Part 17
Que quando llego Francisco de Montejo a la corte de Castilla, era presidente del consejo de las Indias Juan Rodriguez de Fonseca, obispo de Burgos, el qual estava malamente informado contra Cortes por parte de Diego Velasquez, governador de Cuba, que pretendia tambien lo de la Nueva España y que estavan los mas del consejo con los negocios de Cortes que parecia que no embiara dineros al rey, sino que se los pedia y que entendiendo que por estar el emperador en Flandes se negociava mal, persevero siete años, desde que salio de las Indias que fue año de MDXIX hasta que se embarco que fue el de XXVI y con esta perseverancia recuso al presidente y al papa Adriano que era governador; hablo y al emperador, lo qual aprovecho mucho y que se despacho lo de Cortes como era razon.
§ XI.—_Prédictions de l’arrivée des Espagnols. Histoire de Francisco de Montejo, premier adelantado du Yucatan._
De même que la nation mexicaine eut des signes et des prophéties de la venue des Espagnols, de la cessation de sa puissance et de sa religion, les populations du Yucatan en eurent également, quelques années avant que l’adelantado Montejo ne les conquît: dans les montagnes de _Mani_, qui sont de la province de Tutuxiu, un Indien, nommé _Aheambal_, et par sa charge _Chilan_, qui est celui qui a pour office de donner les réponses du démon[71], leur annonça publiquement qu’ils ne tarderaient pas d’être assujettis à une race étrangère, que cette race leur prêcherait un Dieu unique et la vertu d’un arbre qui, dans leur langue, s’appelle _vahom-che_, ce qui veut dire arbre érigé avec une grande vertu contre les démons.
Le successeur des Cocomes, nommé don Juan Cocom, depuis devenu chrétien, fut un homme d’une grande réputation, savant dans les sciences de son pays, d’une sagacité et d’une intelligence remarquables dans les choses naturelles; il pratiqua beaucoup l’auteur de ce livre, frère Diego de Landa, et lui raconta bien des faits concernant les antiquités de son histoire. Il lui montra, entre autres choses, un livre qui avait appartenu à son aïeul, descendant du Cocom[72] qu’ils avaient tué à Mayapan: on y voyait la peinture d’une bête fauve, et son aïeul lui avait dit que lorsqu’il viendrait dans cette contrée des bêtes fauves de cette espèce grande, car c’est ainsi qu’ils appelaient les vaches, le culte des dieux cesserait, ce qui s’était vérifié avec l’arrivée des grandes vaches que les Espagnols apportèrent dans la péninsule.
L’adelantado Francisco de Montejo était naturel de Salamanca et il passa aux Indes, après la fondation de la ville de Santo-Domingo, dans l’Ile Espagnole, ayant été auparavant quelque temps à Séville, où il laissa un fils encore enfant qui lui était né là. Etant venu à la ville de Cuba, où il gagnait sa vie, il s’y fit beaucoup d’amis parce qu’il était de bonne condition, et de ce nombre furent Diego Velasquez, gouverneur de cette île, et Hernando Cortès. A la suite de la nouvelle apportée par Francisco Hernandez de Cordoba, des riches contrées qu’il avait explorées, le gouverneur avait envoyé Francisco de Grijalva, son neveu, faire des échanges au Yucatan et découvrir de nouvelles terres, déterminant en même temps que Montejo accompagnerait Grijalva dans son expédition. Montejo mit à la mer un des navires avec des vivres en abondance; et comme il était riche, ainsi que les autres Espagnols qui, les seconds, explorèrent le Yucatan, il éprouva, en reconnaissant la côte de la péninsule, le désir de s’y enrichir de préférence à Cuba. Plus tard, voyant la détermination de Hernando Cortès, il le suivit de sa personne et de sa fortune, et Cortès lui confia le soin d’un navire, dont il le nomma capitaine. Arrivés dans le Yucatan, ils y prirent Geronimo de Aguilar, de la bouche duquel Montejo s’instruisit des choses de cette terre. Après son débarquement dans la Nouvelle Espagne, Cortès commença immédiatement à édifier la première localité espagnole, à laquelle il donna le nom de la Vera-Cruz, d’après l’insigne de sa bannière: Montejo, ayant été choisi pour un des alcaldes du roi dans cette ville, se conduisit avec beaucoup de prudence dans sa charge, ce que Cortès publia au retour de son voyage le long de la côte. C’est pourquoi il le dépêcha ensuite en Espagne, comme un des procureurs de cette colonie de la Nouvelle Espagne, afin de porter avec le quint royal au souverain, la relation de la terre nouvellement découverte et des choses qui commençaient à s’y faire.
A son arrivée à la cour de Castille, Montejo trouva pour président du conseil des Indes Juan Rodriguez de Fonseca, évêque de Burgos: celui-ci avait été indisposé méchamment contre Cortès par Diego Velasquez, gouverneur de Cuba, qui prétendait également au gouvernement de la Nouvelle Espagne, et la plupart des membres du conseil étaient également prévenus contre Cortès qui, à leur avis, loin d’envoyer de l’argent au roi, paraissait au contraire en demander. Comprenant qu’en l’absence de l’empereur, qui était en Flandre, les affaires de son chef prenaient une mauvaise tournure, il resta sept ans à travailler pour lui, de l’an 1519 jusqu’à l’an 1526, qu’il se rembarqua, et par sa persévérance il réussit à récuser le président et le pape Adrien qui était régent[73]; il parla à l’empereur avec tant de succès que l’on finit par dépêcher les affaires de Cortès, suivant la justice et la raison.
§ XII.—_Montejo navega á Yucatan y toma posesion de la tierra. Los Cheles le conceden el asiento de Chicheniza. Los indios le obligan á que lo deje._
Que en este tiempo que Montejo estuvo en la corte negocio para si la conquista de Yucatan, aunque pudiera negociar otras cosas; y dieronle titulo de Adelantado y que assi se vino a Sevilla y llevo un sobrino suyo de treze años de su mismo nombre y que hallo en Sevilla a su hijo de edad de XXVIII años a quien llevo consigo y que trato palabras de casamiento con una señora de Sevilla viuda que era rica y assi pudo juntar D hombres, y los embarco en tres navios, y siguio su viage y aporto a Cuzmil, isla de Yucatan donde los indios no se alteraron, porque estavan domesticados con los españoles de Cortes; y que alli procuro saber muchos vocablos de los indios para entenderse con ellos, y que de alli navego a Yucatan, y tomo la possession, diziendo un Alferez suyo con la vandera en la mano: en nombre de Dios tomo la possession desta tierra por Dios y por el rey de Castilla.
Que desta manera se fue la costa abaxo, que estava bien poblada entonces, hasta llegar a _Conil_, pueblo de aquella costa y que los indios se espantaron de ver tantos cavallos y gente y que dieron aviso a toda la tierra de lo que passava y esperavan el fin que tenian los españoles.
Que los indios señores de la provincia de _Chicaca_ vinieron al Adelantado a visitarle de paz y que fueron bien recibidos, entre los quales venia un hombre de grandes fuerças y que este quito un alfange a un negrillo que le llevava detras de su amo y quiso matar con el al Adelantado, el qual se defendio y se llegaron españoles y se apaziguo el ruydo y entendieron que era menester andar sobre aviso.
Que el Adelantado procuro entender qual era la mayor poblacion, y entendio que era la de _Tecoh_ donde eran señores los Cheles, la qual estava en la costa la tierra abaxo por el camino que los españoles llevavan, y que los indios pensando que caminavan para salirse de la tierra, no se alteravan, ni les estorvavan el camino y que desta manera llegaron a _Tecoch_ y que hallaron ser pueblo mayor y mejor que avian pensado, y que fue dichoso no ser señores de aquella tierra los _Covohes_ de Champoton que siempre fueron de mas corage que los Cheles, los quales con el sacerdotio que les dura hasta oy, no son tan orgullosos como otros, y que por esto concedieron al Adelantado que pudiesse hazer un pueblo para su gente y les dieron para ello el assiento de Chicheniza, VII leguas de alli, que es muy excellente, y que desde alli fue conquistando la tierra, lo qual hizo facilmente porque los de Ahkinchel no le resistieron, y los de Tutuxiu le ayudaron y con esto los demas hizieron poca resistencia.
Que desta manera pidio el Adelantado gente para edificar en Chicheniza, y que en breve edifico un pueblo, haziendo las casas de madera y la cobertura de ciertas palmas y paja larga al uso de los indios. Y assi viendo que los indios servian sin pesadumbre, conto la gente de la tierra que era mucha y repartio los pueblos entre los españoles, y segun dizen a quien menos cabia alcanzava dos o tres mil indios de repartimiento y que assi començo a dar orden a los naturales, como avian de servir a aquella su cibdad y que no pluxo mucho a los indios, aunque dissimularon por entonces.
§ XII.—_Montejo s’embarque pour le Yucatan et en prend possession. Les Chèles lui cèdent pour s’établir le cité de Chichen Itza. Les Indiens l’obligent à le quitter._
Dans le temps que Montejo resta à la cour, il négocia pour lui-même la conquête du Yucatan, quoiqu’il eût pu négocier des choses plus avantageuses. On lui donna le titre d’adelantado, après quoi il vint à Séville, où il prit avec lui un de ses neveux, âgé de treize ans et portant son nom: il trouva aussi à Séville son fils, qui avait alors vingt-huit ans et qu’il emmena également avec lui. En même temps, il travailla à arranger son mariage avec une dame de cette ville, veuve et riche, ce qui lui donna le moyen de réunir cinq cents hommes, qu’il embarqua dans trois navires. Il continua ensuite son voyage avec eux et aborda à Cuzmil, qui est une île du Yucatan: les Indiens ne s’émurent pas à son arrivée, accoutumés qu’ils étaient aux Espagnols de Cortès. Durant son séjour en cet endroit, il s’occupa d’apprendre un grand nombre de mots de leur langue, afin de s’entendre avec eux; ensuite, il mit à la voile pour le Yucatan, et son porte-drapeau prit possession du pays, le drapeau à la main, disant: «Au nom de Dieu, je prends possession de la terre pour Dieu et pour le roi de Castille!»
De cette manière, il descendit la côte, qui était alors fort peuplée, jusqu’à _Conil_, ville située dans cette direction[74]; mais les Indiens, alarmés à la vue de tant de gens et de chevaux, donnèrent avis à toute la terre de ce qui se passait, attendant la fin de l’entreprise des Espagnols.
Les seigneurs indigènes de la province de _Chicaca_[75] se présentèrent à l’adelantado avec des intentions pacifiques, et ils reçurent de lui un accueil bienveillant. A leur suite venait un homme qui se distinguait par sa force: il arracha un sabre à un nègre qui le portait en arrière de son maître, et voulut tuer l’adelantado qui se défendit; entre temps, les Espagnols arrivèrent, le bruit s’apaisa; mais ils comprirent qu’il fallait marcher en se tenant sur leurs gardes.
Ayant cherché à savoir quelle était la ville la plus considérable, on lui désigna celle de _Tecoh_, soumise à la seigneurie des Chèles[76], située sur la côte en bas, par le chemin que les Espagnols avaient pris. Les Indiens, s’imaginant qu’ils étaient en route pour sortir de la contrée, n’en prirent aucune alarme, et ne mirent point d’obstacle à leur marche; de cette manière, ils arrivèrent à Tecoh, qu’ils trouvèrent être une ville plus grande et plus belle qu’ils ne l’eussent pensé. Il était fort heureux que les chefs du pays ne fussent pas les _Covohes_ de Champoton[77], qui s’étaient montrés constamment plus courageux que les Chèles; car ceux-ci, avec le sacerdoce qu’ils ont continué à garder jusqu’aujourd’hui[78], ne sont pas aussi orgueilleux que les autres. C’est ce qui fait qu’ils concédèrent à l’adelantado l’autorisation d’édifier une ville pour les gens de sa suite; ils lui donnèrent à cet effet le site de Chichen-Itza, à sept lieues de là, et qui est des meilleurs[79]. Il en partit ensuite pour soumettre le pays, ce qu’il fit avec facilité; les Ahkin-Chel ne lui offrant aucune résistance et les Tutuxius lui prêtant leur aide, les autres ne purent mettre que peu d’entraves à sa marche.
L’adelantado demanda alors du monde pour bâtir à Chichen-Itza, et en fort peu de temps il construisît une bourgade, faisant les maisons de bois et le toit d’une sorte de palmes fort grandes et de paille, dont se servaient les Indiens. Voyant donc que les Indiens obéissaient sans murmure, il se mit à dénombrer la population du pays, qui était considérable, et partagea les communes entre les Espagnols; on dit que le moins qu’ils eussent chacun en partage était deux ou trois mille Indiens; c’est ainsi qu’il commença à mettre ordre parmi les indigènes sur la manière dont ils avaient à faire leur service dans la nouvelle ville, ce qui ne plut que médiocrement aux Indiens, bien qu’ils ne le manifestassent pas pour le moment.
§ XIII.—_Montejo deja á Yucatan con toda su gente y vuelve a Mexico. Su hijo Francisco de Montejo pacifica despues a Yucatan._
Que el Adelantado Montejo no poblo a proposito.... de quien tiene enemigos, porque estava muy lexos de la mar, para tener entrada y salida a Mexico y para las cosas de España; y que los indios pareciendoles una cosa dura servir a estrangeros donde ellos eran señores, començaron a offenderle por todas partes, aunque el se defendia con sus cavallos y gente, y les matava muchos; pero los indios se reforçavan cada dia y de manera que los vino a faltar la comida, y que al fin dexaron la cibdad una noche, poniendo un perro atado al badajo de la campana y un poco de pan apartado que no lo pudiesse alcançar, y que cançaron el dia antes a los indios con escaramuças para que no los siguiessen, y que el perro repicava la campana por alcançar el pan, lo qual hizo mucha maravilla en los indios, pensando que querian salir a ellos, y que despues de sabido, estavan muy corridos de la burla y acordaron seguir a los españoles por muchas partes por no saber el camino que llevavan; y que la gente que fue por aquel camino alcançaron a los españoles, dandoles mucha grita como a gente que huye y que seis de cavallo les esperaron en un raso y alcançaron muchos dellos y que uno de los indios asio de la pierna de un cavallo y le detuvo como si fuera un carnero, y que los españoles llegaron a Zilan que era muy hermoso pueblo cuyo señor era un mancebo de los Cheles ya christiano y amigo de españoles, el qual les trato bien y que estava cerca _Ticokh_, lo qual y todos los otros pueblos de aquella costa estavan en obediencia de los Cheles, y que assi los dexavan estar seguros algunos meses.
Que el Adelantado viendo que desde alli no se podia socorrer de las cosas de España, y que si los indios tomavan sobre ellos que serian perdidos, acordo de irse a Campeche y a Mexico, dexando a Yucatan sin gente y que avia desde Zilan a Campeche quarenta y ocho leguas muy pobladas de gente, y que dieron parte a _Vamuxchel_, señor de Zilan, y el se ofreció de asegurarles el camino y acompanarlos, y que el Adelantado trato con el tio deste señor que era señor de _Yobain_ que le diesse dos hijos que tenia bien dispuestos para que le acompañasen, de manera que con estos mancebos primos hermanos los dos en colleras, y el de Zilan a cavallo llegaron seguros a Campeche donde fueron recebidos en paz y se despidieron los Cheles, y volviendose a sus pueblos, se cayo muerto el de Zilan, y que desde alli partieron para Mexico donde Cortes avia señalado repartimientos de indios al Adelantado aunque estava ausente.
Que llegado el Adelantado a Mexico con su hijo y sobrino llego luego a buscar suya doña Beatrix de Herrera su muger y una hija que en ella tenia, llamada doña Beatrix de Montejo con quien avia casado clandestinamente en Sevilla... y dizen algunos que la negava; pero don Antonio de Mendoça virey de la Nueva España se paso de por medio, y que assi la recibio y le embio el virey por governador de Honduras donde caso su hija con el licenciado Alonso Maldonado, presidente de la audiencia de los confines y que despues de algunos años le passaron a Chiapa desde donde embio a su hijo con poderes a Yucatan y la conquisto y pacifico.
Que este don Francisco hijo del adelantado se crio en la corte del rey catholico y que le truxo su padre quando bolvio a las Indias a la conquista de Yucatan y de alli fue con el a Mexico y que el virey don Antonio y el marques don Hernando Cortes le quisieron bien, y fue con el marques a la jornada de Caliphornia y que tornado le proveyo el virey para regir a Tabasco y se desposo con una señora llamada doña Andrea del Castillo que avia passado donzella a Mexico con parientes suyos.
§ XIII.—_Montejo abandonne le Yucatan et retourne à Mexico avec son monde. Francisco de Montejo, son fils, pacifie plus tard le Yucatan._
C’est à dessein que l’adelantado n’occupa pas..........[80]; car il était trop loin de la mer pour entretenir des relations avec Mexico et recevoir des choses d’Espagne. Les Indiens, de leur côté, trouvant qu’il était dur de servir des étrangers là où ils étaient les maîtres, commençaient à l’offenser en toutes les occasions, quoiqu’il se défendît avec ses gens et ses chevaux et tuât un assez grand nombre d’ennemis. Mais les Indiens reprenaient courage chaque jour: les vivres venant à manquer aux Espagnols, ils se décidèrent à abandonner la ville pendant la nuit: ils attachèrent un chien au battant de la cloche, avec un peu de pain à distance, de manière à ce que l’animal n’y pût atteindre, ayant le jour d’avant fatigué les Indiens par des escarmouches, afin qu’ils ne se missent pas à les suivre. Le chien sonnait la cloche pour tâcher de happer le pain, ce qui étonnait grandement les Indiens s’imaginant que les Espagnols s’apprêtaient à faire une sortie contre eux. Mais en apprenant ensuite ce qui avait eu lieu, furieux du tour qu’on leur avait joué, ils se résolurent à courir de tous les côtés à la fois après les Espagnols, ne sachant par quel chemin ils s’étaient dirigés. Ceux qui parvinrent à les rejoindre, leur tombèrent dessus avec de grands cris comme sur des fuyards; mais six cavaliers les attendirent dans une plaine et en tuèrent un grand nombre à coups de lance. Un Indien, entre autres, saisit un cheval par une jambe et le retint quelque temps, comme si c’eût été un mouton. Les Espagnols arrivèrent enfin à Zilan, qui est une fort belle ville, dont le seigneur était un jeune homme de la famille des Chèles, déjà chrétien et ami des Espagnols. Celui-ci les traita avec beaucoup de bienveillance; comme _Ticokh_ était près de là, et que cette ville, ainsi que toutes les autres localités de cette côte, relevait de la seigneurie des Chèles, ils les laissèrent tranquilles durant plusieurs mois.
Considérant qu’il lui était impossible, en ce lieu, de recevoir aucun secours d’Espagne, qu’en cas d’un soulèvement des Indiens, ils seraient inévitablement perdus, l’adelantado prit la résolution de partir pour Campêche et Mexico, abandonnant entièrement le Yucatan avec son monde. De Zilan à Campêche, il y a quarante-huit lieues. Ayant fait part de son dessein à _Vamux-Chel_, seigneur de Zilan[81], celui-ci s’offrit à assurer le chemin et à accompagner les Espagnols: l’adelantado traita l’affaire avec un oncle de ce seigneur qui était seigneur de _Yobaïn_[82], et obtint qu’il lui donnât pour l’accompagner deux fils qu’il avait, jeunes gens de fort bonne mine. De cette façon, ayant placé ces deux jeunes princes en croupe et celui de Zilan à cheval, il arriva en sécurité avec eux à Campêche, où il fut reçu pacifiquement ainsi que son monde. Là, les Espagnols prirent congé des Chèles; mais le prince de Zilan tomba mort en s’en retournant dans ses États. L’adelantado partit pour Mexico où Cortès lui avait signalé des Indiens en partage, quoiqu’il fût absent.
L’adelantado étant arrivé à Mexico, avec son fils et son neveu, se mit aussitôt à la recherche de doña Beatrix de Herrera, sa femme, avec qui il s’était marié clandestinement à Séville, ainsi qu’une fille qu’il avait d’elle, nommée doña Beatrix de Montejo. D’autres disent qu’il refusait de la reconnaître pour son épouse, mais que don Antonio de Mendoza, vice-roi de la Nouvelle Espagne, s’entremit pour les mettre d’accord et la fit recevoir. Le vice-roi l’envoya ensuite comme gouverneur en Honduras, et là sa fille épousa le licencié Alonso de Maldonado, président de l’Audience des Confins[83]. Quelques années après, il fut transféré au gouvernement de Chiapa, d’où Montejo envoya son fils avec ses pouvoirs au Yucatan, et celui-ci en fit la conquête et pacifia le pays.
Ce même don Francisco, fils de l’adelantado, avait été élevé à la cour du roi catholique: son père l’emmena avec lui, lorsqu’il retourna aux Indes, pour la conquête du Yucatan, d’où ils allèrent ensuite ensemble à Mexico. Le vice-roi don Antonio et le marquis Hernando Cortès avaient pour lui beaucoup d’affection, c’est ce qui fit que le marquis l’emmena à son tour dans son expédition de la Californie. A son retour à Mexico, il fut pourvu par le vice-roi du poste de gouverneur de Tabasco, et il y épousa une dame nommée doña Andrea del Castillo, laquelle était venue fille à Mexico, avec ses parents.
§ XIV.—_Estado de Yucatan despues de la salida de los españoles. Don Francisco hijo del Adelantado Montejo restablece el govierno español en Yucatan._
Que salidos los españoles de Yucatan, falto el agua en la tierra, y que por aver gastado sin orden su maiz en las guerras de españoles, les sobrevino gran hambre, tanto que vinieron a comer cortezas de arboles, en especial de uno que llaman _cumché_, que es fofo por de dentro y blando, y que por esta hambre los Xiuis, que son los señores de Mani acordaron hazer un sacrificio solemne a los idolos, llevando ciertos esclavos y esclavas a echar en el pozo de Chicheniza y que avian de pasar por el pueblo de los señores Cocomes sus capitales enemigos, y que pensando que en tal tiempo no renovarian las passiones viejas, les embiaron a rogar que les dexassen passar por su tierra y que los Cocomes les engañaron con buena respuesta: y que dandoles posada a todo juntos en una gran casa les pegaron fuego y mataron a los que escapavan y que por esto uvo grandes guerras; y que se les recrecio langosta por espacio de cinco años que no les dexava cosa verde, y que vinieron a tanta hambre que se cayan muertos por los caminos, de manera que quando los españoles volvieron, no conocian la tierra, aunque en otros quatro años buenos despues de la langosta se avian algo mejorado.
Que este don Francisco se partio para Yucatan por los rios de Tabasco y entro por las lagunas de dos bocas y que el pueblo primero que topo fué Champoton con cuyo señor llamado _Mochkovoh_ le fue mal a Francisco Hernandez y a Grijalva; y por ser ya muerto, no uvo alli resistencia, antes los deste pueblo sustentaron a don Francisco y a su gente dos años en el qual tiempo no pudo passar adelante por la mucha resistencia que hallava, y que despues passo a Campeche y vino a tener mucha amistad con los de aquel pueblo. De manera que con su ayuda y de los de Champoton acabo la conquista prometiendoles que serian remunerados del rey por su mucha fidelidad, aunque hasta agora el rey no lo ha cumplido.
Que la resistencia no fue bastante para que don Francisco dexasse de llegar con su exercito a _Tiho_, donde se poblo la cibdad de Merida, y que dexando el bagage en Merida començaron a proseguir su conquista embiando capitanes a diversas partes, y que don Francisco embio a su primo Francisco de Montejo a la villa de Valladolid, para pacificar los pueblos que estavan algo rebeldes, y para poblar aquella villa como aora esta poblada. Y que poblo en Chectemal la villa de Salamanca, y que tenia ya poblado a Campeche, y dio orden en el servicio de los indios y en el govierno de los españoles, hasta que el Adelantado su padre vino a governar desde Chiapa con su muger y casa y fue bien recebido en Campeche y llamo a la villa Sant Francisco por su nombre, y despues passo a la cibdad de Merida.
§ XIV.—_Etat du Yucatan après le départ des Espagnols. Don Francisco fils de l’Adelantado Montejo rétablit le gouvernement espagnol dans ce pays._