Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 16

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§ VIII.—_Arrivée des Tutul-Xius et leur alliance avec les rois de Mayapan. Tyrannie des Cocomes, ruine de leur puissance et abandon de Mayapan._

Les Indiens racontent que, du côté du midi, entrèrent au Yucatan des tribus nombreuses avec leurs chefs, et il paraît qu’elles seraient venues de Chiapa, quoique les Indiens ne sachent pas le dire[46]; mais l’auteur de ce livre le conjecture à cause d’un grand nombre de mots et de constructions de verbes identiques au Chiapa et au Yucatan[47], et qu’il y a au Chiapa des vestiges considérables de localités qui ont été abandonnées[48]. Ils ajoutent que ces tribus furent errantes durant quarante ans dans les solitudes du Yucatan, sans y avoir de l’eau, sinon ce que la pluie leur donnait, et qu’au bout de ce temps-là, elles arrivèrent aux montagnes qui tombent presque en face de Mayapan, à dix lieues de cette ville: là, ajoutent-ils, elles commencèrent à occuper la terre et à construire de bons édifices en beaucoup d’endroits, et que ceux de Mayapan se lièrent d’une grande amitié avec elles, se réjouissant de voir qu’elles cultivaient la terre comme les naturels du pays. De cette manière, les gens de la race _Tutuxiu_, s’étant soumis aux lois de Mayapan, ils s’allièrent les uns avec les autres, et ainsi le seigneur _Xiui_ des Tutuxius en vint au point d’être fort estimé de tout le monde[49].

Ces tribus vécurent d’une manière si paisible qu’il n’y avait aucune sorte de querelles. Ces gens-là ne se servaient point d’armes, pas même d’arcs pour la chasse, quoiqu’il y ait aujourd’hui d’excellents archers parmi eux[50]. Ils se contentaient alors de se servir de lacs et de piéges, à l’aide desquels ils prenaient beaucoup de gibier; ils avaient aussi un art particulier pour tirer des baguettes à l’aide d’un morceau de bois de trois doigts, troué au tiers de sa longueur, et avec cela ils tiraient fort et juste.

Les Mayas avaient des lois contre les délinquants et les exécutaient rigoureusement: ainsi en était-il de l’adultère qu’ils remettaient aux mains du mari outragé, afin qu’il le tuât, en lui jetant de haut une grosse pierre sur la tête, ou lui pardonnât s’il le jugeait à propos; quant aux femmes coupables, elles ne subissaient d’autre peine que celle de l’infamie, qui parmi elles était une chose fort grave. Mais à celui qui forçait une jeune fille on donnait la mort par lapidation. On raconte à ce sujet qu’un prince des Tutuxius, ayant un frère qu’on accusa de ce crime, il le fit lapider et ensuite couvrir son cadavre d’un grand monceau de pierres. On ajoute qu’il y avait une autre loi, antérieure à la fondation de cette ville[51], par laquelle il était ordonné d’arracher par l’ombilic les entrailles aux adultères.

Le roi Cocom ayant commencé à convoiter des richesses, traita à cet effet avec les troupes de garnison que les rois du Mexique entretenaient à Tabasco et à Xicalango[52], afin de leur confier la garde de la capitale. C’est ainsi qu’il amena des gens de race mexicaine à Mayapan, opprimant les pauvres et faisant beaucoup d’esclaves, au point que les princes l’auraient fait mourir, sans la crainte qu’ils avaient des Mexicains. Mais le chef des Tutuxius ne consentit jamais à cette tyrannie: les Yucatèques se trouvant dans cette situation, apprirent des Mexicains l’usage des armes; ils devinrent si habiles à manier l’arc et la flèche, la lance et la hache, les rondaches et les sayes, faites de sel et de coton[53], ainsi que les autres engins de guerre, qu’ils cessèrent d’admirer les Mexicains et de les craindre, faisant, au contraire, peu d’estime d’eux, et dans cette situation ils passèrent quelques années.

Ce Cocom fut le premier qui eût fait des esclaves; de cette manière d’agir si pernicieuse data l’usage des armes avec lesquelles les habitants se défendirent pour ne pas être tous réduits en esclavage.

Entre les successeurs de la maison de Cocom, il y en eut un fort orgueilleux, imitateur de l’autre Cocom, qui s’étant ligué avec ceux de Tabasco, augmenta le nombre des Mexicains qui étaient dans la capitale. Il commença à son tour à tyranniser et à faire des esclaves parmi le bas peuple: alors les seigneurs se réunirent au chef des Tutuxius, grand ami du bien public, comme ses ancêtres, et conjurèrent la mort de Cocom. C’est ce qu’ils exécutèrent, tuant en même temps tous ses fils, à l’exception d’un seul qui était absent: ils saccagèrent son palais, lui enlevèrent ses domaines, tant en cacao qu’en autres produits, disant qu’ils se payaient de ce qui leur avait été pris. Les querelles entre les Cocomes qui disaient avoir été injustement dépouillés et les Xiuis, durèrent ensuite si longtemps, que plus de cinq cents ans après avoir été dans cette capitale, ils l’abandonnèrent et la laissèrent en solitude, chacun s’en retournant à son pays[54].

§ IX.—_Monumento cronologico de Mayapan. Establecimiento del reino de Zututa. Orígen de los Cheles. Los tres reinos principales de Yucatan._

Que conforme a la cuenta de los indios avra C y XX años que se despoblo Mayapan, y que se hallan en la plaça de aquella cibdad VII o VIII piedras de a X pies en largo cada una, redondas por la una parte, bien labradas, y que tienen algunos renglones de los caracteres que ellos usan, y que por estar gastadas de la agua no se pueden leer, mas piensan que es memoria de la fundacion y destruicion de aquella cibdad, y que otras semejantes estan en _Zilan_, pueblo de la costa aunque mas altas, y que los naturales preguntados que cosa era respondieron que acostumbravan erigir de XX en XX años que es el numero que tienen de contar sus edades, una piedra de aquellas. Mas parece que no lleva camino, porque segun esto, avia de aver muchas mas, principalmente que no les ay en otros pueblos sino en Mayapan y Zilan.

Que lo principal que llevaron a sus tierras estos señores que desampararon a Mayapan fueron los libros de sus sciencias, por que siempre fueron muy sujetos a los consejos de sus sacerdotes y que por eso ay tantos templos en aquellas provincias.

Que el hijo de Cocom el que escapo de la muerte por estar absente en sus contrataciones en tierra de _Ulua_, que es adelante de la villa de Salamanca, como supo la muerte de su padre y el desbarato de la cibdad, vino muy presto, y que se junto con sus parientes y vassallos y poblo un lugar que llamo _Tibulon_, que quiere dezir _Jugados fuimos_, y que edificaron otros muchos pueblos en aquellos montes y procedieron muchas familias de estos Cocomes y que la provincia donde manda este señor se llama Zututa.

Que estos señores de Mayapan no tomaron vengança de los Mexicanos que ayudaron a Cocom, viendo que fueron persuadidos por el governador de la tierra y por que eran estrangeros, y que assi los dexaron, dandoles facultad para que poblassen en pueblo apartado para si solos, o se fuessen de la tierra, y que no pudiessen casar con los naturales de ella, sino entre ellos, y que estos escogieron quedarse en Yucatan y no bolver a las lagunas y mosquitos de Tavasco, y poblaron en la provincia de _Canul_, que les fue señalada y que alli duraron hasta las guerras segundas de los españoles.

Dizen que entre los XII sacerdotes de Mayapan uvo uno muy sabio que tuvo una sola hija a la qual caso con un mancebo noble, llamado _Achchel_, el qual uvo hijos que se llamaron como el padre, conforme a la usança de la tierra, y dizen que este sacerdote aviso a su yerno de la destruicion de aquella cibdad, y que este supo mucho en las sciencias de su suegro, el qual dizen que le escrivio ciertas letras en la tabla del braço izquierdo de gran importancia para ser estimado, y que con esta gracia poblo en la costa hasta que vino a hazer assiento en _Tikoch_, siguiendole gran numero de gentes. Y que assi fue muy insigne poblacion aquella de los _Cheles_ y poblaron la mas insigne provincia de Yucatan que llamaron de su nombre la provincia de _Ahkinchel_, y es la de Yzamal donde residieron estos Cheles y se multiplicaron en Yucatan hasta la entrada del Adelantado Montejo.

Que entre estas tres casas de señores principales que eran _Cocomes_, _Xiuies_ y _Cheles_, uvo grandes vandos y enemistades, y oy en dia con ser christianos los ay. Los Cocomes dezian a los Xiuies que eran estrangeros y traidores, matando a su señor natural y robandole su hazienda. Los Xiuies dezian ser tan buenos como ellos y tan antiguos y tan señores, y que no fueron traidores, sino libertadores de la patria, matando al tyrano. El Chel dezia que era tan bueno como ellos en linaje, por ser nieto de un sacerdote el mas estimado de Mayapan y que por su persona era mayor que ellos, pues avia sabido hazerse tan señor como ellos y que en esto se hazian desabrimiento en los mantenimientos, porque el Chel que estava a la costa no queria dar pescado ni sal al Cocom, haziendole ir muy lexos por ello y el Cocom no dexava sacar caça ni frutas al Chel.

§ IX.—_Monument chronologique de Mayapan. Fondation du royaume de Zotuta. Origine des Chèles. Les trois Etats principaux du Yucatan._

Suivant la computation des Indiens, il y aura cent vingt ans de l’abandon de Mayapan[55]. On trouve dans la place de cette ville sept ou huit pierres, de dix pieds de longueur chacune et rondes par le bout, bien travaillées, et offrant plusieurs inscriptions en caractères de ceux dont ils usent, mais qui, pour avoir été trop effacés par les eaux, ne peuvent plus se lire[56]: on pense, toutefois, qu’elles portent la mémoire de la fondation et de la destruction de cette capitale; car il y en a d’autres semblables à _Zilan_, qui est une localité de la côte[57], quoiqu’elles soient plus hautes. Or, les naturels du pays, interrogés à ce sujet, répondent qu’ils avaient accoutumé ériger de vingt en vingt ans, ce qui est le chiffre de la computation de leurs cycles, une de ces pierres; mais il paraît qu’on ne s’y reconnaît pas, car d’après cela il devrait y en avoir bien d’autres, d’autant plus qu’on n’en retrouve qu’à Mayapan et à Zilan[58].

Ce que les seigneurs qui abandonnèrent Mayapan, emportèrent de plus important, en se retirant dans leurs domaines, ce furent les livres de leurs sciences; car ils furent toujours soumis aux conseils de leurs prêtres, et c’est pour cela qu’il y a tant de temples dans ces provinces.

Quant au fils de Cocom qui avait échappé à la mort, par son absence, il se trouvait dans la terre d’_Ulua_, qui est située au delà de la ville de Salamanca[59], occupé d’affaires commerciales: apprenant la mort de son père et la destruction de la capitale, il revint au plus tôt, et réunissant ses parents et ses vassaux, il alla s’établir dans une localité qu’il appela _Tibulon_, ce qui veut dire: Nous avons été joués[60]. Ils bâtirent dans ces lieux boisés un grand nombre de villes et de bourgades: de la famille de ces Cocom procédèrent des familles nombreuses, et la province où ce prince régna s’appelle _Zututa_[61].

Considérant que les Mexicains qui avaient prêté leur aide à Cocom, ne l’avaient fait que sur l’invitation du souverain du pays, et qu’ils étaient étrangers, les seigneurs qui avaient désemparé Mayapan, ne songèrent point à tirer d’eux aucune vengeance: ils les laissèrent tranquilles, leur donnant la faculté, soit de s’établir dans une partie de la contrée, séparés de la nation, soit de s’en aller, ne permettant pas toutefois à ceux qui resteraient, de se marier avec des femmes du pays, mais avec leurs propres filles. Ils préférèrent néanmoins demeurer dans le Yucatan, plutôt que de retourner aux lagunes et moustiques de Tabasco; ils prirent alors possession de la province de _Canul_, qu’on leur signala[62] et où ils restèrent jusqu’à la seconde guerre des Espagnols[63].

Entre les douze prêtres de Mayapan[64], il y en eut un, à ce qu’on dit, qui était renommé pour sa sagesse; n’ayant qu’une fille unique, il la maria à un jeune homme noble, appelé _Achchel_[65], lequel eut plusieurs fils qui portèrent le nom de leur père, suivant l’usage du pays. On raconte que ce prêtre avait prédit à son gendre la destruction de cette capitale: celui-ci, de son côté, s’instruisit considérablement dans les sciences de son beau-père qui, à ce qu’on ajoute, écrivit sur la partie charnue de son bras gauche certaines lettres d’une grande importance dans l’opinion publique[66]. Ayant reçu cette faveur, il alla s’établir vers la côte, fondant le siége de son autorité à _Tikoch_, où le suivit une population nombreuse: telle fut l’origine de l’illustre famille des _Chèles_, dont les adhérents occupèrent la plus considérable des provinces du Yucatan, qu’ils appelèrent de leur nom _Ahkin-Chel_, qui est la même qu’_Yzamal_ où ces Chèles résidèrent[67], se multipliant dans toute la péninsule jusqu’à l’arrivée de l’adelantado Montejo.

Entre ces trois grandes maisons princières des Cocomes, des Xiuis et des Chèles, il y eut constamment des luttes et des haines cruelles, et elles durent même encore aujourd’hui, qu’ils sont devenus chrétiens. Les Cocomes disaient aux Xiuis qu’ils étaient des étrangers et des traîtres qui avaient assassiné leur souverain et volé ses domaines. Les Xiuis répondaient, disant qu’ils n’étaient ni moins bons ni moins anciens ni moins princes qu’eux, et que loin d’être des traîtres, ils avaient été les libérateurs de la patrie, en mettant à mort le tyran. Le Chel, à son tour, prétendait être d’aussi noble famille que les deux autres, puisqu’il était le descendant du prêtre le plus estimé de Mayapan; que quant à lui personnellement, il valait mieux que ses émules, puisqu’il avait su se créer une royauté comme eux. D’un autre côté, ils se reprochaient mutuellement l’insipidité de ce qu’ils mangeaient, puisque le Chel, habitant la côte, ne voulait donner ni poisson ni sel au Cocom, l’obligeant ainsi à envoyer fort loin pour ces deux choses, et que le Cocom ne permettait au Chel de tirer ni gibier ni fruits de ses États.

§ X.—_Varias calamidades esperimentadas en Yucatan en el siglo anterior á la conquista, huracan, pestilencias, guerras, etc._

Que estas gentes tuvieron mas de XX años de abundancia y de salud y se multiplicaron tanto que toda la tierra parescia un pueblo, y que entonces se labraron los templos en tanta muchedumbre, como se vee oy en dia por todas partes y que atravesando por montes se veen entre las arboledas assientos de casas y edificios labrados a maravilla.

Que despues desta felicidad, una noche por ivierno vino un ayr como a las seis de la tarde y fue cresciendo haziendose huracan de quatro vientos y que este ayr derribo todos los arboles crecidos lo qual hizo gran matança en todo genero de caça y que derribo todas las casas altas las quales como son pajizas y tenian dentro lumbre por el frio, se encendieron y abrasaron gran parte de la gente, y que si algunos escapavan quedavan hechos pedaços de los golpes de la madera.

Y que duro este huracan hasta otro dia a las doze y que hallaron que avian escapado los que moravan en casas pequeñas, y los moços recien casados que alla usan hazer unas casillas en frente de sus padres o suegros donde moran los primeros años, y que assi perdio entonces el nombre la tierra que solia llamarse de los venados y pavos, y tan sin arboles que los que agora ay parecen que se plantaron juntos, segun estan nacidos a la ygual; y que mirando esta tierra de algunas partes altas, parece que toda esta cortada con una tijera.

Que los que escaparon se animaron a edificar y cultivar la tierra, y se multiplicaron mucho viniendoles XV años de salud y buenos temporales y que el ultimo fue el mas fertil de todos y que quiriendo començar a coger los frutos, sobrevinieron por toda la tierra unas calenturas pestilenciales que duraron XXIIII horas, y despues que cessavan, se hinchavan y rebentavan llenos de guzanos, y que con esta pestilencia murio mucha gente y se quedo gran parte de los frutos por coger.

Que despues de cessado la pestilencia uvieron otros dies y seis años buenos, en los quales se renovaron las passiones y vandos de manera que murieron en batallas C y L mil hombres, y que con esta matança se sosegaron y hizieron paz y descansaron por XX años, despues de los quales les dio pestilencia de unos granos grandes que les podria el cuerpo con gran hedor, de manera que se les caian los miembros a pedaços dentro de quatro o cinco dias. Que avra que passo esta ultima plaga mas de L años, y que la mortandad de las guerras fue XX años antes, y que la pestilencia de la hinchazon y guzanos seria XVI años antes de las guerras, y el huracan otros dies y seis antes que esta y XXII o XXIII despues de la destruicion de la cibdad de Mayapan, que, segun esta cuenta, ha CXXV años que se desbarrato dentro de los quales los de esta tierra an passado las dichas miserias, sin otras muchas despues que començaron a entrar en ella los españoles, assi por guerras como por otros castigos que Dios embio de manera que es maravilla aver la gente que ay aunque no es mucha.

§ X.—_Calamités diverses qu’éprouve le Yucatan au siècle précédant la conquête, ouragan, pestes, guerres, etc._

Ces diverses populations vécurent durant plus de vingt ans dans l’abondance et la santé[68]. Elles se multiplièrent tellement, que la terre entière ne paraissait faire qu’une seule ville: c’est alors qu’ils construisirent des temples en si grand nombre, tels qu’on les voit aujourd’hui de tous les côtés, et qu’en traversant les forêts, on retrouve au milieu des bois des fondations de maisons et des édifices si merveilleusement travaillés.

Mais à la suite de cette prospérité, pendant une nuit d’hiver, il survint, vers les six heures du soir, un vent qui alla croissant, pour se changer bientôt en un ouragan des quatre points cardinaux[69]: ce vent renversa tous les arbres déjà grands, ce qui occasionna une destruction considérable de bêtes fauves; il enleva pareillement toutes les maisons élevées, lesquelles étant couvertes de paille et contenant du feu à cause du froid, s’enflammèrent et firent périr beaucoup de monde dans l’incendie; si quelques-uns s’échappèrent, ils restèrent estropiés des coups qu’ils avaient reçus sous les madriers de leurs maisons.

Cet ouragan dura jusqu’au lendemain midi. On trouva que ceux qui en étaient sortis sains et saufs, étaient ceux qui demeuraient dans les maisons les plus petites, ainsi que les époux nouvellement mariés; car il était d’usage pour ceux-ci d’habiter dans des cabanes érigées en face de la maison de leur père ou de leur beau-père, pendant les premières années qui suivent le mariage. Alors se perdit le nom que la péninsule avait accoutumé de porter anciennement, de terre du gibier et des oiseaux; elle resta tellement privée d’arbres, qu’il semble actuellement que ceux qu’il y a furent replantés tous ensemble, tant ils sont nés d’égale hauteur, et qu’en jetant les yeux sur le pays de quelque point élevé, on dirait que les bois ont été partout taillés avec des ciseaux.

Quant à ceux qui se sauvèrent, ils s’animèrent à réédifier et à cultiver la terre, et ils se multiplièrent considérablement avec quinze années de santé et d’abondance qui se succédèrent, la dernière étant la plus fertile de toutes. Mais, au moment où ils pensaient à commencer la cueillée des fruits, il survint partout le pays certaines fièvres pestilentielles qui duraient vingt-quatre heures: après qu’elles avaient cessé, le corps des malades enflait, puis crevait rempli de vers, avec quoi il mourut beaucoup de monde, les fruits de la terre restant en majeure partie abandonnés sans être recueillis.

Après que cette épidémie eut disparu, il y eut de nouveau seize années abondantes, durant lesquelles se renouvelèrent les passions et les luttes, au point qu’en diverses batailles il périt cent cinquante mille hommes. Ce ne fut qu’à la suite de ces massacres qu’on se calma; on fit la paix et l’on eut vingt ans de repos: après cela survint une maladie, consistant en quelques grosses pustules, de quoi le corps se putréfiait, au point que les membres se détachaient l’un de l’autre au bout de quatre ou cinq jours avec une grande puanteur[70]. Depuis l’époque de cette mortalité, il s’est passé actuellement plus de cinquante ans: les massacres causés par la guerre eurent lieu vingt ans avant; la peste de l’enflure et des vers survint seize années avant les guerres; entre celles-ci et l’ouragan, il s’en était passé seize autres, et jusqu’à cet événement vingt-deux ou vingt-trois depuis la destruction de la cité de Mayapan. Ainsi, suivant cette computation, il y a de l’abandon de cette ville cent vingt-cinq ans, durant lesquels survinrent les diverses calamités, rapportées plus haut, sans compter beaucoup d’autres, à la suite desquelles les Espagnols commencèrent à entrer, et causées par la guerre, ou par d’autres châtiments que Dieu a envoyés à ce pays, que c’est un miracle d’y voir encore du monde, quoiqu’il n’y en ait pas beaucoup.

§ XI.—_Profecias de la llegada de las españoles. Historia de Francisco de Montejo, primer Adelantado de Yucatan._

Que como la gente mexicana tuvieron señales y prophecias de la venida de los españoles y de la cessacion de su mando y religion, tambien los tuvieron los de Yucatan algunos años antes que el Adelantado Montejo los conquistasse y que en las tierras de _Mani_ que es en la provincia de Tutuxiu, un indio llamado _Ahcambal_ y por officio _Chilan_, que es el que tiene cargo de dar las respuestas del demonio, les dixo publicamente que presto serian señoreados de gente estrangera, y les predicarian un Dios, y la virtud de un palo que en su lengua llamo _vahom che_, que quiere dezir palo enhiesto de gran virtud contra los demonios.

Que el successor de los Cocomes, llamado don Juan Cocom despues de christiano, fue hombre de gran reputacion y muy sabio en sus cosas y en las naturales bien sagaz y entendido, y que fue muy familiar del autor deste libro fray Diego de Landa, y que le conto muchas antiguedades y que le mostro un libro que fue de su aguelo, hijo del Cocom que mataron en Mayapan y que en el estava pintado un venado y que aquel su aguelo le avia dicho que quando en aquella tierra entrassen venados grandes, que assi llaman a las vacas, cessaria el culto de los Dioses, y que se avia cumplido, porque los españoles truxeron vacas grandes.

Que el Adelantado Francisco de Montejo fue natural de Salamanca y que passo a las Indias despues de poblada la cibdad de Santo-Domingo en la isla Española, aviendo estado primero algun tiempo en Sevilla, donde dexo un hijo niño que alli uvo, y que vino a la cibdad de Cuba donde gano de comer y tuvo muchos amigos por su buena condicion y que entre ellos fueron Diego Velasquez, governador de aquella isla y Hernando Cortes y que como el governador se determino embiar a Francisco de Grijalva, su sobrino, a rescatar a tierra de Yucatan y a descubrir mas tierra, despues de la nueva que Francisco Hernandez de Cordova truxo, quando la descubrio, que era rica tierra, determino que Montejo fuesse con Grijalva y puso uno de los navios y mucho bastimento, como era rico y que assi fue de los segundos españoles que descubrieron a Yucatan y que vista la costa de Yucatan, truxo desseo de enriquecer alli antes que en Cuba. Y vista la determinacion de Hernando Cortes le siguio con su hazienda y persona y que Cortes le dio un navio a cargo, haziendole capitan del y que en Yucatan uvieron a Geronimo de Aguilar de quien Montejo tomo lengua de aquella tierra y de sus cosas, y que llegado Cortes a la Nueva España començo luego a poblar y que el primer pueblo llamo la Vera Cruz, conforme al blason de su vandera y que en este pueblo fue Montejo nombrado por unos de los alcaldes del rey, en que se uvo discretamente y que assi le publico por tal Cortes quando tomo por alli, despues del camino que hizo navegando la tierra a la redonda, y que por esto le embio a España por uno de los procuradores de aquella republica de la Nueva España y para que llevasse el quinto al rey con relacion de la tierra descubierta y de las cosas que se començavan a hazer en ella.