Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 18

Chapter 183,885 wordsPublic domain

Après le départ des Espagnols du Yucatan, l’eau manqua à la terre: comme les habitants avaient gaspillé le maïs dans les guerres avec l’étranger, il y eut une si grande famine, qu’ils en vinrent à manger des écorces d’arbre, en particulier de celui qu’ils appellent _cum-ché_, dont l’intérieur est mou et tendre. Par suite de cette famine, les Xiuis, qui sont les princes de Mani, résolurent d’offrir un sacrifice solennel aux idoles, emmenant avec eux des esclaves des deux sexes, pour les jeter dans le puits de Chichen-Itza. Comme ils devaient, à cet effet, traverser une localité appartenant aux princes Cocom, leurs ennemis déclarés, s’imaginant qu’en de telles circonstances ceux-ci ne renouvelleraient pas les haines antiques, ils leur envoyèrent demander de les laisser passer par leurs terres, à quoi les Cocomes répondirent, avec une apparente cordialité, afin de les attirer dans le piége. Ils les reçurent tous ensemble dans une grande maison, à laquelle ils mirent ensuite le feu, massacrant ceux qui parvenaient à se sauver des flammes[84]. Cette trahison donna lieu à une recrudescence d’hostilités; il y eut en même temps une invasion de sauterelles cinq années successivement, durant lesquelles il ne resta rien de vert; ce qui causa une telle famine, que les gens tombaient morts dans les chemins, en sorte que lorsque les Espagnols retournèrent, ils ne reconnaissaient plus le pays, bien que quatre années d’abondance eussent remédié, tant soit peu, à la ruine occasionnée par les sauterelles.

Don Francisco, fils de l’adelantado, se mit en chemin pour le Yucatan, par les rivières de Tabasco; étant entré dans les lagunes de Dos Bocas[85], la première localité qu’il toucha fut Champoton, dont le seigneur Mochcovoh avait si mal reçu auparavant Francisco Hernandez et Grijalva. Mais celui-ci était mort. Don Francisco n’éprouva de leur part aucune résistance; ils le nourrirent, au contraire, lui et ses gens, pendant deux années qu’il y demeura, sans pouvoir marcher en avant, à cause de la grande opposition qu’on lui faisait plus loin. Il passa ensuite à Campêche, dont les habitants s’allièrent à lui solidement: à l’aide de ceux de cette ville et de Champoton, il acheva ainsi la conquête du pays, leur promettant, aux uns et aux autres, qu’ils seraient récompensés par le roi, pour leur fidélité, bien que jusqu’aujourd’hui le roi n’ait pas encore pensé à remplir cet engagement.

Cette résistance fut, par conséquent, insuffisante pour empêcher don Francisco d’arriver avec son armée jusqu’à _Tiho_, où il établit la cité de Mérida[86]. Laissant les bagages dans cette ville, il commença à poursuivre sa conquête, dirigeant des capitaines en différentes parties du pays, envoya son cousin Francisco de Montejo à la ville de Valladolid, afin de pacifier les populations qui se montraient quelque peu rebelles et pour coloniser cette ville de la manière qu’elle est occupée actuellement: il établit pareillement à Chectemal la ville de Salamanca, et comme il occupait déjà Campêche, il régularisa le service des Indiens et le gouvernement des Espagnols, jusqu’à l’arrivée de son père l’adelantado: celui-ci vint alors de Chiapa, avec sa femme et sa maison, afin de prendre les rênes de l’autorité; il fut parfaitement reçu à Campêche, qu’il appela de son nom la ville de San-Francisco, et se transporta ensuite à la cité de Mérida.

§ XV.—_Crueldades de los españoles en los naturales. Como se disculparon._

Que los indios recibian pesadamente el iugo de la servidumbre; mas los españoles tenian bien repartidos sus pueblos que abraçavan la tierra, aunque no faltava entre los indios quien los alterasse, sobre lo qual se hizieron castigos muy crueles, que fue causa que se apocasse la gente. Quemaron vivos algunos principales de la provincia de Cupul, y ahorcaron otros. Hizose informacion contra los de Yobain, pueblo de los Cheles, y prendieron la gente principal y metieronlos en una casa en cepos y pegaron fuego a la casa y se abrasaron vivos con la mayor inhumanidad del mundo, y dize este Diego de Landa que el vio un gran arbol cerca del pueblo en el qual un capitan ahorco muchas mugeres indias de las ramas, y de los pies dellas los niños sus hijos y que en este mismo pueblo, y en otro que dizen _Verey_, dos leguas del, ahorcaron dos indias la una donzella, y la otra rezien casada, no por otra culpa, sino porque eran muy hermosas, y temian que se rebolveria el real de los españoles sobre ellas, y porque pensassen los indios que no se les dava nada a los españoles de las mugeres, y que destas dos ay mucha memoria entre los indios y españoles por su gran hermosura y por la crueldad con que las mataron.

Que se alteraron los indios de la provincia de Cochua y Chectemal y que los españoles los apaziguaron de tal manera que siendo dos provincias las mas pobladas y llenas de gente, quedaron las mas desventuradas de toda aquella tierra, haziendo en ellas crueldades inauditas, cortando manos, braços, y piernas, y a las mugeres los pechos y echandolas en lagunas hondas con calabaças atadas a los pies, y dando de estocadas a niños porque no andavan tanto como las madres; y si los que llevavan en colleras enfermavan, o no andavan tanto como los otros, cortavanles entre los otros las cabeças por no pararse a soltarlos, y que trayan gran numero de mugeres y nombres captivos para su servicio con semejantes tratamientos. Y que sa afirma que don Francisco de Montejo no hizo ninguna destas crueldades, ni se hallo a ellas, antes le parecieron muy mal, pero que no pudo mas.

Que los españoles se desculpan con dezir que siendo ellos pocos, no podian sujetar tanta gente sin ponerles miedo con castigos terribles y traen exemplo de historias y de la passada de los Hebreos a la tierra de promission con grandes crueldades, por mandado de Dios, y que por otra parte tenian razon los indios de defender su libertad, y confiar en los capitanes que tenian muy valientes para entre ellos y pensavan que assi serian contra los españoles.

Que cuentan de un ballestero español y de un flechero indio que por ser muy diestros el uno y el otro se procuravan matar y no podian tomarse descuidados, y que el español fingio descuidarse puesta la una rodilla en tierra, y que el indio le dio un flechazo por la mano que le subio el braço arriba y le aparto las canillas una de otra, y que al mismo tiempo solto el español la ballesta y dio al indio por los pechos; y que sintiendose herido de muerte, porque no dixessen que español le avia muerto, corto un bexuco que es como minbre y muy mas largo, y se ahorco a vista de todos con el; y que destas valentias ay muchos exemplos.

§ XV.—_Barbaries des Espagnols envers les indigènes; comment ils se disculpent._

Ce n’était pas sans douleur que les Indiens voyaient s’appesantir sur eux le joug de la servitude: mais les Espagnols tenaient leurs communes habilement réparties sur toute l’étendue du pays. Il n’en manqua cependant pas d’entre les Indiens qui excitassent leurs frères à la révolte, à quoi ceux-là répondirent par des châtiments cruels qui causèrent une diminution sensible dans la population. Quelques-uns des principaux seigneurs de la province de Cupul furent brûlés vifs et d’autres pendus. On fit une information juridique contre ceux de Yobaïn, ville des Chèles; on se saisit des plus distingués d’entre les chefs et on les mit aux fers, dans une maison, qu’ensuite on livra aux flammes. Ces infortunés furent brûlés vivants dans l’embrasement avec la plus grande inhumanité du monde, et ce Diego de Landa dit qu’il vit, près de cette ville, un grand arbre aux branches duquel un officier pendit un grand nombre de femmes indiennes, en pendant, en outre, leurs petits enfants à leurs pieds. Dans cette même ville et dans une autre du nom de Verey, à deux lieues de celle-là, ils pendirent deux Indiennes, l’une encore vierge, et l’autre mariée récemment, qui n’avaient d’autre crime que leur beauté. Ce fut au point que l’on craignit que les Espagnols ne se révoltassent eux-mêmes contre leurs chefs, à cause de ces femmes: les capitaines qui commandèrent cette barbarie n’en agirent de cette sorte que pour laisser croire aux Indiens que les Espagnols étaient insensibles à leurs femmes: aussi le souvenir de la beauté de ces deux victimes et la cruauté de ceux qui les condamnèrent, n’est-elle pas restée moins vivante parmi les Espagnols, que parmi les Indiens eux-mêmes[87].

Les Indiens des provinces de Cochua et de Chectemal s’étant soulevés, les Espagnols les pacifièrent si bien, que ces deux provinces, qui étaient auparavant les plus peuplées et les plus remplies de monde, demeurèrent les plus désolées de toute la contrée; ils commirent des cruautés inouïes, tranchant les mains, bras et jambes, coupant les mamelles aux femmes, les jetant dans des lagunes profondes avec des calebasses attachées aux pieds, frappant à coups de crosse les petits enfants, parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Quant à ceux qu’ils emmenaient à la chaîne, s’ils devenaient malades et n’allaient pas comme les autres, ils leur coupaient la tête au milieu des autres pour ne pas se donner la peine de s’arrêter et de les délier; c’est avec ces traitements inhumains qu’ils traînaient à leur suite pour leur service un grand nombre d’hommes et de femmes qu’ils avaient réduits en esclavage. On affirme, cependant, que don Francisco de Montejo n’eut à se reprocher aucune de ces barbaries, et qu’il ne s’en commit jamais en sa présence; loin de là, il les condamna toujours, mais ne fut pas assez puissant pour y mettre un frein.

Les Espagnols s’efforcent de se disculper à ce sujet, en disant qu’étant en petit nombre, ils n’auraient pu soumettre tant de monde, s’ils ne leur avaient imposé par la terreur de ces terribles châtiments: ils apportent pour exemple l’histoire, comme aussi le passage des Hébreux à la terre de promission, où il y eut de si grandes cruautés commises par ordre de Dieu; mais, de leur côté, les Indiens avaient raison de chercher à défendre leur liberté et de mettre leur confiance dans les vaillants chefs qu’ils avaient parmi eux, dans l’espoir de se délivrer ainsi des Espagnols.

On raconte d’un arbalétrier espagnol et d’un archer indien, l’un et l’autre également adroits, que depuis quelque temps ils cherchaient à se surprendre mutuellement, mais qu’ils n’avaient pu réussir jusque-là à se trouver en défaut de vigilance. L’Espagnol feignant un jour de s’oublier un moment, mit un genou en terre: l’Indien lui lança alors une flèche à la main qui lui fit monter le bras et entr’ouvrir les jambes; mais au même instant l’Espagnol lâcha son coup d’arbalète à travers la poitrine de l’Indien; se sentant blessé à mort, celui-ci ne voulant pas qu’on pût dire qu’un Espagnol l’avait tué, coupa une liane, semblable à de l’osier, mais fort longue, et s’y pendit en vue de tous; et de ces actes de courage il y a un grand nombre d’exemples.

§ XVI.—_Modo de los pueblos de Yucatan. Cedula real en favor de los indios. Muere el Adelantado; sus descendientes por su hijo don Francisco de Montejo._

Que antes que los españoles ganassen aquella tierra vivian los naturales juntos en pueblos con mucha policia y que tenian la tierra muy limpia y desmontada de malas plantas, y puestos muy buenos arboles. Y que la habitacion era de esta manera: en medio del pueblo estavan los templos con hermosas plaças y entorno de los templos estavan las casas de los señores y de los sacerdotes, y luego la gente mas principal; y que assi yvan los mas ricos y estimados mas cercanos a estos y a los fines del pueblo estavan las casas de la gente mas baxa. Y que los pozos donde avia pocos estavan cerca de las casas de los señores, y que tenian sus heredades plantadas de los arboles de vino y sembrado con algodon, pimienta y maiz, y que vivian en estas congregaciones por miedo de sus enemigos que los captivavan, y que por las guerras de los españoles se desparzieron por los montes.

Que los indios de Valladolid por sus malas costumbres, o por el mal tratamiento de los españoles se conjuraron de matar a los españoles quando se dividian a cobrar sus tributos y que en un dia mataron a 17 españoles, y 400 criados de los muertos y de los que quedaron vivos, y que luego embiaron algunos braços y pies por toda la tierra en señal de lo que avian hecho, para que se alçassen: mas no lo quisieron hazer y con esto pudo el Adelantado socorrer a los españoles de Valladolid y castigar a los indios.

Que el Adelantado tuvo desasosiego con los de Merida y muy mayores con la cedula del emperador con la qual privo de indios a todos los governadores, y que fue un receptor a Yucatan y quito al Adelantado los indios y los puso en cabeça del rey, y que tras esto le tomaron residencias a la Audiencia real de Mexico la qual le remitio al Consejo real de Indias en España, donde murio, lleno de dias y trabajos, y dexo a su muger doña Beatriz en Yucatan mas rica que el, y a don Francisco de Montejo su hijo casado en Yucatan y a su hija doña Catalina casada con el licenciado Alonso Maldonado presidente de las Audiencias de Honduras y Santo Domingo de la Isla Española, y a don Juan de Montejo español, y a don Diego mestizo que uvo en una india.

Que este don Francisco despues que dexo el govierno a su padre el Adelantado, vivio en su casa como un particular vezino, quanto al govierno, aunque muy respetado de todos por aver conquistado, repartido y regido aquella tierra; fue a Guatimala con su residencia y torno a casa. Tuvo por hijos a don Juan de Montejo que caso con doña Isabel, natural de Salamanca, y a doña Beatriz de Montejo (que caso con) su tio primo hermano de su padre, y a doña Francisca de Montejo que caso con don Carlos de Avellano, natural de Guadalaxara. Murio de larga enfermedad despues de averlos visto a todos casados.

§ XVI.—_Manière d’être des villes du Yucatan. Cédule royale en faveur des indigènes. Mort de l’adelantado. Postérité de son fils Francisco Montejo._

Avant que les Espagnols eussent conquis ce pays, les indigènes vivaient réunis en communauté avec beaucoup d’ordre[88]. La campagne était extrêmement bien cultivée et nettoyée de mauvaises herbes, en même temps qu’elle était plantée d’arbres productifs. Voici comment ils ordonnaient leurs habitations: au milieu de la localité se trouvaient les temples avec de belles places, et tout autour des temples étaient bâties les maisons des seigneurs et des prêtres, puis des gens les plus distingués par leur rang; de la même manière venaient après ceux-ci les plus riches et les plus estimés, et aux extrémités de la ville étaient les maisons de la basse classe. Les puits, qui étaient peu nombreux, se trouvaient près des maisons des seigneurs; ils avaient leurs héritages plantés d’arbres à vin et semés de coton, de piment et de maïs. Ils vivaient ainsi réunis par crainte de leurs ennemis, qui les faisaient captifs, et ce n’est qu’au temps des guerres avec les Espagnols qu’ils se dispersèrent dans les bois.

Entraînés par leurs coutumes vicieuses ou par les mauvais traitements qu’ils recevaient des Espagnols, les Indiens de Valladolid se conjurèrent contre eux, au temps où ils se partagèrent pour aller recouvrer les tributs: en un seul jour ils tuèrent dix-sept Espagnols et des gens de leur service quatre cents furent mis à mort ou blessés[89]. Cela fait, ils envoyèrent par toute la contrée des bras et des jambes, annonçant ce qu’ils avaient fait, afin d’exciter les autres indigènes à se soulever; mais ceux-ci ne répondirent point à cet appel, et ainsi l’adelantado put porter secours aux Espagnols de Valladolid et châtier les Indiens.

Il eut à lutter également avec ceux de Mérida. Mais ce qui troubla particulièrement son repos, ce fut la cédule de l’empereur qui enlevait les Indiens à tous les gouverneurs. Il vint au Yucatan un commissaire qui ôta à l’adelantado ses Indiens et les mit sous la tutèle royale, après quoi on lui demanda compte de son administration à l’Audience royale de Mexico, qui le renvoya au Conseil royal des Indes en Espagne, où il alla mourir, plein de jours et de travaux, laissant dans le Yucatan sa femme doña Beatrix, plus riche que lui, son fils don Francisco de Montejo, marié dans le pays, et sa fille doña Catalina, mariée au licencié Alonso Maldonado, président des Audiences de Honduras et de Santo-Domingo, dans l’Ile Espagnole, ainsi que don Juan de Montejo, Espagnol, et don Diego, métis qu’il avait eu d’une Indienne.

Quant à don Francico, après qu’il eut remis le gouvernement à l’adelantado, son père, il vécut dans sa maison en simple particulier, au moins quant aux choses de la politique, bien qu’il continuât à être respecté de tous pour avoir conquis, partagé et gouverné cette contrée; il alla toutefois à Guatemala pour rendre compte de son administration, et revint ensuite chez lui. Ses enfants furent don Juan de Montejo, qui épousa doña Isabel, native de Salamanca, doña Beatrix de Montejo, qui se maria avec son oncle, frère cadet de son père, et doña Francisca de Montejo, qui devint l’épouse de don Carlos de Avellano, natif de Guadalaxara. Il mourut à la suite d’une longue maladie, après les avoir vus tous mariés.

§ XVII.—_Los frayles Franciscanos vienen á Yucatan. Toman la defensa de los naturales. Odio de los españoles contra ellos._

Que fray Jacobo de Testera franciscano passo a Yucatan y començo de doctrinar a los hijos de los indios y que los soldados españoles se quisieron servir de los moços tanto que no les quedava tiempo para aprender la doctrina, y que por otra parte disgustaron a los frayles quando los reprehendian de lo que hazian mal contra los indios, y que por esto fray Jacobo se torno a Mexico donde murio, y que despues fray Toribio Motolinia embio desde Guatimala frayles, y que de Mexico fray Martin de Hoja Castro embio mas frayles y que todos tomaron assiento en Campeche y Merida con favor del Adelantado y de su hijo don Francisco. Los quales les edificaron un monesterio en Merida, como esta dicho, y que procuraron saber la lengua, lo qual era muy dificultosa. El que mas supo fue fray Luis de Villalpando que començo a saberla por señas y pedrezuelas y la reduxo a alguna manera de arte y escrivio una doctrina christiana de aquella lengua, aunque avia muchos estorbos de parte de los españoles que eran absolutos señores y querian que se hiziesse todo endereçado a su ganancia y tributos, y de parte de los indios que procuravan estarse en sus idolatrias y borracheras, principalmente era gran trabajo estar los indios tan derramados por los montes.

Que los españoles tomavan pesar de ver que los frayles hiziessen monesterios, y ahuyentavan los hijos de los indios de sus repartimientos para que no viniessen a la doctrina, y quemaron el monesterio de Valladolid dos vezes con su yglesia que era de madera y paja, tanto que fue necessario irse los frayles a vivir entre los indios, y que quando se alçaron los indios de aquella provincia escrivieron al visorey don Antonio que se avian alçado por amor de los frayles, y que el virey hizo diligencia y averiguo que al tiempo que se alçaron, aun no eran llagados los frayles a aquella provincia, y que velavan de noche a los frayles en escandalo de los indios y hazian inquisicion de sus vidas y les quitavan las limosnas.

Que los frayles viendo este peligro embiaron al muy singular juez Cerrato, presidente de Guatymala, un religioso que le diesse cuenta de lo que passava; el qual vista la desorden y mala christiandad de los españoles, porque llevavan los tributos absolutamente quantos podian sin orden del rey, y mas el servicio personal en todo genero de trabajo hasta alquilarlos a llevar cargas, proveyo de cierta tassacion harta larga, aunque passadera en que señalava que cosas eran del indio, despues de pagado el tributo a su encomendero, y que no fuesse todo absolutamente del español, y que suplicaron de esto, y que con temor de la tassa sacavan a los indios mas que hasta alli, y que los frayles tornaron a la audiencia, y embiaron a España, y hizieron tanto que la audiencia de Guatimala embio un oidor el qual tasso la tierra, y quito el servicio personal, y hizo casar a algunos, quitandoles las casas que tenian llenas de mugeres. Este fue el licenciado Thomas Lopez natural de Tendilla, y que esto causo que aboresciessen mucho mas a los frayles, haziendoles libellos infamatorios, y cessando de oir sus missas.

Que este aborecimiento causo que los indios estuviessen muy bien con los frayles, considerando los trabajos que tomavan sin interesse ninguno, y que les causaron libertad, tanto que ninguna cosa hazian sin dar parte a los frayles, y tomar su consejo, y esto dio causa para que los españoles con embidia que los frayles avian hecho esto por governar las Indias y gozar de lo que a ellos se avia quitado.

§ XVII.—_Les franciscains s’établissent dans le Yucatan. Ils prennent la défense des indigènes. Haine des Espagnols pour les moines._

Frère Jacques de Testera, franciscain, étant venu au Yucatan, commença à enseigner les fils des Indiens; mais les soldats espagnols soumettaient ces jeunes garçons à un si long service, qu’il ne leur restait plus de temps pour apprendre la doctrine. D’un autre côté, ils donnaient toutes sortes de dégoûts aux religieux, lorsque ceux-ci venaient à les reprendre du mal qu’ils faisaient aux indigènes; c’est pourquoi frère Jacques retourna à Mexico où il mourut[90]. Après cela, frère Torribio Motolinia envoya des moines de Guatémala, et de Mexico frère Martin de Hojacastro dépêcha davantage de religieux qui tous s’établirent à Campêche et à Mérida, sous la protection de l’adelantado et de son fils don Francisco. Ceux-ci leur bâtirent un monastère à Mérida, ainsi qu’on l’a dit, et les religieux travaillèrent à apprendre la langue du pays, qui était fort difficile. Celui qui la sut le mieux fut frère Luis de Villalpando qui commença à l’apprendre avec des signes et des petites pierres[91]; il la coordonna en une sorte de grammaire et écrivit un catéchisme de la doctrine chrétienne[92] dans cette langue, bien qu’il rencontrât beaucoup d’obstacles de la part des Espagnols qui étaient les maîtres absolus de la contrée, et qui ne voulaient autre chose que ce qui favorisait leurs intérêts. Les Indiens, de leur côté, ne cherchaient qu’à demeurer dans leur idolâtrie et leurs festins, et le travail était d’autant plus grand à leur égard, qu’ils étaient plus disséminés dans les bois.

Les Espagnols voyaient, d’ailleurs, avec chagrin que les religieux s’occupassent à construire des monastères: ils chassaient les fils des Indiens de leurs domaines, afin de les empêcher de se rendre au catéchisme, et ils brûlèrent deux fois le monastère de Valladolid avec son église, qui était de bois, couverte en paille. Ce fut au point que les religieux se virent obligés de vivre parmi les Indiens, et que lorsque ceux de cette province se soulevèrent, les Espagnols écrivirent au vice-roi don Antonio, qu’ils s’étaient révoltés par amour pour les moines; mais le vice-roi s’étant enquis des faits, vérifia qu’à l’époque où eut lieu ce soulèvement, les religieux n’étaient pas encore arrivés dans ce département. On alla jusqu’à surveiller ces derniers durant la nuit, au grand scandale des Indiens, et à s’enquérir de leur vie privée, leur ôtant les aumônes qu’ils avaient reçues.