Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 22

Chapter 223,985 wordsPublic domain

Esto hecho mandava el sacerdote callar y sentar la gente, y començava el a bendezir con muchas oraciones a los mochachos, y a santiguarlos con su isopo, y con mucha serenidad. Acabada su bendicion se sentava y se levantava el principal que avian los padres de los mochachos elegido para esta fiesta, y con un guesso que el sacerdote le dava iva a los mochachos y amagava a cada uno por si nueve vezes con el guesso en la frente; despues mojavale en un vaso de una agua que llevava en la mano, y untavales la frente, y las faciones del rostro y entre los dedos de los piez y los de las manos a todos sin hablar palabra. Esta agua hazian de ciertas flores y de cacao mojado y desleido con agua virgen que ellos dezian traida de los concavos de los arboles o de los montes.

Acabada esta unctura se levantava el sacerdote y les quitava los paños blancos de la cabeça y otros que tenian colgados a las espaldas en que cada uno traia atadas unas pocas de plumas de un paxaro muy hermoso y algunos cacaos, lo qual todo recogia uno de los chaces, y luego el sacerdote les cortava a los niños con una navaja de piedra la cuenta que avian traido pegada en la cabeça; tras esto ivan los demas ayudantes del sacerdote con un manojo de flores y un humaço que los indios usan chupar; y amagavan con cada uno dellos nueve vezes a cada mochacho, y despues davanle a oler las flores y a chupar el humaço. Despues recogian los presentes que las madres traian y davan dellos a cada mochacho un poco para comer alli, ca de comida eran los presentes, y tomavan un buen vaso de vino y presto en medio ofrecianlo a los dioses y con devotas plegarias les rogavan recibiessen aquel don pequeño de aquellos mochachos, y llamando otro oficial que les ayudava que llamavan _Cayom_ davanse lo que lo beviesse, lo qual hazia sin descançar que diz que era peccado.

Esto hecho se despedian las mochachas primero, a las quales ivan sus madres primero a quitarles el hilo con que avian andado hasta entonces atadas por las renes, y la conchuela que traian en la puridad, lo qual era como una licencia de poderse ya quando quiera que los padres quisiessen casar. Despues despedian por si a los mochachos, y idos venian los padres al monton de las mantillas que avian traido, y repartianlo de su mano por los circumstantes y officiales. Despues acabavan la fiesta con comer y bever largo; llamavan a esta fiesta _Emku_, que quiere dezir baxada de Dios. El que la avia hecho principalmente moviendola y haziendo el gasto, allende de los tres dias que se avia, como por ayuno, abstenido, se avia de abstener nueve mas y lo hazian inviolablemente.

§ XXVI.—_Sorte de baptême au Yucatan. Comment on le solennisait._

On ne trouve de baptême en aucune partie des Indes, excepté dans le Yucatan[114], où il existe désigné sous un nom qui signifie naître de nouveau ou une autre fois: le mot est identique avec le latin _renasci_; car dans la langue du Yucatan _zihil_ veut dire renaître. Mais il n’est usité qu’en composition verbale; ainsi _caput-zihil_ signifie naître de nouveau. Nous n’avons pu retrouver son origine; on sait seulement que c’est une coutume qui a toujours existé et à laquelle ils avaient tant de dévotion qu’ils ne laissaient jamais de s’y conformer. Ils y avaient un tel respect que ceux qui avaient des péchés sur la conscience ou qui se sentaient inclinés à en commettre quelqu’un, s’en confessaient particulièrement au prêtre, afin d’être en état de recevoir le baptême, et ils y mettaient une si grande foi qu’ils ne l’auraient réitéré pour quoi que ce fût. Ils croyaient y recevoir une disposition préalable à se conduire honnêtement, et se trouver garantis de toute atteinte des démons dans les choses temporelles; par ce moyen et une vie réglée, ils espéraient obtenir la béatitude qu’ils attendaient, dans laquelle, comme en celle de Mahomet, ils auraient trouvé le plaisir avec les femmes, ainsi qu’à boire et à manger.

Voici la coutume qu’ils avaient pour se préparer au baptême: les femmes étant chargées d’élever les enfants jusqu’à l’âge de trois ans, mettaient sur la tête des petits garçons quelque chose de blanc attaché entre les cheveux à l’occiput; quant aux petites filles, elles portaient de la ceinture en bas une corde fort menue, à laquelle était attachée une petite coquille qui venait à se trouver placée justement au-dessus des parties sexuelles; on regardait comme un grand péché et une chose fort malhonnête d’ôter ces choses aux petites filles avant leur baptême, qui leur était toujours administré entre trois et douze ans, et jamais on ne les mariait auparavant.

Lorsque quelqu’un désirait faire baptiser son enfant, il allait au prêtre et lui faisait part de son intention: celui-ci publiait le baptême dans toute la commune, ayant soin toujours que la cérémonie ne tombât pas en un jour malheureux. Cela fait, celui qui en avait fait la proposition, et qui, par conséquent, se chargeait de la fête, choisissait à son goût un des principaux de la localité, afin de l’aider dans tout ce qui y avait rapport. Après cela, on avait coutume d’en choisir encore quatre autres d’entre les anciens et des plus honorables, qui prêtaient secours au prêtre dans ses fonctions le jour de la fête: ce choix se faisait toujours d’accord avec le prêtre lui-même. Les pères de tous les enfants à baptiser avaient également part à cette élection, car la fête était du ressort de tous: à ceux qui avaient été désignés pour accompagner le prêtre on donnait le titre de _chac_[115]. Durant les trois jours précédant la fête, les pères des enfants jeûnaient ainsi que ces officiers, s’abstenant d’user de leurs femmes.

Au jour convenu, tous ensemble se réunissaient dans la maison de celui qui faisait la fête, amenant avec eux les enfants à baptiser: on les rangeait dans la cour ou la place de la maison qui avait été balayée et parsemée de verdure; les garçons se plaçant d’un côté, sous la garde d’un homme qui faisait comme l’office de parrain à leur égard; et de l’autre, les filles à qui l’on donnait une matrone pour prendre soin d’elles.

Cela fait, le prêtre s’occupait à purifier la maison, chassant le démon du lieu. A cet effet, on plaçait un petit banc aux quatre angles de la cour: les quatre chacs s’asseyaient tenant une corde de l’un à l’autre, de façon à ce que les enfants demeurassent en quelque sorte renfermés au milieu, après quoi les pères tous ensemble qui avaient observé le jeûne jusque-là, passaient par-dessus la corde pour entrer dans l’enceinte. Au milieu était une autre banquette où le prêtre s’asseyait, ayant à côté de lui un brasier avec du maïs moulu et de l’encens[116]. Les petits garçons et les petites filles s’approchaient en ordre, et le prêtre leur mettait dans la main un peu du maïs et de l’encens qu’ils jetaient tour à tour dans le brasier. Cela passé et les encensements terminés, on enlevait le brasier et la corde dont les chacs faisaient l’enceinte; ceux-ci versaient un peu de vin dans un vase qu’ils donnaient avec ces choses à un homme pour les porter hors de la commune, en lui recommandant surtout de ne pas boire le vin et de ne pas regarder par derrière à son retour. De cette manière, on disait que le démon était chassé.

On balayait ensuite la cour et on la nettoyait de la verdure qui s’y trouvait et qui était des feuilles d’un arbre appelé _cihom_; on les remplaçait par d’autres d’un arbre nommé _copo_, et on étendait quelques nattes, pendant que le prêtre revêtait ses habits. Il se présentait bientôt après revêtu d’une tunique de plume rouge, travaillée d’autres plumes de diverses couleurs et d’où pendaient d’autres plumes plus grandes, et par-dessus comme une grande quantité de rubans de coton qui pendaient jusqu’à terre: sur la tête il portait une sorte de mitre travaillée en plume de la même manière, et à la main comme un petit goupillon de bois, sculpté avec art, dont les poils étaient des queues de serpent analogues aux serpents à sonnette. Il sortait ainsi n’ayant ni plus ni moins de gravité qu’un pape en aurait pour couronner un empereur; et c’est une chose notable de voir la sérénité que lui donnait tout cet appareil. Les chacs aussitôt s’avançaient vers les enfants et leur mettaient sur la tête des linges blancs que leurs mères avaient apportés à cet effet. Ils demandaient aux plus grands s’ils n’avaient pas commis quelque péché ou attouchement obscène, et s’ils l’avaient fait, ils le confessaient et on les séparait des autres.

Cela terminé, le prêtre commandait à tout le monde de s’asseoir et de se taire; il se mettait ensuite à bénir les enfants avec certaines prières, et à les sanctifier avec son goupillon avec beaucoup de majesté. La bénédiction finie, il s’asseyait: celui que le père des enfants avait choisi pour aider principalement à cette fête, se levait alors, et armé d’un os que le prêtre lui donnait, il allait à chaque enfant et le lui passait neuf fois au front; il le trempait ensuite dans un vase d’eau qu’il portait à la main, en oignait à tous le front et le visage, ainsi que les interstices des doigts des pieds et des mains, sans dire un seul mot. Cette eau se composait de certaines fleurs et de cacao mouillé et délayé dans de l’eau vierge qu’ils disaient provenir des concavités des bois ou des montagnes.

A la suite de cette onction, le prêtre se levait; il leur ôtait de la tête les linges blancs qu’on leur avait mis, ainsi que d’autres qu’ils avaient aux épaules, où chacun d’eux portait quelques plumes d’un fort bel oiseau et des grains de cacao. L’un des chacs recueillait toutes ces choses, après quoi le prêtre coupait avec un couteau de pierre aux petits garçons ce qu’ils portaient attaché à la tête; derrière le prêtre marchaient ses autres aides, un bouquet de fleurs à la main avec une pipe à parfums que les Indiens ont coutume de fumer; ils en faisaient neuf passes à chaque enfant et ensuite lui donnaient tour à tour à sentir le bouquet et à aspirer la pipe. Ils recueillaient après cela les présents que les mères avaient apportés et en donnaient un peu à manger là même à chacun des enfants; car ces présents étaient de victuailles. Ils prenaient un grand vase rempli de vin, ils l’offraient rapidement aux dieux, en les priant avec des paroles de dévotion d’agréer ce faible hommage de la part des enfants, puis appelant à eux un autre officier, dont le titre était _Cayom_, ils lui donnaient le vase qu’il devait vider d’un trait; car s’arrêter pour prendre haleine eût été un péché.

La cérémonie achevée, les jeunes filles prenaient congé du prêtre; mais auparavant leurs mères leur enlevaient le cordon qu’elles avaient porté jusque-là autour des reins avec la coquille, insigne de leur pureté, ce qui était comme une permission de pouvoir se marier, quand il plairait aux parents de leur choisir un époux. Après les filles venaient les garçons, qui comme elles prenaient congé du prêtre; puis arrivaient les pères qui, s’approchant du monceau de linges qu’ils avaient apportés, les distribuaient de leurs mains aux officiers et assistants. La journée se terminait avec un grand festin où ils mangeaient et buvaient en abondance. La fête avait pour nom _Em-Ku_, c’est-à-dire descente de Dieu. Celui qui l’avait célébrée, surtout en la mettant en train et en en faisant les frais, devait, en outre des trois jours d’abstinence qu’il avait eus en forme de jeûne, s’abstenir encore durant neuf jours, et il le faisait inviolablement.

§ XXVII.—_Confesion entre los yucataneses. Abstinecias y supersticioncs. Variedad de idolos. Officios de los sacerdotes._

Que los yucataneses naturalmente conocian que hazian mal, y por que creian que por el mal y pecado les venian muertes, enfermedades y tormentos, tenian por costumbre confessarse, quando ya estava en ellos, en esta manera: que quando por enfermedad o otra cosa, eran en peligro de muerte, confessavan su peccado, y si se descuydavan, traianselo los parientes mas cercanos o amigos a la memoria, y ansi dezian publicamente sus peccados, si estava alli el sacerdote, a el, sino a los padres y madres, y las mugeres a los maridos, y maridos a las mugeres.

Los peccados de que comunmente se acusavan, eran del hurto, homicidio, de la carne, y falso testimonio, y con esto se creian salvos, y muchas vezes si escapavan avia rebueltas entre el marido y la muger, por las desgracias que les avian succedido, y con las que las avian causado.

Ellos confessavan sus flaquezas, salvo las que con sus esclavas los que las tenian cometian, porque dezian era licito usar de sus cosas como querian. Los peccados de intencion no confessavan, tenian empero por malos, y en sus consejos y predicaciones consejavan evitarlos. Que las abstinencias que comunmente hazian eran de sal en los guisados y pimienta, lo qual les era grave, y abstenianse de sus mugeres para la celebracion de todas sus fiestas.

No se casavan despues de viudos un año, por no conocer hombre a muger en aquel tiempo, y a los que esto no guardavan, tenian por poco templados y que les vendria por esso algun mal.

Y en algunos ayunos de sus fiestas no comian carne ni conocian sus mugeres; recibian los officios de las fiestas siempre con ayunos, y lo mesmo los officios de republica y algunos tan largos que eran de tres años, y todos estos quebrantarlos eran grandes peccados.

Que eran tan dados a sus idolatricas oraciones, que en tiempo de necessidad hasta las mugeres, mochachos, y moças, todos entendian en esto que era quemar encienso y suplicar a Dios les librasse del mal y reprimiesse al demonio, que esto les causava.

Y que aun los caminantes en sus caminos llevavan encienso y un platillo en que lo quemar, y assi a la noche do quiera que llegavan, erigian tres piedras pequeñas y ponian en ellas sendos pocos del encienso, y ponian les delante otras tres piedras llanas, en las quales echavan encienso, y rogando al Dios que llamavan _Ekchuah_ los volviesse con bien a sus casas, y esso hasta ser bueltos a sus casas cada noche lo hazian donde no faltava quien por ellos hiziesse otro tanto y aun mas.

Que tenian gran muchedumbre de idolos y templos sumptuosos en su manera, y aun sin los comunes templos tenian los señores sacerdotes y gente principal oratorios y idolos en casa para sus oraciones y ofrendas particulares. Y que tenian a Cuzmil y poço de Chicheniza en tanta veneracion como nosotros a las romerias de Hierusalem y Roma y assi les ivan a visitar y offrecer dones, principalmente a la de Cuzmil, como nosotros a lugares santos, y ya que no ivan, siempre embiavan sus offrendas. Y los que ivan tenian de costumbre de entrar tambien en templos derelictos, quando passavan por ellos a orar y quemar copal.

Tantos idolos tenian que aun no les bastava los de sus dioses; pero no avia animal ni savandija que no le hiziessen estatua y todos los hazian a la semejanza de sus dioses y diosas. Tenian algunos idolos de piedra, mas pocos, y otros de madera, y de bulto pequeños, pero no tantos como de barro. Los idolos de madera eran tenidos en tanto que se eredavan, y tenidos por lo principal de la herencia. Idolos de metal no tenian, por que no ay metal aï. Bien sabian ellos que los idolos eran obras suyas y muertas y sin deidad, mas que los tenian en reverencia por lo que representavan, y por que les avian hecho con tantas cerimonias, en especial los de palo.

Los mas idolatras eran los sacerdotes, _chilanes_, hechizeros y medicos, _chaces_ y _nacones_. El officio de los sacerdotes era tratar y enseñar sus sciencias y declarar las necessidades y sus remedios, predicar y echar las fiestas, hazer sacrificios y administrar sus sacramentos. El officio de los _chilanes_ era dar respuestas de los demonios al pueblo y eran tenidos en tanto que acontecia llevarlos en ombros. Los hechizeros y medicos curavan con sangrias hechas en la parte donde dolia al enfermo, y echavan suertes para adivina en sus officios y otras cosas. Los _chaces_ eran quatro hombres ancianos elegidos siempre de nuevo para ayudar al sacerdote a bien y complidamente hazer las fiestas. _Nacones_ eran dos officios, el uno perpetuo y poco onroso, por que era el que abria los pechos a las personas que sacrificavan. El otro era una elecion hecha de un capitan para la guerra y otras fiestas que duravan tres años, este era de mucha onra.

§ XXVII.—_Confession chez les Yucatèques. Abstinences et superstitions. Idoles de tout genre. Charges diverses du sacerdoce._

Les Yucatèques connaissaient naturellement le mal quand ils le commettaient, et ils croyaient que c’était en châtiment du mal et du péché que leur venaient la mort, les maladies et les tourments; ils avaient coutume de se confesser, et quand ils en avaient l’idée, c’était de la manière suivante. Lorsque, par suite d’une maladie ou d’autre chose, ils étaient en danger de mourir, ils confessaient leurs péchés; mais s’ils oubliaient d’y penser, leurs parents les plus proches ou leurs amis le leur rappelaient. Ainsi ils disaient publiquement leurs péchés au prêtre, s’il était présent, sinon à leurs pères et mères, les femmes à leurs maris et les maris à leurs femmes.

Les fautes dont ils s’accusaient le plus communément étaient le vol, l’homicide, les faiblesses de la chair et les faux témoignages; après quoi, ils se croyaient sauvés. Mais il arrivait souvent, quand ils venaient à échapper, qu’il surgissait des querelles entre mari et femme, pour les infidélités dont ils avaient pu se rendre coupables, et avec ceux qui en étaient la cause.

Les hommes confessaient leurs faiblesses, sauf celles qu’ils commettaient avec leurs esclaves; car ils disaient qu’il était licite d’user de ce qui leur appartenait suivant leur caprice. Ils ne confessaient pas les péchés d’intention, quoiqu’ils les regardassent comme un mal; aussi dans leurs conseils et prédications conseillaient-ils de les éviter. Les abstinences qu’ils faisaient le plus communément étaient de se passer de sel et de piment dans les mets, ce qui pour eux était fort dur; ils s’abstenaient de l’usage de leurs femmes pour la célébration de toutes les fêtes.

Les veufs ne se remariaient qu’un an après leur veuvage, la coutume étant de ne connaître ni homme ni femme durant cet intervalle: ceux qui négligeaient de s’y conformer étaient regardés comme peu continents, et on s’imaginait qu’il leur en surviendrait quelque calamité.

Ils avaient des fêtes où non-seulement ils s’abstenaient de leurs femmes, mais aussi de manger de la chair: ils jeûnaient en entrant en office pour quelque fête, comme en entrant dans les charges de la république; il y avait de ces jeûnes qui duraient jusqu’à trois années entières, et ils considéraient comme un fort grand péché de les rompre.

Ils étaient, du reste, tellement observateurs de leurs pratiques idolâtres, que, dans les temps de calamité publique, jusqu’aux femmes et aux enfants des deux sexes s’occupaient à brûler de l’encens, à adresser leurs supplications à Dieu pour qu’il les délivrât du mal et réprimât le démon qui en était la cause.

Les voyageurs même emportaient en chemin de l’encens et une petite cassolette pour le brûler; c’est ainsi que de nuit, en quelque lieu qu’ils arrivassent, ils érigeaient trois petites pierres, déposant sur chacune quelques grains de cet encens; devant ils étendaient trois autres pierres plates, sur lesquelles ils mettaient encore de l’encens, en priant le dieu qu’ils nommaient _Ekchuah_[117], qu’il daignât les ramener heureusement chez eux. Cette pratique ils la recommençaient toutes les nuits jusqu’à leur retour dans les foyers, où toujours il y avait quelqu’un pour en faire autant et même davantage.

Ils avaient un très-grand nombre d’idoles et de temples somptueux à leur manière. A part même des temples ordinaires, les princes, les prêtres et les gens les plus considérables avaient encore des oratoires, avec des idoles domestiques, où ils faisaient en particulier leurs prières et leurs offrandes. Ils avaient autant de dévotion pour Cuzmil et le puits de Chichen Itza que nous pour les pèlerinages de Jérusalem et de Rome. Ainsi ils allaient les visiter et offrir des présents, principalement à Cuzmil, comme nous le faisons aux saints lieux, et s’ils ne pouvaient y aller eux-mêmes, ils y envoyaient toujours leurs offrandes. Ceux qui y allaient étaient accoutumés également de s’arrêter devant les temples abandonnés, s’ils avaient à passer à côté, d’y prier et d’y brûler du copal.

Ils avaient une si grande quantité d’idoles que celles même de leurs dieux ne leur suffisaient point; car il n’y avait pas d’animal ni de reptile dont ils ne fissent la statue, et ils les faisaient à l’image de leurs dieux et de leurs déesses. Ils avaient quelques idoles de pierre, mais en petit nombre, et d’autres de bois, de petite stature quoique pas en si grande quantité qu’en terre cuite. Les idoles de bois étaient si estimées, qu’elles comptaient dans les héritages, et ils y avaient la plus grande confiance[118]. Ils n’ignoraient nullement que les idoles étaient des ouvrages de leurs mains, œuvres mortes et sans divinité; mais ils les vénéraient à cause de ce qu’elles représentaient et des rites avec lesquels ils les avaient consacrées, surtout celles de bois.

Les plus idolâtres étaient les prêtres, _Chilan_, sorciers et médecins, _Chacs_ et _Nacon_[119]. Ils avaient pour office de discourir sur leurs sciences et de les enseigner, de faire connaître les besoins et les moyens d’y satisfaire, de prêcher et de notifier les jours de fête, d’offrir des sacrifices et d’administrer leurs sacrements. L’office du _Chilan_ consistait à donner les réponses des démons au peuple; on avait pour eux un tel respect, qu’ils ne sortaient d’ordinaire que portés en litière. Les sorciers et médecins guérissaient au moyen de saignées, pratiquées dans la partie malade; ils jetaient des sorts pour savoir l’avenir dans leurs offices et autres choses. Les _chacs_ étaient quatre vieillards, élus chaque fois, suivant la circonstance, pour aider le prêtre à remplir entièrement ses fonctions durant les fêtes. La charge de _Nacon_ était double: l’un était perpétuel et peu honorable, parce que c’était lui qui ouvrait la poitrine aux victimes humaines qu’on sacrifiait; le second, qui arrivait à son poste par élection, était un général d’armée, chargé également de présider à certaines fêtes: ses fonctions duraient trois ans et étaient réputées fort honorables.

§ XXVIII.—_Sacrificios crueles y sucios de los yucataneses. Victimas humanas matadas á flechazas y otros._

Que hazian sacrificios con su propia sangre unas vezes, cortandose las (orejas) a la redonda por pedaços y alli los dexavan en señal. Otras vezes se agujeravan las mexillas, otras los beços baxos, otras se separavan partes de sus cuerpos, otras se agujeravan las lenguas al soslayo por los lados, y passavan por los agujeros pajas con grandissimo dolor; otras, se harpavan lo superfluo del miembro vergonçoso, dexandolo como las orejas, de lo qual se engaño el historiador general de las Indias, diziendo que se circumcidian.

Otras vezes hazian un suzio y penoso sacrificio añudandose los que lo hazian en el templo, donde puestos en rengla, se hazian sendos agujeros en los miembros viriles al soslayo por el lado, y hechos passavan toda la mas cantidad de hilo que podian, quedando assi todos asidos, y ensartados; tambien untavan con la sangre de todas estas partes al demonio, y el que mas hazia, por mas valiente era tenido, y sus hijos desde pequeños en ello començavan a ocupar y es cosa espantable quan aficionados eran a ello.

Las mugeres no usavan destos derramamientos, aunque eran harto santeras; mas de todas las cosas que aver podian que son aves del cielo, animales de la tierra, o pescados de la agua, siempre les embadurnavan los rostros al demonio con la sangre dellos. Y otras cosas que tenian ofrecian; a algunos animales les sacavan el corazon y lo ofrecian, a otros enteros, unos vivos, otros muertos, unos crudos, otros guisados, y hazian tambien grandes ofrendas de pan y vino, y de todas las maneras de comidas, y bevidas que usavan.