Vaillance

Part 9

Chapter 93,853 wordsPublic domain

On me pardonnera d’insister sur ce devoir de défense. Nous avons tant besoin d’y être constamment ramenés. Je ne vois que gens qui pratiquent la vengeance, et si peu qui comprennent la défense véritable. La plupart, quand il ne s’agit pas d’eux-mêmes, ne bougent pas. Pour excuser leur inertie, quelques-uns disent: Dieu, la vérité, la justice, sont assez forts pour se défendre, ils n’ont pas besoin de nous. Quelle erreur grossière! La conséquence en serait la suppression de toute activité. Pourquoi serions-nous là, alors, si nous n’avions rien à faire? C’est par nous, malheureusement, que le mal arrive, et il n’y a aucune espérance qu’il soit jamais réparé et vaincu autrement que par nous. Dieu agit dans l’humanité par les forces humaines, comme il agit dans la nature par les forces naturelles. On peut, il est vrai, soutenir qu’aucun homme n’est nécessaire, que les meilleurs peuvent venir à manquer sans que l’œuvre s’arrête; mais il ne faut pas exagérer cette façon de voir. A un certain point de vue, il est tout aussi juste et plus encourageant de dire qu’on a besoin de nous. Et il est de fait qu’il reste bien des lacunes, des places vides, des brèches terribles, après le départ de certains hommes actifs et vaillants. Ne disons donc jamais que le bien arrivera tout seul et sans nous. Disons encore moins que le mal qui se fait ne nous regarde pas, lorsqu’il ne nous attaque pas directement dans nos corps ou nos biens. Le monde est plein de soi-disant braves gens qui font ce raisonnement commode. Il est vrai que s’ils sont eux-mêmes atteints, ce sont les plus ardents à crier au secours.--Cette catégorie de braves gens mérite d’être classée avec les escarpes, les voleurs, les calomniateurs de profession. Leur inertie favorise les progrès de toute cette engeance, plus sûrement que le meilleur bouillon de culture ne favorise le développement des microbes. «Mêlons-nous de ce qui nous regarde», est une devise malfaisante, car elle équivaut à celle-ci: «Ce qui concerne mon prochain ne me regarde pas.»

Tout nous regarde. L’axiome moral: «Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse», a pour corollaire: «Ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.» Il est bon de s’en pénétrer. On travaille mieux à devenir fort quand on sent que c’est pour défendre quiconque a besoin de vous. Parmi les bons moments que la vie nous accorde, je compte ceux où il nous est donné de pouvoir défendre quelqu’un. Être là, empêcher un faible d’être écrasé; agir, souffrir en sa faveur, se passionner pour sa cause, et n’avoir ni trêve ni repos jusqu’à ce qu’elle soit gagnée, je ne vois rien au-dessus de cela.

Dans le Vieux-Testament nous lisons: Et l’Éternel dit à Abraham: _Abraham!_ et Abraham répondit: _me voici!_ Partout où il y a quelque juste défense à entreprendre, une voix, la même toujours, appelle chaque homme par son nom. Heureux celui qui se lève et crie: me voici!

Jeunes gens, voilà de quoi remplir vos jours d’utiles préoccupations, et vos cœurs de belles et grandes pensées qui vous aideront à vaincre le mal qui est en vous. Défendez les faibles, défendez le pauvre, défendez ceux qu’on calomnie, défendez les absents. C’est une chose ignoble que de combattre au pistolet contre quelqu’un qui n’est armé que d’un bâton, et surtout lorsqu’on est plusieurs et qu’il est seul. Voilà pourtant ce que nous faisons chaque fois que nous prenons part à une attaque contre un absent. _Les absents ont tort._ Mot terrible, car enfin, il faut y ajouter celui-ci: _c’est parce que personne ne les défend._ Se doute-t-on qu’en disant: les absents ont tort, on accuse tout le monde de lâcheté? Il ne faut pas accepter cette honte. Si vous ne connaissez pas celui qu’on attaque, montrez que vous n’admettez ce qu’on dit contre lui que sous bénéfice d’inventaire et jusqu’à ce qu’il ait eu le temps de se justifier. Si vous le connaissez, ou s’il vous tient de près, parlez pour lui quand il en est digne; et s’il ne l’est pas, faites sentir qu’il vaut mieux accuser les gens en face que derrière leur dos. Nos mœurs publiques et privées sont à tel point infestées par les calomnies et les fausses nouvelles qu’il faut prendre des mesures pour se garantir. J’ai toujours remarqué que, dans toutes les sociétés, une voix qui défendait un absent, cette voix fût-elle celle d’une jeune fille ou d’un enfant, avait une grande force contre une multitude de voix accusatrices et contre le silence des indifférents.

De tous les absents, il n’y en a pas de plus désarmés que ceux qui sont absents pour toujours, à savoir les morts. Il faut défendre les morts. Quand un homme est couché dans la tombe, ses ennemis ne se gênent plus. Ils attaquent ceux qu’il protégeait, sa femme, ses enfants; ils portent la main sur ses œuvres. Chaque fois que l’occasion se présente de soutenir le droit de ceux qui ne sont plus, faites-le. Vous ressentirez, en accomplissant ce devoir, quelque chose qu’on ne ressent nulle part ailleurs. En respectant l’humanité jusque dans la mort, surtout dans la mort, vous arriverez à comprendre qu’il ne suffit pas qu’un homme meure pour ne plus être rien. Vous vous apercevrez même bientôt que le meilleur de ce que nous possédons nous vient de ceux qui sont morts pour quelque sainte cause. Comme il y a, hélas! des vivants qui sont morts, il y a des morts qui sont vivants. Leur souvenir, leur amour, leur esprit vous pénétrera. C’est pour le bien de tous qu’ils ont donné leur vie, et dans le mystère où ils sont entrés, ils attendent que d’autres reprennent l’œuvre qu’ils laissèrent inachevée.

Quelle plus grande grâce peut souhaiter un jeune homme que celle de sentir s’éveiller dans son âme l’âme des grands morts?

Ainsi, d’étape en étape, la défense de la justice nous mène plus haut. C’est un chemin qui monte, et parvenus au sommet qu’il nous fait gravir, nous voyons s’ouvrir une trouée sur la vie infinie.

XVI

LA BONTÉ RÉPARATRICE

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Évangile selon Saint Matthieu.

L’Évangile seul rend à l’âme, je dis à l’âme la plus dévastée, toute la verdeur du jeune âge, toute la fraîcheur des impressions de l’enfance, et, si l’on peut parler ainsi, toute sa virginité.

Alexandre Vinet.

Nous sommes arrivés ainsi, pas à pas, jusqu’au domaine où c’est surtout par la bonté que se manifeste l’énergie. Sans doute l’énergie dont nous parlons ne cesse jamais d’être unie à la bonté: autrement elle ne serait plus que de la cruauté, de l’emportement sauvage et destructeur; mais cette bonté n’éclate pas toujours avec la même évidence. Lorsqu’elle habite sous l’armure d’airain du combattant, elle nous apparaît comme voilée, et il nous est plus consolant de la voir à l’œuvre, souriante et secourable. Reposons un instant nos regards sur cette partie de sa mission.

Elle s’adresse à toutes les victimes du mal, à la grande souffrance humaine, à tout ce qui est frappé, vaincu, perdu. Il faut reconnaître à l’honneur de l’humanité que, sous ses formes tourmentées et affligées, la vie nous semble plus touchante qu’en la plénitude de sa force. Chacun admire un arbre vigoureux, une belle forêt dans leur tranquille majesté; mais quand l’ouragan s’abat sur eux, les secoue, les tord, les déchire, nous prenons parti pour l’arbre contre l’ouragan, et ses branches cassées, son tronc qui résiste et se défend, nous attendrissent bien plus. Et de même à certaines heures, nos yeux sont moins fascinés par les splendeurs du soleil levant que par une pauvre petite lumière qui lutte dans les ombres du soir contre le vent et la pluie. Il y a des hommes qui ne savent pas résister à un cri de détresse. L’or attire le voleur; le cadavre attire le vautour; ceux-là, c’est le malheur qui les attire. Par je ne sais quelle secrète dispensation, ils ont reçu comme un sacre qui en a fait des sauveurs, et comme d’autres sont nés pour blesser et détruire, ils sont venus, pour panser les plaies et adoucir les souffrances. S’inquiétant moins de rechercher l’origine d’une catastrophe que de soulager ceux qui en pâtissent, ils ont déclaré au mal une guerre pacifique. Sa grandeur ne les décourage pas; la petitesse de leurs efforts, comparée à l’infini des misères et des souillures, ne leur fait point tomber les bras. Aux yeux des sceptiques, ils sont de pauvres fous qui veulent boire la mer; les sages positifs sourient de leur candeur; mais ils ne s’inquiètent ni des uns ni des autres, et font ce que le cœur leur a ordonné. Sous leur impulsion, il s’est organisé dans le monde une œuvre réparatrice qui s’adresse aussi bien aux misères physiques, à la maladie, à la pauvreté, qu’aux misères morales, aux infirmités de la volonté, aux souffrances du cœur. La miséricorde a sa tradition comme le crime, et c’est dans cette tradition qu’il est bon d’entrer de bonne heure.

Je ne suis pas d’avis qu’on écrase la jeunesse sous le spectacle des laideurs et des souillures, ni qu’on lui assombrisse l’horizon par une révélation trop précoce des tristesses de la terre. Mais il n’est pas moins fâcheux de lui cacher tout. Autre chose est d’être abreuvé tous les jours de récits navrants, épouvanté par des scènes déchirantes; autre chose est de savoir qu’il y a des êtres qui souffrent et d’être initié avec tact, aux épreuves de la vie. Arrivé à la limite de l’adolescence, un jeune homme, à qui l’on a évité tout ce qui parle de la souffrance ou de la mort, est comme une victime qu’on aurait désarmée de propos délibéré, pour la livrer plus sûrement à ses meurtriers. Il ignore une des lois primordiales de la vie, la loi de la douleur. Cela constitue pour son propre compte une lacune grave, et diminue en même temps sa faculté d’être utile au prochain. Comment celui qui ignore la souffrance peut-il y compatir ou la soulager?

Il y a beaucoup de bonnes raisons pour que nous fassions se rencontrer la jeunesse et la douleur. La douleur mûrit, assagit, affermit. C’est par ce baptême de feu qu’on entre vraiment au sanctuaire de l’humanité. On n’est pas un homme quand les flots de misère ne battent pas votre âme comme les flots des mers battent leurs rivages. La douleur a en outre le don de nous purifier. Une certaine légèreté d’esprit est incompatible avec elle. En fraternisant avec la douleur, nous concluons une alliance puissante, grâce à laquelle nous vivrons mieux.

Ne craignez pas que cela diminue la joie. C’est une erreur. La joie, comme tout ce que l’humanité a de saint et de grand, ne fleurit que sous le régime de la loi commune, et non sous celui du privilège ou de la fantaisie. Celui qui aspire au privilège et veut se soustraire à la loi commune de souffrance et de peine, au lieu d’élargir sa vie, la rétrécit. Il offre à la joie, pour l’y cultiver, le réduit obscur où végète l’égoïsme, comme on offrirait une cave à une fleur. La sympathie élargit la poitrine et augmente la faculté d’être heureux.

Au surplus, pour s’empêcher de compatir à la souffrance, il faudrait que la jeunesse se fît violence à elle-même. Quoi de plus généreux qu’un jeune cœur? quoi de plus prêt à s’attendrir et à voler au secours, sans regarder en arrière? La vie nous fait souvent un visage renfrogné; les méchancetés et les ingratitudes nous durcissent le cœur. Quelques-uns deviennent pachydermes en avançant en âge. Mais en général, quand on est jeune, on n’a pas les sens émoussés pour la douleur d’autrui. Il y a des jours où l’on veut du bien à tout l’univers, où l’on souhaite la bienvenue aux passants inconnus, où l’on pardonne à tous ses offenseurs, où le cœur est voué à tout ce qui peine et pleure, où l’on voudrait prendre dans sa main, pour les réchauffer, les pieds des petits enfants, où l’on suspend en esprit des couronnes aux cercueils qui s’en vont sans un signe ami. Et il faudrait anéantir tout cela? Non, non! ne résiste pas au mouvement qui t’entraîne vers la pitié. Cours à l’action réparatrice, apporte ton tribut au saint labeur d’espérance et de bonté!

Qui serait mieux préparé à cette tâche que la jeunesse? Elle manque d’expérience. Mais l’expérience s’acquiert auprès de ceux qui la possèdent, et, certes, ceux-là n’en sont point avares. Ils ne craignent pas les concurrents. D’ailleurs, manquer d’expérience n’équivaut pas à manquer de moyens. Pour l’œuvre de pitié, la jeunesse a des moyens si puissants qu’on peut dire qu’elle possède des grâces d’état. On nous raconte qu’une fleur, une araignée ont suffi pour charmer les longs ennuis de certains prisonniers. Pour charmer la douleur, l’adoucir, la consoler, rien ne vaut le contact de la jeunesse. Elle porte avec elle la vie et l’espérance. Sans beaucoup parler, ni chercher de moyens compliqués, elle nous fait plus de bien que certains consolateurs officiels. Si l’on savait ce que peut un sourire, une visite, un petit don amical, sur certaines vies obscures et déshéritées, comme on donnerait volontiers ces humbles présents dont on a les mains pleines! Le vieux rabbin Hillel, contemporain de Jésus, résumait tous ses conseils à la jeunesse dans ce seul mot: _Sois bon, mon enfant!_ Que de choses on ferait, et que d’autres on abandonnerait pour toujours, si l’on prenait cette devise comme règle de conduite! La bonté, c’est après quoi nous soupirons tous, parce que tous, nous souffrons. Ouvrir les yeux, cultiver en soi le sens délicat des souffrances humaines, afin de les deviner; apprendre à toucher les blessures d’une main légère, pourquoi si peu d’hommes se soucient-ils de s’y appliquer? C’est cependant la chose du monde la plus humaine. Pourquoi préférons-nous travailler à l’œuvre inhumaine qui consiste à froisser, à tourmenter, à faire couler des larmes?... _Sois bon, mon enfant!_

Sur le chemin obscur que parcourent les hommes, la bonté seule y voit clair. Elle a la révélation des choses que nul n’aperçoit. C’est pour cela que, par sa simple présence, elle prouve tout. Elle rassure, elle signifie pour quiconque souffre et peine, fût-il le dernier et le plus misérable de tous: tu n’es pas oublié. C’est pour cela que l’homme, tout méchant qu’il soit, a reconnu la bonté pour divine, et jamais Dieu ne lui est apparu plus clairement que sous la figure d’un homme qui, ému de pitié pour sa douleur comme pour sa méchanceté, s’est sacrifié afin de le délivrer de l’une comme de l’autre.

XVII

SURSUM CORDA!

Honorer Dieu Aimer l’humanité, Agir en brave

Triades gauloises.

«... Dieu saint! Je me donne aujourd’hui à toi de la manière la plus solennelle... Je renonce à tous les maîtres qui ont dominé sur moi, aux joies du monde et aux convoitises de la chair. Je renonce à tout ce qui est périssable, afin que Dieu soit mon tout. Je te consacre tout ce que je suis et tout ce que j’ai: les facultés de mon esprit, les membres de mon corps, mon temps et mes ressources... Daigne m’employer, Seigneur, comme un instrument destiné à ton service...

«... Que le nom du Seigneur me soit en témoignage éternel que je lui ai signé cette promesse avec la ferme et bonne volonté de la tenir.

Strasbourg, le 1er Janvier 1760.

Jean-Frédéric Oberlin[11].

[11] Tel fut le point de départ d’une des existences les plus nobles et les plus fécondes qui aient honoré la France et l’humanité. Jean-Frédéric Oberlin, né à Strasbourg le 31 août 1740, devint, en 1767, le «ministre catholique évangélique» (c’est le titre qu’il s’était donné) de la rude paroisse du Ban-de-la-Roche, perdue dans un vallon des Vosges. Il en fut, pendant près de soixante ans, l’apôtre, le civilisateur et le bienfaiteur, et y mourut dans sa 86e année, le 1er juin 1826.

Il renouvela, dans sa trentième année, l’engagement qu’il avait signé dix ans auparavant. Au déclin de sa vie, relisant une fois de plus son «acte de consécration», il ajouta en marge: «Seigneur, aie pitié de moi!» Il était alors dans sa 82e année. Il mourut quatre ans plus tard (1er juin 1826). La devise qu’il s’était choisie était celle-ci: _Marche devant Dieu._ Dans son testament il avait écrit ces paroles: «Puissiez-vous oublier mon nom, et ne retenir que celui de Jésus-Christ.»

Si le grain de blé qui sommeille sous les noirs sillons savait ce qu’il est, il se réjouirait en pensant qu’il résume la peine du laboureur et le soleil de Dieu; qu’il sera le pain de l’avenir, qu’il en est aujourd’hui l’espérance. Il s’associerait librement à sa destinée, l’accomplissant avec amour, à travers la germination, la floraison et la maturité, et jusqu’à l’écrasement sous la meule du moulin.

Si l’homme se rendait compte de ce qu’il est et peut devenir, il ferait de même.

J’ai essayé, dans ce livre, de faire sentir ce que notre destinée a de grand. Mon désir est de le dire une fois encore en quelques lignes brèves.

Qu’est-ce qu’un homme?

Un homme, c’est celui qui croit à la vie, à «la fuite utile des jours», au labeur fécond, à la douleur libératrice; c’est celui qui se confie à la volonté qui est au fond des choses.

Un homme, c’est celui qui a le cœur fraternel, qui ne conçoit pas son bonheur séparé du bonheur des autres, qui reste uni à l’ensemble, marche dans le rang et aime l’humanité, comme il aime sa famille et sa patrie, de toute l’émotion de ses entrailles et de toute sa puissance de sacrifice.

Un homme, c’est celui qui essaye de se gouverner, non selon ses passions, ses intérêts ou le caprice et la violence d’autrui, mais selon la loi de justice.

Un homme, c’est celui qui sait combattre et souffrir pour tout ce qui est bon, pour tout ce qu’on aime, pour tout ce qu’on adore. C’est celui qui sait haïr le mal et lui faire une guerre sans merci, sachant bien que notre ennemi suprême, le seul au fond, c’est le mal.

Un homme, enfin, c’est celui qui sait mourir; qui comprend que donner sa vie, ce n’est pas la perdre, mais la sauver; c’est pénétrer de l’éphémère dans l’éternel.

* * * * *

Petit soldat, sur le grand champ d’honneur de l’humanité, à ton poste maintenant! Fais de ton mieux: Sois vaillant, sois juste, aie confiance! Tu sers une bonne cause sous un bon chef.

Quand on demandait aux vieux Gaulois ce qu’ils craignaient, ils répondaient avec une ironie superbe: «Nous ne craignons qu’une chose, c’est que le ciel s’écroule!» Si tu es bien pénétré de la valeur inestimable de la vie, ta poitrine deviendra ferme, comme celle de ces rudes aïeux; et quand, sur le chemin du devoir, tu te sentiras trembler devant le péril, quelqu’un qui est plus grand que le ciel et que tout le monde visible te dira: _Ne crains rien; je suis avec toi._

TABLE ANALYTIQUE

CHAPITRE I A LA CONQUÊTE DE L’ÉNERGIE Pages

Vivre c’est la grande affaire. Pour bien vivre, il faut être, avant tout, pourvu d’énergie. Vanité des autres avantages en l’absence de l’énergie. Prééminence de la force morale sur toute autre puissance. Courage physique et vaillance de l’âme. L’énergie morale, objet à la fois de notre admiration et de nos regrets. Elle est ce qui nous manque le plus. 13-24

CHAPITRE II LE PRIX DE LA VIE

Pour se procurer la force morale, il faut aller aux sources où elle se puise. Le but de ce livre est d’indiquer quelques-unes de ces sources. Au premier rang se place l’idée même qu’on se fait de la vie. Le respect de la vie est une source de force. L’homme devient plus ferme à mesure qu’il sent mieux ce qu’il vaut, et qu’il discerne plus clairement son but. Chacun de nous est une espérance de l’humanité, une espérance de Dieu, et notre but est de devenir des puissances pour la justice. Le dogme essentiel est de croire à la vie; l’hérésie capitale consiste à manquer d’espérance. 27-30

CHAPITRE III L’OBÉISSANCE

Pour réaliser le but de la vie, l’obéissance est indispensable. Elle est une autre source de force morale. Malentendus au sujet de l’obéissance. Elle n’est pas l’asservissement: elle est la mère de la liberté. Rôle de la tradition et de l’autorité dans l’initiation à la vie. La Loi, extérieure d’abord, puis intérieure. La liberté consiste à associer sa volonté à la loi qui est au fond des choses. L’obéissance aveugle et le respect de la conscience individuelle. Impersonnalité de la conscience. Servitude volontaire. Elle est la proclamation de la solidarité, et son instrument le plus puissant. La résignation. 39-55

CHAPITRE IV LA SIMPLICITÉ

L’ambition vulgaire a pour objet de se séparer de l’ensemble pour conquérir une place privilégiée. Cette ambition est une source de faiblesse et d’avilissement. Il y a une autre ambition, la seule bonne, qui résulte de la conviction que le progrès de l’homme consiste à devenir meilleur. Celui qui sait cela reste simple. La vraie grandeur pour lui est intérieure. Persuadé que c’est par les racines que nous vient la force, il reste en contact avec le robuste sillon populaire. 59-68

CHAPITRE V LA GARDE INTÉRIEURE

Rôle de la vigilance dans le monde. L’ennemi, c’est tout ce qui affaiblit la vie et nous empêche d’être ce que nous devons être. Fausse sécurité. Le mal en nous; chacun porte en soi de quoi le détruire. Les batailles de l’âme. Leur nécessité. La vigilance augmentée par le sentiment de la responsabilité Nous ne sommes pas seuls en cause. Chacun est le gardien des intérêts du prochain. Le juge intérieur. Hommes de conscience et hommes de galerie. Le recueillement et la prière. Batailles perdues. Les vaincus et les blessés. Clémence et pardon. C’est une force aussi que d’avoir été quelquefois vaincu. 71-83

CHAPITRE VI L’ÉDUCATION HÉROÏQUE

_Nihil mirari._ L’admiration et l’esprit de dénigrement ou de raillerie. Nous vivons de respect, nous périssons par la moquerie: chasse le moqueur! Les héros. Leur rôle de pionniers et d’initiateurs. C’est grâce à l’enthousiasme que leur influence pénètre jusqu’à nous. Puissance de l’exemple. L’héroïsme obscur. Si le pessimisme avait raison, il y a longtemps que la société aurait fait naufrage. Le bien qu’on ignore fait équilibre au mal qu’on ne connaît que trop. Cherchez le bien! 87-99

CHAPITRE VII LES COMMENCEMENTS DIFFICILES

La jeunesse qui souffre. Difficultés d’ordre matériel et spirituel. L’école de misère; ce qu’on y apprend. Ceux qui ont souffert et lutté sont la force du monde. Des dangers que fait courir à la jeunesse une vie trop facile. Pauvreté volontaire. 103-120

CHAPITRE VIII L’EFFORT ET LE TRAVAIL

L’homme craint l’effort comme un ennemi, et c’est son meilleur ami. L’effort n’est pas seulement un signe de vie; mais une source de vie. Le travail. Graves erreurs au sujet du travail. Il ne saurait être considéré exclusivement comme un gagne-pain ou comme une marchandise. Conséquences funestes des idées médiocres qui ont cours sur le travail. Le travail est l’organe par lequel l’homme s’assimile la vie, dans le sens le plus large de ce mot. Celui qui ne travaille pas s’exclut de la vie. Le labeur aimé. _Fac et spera!_ 123-139

CHAPITRE IX LA FIDÉLITÉ

Vies incohérentes: vies perdues. Mettons de l’unité dans notre vie. Le perpétuel assaut que nous livrent les circonstances. Lutte pour la stabilité. L’homme est un voyageur qui convoite une patrie. Caractères sûrs et caractères mobiles. Les virtuoses du changement. Avilissement de la parole humaine. L’honnêteté. Morale du dimanche et morale de tous les jours. Duplicité de l’existence. 143-156

CHAPITRE X LA GAITÉ