Voyage en Orient, Volume 2: Les nuits du Ramazan; De Paris à Cythère; Lorely

Part 20

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La seconde femme est, comme nous l'avons dit, nommée _durrha_ (ce mot veut dire _perroquet_, et est peut-être employé dérisoirement); on parle souvent des querelles qu'elles suscitent, chose assez concevable; car, lorsque deux femmes se partagent les attentions et l'affection d'un seul homme, il est rare qu'elles vivent ensemble en bonne harmonie. Les épouses et les esclaves concubines, vivant sous le même toit, ont aussi souvent des disputes. La loi enjoint aux hommes qui ont deux femmes ou davantage d'être absolument impartiaux à leur égard; mais la stricte observation de cette loi est bien rare.

Si la _grande dame_ est stérile, et qu'une autre épouse, ou même une esclave, donne un enfant au chef de la famille, souvent celle-ci devient la favorite de l'homme, et la _grande dame_ est méprisée par elle, comme la femme d'Abraham le fut par Agar. Il arrive alors, assez fréquemment, que la première épouse perd son rang et ses privilèges, et que l'autre devient la _grande dame_; son titre de favorite du maître lui attire de la part de sa rivale ou de ses rivales, ainsi que de celle de toutes les femmes du harem et des femmes qui viennent y faire visite, toutes les marques extérieures de respect dont jouissait autrefois celle à laquelle elle succède; mais il n'est pas rare que le poison vienne détruire cette prééminence. Lorsqu'un homme accorde cette préférence à une deuxième femme, il s'ensuit souvent que la première est déclarée _nashizeh_[5], soit par son mari, ou à sa propre requête faite au magistrat. Cependant, il y a un grand nombre d'exemples de femmes délaissées qui agissent avec une soumission exemplaire envers leurs maris, et qui sont prévenantes envers la favorite.

Quelques femmes ont des esclaves qui sont leur propriété et qui ont été achetées pour elles, ou qu'elles ont reçues en cadeau avant leur mariage. Celles-ci ne peuvent servir de concubines au mari que du consentement de leur maîtresse. Cette permission est quelquefois accordée, mais ce cas est rare; il est des femmes qui ne permettent pas même à leurs esclaves femelles de paraître sans voile devant leur mari. Si une esclave, devenue la concubine du mari sans le consentement de sa femme, lui donne un enfant, cet enfant est esclave, à moins qu'avant la naissance de cet enfant, l'esclave n'ait été vendue ou donnée au père.

Les esclaves blanches sont ordinairement possédées par les Turcs riches. Les esclaves concubines ne peuvent être idolâtres; elles viennent généralement de l'Abyssinie, et les Égyptiens riches et ceux de la classe moyenne en font l'acquisition; leur peau est d'un brun foncé ou bronzée. D'après leurs traits, elles semblent être d'une race intermédiaire entre les nègres et les blancs, mais elles diffèrent notablement de ces deux races. Elles-mêmes croient qu'il y a si peu de différence entre leur race et celle des blancs, qu'elles se refusent obstinément à remplir les fonctions de servante et à être soumises aux épouses de leur maître.

Les négresses, à leur tour, ne veulent pas servir les Abyssiniennes; mais elles sont toujours très-disposées à servir les femmes blanches. La plupart des Abyssiniennes ne viennent point directement de l'Abyssinie, mais du territoire des Gallas, qui en est voisin; elles sont généralement belles. Le prix moyen d'une de ces filles est de deux cent cinquante à trois cent soixante-quinze francs, si elle est passablement belle: il y a quelques années, on en donnait plus du double.

Les voluptueux de l'Égypte font grand cas de ces femmes; mais elles sont si délicates, qu'elles ne vivent pas longtemps et qu'elles meurent presque toutes de consomption. Le prix d'une esclave blanche est assez ordinairement du triple et jusqu'à dix fois autant que celui d'une Abyssinienne; celui de la négresse n'est que de la moitié ou des deux tiers; mais ce prix augmente considérablement, si elle est bonne cuisinière. Les négresses sont généralement employées comme domestiques.

Presque tous les esclaves se convertissent à l'islamisme; mais ils sont rarement fort instruits des rites de leur nouvelle religion, et encore moins de ses doctrines. La plupart des esclaves blanches qui, dans les premiers temps, se trouvaient en Égypte, étaient des Grecques ayant fait partie du grand nombre de prisonniers faits sur le malheureux peuple grec par les armées turques et égyptiennes sous les ordres d'Ibrahim-Pacha. Ces infortunés, parmi lesquels se trouvaient des enfants qui savaient à peine marcher, furent impitoyablement vendus en Égypte. On s'aperçoit de l'appauvrissement des classes élevées du pays par le peu de demandes d'achat d'esclaves blanches. On en a amené quelques-unes de la Circassie et de la Géorgie, après leur avoir fait donner à Constantinople une espèce d'éducation préparatoire, et leur avoir fait apprendre la musique et autres arts d'agrément. Les esclaves blanches étant souvent les seules compagnes, devenant même quelquefois les épouses des Turcs de la haute volée, et étant estimées au-dessus des dames libres de l'Égypte, sont classées dans l'opinion générale bien plus haut que ces dernières. Ces esclaves sont richement habillées, les cadeaux en bijoux de valeur leur sont prodigués, et elles vivent dans le luxe et l'aisance, de sorte que, lorsqu'on ne les force pas à la servitude, leur position semble fort heureuse. On en trouve la preuve dans le refus de plusieurs femmes grecques qui avaient été placées dans des harems de l'Égypte, et qui, lors de la cessation de la guerre avec la Grèce, ont refusé la liberté qui leur était offerte; car on ne peut supposer que toutes ignoraient la position de leurs parents et qu'elles aient pu craindre de s'exposer à l'indigence en les rejoignant. Mais il est hors de doute que quelques-unes d'entre elles sont, du moins momentanément, heureuses; cependant on est porté à croire que le plus grand nombre, destinées à servir leurs compagnes de captivité plus favorisées, ou les dames turques, ou bien forcées de recevoir les caresses de quelque vieillard opulent, ou d'hommes que les excès de toute espèce ont épuisés de corps et d'esprit, ne sont pas heureuses, exposées qu'elles sont à être vendues ou émancipées sans moyens d'existence à la mort de leur maître ou de leur maîtresse, et à passer ainsi en d'autres mains, si elles n'ont point d'enfant, ou bien à se voir réduites à épouser quelque humble artisan qui ne peut leur procurer l'aisance à laquelle on les a habituées.

Les esclaves femelles, dans les maisons des personnes de la classe moyenne en Égypte, sont généralement mieux traitées que celles qui entrent dans les harems des riches. Si elles sont concubines, ce qui est presque inévitable, elles n'ont point de rivales qui troublent la paix de leur intérieur, et, si elles sont domestiques, leur service est doux et leur liberté est moins restreinte. S'il existe un attachement mutuel entre la concubine et son maître, sa position est plus heureuse que celle d'une épouse, car celle-ci peut être renvoyée par son mari; dans un moment de mauvaise humeur, il peut prononcer contre elle la sentence irrévocable du divorce et la plonger ainsi dans la misère, tandis qu'il est bien rare qu'un homme renvoie une esclave sans pourvoir à ses besoins assez abondamment pour qu'elle ne perde guère au change si elle n'a pas été gâtée par une vie trop luxueuse.--En la renvoyant, il est d'usage que son maître l'émancipé en lui accordant un douaire, et qu'il la marie à quelque homme honnête, ou bien qu'il en fasse cadeau à un de ses amis; en général, on considère comme blâmable la vente d'une esclave qui a de longs services. Lorsqu'une esclave a un enfant de son maître et que celui-ci le reconnaît pour le sien, cette femme ne peut être ni vendue ni donnée, et elle devient libre à la mort du maître; souvent, aussitôt après la naissance d'un enfant que le maître reconnaît, l'esclave est émancipée et devient son épouse; car, une fois qu'elle est libre, il ne pourrait la garder comme femme sans l'épouser légalement.

La plupart des filles de l'Abyssinie, ainsi que les jeunes négresses, sont horriblement prostituées par les _gellabs_ ou marchands d'esclaves de l'Égypte supérieure et de la Nubie, par lesquels elles sont conduites en Égypte. Même à l'âge de huit à neuf ans, elles sont presque toutes victimes de la brutalité de ces hommes, et ces pauvres enfants, surtout ceux qui viennent de l'Abyssinie, filles et garçons, éprouvent une telle horreur des traitements que les gellabs leur font endurer, que, pendant le voyage, beaucoup d'entre eux se jettent dans le Nil et y périssent, préférant la mort à leur triste position.

Les esclaves femelles sont ordinairement d'un prix plus élevé que les esclaves mâles. Le prix des esclaves qui n'ont pas eu la petite vérole est moindre que le prix de ceux qui l'ont eue. On accorde à l'acquéreur trois jours d'épreuve; pendant ce temps, la fille, achetée à condition, reste dans le harem de l'acquéreur ou dans celui d'un de ses amis, et les femmes du harem sont chargées de faire leur rapport sur la nouvelle venue: ronfler, grincer des dents, ou parler pendant le sommeil, sont des raisons suffisantes pour rompre le marché et la rendre au vendeur. Les femmes esclaves portent le même habillement que les femmes égyptiennes.

Les filles ou femmes égyptiennes qui sont obligées de servir sont chargées des occupations les plus viles. En présence de leur maître, elles sont habituellement voilées, et, lorsqu'elles sont occupées de quelque détail de leur service, elles arrangent leur voile de manière à ne découvrir qu'un de leurs yeux et à avoir une de leurs mains en liberté.

Lorsqu'un homme étranger est reçu par le maître de la maison dans une pièce du harem (les femmes composant sa famille ayant été renvoyées dans une autre pièce), les autres femmes le servent; mais alors elles sont toujours voilées.

Telles sont les conditions relatives des diverses classes dans les harems; il faut jeter maintenant un coup d'œil sur les habitudes et les occupations de celles qui les habitent.

Les épouses et les femmes esclaves sont souvent exclues du privilège d'être à table avec le maître de la maison ou sa famille, et elles peuvent être appelées à le servir lorsqu'il dîne ou qu'il soupe, ou même lorsqu'il entre au harem pour y fumer ou prendre le café. Elles font souvent l'office de servantes; elles bourrent et allument sa pipe, font son café, préparent les mets qu'il veut manger, surtout lorsqu'il s'agit de plats délicats et extraordinaires. Le plat que l'hôte vous recommande comme ayant été accommodé par sa femme est ordinairement parfaitement bon. Les femmes des classes hautes et moyennes se font une étude toute particulière de plaire à leurs maris, et de les fasciner par des attentions et des agaceries sans fin. On remarque leur coquetterie jusque dans leur démarche; lorsqu'elles sortent, elles savent donner à leur corps un mouvement ondulatoire tout particulier que les Égyptiens nomment _ghung_. Elles sont toujours réservées en présence du mari: aussi aiment-elles que ses visites du jour soient peu fréquentes, et qu'elles ne se prolongent pas trop; pendant son absence, leur gaieté est très-expansive.

La nourriture des femmes, quoique semblable à celle des hommes, est plus frugale; elles prennent leur repas de la même manière qu'eux. On permet à beaucoup de femmes de fumer, même à celles des plus hautes classes, l'odeur des tabacs fins de l'Égypte étant on ne peut plus parfumée. Les pipes des femmes sont plus minces et plus ornées que celles des hommes. Le bout de la pipe est quelquefois partie en corail au lieu d'être en ambre. Les femmes font usage du musc et d'autres parfums, et elles emploient des cosmétiques; souvent aussi elles préparent des compositions qu'elles mangent ou boivent dans le but d'acquérir un certain degré d'embonpoint. Contrairement au goût des Africains et des peuples orientaux en général, les Égyptiens ne sont pas de grands admirateurs de très-fortes femmes; car, dans leurs chants d'amour, les poëtes parlent de l'objet de leur passion comme d'un être svelte et de mince taille. Un des mets auxquels les femmes attribuent la vertu de les rendre plus grasses est très-dégoûtant; il est principalement composé d'escargots écrasés. Beaucoup de femmes mâchent de l'encens et du laudanum (_ledin_), afin parfumer leur haleine. L'habitude des ablutions fréquentes rend leur corps d'une propreté extrême. Leur toilette n'est pas longue, et il est rare qu'après s'être habillées le matin, elles changent de toilette dans la journée. On tresse leurs cheveux pendant qu'elles sont au bain, et cette coiffure est si bien faite, qu'elle n'a pas besoin d'être renouvelée de plusieurs jours.

L'occupation principale des dames égyptiennes est le soin de leurs enfants; elles ont aussi la surintendance des affaires domestiques; mais, assez généralement, c'est le mari seul qui fait et règle les dépenses. Les heures de loisir sont employées à coudre, à broder surtout des mouchoirs de poche et des voiles. Les broderies sont ordinairement en soie de couleur et or; elles se font sur un métier nommé _menseg_, qui est ordinairement en bois de noyer, incrusté de nacre de perle et d'écaille de tortue (les plus communs sont en hêtre).--Beaucoup de femmes, même de celles qui sont riches, arrondissent leurs bourse particulière en brodant des mouchoirs et autres objets qu'elles donnent à une _dellaseh_ (courtière), qui les porte et les expose dans un bazar, ou qui tâche de s'en défaire dans un autre harem. La visite des femmes d'un harem à celles d'un autre harem occupe souvent presque une journée. Les femmes, ainsi réunies, mangent, fument, boivent du café et des sorbets; elles babillent, font parade de leurs objets de luxe, et tout cela suffit à leur amusement. A moins d'affaires d'une nature très-pressante, le maître de la maison n'est pas admis à ces réunions de femmes, et il doit, dans ce cas, donner avis de son arrivée, afin que les visiteuses aient le temps de se voiler ou de se retirer dans une autre partie de l'appartement. Les jeunes femmes, étant ainsi libres de toute crainte de surprise, se laissent aller à leur gaieté et à leur abandon naturels, et souvent à leur esprit folâtre et bruyant.

[1] Le marié, s'il est jeune et célibataire, doit paraître timide, et c'est un de ses amis qui, feignant de lui faire violence, le porte jusqu'à la chambre nuptiale du harem.

[2] Le _kohel_ est un collyre aromatique qui noircit les paupières supérieures et inférieures, et que l'on obtient en brûlant des coquilles d'amandes auxquelles on ajoute certaines herbes.

Le _henné_ est une poudre végétale avec laquelle les femmes teignent certaines parties de leurs mains et de leurs pieds.

[3] Les femmes ôtent leur voile en présence des eunuques et des jeunes garçons.

[4] Une grande partie de cette étude est, en effet, traduite ou imitée de l'ouvrage de William Lane.

[5] Lorsqu'une femme refuse d'obéir aux ordres légaux de son mari, il peut (et généralement cela se pratique) la conduire, accompagné de deux témoins, devant le cadi, où il porte plainte contre elle; si le cas est reconnu vrai, la femme est déclarée par un acte écrit _nashizeh_, c'est-à-dire rebelle à son mari: cette déclaration exempte le mari de loger, vêtir et entretenir sa femme. Il n'est pas forcé au divorce, et peut, en refusant de divorcer, empêcher sa femme de se remarier tant qu'il vit. Si elle promet de se soumettre par la suite, elle rentre dans ses droits d'épouse, mais il peut ensuite prononcer le divorce.

III--FÊTES PARTICULIÈRES

Il y a fête chez les Égyptiens lorsqu'un fils est admis comme membre d'une société de marchands ou d'artisans. Parmi les charpentiers, les tourneurs, les barbiers, les tailleurs, les relieurs et gens d'autres états, l'admission a lieu de la manière suivante.

Le jeune homme qui doit être admis dans le corps de métier, accompagné de son pére, se rend chez le cheik et lui donne connaissance de l'intention qu'il a que son fils son admis comme membre de la corporation. Alors, le cheik envoie convier les maîtres du métier dont il est le néophyte et quelques-uns des amis du candidat pour assister à sa réception. Un officier, appelé _nakib_, porte alors une botte d'herbes vertes ou de fleurs qu'il distribue à chacune des personnes invitées en disant: «Répétez le fattah pour le prophète.» A quoi le nakib ajoute: «Venez à pareil jour et à pareille heure ici pour prendre une tasse de café. »

Les personnes ainsi invitées se rassemblent soit chez le père, soit chez le jeune homme, et quelquefois à la campagne où ils sont régalés de café et où on leur donne à dîner.

Le néophyte est conduit devant le cheik; on récite des vers à la louange du prophète, puis on lui met autour de la taille un châle noué par un nœud aux extrémités. On récite des versets du Coran, puis on fait au châle un second nœud; au troisième nœud, qui se fait après qu'on a dit encore quelques versets du Coran, on fait une rosette au châle, et le jeune homme est admis comme membre du corps de métier auquel il se voue. Alors, il baise la main du cheik et de chacune des personnes présentes; il donne une légère contribution et fait partie du corps de métier.

Les Égyptiens, qui vivent habituellement de la manière la plus frugale, mettent dans leurs festins le plus de variété et de profusion; mais lé temps consacré au repos est très-court. Dans les réunions de ce genre, ordinairement on fume, on boit à petits coups du café ou des sorbets, et on fait la conversation.

Pendant la lecture du Coran, les Turcs s'abstiennent, en général, de fumer, et les honneurs qu'ils rendent au livre sacré ont fait dire d'eux que «Dieu a mis la race d'Othman au-dessus des autres musulmans, parce qu'ils honorent le Coran plus que ne le font les autres! »

Les seuls amusements de ces réunions sont quelques récits ou quelques contes; mais tous prennent un plaisir extrême aux danses et aux concerts des musiciens que l'on fait exécuter pendant ces jours de fêtes.

Il est à remarquer qu'un Égyptien s'amuse à jouer n'importe à quel jeu, à moins qu'il ne soit en petit comité de deux ou trois personnes ou dans sa famille. Quoique sociable, l'Égyptien donne rarement de grandes fêtes, et il faut pour cela des événements extraordinaires, comme un mariage, une naissance, etc. Ce n'est aussi qu'alors qu'il est convenable de faire venir des danseuses dans les maisons particulières; en toute autre circonstance, on considère cela comme blessant les usages.

Il y a aussi des fêtes à l'occasion des mariages. Le septième jour (appelé _yom es suboua_) après le mariage, l'épousée reçoit les femmes ses amies, le matin et l'après-midi. Quelquefois, pendant ce temps, le mari reçoit ses amis, qu'il amuse le soir au moyen de concerts et de danses. La coutume établie en Égypte veut que le mari s'abstienne des droits que lui donne le mariage jusqu'après le septième jour, si celle qu'il épouse est une jeune vierge. A l'issue de ce temps, il est d'usage de donner une fête et de réunir des amis. Quarante jours après le mariage, la jeune mariée se rend au bain avec quelques-unes de ses amies. En revenant chez elle, la mariée leur donne une collation, puis elles s'en vont. Pendant ce temps, le mari donne un repas et fait exécuter des danses et un concert.

Le lendemain de la naissance d'un enfant, deux ou trois danseurs ou danseuses exécutent des pas devant la maison ou dans la cour. Les fêtes à la naissance d'un fils sont plus belles qu'à celles d'une fille. Les Arabes conservent encore en cela le sentiment qui portait leurs ancêtres à détruire leurs enfants du sexe féminin.

Trois ou quatre jours après la naissance d'un enfant, les femmes de la maison, si l'accouchée appartient à l'une des classes élevées ou à l'aise, préparent des mets composés de miel, de beurre clarifié, d'huile de sésame, d'épices et d'aromates, auxquels on ajoute parfois des noisettes grillées[1].

L'enfant est ensuite proclamé par des femmes ou des jeunes filles dans tout le harem; chacune d'elles porte des cierges allumés de couleurs différentes: ces cierges, coupés en deux, sont placés dans des mottes d'une certaine pâte formée de henné; on en met plusieurs sur un plateau. La sage-femme, ou une autre des dames présentes, jette à terre du sel mêlé avec de la graine de fenouil. Ce mélange, placé la veille à la tête du berceau de l'enfant, sert à le préserver des maléfices. La femme qui répand de ce sel dit. «Que ce sel se loge dans l'œil de celui qui ne bénit pas le prophète!» ou bien: «Que ce sel impur tombe dans l'œil de l'envieux!» et chacune des personnes présentes répond: «O Dieu! protège notre seigneur Mahomet! »

Un plateau en argent est présenté à chacune des femmes; elles disent à haute voix: «O Dieu! protège notre seigneur Mahomet! que Dieu t'accorde de longues années! etc.» Les femmes donnent ordinairement un mouchoir brodé, dans l'un des coins duquel se trouve une pièce d'or; ce mouchoir est le plus souvent placé sur la tête de l'enfant ou à ses côtés. Le don d'un mouchoir est considéré comme une dette contractée que l'on acquitte en pareille occasion, ou qui sert à payer une dette contractée en une semblable occasion. Les pièces de monnaie ainsi recueillies servent à orner pendant plusieurs années la coiffure de l'enfant. Outre ces largesses, on donne aussi à la sage-femme. La veille du septième jour, une carafe remplie d'eau, et dont le goulot est entouré d'un mouchoir brodé, est placé à la tête du berceau de l'enfant endormi. La sage-femme prend ensuite une carafe qu'elle place sur un plateau, et elle offre à chaque femme qui vient visiter la femme en couche un verre de cette eau, que chacune d'elles paye au moyen d'une gratification.

Pendant un certain temps après l'accouchement, et qui diffère selon la position ou les doctrines des diverses sectes, mais qui d'ordinaire est de quarante jours, la femme qui a mis au monde un enfant est considérée comme impure. Après le temps appelé _nifa_, elle va au bain, et dès lors elle est purifiée.

[1] Quelques femmes joignent encore à ces mets, s'ils ne sont pas destinés à des amies, une pâte composée d'escargots qui doit, à ce qu'elles croient, engraisser les femmes.

IV--LES DANSEUSES D'ÉGYPTE