Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 24

Chapter 243,971 wordsPublic domain

Les jeunes gens avaient beaucoup de respect pour les vieillards: ils demandaient leurs conseils et se faisaient passer pour vieux; les vieillards, de leur côté, disaient aux jeunes gens que, puisqu’ils avaient vu plus qu’eux, leur devoir était d’ajouter foi à leurs discours, et lorsqu’ils le faisaient, ils n’en étaient que plus estimés des autres. Ils avaient une si haute opinion de la vieillesse, que les jeunes gens ne traitaient avec les anciens que quand ils ne pouvaient faire autrement, comme au moment de se marier; avec les gens mariés ils se tenaient aussi fort peu. C’est pourquoi il était d’usage dans chaque localité d’avoir une grande maison, blanchie à la chaux, mais ouverte de tous les côtés, où les jeunes gens s’assemblaient pour leurs divertissements. Ils jouaient à la balle et à une sorte de jeu de fèves, comme aux dés, ainsi qu’à beaucoup d’autres. Ils dormaient là presque toujours ensemble jusqu’au moment de se marier.

Or, comme j’ai vu qu’en d’autres endroits des Indes ils étaient adonnés à la pédérastie, dans des maisons de ce genre, je n’ai cependant jamais ouï dire que cela eût lieu ici, et je ne crois pas qu’ils en usassent, car on dit que ceux qui sont affligés de cette misère pestilentielle, ne sont pas amateurs des femmes, tandis que ceux-ci le sont. Car ils avaient la coutume d’amener dans ces endroits des femmes publiques, dont ils usaient; or, les malheureuses qui, parmi ce peuple, faisaient ce métier, encore qu’elles se fissent payer, étaient obsédées par un si grand nombre de jeunes gens, qu’elles s’en trouvaient poursuivies jusqu’à en mourir. Ceux-ci avaient la coutume de se peindre en noir jusqu’au moment de leur mariage; il y en avait peu qui se tatouassent auparavant. Dans tout le reste, ils suivaient constamment leurs parents; c’est ainsi qu’ils les servaient si bien dans leurs travaux et qu’ils devenaient de si grands adorateurs d’idoles.

Les femmes élevaient leurs petits enfants avec toute la rudesse et la nudité possibles: la faible créature était à peine venue au monde de quatre ou cinq jours, qu’elles l’étendaient sur un petit lit fabriqué de baguettes d’osier et de roseaux; là, le visage contre terre, elles lui mettaient la tête entre deux planchettes, l’une au front, l’autre à l’occiput, serrées avec force, et le tenaient dans la souffrance jusqu’à ce qu’au bout de quelques jours, la tête ainsi moulée restait à jamais aplatie suivant leurs usages. Il y avait là-dedans tant d’incommodité et de péril pour les petits enfants, que plusieurs en étaient près de mourir; l’auteur de ce livre en a vu un dont la tête s’était trouée derrière les oreilles, ce qui devait arriver à un grand nombre.

Ils étaient élevés tout nus; mais, à l’âge de quatre ou cinq ans, on leur donnait un morceau de toile pour se couvrir, en dormant, et quelques petites bandes pour cacher leur nudité, comme leurs pères; quant aux petites filles, on commençait alors à les vêtir de la ceinture en bas. Ils tétaient beaucoup; car les mères ne laissaient jamais de leur donner du lait, si longtemps qu’elles en étaient capables, quoiqu’ils eussent atteint l’âge de trois ou quatre ans; de là tant de gens forts et robustes dans ce pays. Tout jeunes encore, on les élevait à merveille beaux et forts; mais ensuite avec les bains fréquents que leur faisaient prendre leurs mères, et l’ardeur du soleil, ils devenaient plus bronzés. Durant toute leur enfance, ils étaient vifs et pétulants, toujours armés d’arcs et de flèches, et jouant les uns avec les autres: c’est ainsi qu’ils croissaient, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’adopter la manière de vivre des jeunes gens, et de se donner plus d’importance, en laissant les jeux de l’enfance.

§ XXXI.—_Modo de vestir y de adornarse entre las indias de Yucatan._

Que los indias de Yucatan son en general de mejor dispusicion que las españolas, y mas grandes y bien hechas, ca no son de tantas renes como las negras. Precianse de hermosas las que son, y a una mano no son feas; no son blancas sino de color baço, causado mas del sol y del continuo bañarse, que de su natural; no se adoban los rostros como nuestra nacion, y esso tienen por liviandad. Tenian por costumbre acerrarse los dientes dexandolos como diente de sierra y esto tenian por galanteria, y hazian este officio viejas, limandolos con ciertas piedras y agua.

Horadavanse las narices por la ternilla que divide las ventanas por medio para ponerse en el agujero una piedra de ambar y tenianlo por gala. Horadavanse las orejas, para ponerse zarzillos al modo de sus maridos; labravanse el cuerpo de la cinta arriba, salvo los pechos por el criar, de labores mas delicadas y hermosas que los hombres. Bañavanse muy a menudo con agua fria como los hombres, y no lo hazian con sobrada honestidad, porque acaescia demudarse en cueros en el poço donde ivan por agua para ello. Acostumbravan demas de esto bañarse en aqua caliente y fuego y deste poco y por causa mas de salud que limpieza.

Acostumbravan untarse con cierta uncion de colorado como los maridos, y las que tenian possibilidad, echavan la cierta confecion de una goma olorosa y muy pegajosa, y que creo es liquidambar que en su lengua llaman _iztah-te_, y con esta confecion untavan cierto ladrillo como deseaban que tenian labrado galanas labores, y con aquel se untavan los pechos, y braços, espaldas y quedavan galanas y olorosas, segun les parecia, y duravales muchos dias sin se quitar segun era buena la uncion.

Traian cabelles muy largos, y hazian y hazen dellos muy galan tocado partidos en dos partes, y entrençavanselos para otro modo de tocado. A las moças por casar suelen las madres curiosas curarselos con tanto cuydado que e visto muchas indias de tan curiosos cabellos como curiosas españolas. A las mochachas hasta que son grandecitas, se los trençan en quatro quernos y en dos que les parecen bien.

Las indias de la costa y de la provincia de Bacalar y Campeche son mas honestas en su traje, porque allende de la cobertura que traian de medio abaxo se cubrian los pechos atandoselos por debaxo los sobacos con una manta doblada; las demas todas no traian mas de una vestidura como saco largo y ancho, abierto por ambas partes y metidas en el hasta los quadriles donde se les apretavan con el anchor mesmo y no tenian mas vestidura, salvo que la manta con que siempre duermen, usavan, quando ivan camino, llevar cubierta doblada o arollada, y assi andavan.

§ XXXI.—_Toilette des femmes yucatèques. Leurs vêtements divers._

Les Indiennes du Yucatan sont généralement plus agréables que les Espagnoles, plus grandes et bien faites, et elles n’ont pas les hanches si grandes que les négresses. Celles qui sont belles en tirent de la vanité, et de fait elles ne sont pas laides: elles ne sont pas blanches, mais brunes de couleur, ce qui leur vient plutôt de leur exposition au soleil et de l’habitude de se baigner trop souvent, que de leur nature. Elles ne se fardent pas le visage comme les dames de notre pays; car elles regardent cet usage comme de l’immodestie. Elles avaient pour coutume de se couper les dents en forme de dents de scie, ce qu’elles considéraient comme une marque de beauté; c’étaient les vieilles femmes qui leur rendaient ce service, en leur limant les dents avec une certaine pierre et de l’eau.

Elles se perçaient le cartilage du nez entre les narines, afin d’y placer une pierre d’ambre, ce qui était encore une gentillesse à leurs yeux. Elles se perçaient aussi les oreilles pour y mettre des pendants, à l’imitation de leurs maris; elles se tatouaient de dessins plus délicats et plus élégants que les hommes, le corps de la ceinture en haut, à l’exception des seins qu’elles gardaient pour allaiter leurs enfants. Elles prenaient très-souvent des bains dans l’eau froide comme les hommes, mais sans trop de réserve; car elles se mettaient pour cela toutes nues dans les endroits où l’on allait chercher de l’eau. Elles avaient également la coutume de se baigner dans l’eau chaude et au feu[132], mais peu et plutôt pour raison de santé que de propreté.

Une autre coutume était de se oindre aussi d’une couleur rouge comme leurs maris, et celles qui en avaient les moyens y ajoutaient d’une gomme odoriférante et fort poisseuse, que je crois être le liquidambar, appelé dans leur langue _iztah-té_: de cette gomme elles imprégnaient une brique ornée de gracieux dessins qu’elles avaient toujours chez elles et s’en frottaient les seins, les bras et les épaules; c’est ainsi qu’elles s’embellissaient et se parfumaient à leur manière, l’odeur leur restant en proportion de la qualité du parfum employé.

Comme elles avaient les cheveux très-longs, elles en faisaient et en font encore une coiffure fort élégante, les partageant en deux tresses, dont elles se servaient encore pour une autre sorte de coiffure. Quant aux jeunes filles à marier, les mères soigneuses s’attachaient à les faire briller d’une manière si particulière, que j’ai vu beaucoup d’Indiennes portant les cheveux avec tout autant de grâce que les Espagnoles les plus distinguées sous ce rapport. Aux petites filles, jusqu’à ce qu’elles deviennent d’une certaine taille, elles les leur tressent en quatre ou deux sortes de cornes qui leur font très-bien.

Les Indiennes de la côte et de la province de Bacalar et de Campêche sont plus modestes dans leur habillement; car, outre le jupon dont elles se couvrent de la ceinture en bas, elles se voilent la poitrine, en la renfermant dans une pièce d’étoffe doublée sous les aisselles; les autres n’avaient d’autre vêtement d’en haut qu’un sac long et large, ouvert sur les côtés, descendant jusqu’aux hanches, qu’elles y serraient sur la largeur. C’était là toute leur toilette, à l’exception de l’étoffe avec laquelle elles dorment toujours et qu’elles portaient habituellement, lorsqu’elles allaient en chemin, doublée ou roulée sur les épaules.

§ XXXII.—_Castitad de las mugeres y su educacion. Sus grandes calidades, su economia, etc. Su devocion y sus partos._

Preciavanse de buenas y tenian razon, porque antes que conociessen nuestra nacion, segun los viejos aora lloran, lo eran a maravilla y desto traere dos exemplos. El capitan Alonso Lopez de Avila cuñado del adelantado Montejo prendio una moça india y bien dispuesta y gentil muger, andando en la guerra de Bacalar. Esta prometio a su marido temiendo que en la guerra no le matassen de no conocer otro si el no, y assi no basto persuasion con ella paraque no se quitasse la vida, por no quedar en peligro de ser ensuziada de otro varon, por lo qual la hizieron aperrear.

A mi se me quexo una india por baptizar de un indio baptizado, el qual andando enamorado della, ca hermosa era, aguardose ausentasse su marido, y se le fue una noche a su casa y despues de manifestarle con muchos requiebres su intento, y no bastarle, provo a dar dadivas que para ello llevava, y como no aprovechassen, intento forçarla, y con ser un giganton y travajar por ello toda la noche no saco della mas de darle enojo tan grande que se me vino a quexar a mi de la maldad del indio, y era assi lo que dezia.

Acostumbravan a volver las espaldas a los hombres, quando los topavan en alguna parte, y hazerles lugar paraque passassen, y lo mesmo quando les davan a bever, hasta que acabavan de bever. Enseñan lo que saben a sus hijas, y crianlas a su modo bien, ca las riñen y las doctrinan y hazen trabajar, y si hazen culpas las castigan, dandoles pellizcos en las orejas, y en los braços. Si las ven alçar los ojos, las riñen mucho y se los untan con su pimienta que es grave dolor, y si no son honestas, las aporrean y untan con la pimienta en otra parte por castigo y afrenta. Dizen por mucho valdon y grave reprehension a las moças mal disciplinadas que _parecen mugeres criadas sin madre_.

Son zelosas y algunas tanto que ponian los manos a las de quien tenian zelos, y tan colericas, enojadas, aunque harto mansas, que solian dar buelta de pelo algunas a los maridos con hazerlo ellos pocas vezes. Son grandes travajadoras y vividoras, porque dellas cuelgan los mayores y mas trabajos de la sustentacion de sus casas y educacion de sus hijos, y paga de sus tributos y con todo esso si es menester llevan algunas vezes mayor carga, labrando y sembrando sus mantenimientos. Son a maravilla grangeras, velando de noche el rato que de servir sus casas les queda, yendo a los mercados a comprar y vender sus cosillas.

Crian aves para vender de Castilla, y de las suyas y para comer. Crian paxaros para su recreacion y para las plumas para hazer sus ropas galanas, y crian otros animales domesticos de los quales dan el pecho a los corços, con lo qual los crian tan mansos que no saben irseles al monte jamas, aunque los llevan y traigan por los montes y crien en ellos.

Tienen costumbre de ayudarse unas a otras a las telas y al hilar, y paganse estos trabajos como sus maridos los de sus eredades, y en ellos tienen siempre sus chistes de mofar y contar nuevas, y a ratos un poco de murmuracion. Tienen por gran fealdad mirar a los hombres y reirseles, y por tanto que solo esto bastava para hazer qualquiera fealdad, y sin mas entremeses hazianlas ruines. Vailavan por si sus vailes y algunos con los hombres, en especial uno que llamavan _Naual_ no muy honesto. Son muy fecundas y tempranas en parir, y grandes criaderas por dos razones, la una porque la bevida de las mañanas que beven caliente cria mucha leche y el continuo moler de su maiz y no traer los pechos apretados les haze tenerlos muy grandes donde les viene tener mucha leche.

Emborachavanse tambien ellas con los combites, aunque por si, como comian por si, y no se emborachavan tanto como los hombres. Son gente que dessea mucho hijos la que carece dellos, y que los pedian a sus idolos con dones y oraciones, y aora los piden a Dios. Son avisadas y corteses y conversables, con que se entienden, y a maravilla bien partidas. Tienen poco secreto y no son tan limpias en sus personas ni en sus cosas con quanto se lavan como los ermiños.

Eran muy devotas y santeras, y assi tenian muchas devociones con sus idolos, quemandoles de sus enciensos, ofreciendoles dones de ropa de algodon, pero con todo esso no tenian en costumbre derramar su sangre a los demonios, ni lo hazian jamas; ni tampoco las dexavan llegar a los templos a los sacrificios, salvo en cierta fiesta que admitian ciertas viejas para la celebracion della. Para sus partos acudian a las hechizeras, las quales les hazian creer de sus mentiras y les ponian debaxo de la cama un idolo de un demonio, llamado _Ixchel_, que dezian era la diosa de hazer las criaturas.

Nacidos los niños, los bañan luego y quando ya los avian quitado del tormento de allanarles las frentes y cabeças ivan con ellos al sacerdote para que los viesse el hado y dixesse el officio que avia de tener y pusiesse el nombre que avia de tener el tiempo de su niñez, porque acostumbravan llamar a los niños nombres differentes hasta que se baptizavan o eran grandecillos, y despues dexavan aquellos y començavan a llamarlos el de los padres, hasta que los casavan, que se llamavan el del padre y de la madre.

§ XXXII.—_Chasteté des femmes yucatèques. Leur éducation; leurs grandes qualités. Economie du ménage, etc. Leur caractère dévot et leurs couches._

Elles se vantaient d’être bonnes et avec raison: car, avant qu’elles connussent notre race, au dire des vieillards qui en gémissent aujourd’hui[133], elles l’étaient merveilleusement, ce dont j’apporterai ici deux exemples. Le capitaine Alonso Lopez de Avila, beau-père de l’adelanto Montejo, avait fait prisonnière, durant la guerre de Bacalar, une jeune Indienne aussi belle que gracieuse et élégante. Craignant pour son mari le danger de la mort, elle lui avait fait la promesse de ne jamais appartenir à un autre: aussi rien ne put-il la persuader de consentir à se laisser flétrir, pas même la perte de la vie, et ainsi on la livra aux chiens qui la dévorèrent[134].

Quant à moi, j’eus occasion d’entendre les plaintes d’une Indienne catéchumène que poursuivait de ses sollicitations un Indien déjà baptisé, amoureux d’elle; car elle était belle. L’Indien ayant attendu l’absence de son mari, se présenta une nuit chez elle, et, après lui avoir témoigné ses désirs de toutes les manières, voyant qu’il n’arrivait à aucun résultat, la tenta par des présents; ne réussissant pas davantage par ce moyen, il voulut lui faire violence. Mais, avec sa grande taille et une lutte qui dura la nuit entière, il n’obtint autre chose que d’exciter la colère de cette femme; elle vint se plaindre à moi le lendemain des tentatives coupables de l’Indien, et je vérifiai effectivement l’exactitude de son récit.

Entre autres usages, les femmes avaient celui de tourner le dos aux hommes, chaque fois qu’elles venaient à rencontrer l’un ou l’autre dans le chemin, et se mettaient de côté pour les laisser passer. La même chose avait lieu, lorsqu’elles leur donnaient à boire, jusqu’à ce qu’ils eussent vidé la coupe. Elles instruisent leurs filles de ce qu’elles savent, les élèvent très-bien à leur manière, les enseignent et les grondent et les font travailler: si elles commettent quelque faute, elles les punissent, en les pinçant aux bras et aux oreilles. Si elles leur voient lever les yeux, elles les reprennent fortement et les leur frottent avec un peu de leur piment, ce qui leur cause beaucoup de souffrance; si elles sont peu honnêtes, elles les battent et leur frottent une autre partie du même piment, ce qui est à la fois un châtiment et un affront. C’est une réprimande fort sévère et un reproche très-dur que de dire aux jeunes filles désobéissantes «qu’elles ressemblent à des femmes élevées sans mère.»

Les Indiennes sont très-jalouses, et quelques-unes le sont au point qu’elles mettent les mains sur celles qu’elles soupçonnent; elles sont si colères alors et si irritables, quoique généralement d’un caractère fort doux, qu’il y en a qui arrachaient les cheveux à leurs maris, pour peu qu’ils leur fussent infidèles. Elles sont grandes travailleuses et excellentes pour l’administration intérieure: car c’est d’elles que dépendent la plupart et les principaux travaux du ménage pour le support de leurs maisons, l’éducation de leurs enfants et le payement des tributs; avec tout cela, si le besoin s’en fait sentir, ce sont elles qui souvent encore portent à dos les plus fortes charges, qui travaillent la terre et y sèment les graines dont ils se nourrissent. Elles sont merveilleusement économes, veillant de nuit, durant les instants qui leur restent après le service de la maison, allant au marché de jour pour acheter et vendre les choses qui sont à leur usage.

Elles élèvent la volaille, soit celle de Castille ou du pays, pour la vendre ou pour s’en nourrir: elles élèvent également des oiseaux pour leur amusement, comme aussi pour en retirer les plumes qui servent à leurs ornements; elles élèvent également d’autres animaux domestiques, allaitant même des chevreaux et les apprivoisant de telle sorte que, bien qu’elles les emmènent dans les bois, où souvent elles les nourrissent, ils n’y resteraient jamais sans elles.

A toutes ces coutumes elles ajoutaient celles de s’entr’aider mutuellement, quand elles filaient ou tissaient: elles s’acquittaient par ces mêmes travaux les unes envers les autres, comme leurs maris de ceux de leurs champs. Elles avaient leurs saillies et leurs bons mots pour railler et conter des aventures et par moment aussi pour murmurer de leurs maris[135]. Elles regardent comme une fort vilaine chose de fixer les yeux sur les hommes et de rire avec eux; cela seul suffisait pour amener du désordre et sans plus de cérémonie les rendre un objet de mépris. Elles dansaient entre elles des danses qui leur sont propres; quelquefois elles en avaient en commun avec les hommes, entre autres le ballet, nommé _Naual_ qui n’est guère décent[136]. Elles sont très-fécondes et enfantent de bonne heure; elles sont excellentes nourrices et pour deux raisons: la première, parce que la boisson qu’elles prennent au matin toute chaude donne beaucoup de lait; la seconde, que l’usage où elles sont de moudre continuellement le maïs et de ne pas se tenir les mamelles serrées, les rend fort grandes et de lait très-abondantes.

Il leur arrivait aussi de s’enivrer dans les festins, mais toutes seules; car elles mangeaient à part et, d’ailleurs, elles s’enivraient rarement autant que les hommes. Ces femmes yucatèques tiennent beaucoup à avoir des enfants: celle qui n’en avait pas, les demandait avec de grandes supplications et des présents aux idoles; aujourd’hui elles les demandent à Dieu. Elles sont prudentes, polies, de très-bonne conversation, quand on les comprend, et extrêmement généreuses[137]. Elles gardent difficilement un secret et ne sont pas sur leurs personnes et dans leurs maisons aussi propres qu’elles devraient l’être, en se baignant comme des hermines.

Elles étaient fort dévotes et affectionnées à leurs idoles: aussi avaient-elles à leur égard une foule de pratiques, leur brûlant de l’encens, leur offrant des présents d’étoffes de coton; elles n’avaient, néanmoins, pas la coutume de se tirer du sang en leur honneur, et jamais elles ne le faisaient. Du reste, on ne leur permettait point d’assister aux sacrifices dans les temples, à l’exception d’une fête spéciale où l’on admettait certaines vieilles que demandait la circonstance. Au temps de leurs couches, elles avaient recours à des sorcières qui leur faisaient accroire toute sorte de mensonges et leur mettaient sous le lit une idole appelée _Ixchel_, qu’on disait être la déesse fécondatrice des enfants[138].

Dès que ceux-ci étaient venus au monde, on s’empressait de les laver: quand elles avaient fini de les tourmenter avec les planchettes où on leur déprimait le front et la tête, elles allaient trouver le prêtre, afin qu’il consultât leur horoscope et leur désignât leur future profession. Il devait en même temps leur imposer le nom qu’ils devaient porter durant leur enfance; car ils donnaient aux enfants des noms différents, sous lesquels on les désignait jusqu’à ce qu’ils eussent été baptisés ou qu’ils devinssent plus grands; à cette époque seulement, ils les laissaient pour prendre celui de leur père qu’ils gardaient jusqu’à leur mariage, et alors ils prenaient conjointement ceux de leur père et de leur mère.

§ XXXIII.—_Duelo para los muertos en Yucatan. Entierro de los sacerdotes. Estatuas con las cenizas de los señores. Reverencia para ellas. Su gloria e infierno._

Que esta gente tenia mucho temor y excessivo a la muerte, y esto muestravan en que todos los servicios que a sus dioses hazian no eran por otro fin ni para otra cosa sino para que les diessen salud y vida y mantenimientos. Pero ya que venian a morir, era cosa de ver las lastimas y llantos que por sus difuntos hazian, y la tristeza general que les causavan. Lloravanlos de dia en silencio, y de noche a altos y muy dolorosos gritos que lastima era oirlos. Andavan a maravilla tristes muchos dias: hazian abstinencias y ayunos por el difunto, especial el marido a la muger, y dezian se lo avia llevado el diablo porque del pensavan les venian los males todos y especial la muerte.

Muertos los amortajavan hinchandoles la boca del maiz molido que es su comida y bevida que llaman _koyem_, y con ello algunas piedras de las que tienen por moneda, para que en la otra vida no les faltasse de comer. Enterravanlos dentro en sus casas o a las espaldas dellas, echandoles en la sepultura algunos de sus idolos, y si era sacerdote algunos de sus libros, y si hechizero de sus piedras de hechizos y peltrechos. Comunmente desamparavan la casa y la dexavan yerma despues de enterrados, sino era quando avia en ella mucha gente con cuya compañia perdian algo de miedo que les quedava de la muerte.