxagua_, qui me paraît devoir être la véritable orthographe; le _x_ étant pour _ch_, que le _ci_ et _gi_ représentent en italien. On lit aussi _Amaiauna_ pour _Amaiauua_.

[6] Dans l’autre texte déjà cité _Machockael_.

[7] Suivant l’auteur cité, ces hommes avaient un vif désir de voir le monde; ils sortirent donc de nuit, mais n’ayant pu rentrer à temps, ils furent surpris par le soleil qui les changea en arbres _iobi_ (ou _hobi_), c’est-à-dire en arbres analogues aux myrabolaniers. C’est le _xocotl_ ou _jocote_ du Mexique.

[8] Pierre Martyr l’appelle _Vaguoniona_, ajoutant qu’il avait un grand nombre d’enfants; l’un d’eux étant le _Giadrauaua_ fut changé en rossignol.

[9] _Giahuba-Bagiael_, fils de _Giahubabagi_, autre orthographe peut-être de _Guagugiona_.

[10] _Matinino_ est l’île appelée aujourd’hui la Martinique.

[11] Suivant Pierre Martyr, ces enfants criaient _toa, toa_, c’est-à-dire maman, maman, et ils furent, ainsi que leurs mères, changés en grenouilles par le soleil. Un auteur dit que _tona_ était l’opossum ou sarigue.

[12] _Aïti_, c’est-à-dire (terre) âpre ou montagneuse. _Bouhi_ paraît signifier bien habité.

[13] C’est le même qui est écrit plus haut _Gua-Gugiona_.

[14] _Ana-Cacugia_, c’est-à-dire fleur de cacao.

[15] Ainsi, Guahagiona prend la syphilis au milieu de la mer avec une femme de la grotte de Cacibagia; il est étrange de voir cette maladie paraître ainsi dans les histoires religieuses des peuples américains. Dans la légende sacrée de Teotihuacan, _Nanahuatl_, le Syphilitique, se jette dans les flammes et devient le soleil.

[16] L’endroit où l’on mène Guahagiona pour le guérir est un endroit retiré, et aussi un lieu sacré d’après l’étymologie du mot _Gua-Nara_.

[17] _Guabonito_, c’est-à-dire Goïave d’homme, suivant un interprète.

[18] _Biberoci_ paraîtrait devoir s’interpréter Roi de l’amour de la seconde vie.

[19] Il y a ici probablement une erreur, _Gualonito_, tandis que plus haut il y a _Guabonito_.

[20] Le _guanin_ était un bijou travaillé avec beaucoup d’art et en toutes sortes de figures. (Herrera, _Hist. gen. de las Indias Occid._, decad. I, chap. 3.) Le guanin était composé d’un amalgame de 18 parties d’or, 6 d’argent et 8 de cuivre. _Ciba_ est la pierre.

[21] Ceci semble dire que l’usage de ces bijoux d’or devait son origine à _Guabonito_, à _Albeborael_, à _Guahagiona_ et au père d’_Albeborael_, c’est-à-dire _Albe-Bora_, nom qui peut donner lieu à bien des conjectures, car il rappelle les nations primitives du nord, telles que les _Hyper-Boréens_, etc.

[22] Un commentateur de Romain croit trouver ici le commencement d’une dynastie antique, habile à travailler l’or et la pierre dure, et qui serait venue d’outre-mer; cette dynastie, les _Hi-Auna_ ou _Hi-Ona_ se rattacherait, suivant lui, aux anciennes tribus pélasges _Aones_ ou _Ioniens_. La racine de ce nom, _ion_, _on_, _ona_, se trouve fréquemment, comme le peut voir le lecteur, dans les noms antiques de Haïti.

[23] Au lieu d’_aigles_, Pierre Martyr nous parle de _fourmis_ qui descendaient le long des branches, ce qui a donné lieu à un grand nombre d’auteurs de cette époque de comparer cette fable à celle des Myrmidons.

[24] Ces êtres qui n’ont pas de sexe d’abord, sont cependant représentés ensuite par un pronom féminin, _elles_ dans le texte italien; mais il se pourrait qu’il s’appliquât aux aigles, _aguile_.

[25] _Caracaracol_ est un pluriel de _caracol_, formé par la répétition du mot, très-fréquent dans les langues anciennes de l’Amérique. _Caracol_ est le nom générique du coquillage marin, et en particulier du crabe. Son étymologie haïtienne prête à de nombreuses interprétations: il signifie mot à mot, sorti d’un lieu sacré; dans le quiché, il signifierait, issu ou sorti d’un poisson. La coquille était au Mexique un symbole de la lune et en même temps de la génération: «De même que l’animal sort de sa coquille, ainsi que l’homme sort du ventre de sa mère,» dit un passage du MS. mexicain Letellier, de la Bibliothèque impériale. On peut remarquer encore, à cet égard, qu’en un grand nombre de ces provinces des îles et de terre ferme, où les hommes allaient nus, ils se cachaient le membre viril dans un grand coquillage, attaché par devant à une ceinture. Dans ce mot curieux on trouve le nom des _Caras_ ou _Cares_, qui est répandu d’un bout à l’autre de l’Amérique, de la Floride au fond de la Bolivie, et d’où les _Caraïbes_ ou _Caribes_ paraissent avoir pris le leur. Ici, le _Caracol_ paraît être l’aborigène de Haïti, ou du moins une race antérieure à ceux du Guanio ou Hiona, qu’elle sert comme esclave. Cette race est entachée d’une maladie analogue à la gale, la syphilis apparemment; car c’est en voguant en compagnie d’une femme du même pays, que Guahagiana a pris cette maladie. Voir au chapitre V.

[26] Cet oiseau _inriri_, appelé _pico_ par les Espagnols, est le _Picus imbrifœtus_ d’Hernandez. (Nieremberg, _Hist. nat._, lib. X, cap. 49.)

[27] _Giaia_ est écrit _Iaia_ dans l’abrégé de Ramusio. Ce Giaia était un homme puissant, dit le même abrégé.

[28] Malgré l’incohérence de toutes ces fables, on voit ici une connexion évidente entre l’histoire de ces poissons et celle des _Caracols_, rapportée plus haut. Ce chapitre et le suivant auraient dû précéder le VIIᵉ.

[29] _Agiael_, erreur du copiste, apparemment pour _Giaiael_.

[30] _Dimivan-Caracaracol_, sont deux noms extrêmement remarquables, d’autant plus qu’ils sont liés à d’autres _noms_, non moins curieux, qui vont suivre, et à des événements tout aussi intéressants. Déjà on a pu voir l’identité de _Caras_ avec les _Caras_ ou Cariens de l’Asie Mineure; ici se joint à ce nom celui de _Dimivan_, qui rappelle les _Demavends_, cette race antédiluvienne de la Perse. Ici encore Dimivan-Caracaracol avec les frères joue un rôle remarquable dans les événements qui causent, non le déluge, mais le cataclysme qui bouleverse l’Amérique et séparent les îles du continent.

[31] La version de Pierre Martyr, dans Ramusio, est beaucoup plus complète: «Du commencement de la mer, écrit celui-ci, ils disent qu’il y avait un homme puissant appelé Iaia: celui-ci ayant tué un fils unique qu’il avait, voulant l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au pied d’une montagne très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait: or, il y allait la voir souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils. Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines et d’autres poissons fort grands, de quoi Iaia, rempli d’épouvante, étant retourné chez lui, raconta à ses voisins tout ce qui lui était arrivé, disant que cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini. Cette nouvelle s’étant divulguée, quatre frères qui étaient nés à la fois d’une seule couche, désireux de poissons, s’en allèrent où était la calebasse; comme ils l’avaient prise en mains pour l’ouvrir, Iaia étant survenu, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui, ils jetèrent par terre la calebasse; celle-ci s’étant brisée à cause du grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée; les montagnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, abritées de cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montagnes sont les îles et les autres parties de la terre qui se voient dans le monde.»

[32] Le nom de _Con-El_, fils de Con, qui suit les autres, n’est pas moins remarquable. _Con_ ou _Chon_ au Pérou, ce dieu sans chair et sans os, créateur des hommes qu’il détruit ensuite, pour leur donner plus tard une nouvelle existence, adoré au Mexique sous le nom de _Co_, _Con_, _Comitl_, comme un des symboles de la génération, rappelle d’une manière frappante le _Kon_, _Chon_ ou _Xons_ des théogonies antiques de l’Égypte et de la Phénicie, avec qui il est si complétement identique. Le Con-El de Haïti était muet; celui du Pérou sans chair ni os.

[33] Le _cassabi_ ou pain de manioc, fait de la farine de la Yuca dont on extrait auparavant le suc, à cause de ses propriétés vénéneuses.

[34] Ce nom paraît être le même que le précédent _Aiacauo_.

[35] Ceci paraît être un sac où ils mettaient la _cagioba_ ou _coxoba_, c’est-à-dire le tabac en poudre auquel il est fait souvent allusion dans ce petit ouvrage.

[36] Le sens ici est peu intelligible, à cause des mots intraduisibles qu’il y a dans le texte.

[37] Ici _Baiamanicoel_ se trouve probablement pour _Bassamanaco_ qui est plus haut.

[38] On sait que la tortue est souvent dans les fables anciennes un symbole de la terre sortie des flots.

[39] Ce cacique est appelé _Machinnech_ dans l’abrégé de Pierre Martyr, dans Ramusio et la grotte _Iovana-Boina_.

[40] Suivant l’auteur précité le premier cimi s’appelait _Binthaitel_ et le second _Marohu_.

[41] _Soraia_, pays du soleil couchant.

[42] Etymologiquement _Coaibai_ est plutôt la demeure des ancêtres.

[43] L’auteur ou le traducteur doit se tromper ici; il dit d’abord que le _goeiz_ est l’esprit du vivant; puis il le donne comme l’esprit du mort; il y a très-probablement _goeiz_ pour _opia_.

[44] Dans Ramusio, le nom de _maguey_ est donné à cette classe de tambours qui est le _teponaztli_ des Mexicains et le _tunkul_ du Yucatan. Cette traduction italienne est remplie d’incorrections. Il est bien évident qu’une ligne du texte original a été omise ici par mégarde; car ce tambour oblong deviendrait à la fin semblable à une calebasse, forme qui doit être appliquée au bâton avec lequel on le frappait. J’ai placé entre parenthèses les mots qui me paraissent y manquer.

[45] _Bohu-itihu_, mot à mot anciens hommes, on les appelle indifféremment aussi _bohuti_, _boitii_, _bohique_, et dans Pierre Martyr _boition_. Ces _bohu-ilihus_ ou médecins formaient une caste puissante, mais bien dégénérée à l’époque de la découverte de l’Amérique; ils étaient les restes d’un sacerdoce antique qui avait établi primitivement dans les Antilles les trois classes, telles que les présentent les traditions du _Livre sacré_ des Quichés; c’est-à-dire celle des _Bohu-itihu_ ou prêtres, celle des _Taino_ ou nobles, enfin celle des _Anaboria_, vassaux ou serviteurs. Malgré leur dégradation, on trouvait encore dans ce qui s’était conservé des institutions sociales dans ces îles, les débris d’une civilisation qui présentait des analogies remarquables avec celle du Yucatan, et d’autres régions du continent américain.

[46] _Cohoba_, ailleurs écrit _cogioba_, est le tabac en poudre dont il a été déjà question.

[47] On dirait qu’il y a constamment des mots oubliés; ici il est question d’un chant dont on aurait parlé, sans qu’il en ait été fait mention auparavant.

[48] Ne serait-ce pas là une sorte de magnétisme animal?

[49] Le texte italien dit: _Come chi soffia una pala_; peut-être est-ce pour _soffiare de una paglia_, souffler d’un fétu de paille.

[50] Il y a dans le texte _Cimiche_, prononcé _tzimique_; autre variante de _zemi_.

[51] Ici paraît sous tout son jour l’antagonisme qui existait dans les îles entre la noblesse et le Sacerdoce.

[52] _Bugia_, _Aiba_ et _Baidrama_ paraissent être trois noms du même cemi, et le peu qu’en rapporte l’auteur donnerait à penser qu’il s’agit ici d’une sorte de divinité de la guerre et du mal.

[53] _Corocote_ était, suivant l’abrégé de Ramusio, un cemi fait de coton, et tous les enfants qui naissaient avec quelque signe particulier sur la tête ou le col, passaient pour avoir été engendrés par lui.

[54] Dans Pierre Martyr il est appelé _Epileguanita_.

[55] _Gua-Bancex_, _Gua-Tauva_ et _Coatrischie_ (_Gua-Trixquié_?) sont évidemment les trois personnes de la trinité que le _Livre sacré_ des Quichés nous présente dans Hurakan (l’ouragan) et qui président aux nuages, à la foudre et à la tempête.

[56] Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre intérêt dans la matière que nous traitons ici.

ESQUISSE D’UNE GRAMMAIRE DE LA LANGUE MAYA

D’APRÈS CELLES DE BELTRAN ET DE RUZ.

A l’époque de la découverte du continent américain, le maya était la langue unique de toute la péninsule yucatèque et d’une partie des régions voisines, comprises actuellement sous le nom de Peten et de Lacandon, ainsi que des cantons fertiles arrosés par les nombreuses embouchures de l’Uzumacinta et du Tabasco. A cette langue se rattachaient différents dialectes: d’un côté, c’étaient le _mopan_, le _peten_ et le _chol_, qui paraissent s’en être éloignés beaucoup, depuis lors; de l’autre, le _tzendal_, le _zotzil_ et le _mam_, alliés également de fort près autrefois, mais qui s’annoncent plutôt comme un trait d’union entre les trois autres et le groupe _quiché-guatémalien_. Au rapport de Landa, l’Adelantado Montejo fut un des premiers qui eût travaillé à acquérir quelque connaissance de la langue des Mayas, afin, dit-il, de pouvoir converser avec eux. Les Franciscains, à qui était échue l’œuvre de la conversion du Yucatan, ne tardèrent pas à suivre son exemple, et celui qui s’appliqua tout d’abord à enseigner leurs enfants fut le Français Jacques de Testera, frère d’un chambellan de François Iᵉʳ, que les Espagnols chassèrent du Yucatan, à cause du zèle avec lequel il défendait les indigènes de leurs excès.

A la suite de la seconde expédition de Montejo, d’autres franciscains furent envoyés à Campêche et à Merida, où ils travaillèrent avec ardeur à se rendre maîtres des premiers éléments de la langue. Celui qui obtint le plus de succès fut le Père Luis de Villalpando, qui commença à l’apprendre d’abord, ajoute ici Landa, par signes et à l’aide de petites pierres, à la manière de ceux dont parle Torquemada[1]. La grammaire qu’il composa sur le plan des grammaires latines de son temps, augmentée et perfectionnée par Landa, aurait été publiée au rapport de Pinelo; mais, si elle existe, les exemplaires en sont aujourd’hui perdus. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage servit de base à plusieurs autres du même genre: telles furent les grammaires du Père Julian de Quartes, de Juan Coronel, de Juan de Azevedo, de Francisco Gabriel de San-Bonaventura et de Pedro Beltran de Santa-Rosa-Maria[2]; mais, à l’exception des ouvrages de ces deux derniers, on ne connaît rien aujourd’hui d’imprimé à ce sujet jusqu’à la grammaire publiée par le Père Joaquin Ruz, en 1844[3].

Le Père Pedro Beltran, parlant de la langue maya, dit, dans la préface, qu’elle est «gracieuse dans la diction, élégante dans les périodes et concise dans le style; capable d’exprimer souvent, dans un petit nombre de mots et de syllabes, le sens de plusieurs phrases. Si le disciple, ajoute-t-il, surmonte une fois la difficulté que présente au premier abord la prononciation de quelques consonnes extrêmement gutturales, il n’éprouvera guère d’embarras ensuite, pour se mettre au courant de la langue.»

DE L’ALPHABET.

L’alphabet de la langue maya manque des lettres _d_, _f_, _g_, _j_, _q_, _r_, _s_, _v_; mais elle en a d’autres, en revanche, que nous n’avons pas dans le français, deux, entre autres, où l’on trouve jusqu’à un certain point le son du _d_, du _j_ et du _z_; tels sont le _ɔ_ (_c_ renversé), qui doit se prononcer _dz_, et le _çh_, que les livres modernes du Yucatan représentent avec un _h_ barré ou croisé par le haut, mais que nous rendons ici par un _ç_ pour plus de commodité. Autant qu’il nous est possible de nous en rendre compte, le son de ces deux lettres doit se rendre à peu près comme _dj_; mais elles se présentent rarement et dans un petit nombre de mots, où elles ne paraissent être qu’une variété du _ch_ ordinaire de l’espagnol, qui se prononce _tch_.

La lettre _c_ est dure indifféremment devant toutes les voyelles, autant que le _k_ ou le _q_ français; ainsi _cimil_, la mort, se prononce _kimil_. La lettre _h_ est toujours aspirée avant ou après les voyelles, comme le _j_ ou _jota_ en espagnol[4]. _I_, devant une autre voyelle, prend le son de notre _y_, commun dans les ouvrages modernes, mais qui, d’ordinaire, est remplacé par deux _ii_ dans les plus anciens, ou _ij_. _K_, différent du nôtre, a un son guttural que l’usage seul peut enseigner. Le _pp_ est beaucoup plus fort que le _p_ simple; il est, ainsi que le _th_, représenté dans les anciens ouvrages par _tt_ ou double _t_; car il est de la classe des lettres américaines qu’on appelle détonnantes, le _th_ maya n’ayant aucune analogie avec le _th_ anglais. _U_ est toujours prononcé _ou_, se modifiant légèrement en _w_ devant une autre voyelle. La lettre _x_ représente le son du _ch_ français (en anglais _sh_), et le _z_ a pour ainsi dire le son de notre _s_ dur.