Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I
Part 37
[438] La renonciation d’Anne d’Autriche avait été présentée aux états de Castille et d’Aragon, et acceptée par eux. Celle de Marie-Thérèse ne leur fut pas présentée; et c’est une des principales raisons sur lesquelles les casuistes et les jurisconsultes, auxquels Charles II s’adressa, se fondèrent pour décider que les descendants de Marie-Thérèse étaient les héritiers légitimes de la couronne d’Espagne. K.
[439] Les compagnies de mousquetaires de la maison du roi ont été supprimées par Saint-Germain, ministre de la guerre, de 1775 à 1777. Elles ont eu quelques mois d’existence en 1814 et 1815. B.
[440] Cet alinéa fut ajouté dans l’édition de 1752. B.
[441] C’est que Mazarin avait des talents pour la politique extérieure, et qu’il n’avait ni talents ni lumières pour l’administration; c’est qu’un ministre ne peut guère avoir, dans les négociations, d’autres intérêts que ceux du peuple qu’il gouverne; au lieu que, dans le gouvernement intérieur, il peut en avoir de tout opposés; c’est enfin que l’art de négocier ne suppose que certaines qualités de l’esprit et du caractère, communes à tous les pays et à tous les siècles, au lieu que la science de l’administration suppose des principes qui n’existaient pas encore dans le siècle de Mazarin. K.
[442] Chapitres XXV à XXX. B.
[443] Voltaire reparle de cet événement dans son opuscule intitulé: _Les Droits des hommes_: voyez tome XLIV. B.
[444] Voyez ma note, tome XVI, page 35. B.
[445] Jean de Coligni, né à Saligny, le 17 décembre 1617, mort le 16 avril 1686, laissant un fils, Alexandre-Gaspard, qui mourut eu 1694, sans postérité. Jean avait écrit sur les marges d’un missel ses _Mémoires_ ou notes, qui ont été imprimées dans le chapitre VIII des _Contes historiques, par V. D. Musset-Pathay_, Paris, 1826, in-8º. Le prince de Condé, dont il avait été aide-de-camp, y est bien maltraité. B.
[446] En 1666, le 13 septembre. L’incendie dura quatre jours, et consuma treize mille maisons; Voltaire en a parlé tome XVIII, page 334. B.
[447] Tome Iᵉʳ, page 16, édition supposée de La Haye.
[448] Louis de Crévant, marquis puis duc d’Humières, nommé maréchal en 1668, n’assiégea jamais Arras, qui appartenait aux Français depuis 1640; mais, en 1676, il assiégea Aire, dont il se rendit maître le 31 juillet. B.
[449] Ces plans ont été depuis transportés aux Invalides. K.
[450] Sur l’origine du nom de Franche-Comté, voyez tome XXIII, page 191. B.
[451] Jean de Witt avait été, en Hollande, un des premiers et un des meilleurs disciples de Descartes. On a de lui un _Traité des courbes_, ouvrage de sa première jeunesse, rempli de choses ingénieuses et nouvelles, qui annonçaient un véritable géomètre. Il paraît être le premier qui ait imaginé de calculer la probabilité de la vie humaine, et d’employer ce calcul pour déterminer quel denier des rentes viagères répond à un intérêt donné en rentes perpétuelles. K.
[452] Chapitres XXXII et XXXIII. B.
[453] Arthur ou Artus, prince de Galles, fils de Henri VII, roi d’Angleterre, épousa, en 1501, Catherine d’Aragon, et mourut six mois après son mariage, sans l’avoir, dit-on, consommé. Henri VII, pour ne pas rendre la dot, obtint du pape Jules II, le 26 décembre 1503, dispense pour faire épouser à Catherine le nouveau prince de Galles, son beau-frère, Henri, depuis roi sous le nom de Henri VIII. Ce fut sous Clément VII que Henri VIII prétendit que les dispenses de Jules II étaient nulles, etc., et, par suite, se sépara de l’Église romaine: voyez tome XVII, page 286, B.
[454] Il avait épousé Maria de Gonzague, veuve de son frère, avec toutes les dispenses dont pouvait avoir besoin un jésuite cardinal, pour se marier avec sa belle-sœur; et on a prétendu qu’en France il épousa secrètement Marie Mignot, fille d’une blanchisseuse, mais déjà veuve d’un conseiller au parlement de Grenoble, et du second maréchal de L’Hospital. Cette anecdote n’est rien moins que certaine. K.
[455] 25 juin 1669. B.
[456] Voyez les _Anecdotes du Siècle de Louis XIV_, chap. XXVI. K.
[457] On trouve des anecdotes curieuses sur toutes ces négociations, dans les pièces justificatives des _Mémoires de la Grande-Bretagne et de l’Irlande_, par le chevalier Dalrymple. On y voit comment l’argent de Louis XIV gouverna l’Angleterre depuis 1669 jusqu’en 1677; comment il servait à déterminer Charles II à se convertir, et puis à l’engager à différer sa conversion, et qu’il était le contre-poids des autres intérêts qui conduisaient ce roi et ses ministres. Ces détails de corruption sont honteux, mais il est utile que les peuples les connaissent, et que les princes apprennent que ces mystères de la politique sont toujours révélés. Au reste, ces _Mémoires_ prouvent qu’à cette époque Louis XIV avait beaucoup plus de politique que de zèle pour la religion. Après avoir acheté la nation anglaise de Charles II, Louis XIV, peu satisfait de lui, se lia avec les mécontents, et leur fournit également de l’argent contre Charles et contre ce même Jacques, qu’il protégea depuis avec tant d’opiniâtreté. Dalrymple a imprimé la liste de ces pensionnaires du roi de France, avec les sommes données à chacun. On y trouve le nom d’Algernon Sydney, avec une somme qui n’aurait pas suffi pour séduire son secrétaire. Il est vraisemblable, ou que Barillon trompait Louis XIV avec ces listes, comme d’autres gens le trompèrent depuis avec des listes de conversions; ou (ce qui est plus probable encore) que quelque intrigant subalterne trompa Barillon, et garda pour lui-même l’argent qu’il prétendait avoir fait accepter à Sydney. K.
[458] Corwei, en latin _Corbeia nova_, pour la distinguer de _Corbeia vetus_, Corbie, en Picardie. CL.
[459] Voyez chapitre VII, page 360. B.
[460] Il est vrai que depuis on a frappé en Hollande une médaille qu’on a crue être celle de Van-Beuning; mais elle ne porte point de date. Elle représente un combat avec un soleil qui culmine sur la tête des combattants. La légende est: _stetit sol in medio cœli_. Cette médaille, que des particuliers ont fabriquée, n’a été faite que pour la bataille d’Hochstedt, en 1709, à l’occasion de ces deux vers qui coururent alors:
«Alter in egregio nuper certamine Josue Clamavit: Sta, sol gallico! solque stetit.»
Or, Van-Beuning ne s’appelait point Josué, mais Conrad.
[461] L’éditeur des _Œuvres de Voltaire_, en douze volumes in-8º, propose de mettre _fesait la même chose_. Je crois la correction très bonne; mais je ne la trouve dans aucune édition. B.
[462] Voyez page 175. B.
[463] On prononce Ossembrouck; l’_œ_ fait _ou_ chez les Hollandais.
[464] Peu de temps après un de ces archevêques titulaires d’Utrecht, se trouvant par hasard ce qu’on appelait janséniste, se retira dans son diocèse où les jansénistes sont tolérés comme toutes les autres communions chrétiennes. Il se fit élire un successeur par le clergé et le peuple de son Église, suivant l’usage des premiers siècles; ensuite il le sacra. Au moyen de cette précaution, il s’est établi en Hollande une succession d’évêques jansénistes, qui ne sont, à la vérité, reconnus que dans leur Église. K.
[465] Il fut stathouder le premier juillet. Comment La Beaumelle, dans son édition subreptice du _Siècle de Louis XIV_, a-t-il pu dire dans ses notes qu’il ne fut déclaré que capitaine et amiral?
[466] La Beaumelle, dans ses notes, dit: «C’est un être de raison que cette politesse.» Comment cet écrivain ose-t-il démentir ainsi l’Europe?
[467] On avait d’abord tenté d’assassiner le grand pensionnaire dans La Haye; mais il échappa et eut le crédit de faire punir l’assassin. On n’osa condamner son frère à la mort, parceque ses tourments n’avaient pu lui arracher l’aveu d’aucun des crimes qu’on lui avait imputés; on se contenta de le bannir. Ce fut dans le moment où le grand pensionnaire allait délivrer son frère de la prison après ce jugement, que tous deux furent massacrés. Cette mort a répandu sur le nom de Guillaume III un opprobre ineffaçable. K.
[468] Voyez page 380. B.
[469] La Beaumelle dit qu’il fut condamné à une prison perpétuelle. Comment cela pourrait-il être, puisque, l’année suivante, il fut tué au siége de Grave?
[470] Cet usage, qui n’a point été réformé, est ancien, et n’a pu avoir pour origine qu’un enthousiasme exagéré de valeur, et une grande indifférence pour le sort des malheureux bourgeois qu’il dévouait à toutes les horreurs du pillage. Mais depuis que l’art des siéges s’est perfectionné, et qu’on a la précaution de détruire toutes les défenses d’une place avant d’y donner l’assaut, cette condition imposée aux gouverneurs n’est plus regardée que comme une chose de forme; et, de nos jours, un officier qui, prenant une ville d’assaut, la livrerait au pillage, serait aussi déshonoré qu’il l’aurait été dans le siècle dernier pour avoir refusé de servir de second dans un duel. K.
[471] Pendant le cours de cette édition, M. Colini, secrétaire intime et historiographe de l’électeur palatin aujourd’hui régnant, a révoqué en doute l’histoire du cartel par des raisons très spécieuses, énoncées avec beaucoup d’esprit et de sagacité. Il montre très judicieusement que l’électeur Charles-Louis ne put écrire les lettres que Courtilz de Sandras et Ramsay ont imputées à ce prince. Plus d’un historien, en effet, attribue souvent à ses héros des écrits et des harangues de son imagination.
On n’a jamais vu la véritable lettre de l’électeur Charles-Louis, ni la réponse du maréchal de Turenne. Il a seulement toujours passé pour constant que l’électeur, justement outré des ravages et des incendies que Turenne commettait dans son pays, lui proposa un duel par un trompette, nommé Petit-Jean. J’ai vu la maison de Bouillon persuadée de cette anecdote. Le grand-prieur de Vendôme et le maréchal de Villars n’en doutaient pas. Les _Mémoires_ du marquis de Beauvan, contemporain, l’affirment. Cependant il se peut que le duel n’ait pas été expressément proposé dans la lettre amère que l’électeur dit lui-même avoir écrite au prince maréchal de Turenne. Plût à Dieu qu’il fût douteux que le Palatinat ait été embrasé deux fois? Voilà ce qui n’est que trop constant, ce qui est essentiel, et ce qu’on reproche à la mémoire de Louis XIV.
M. Colini reproche à M. le président Hénault d’avoir dit, dans son _Abrégé chronologique_, que le prince de Turenne répondit à ce cartel _avec une modération qui fit honte à l’électeur de cette bravade_. La honte était dans l’incendie, lorsqu’on n’était pas encore en guerre ouverte avec le Palatinat, et ce n’était point une bravade dans un prince justement irrité, de vouloir se battre contre l’auteur de ces cruels excès. L’électeur était très vif; l’esprit de chevalerie n’était pas encore éteint. On voit dans les _Lettres_ de Pellisson que Louis XIV lui-même demanda s’il pouvait en conscience se battre contre l’empereur Léopold.--Cette note fut ajoutée par Voltaire dans l’édition de 1768. Cosme-Alexandre Colini, secrétaire de Voltaire, de 1752 à 1756, mort en 1806, avait publié, en 1767, une _Dissertation historique et critique sur le prétendu cartel envoyé par Charles-Louis, électeur palatin, au vicomte de Turenne_. B.
[472] Voyez tome XVI, page 385.
[473] Voyez, chapitre XXVI (tome XX); et tome XXVIII, page 417. B.
[474] Né en 1611 (voyez page 30), il avait cinquante-sept ans lors de sa conversion. B.
[475] Voyez, dans la _Correspondance_, la lettre au président Hénault, du 8 janvier 1752. B.
[476] Reboulet dit que le marquis de Créqui eut la faiblesse de signer la capitulation: rien n’est plus faux; il aima mieux se laisser prendre à discrétion, et il eut ensuite le bonheur d’échapper. Qu’on lise tous les mémoires du temps; que l’on consulte l’_Abrégé chronologique_ du P. Hénault: «Bois-Jourdain, dit-il, fit la capitulation à l’insu du maréchal, etc.»
[477] Voyez page 8. B.
[478] L’_Art de vérifier les dates_ dit que la ville de Gand fut prise le 9 mars, et que la citadelle capitula le 12. B.
[479] Kintzing, rivière de Souabe, qui se jette dans le Rhin vis-à-vis de Strasbourg. B.
[480] Près d’Augusta, le 22 avril. Ruyter mourut de ses blessures le 29 du même mois. CL.
[481] Duquesne fut mal récompensé parcequ’il était protestant. Louis XIV le lui fit sentir un jour: «Sire, lui répondit Duquesne, quand j’ai combattu pour votre majesté, je n’ai pas songé si elle était d’une autre religion que moi.» Son fils, forcé de s’expatrier après la révocation de l’édit de Nantes, se retira en Suisse, où il acheta la terre d’Eaubonne. Il y porta le corps de son père, qu’il avait été obligé de faire enterrer en secret.
On lit sur son tombeau:
«La Hollande a fait ériger un mausolée à Ruyter, et la France a refusé un peu de cendre à son vainqueur.» K.
[482] Dans ses remarques sur _Horace_, tome XXXV, page 158, Voltaire dit qu’on donna à Corneille le nom de _grand_, «non seulement pour le distinguer de son frère, mais du reste des hommes.» B.
[483] Dans la compilation intitulée: _Mémoires de madame de Maintenon_, on trouve, tome III, page 23, ces mots: «Les réunions des chambres de Metz et de Besançon.» Nous avons cru d’abord qu’il y avait eu une chambre de Besançon réunie à celle de Metz. Nous avons consulté tous les auteurs, nous avons trouvé que jamais il n’y eut à Besançon de chambre instituée pour juger quelles terres voisines pouvaient appartenir à la France. Il n’y eut, en 1680, que le conseil de Brisach et celui de Metz chargés de réunir à la France les terres qu’on croyait démembrées de l’Alsace et des Trois-Évêchés. Ce fut le parlement de Besançon qui réunit pour quelque temps Montbeillard à la France.
[484] On a prétendu que ce fut alors que le prince d’Orange, depuis roi d’Angleterre, dit publiquement: «Je n’ai pu avoir son amitié, je mériterai son estime.» Ce mot a été recueilli par plusieurs personnes, et l’abbé de Choisi le place vers l’année 1672. Il peut mériter quelque attention, parcequ’il annonçait de loin les ligues que forma Guillaume contre Louis XIV; mais il n’est pas vrai que ce fût à la paix de Nimègue que le prince d’Orange ait parlé ainsi; il est encore moins vrai que Louis XIV eût écrit à ce prince: «Vous me demandez mon amitié, je vous l’accorderai quand vous en serez digne.» On ne s’exprime ainsi qu’avec son vassal: on ne se sert point d’expressions si insultantes envers un prince avec qui on fait un traité. Cette lettre ne se trouve que dans la compilation des _Mémoires de Maintenon_; et nous apprenons que ces _Mémoires_ sont décriés par le grand nombre d’infidélités qu’ils renferment.
[485] Cet appareil est plus effrayant que l’effet n’en est terrible. Les bombes sont mal ajustées; les bâtiments qui les portent manœuvrent mal, sont aisément désemparés, le feu y prend fréquemment, et les frais de ces armements excèdent de beaucoup le dommage qu’ils peuvent causer. On prétend que le dey d’Alger ayant su ce que l’expédition de Duquesne avait coûté à Louis XIV: «Il n’avait qu’à m’en donner la moitié, dit-il, j’aurais brûlé la ville tout entière.» K.
[486] Voyez les étranges particularités du siége de Vienne, dans l’_Essai sur les mœurs_ (tome XVIII, p. 432); et dans les _Annales de l’empire_ (tome XXIII, page 640).
[487] Léopold ne vit Sobieski qu’à cheval et en pleine campagne. Il avait délibéré sur l’étiquette qu’il devait observer avec son libérateur; et ayant assemblé son conseil, il demanda comment un empereur devait recevoir un roi électif: «A bras ouverts, s’il a sauvé l’empire,» répondit le duc de Lorraine. Il fut le seul de son avis. K.
[488] Dans l’_Essai sur les mœurs_ (tome XVII, page 508).
[489] Le bombardement de Gênes est du mois de mai. B.
[490] L’édition encadrée de 1775, et, d’après elle, les éditions de Kehl, disent _quatorze mille_. Dans les éditions antérieures à 1775, on lit _quatre mille_. B.
[491] 15 mai 1685. B.
[492] 28 septembre 1684. De nouveaux ambassadeurs de Siam arrivèrent à Paris en juillet 1686. B.
[493] Le P. Dorléans a publié une _Histoire de M. Constance_, 1692, in-12. Une autre _Histoire de M. Constance, par Deslandes_, a été imprimée en 1756, petit in-8º. B.
[494] Il est singulier que des ministres osent porter leur mépris pour leur maître jusqu’à lui faire dire que _c’est à lui de servir d’exemple_; et cet exemple était celui de favoriser chez un de ses voisins la contrebande, qu’il réprimait dans ses états par un code barbare, et de protéger contre les lois les voleurs et les assassins. K.
[495] Joseph Clément: voyez, tome XXIII, page 24. B.
[496] Tome XX, chap. XXXVI, du calvinisme. B.
[497] On trouve, dans la compilation des _Mémoires de Maintenon_, au tome III, chapitre IV, intitulé: _Du roi et de la reine d’Angleterre_, un tissu étrange de faussetés. Il y est dit que les jurisconsultes proposèrent cette question: «Un peuple a-t-il le droit de se révolter contre l’autorité qui veut le forcer à croire?» Ce fut précisément le contraire. On s’opposa en Angleterre à la tolérance du roi pour la communion romaine. On agita cette question: «Si le roi pouvait dispenser du serment du test ceux qu’il admettait aux emplois?»
Le même auteur dit que le pape Innocent XI donna au prince d’Orange deux cent mille ducats pour aller détruire la religion catholique en Angleterre.
Le même auteur, avec la même témérité, prétend qu’Innocent XI fit dire des milliers de messes pour l’heureux succès du prince d’Orange. Il est reconnu que ce pape favorisa la ligue d’Augsbourg; mais il ne fit jamais de démarches si ridicules et si contraires aux bienséances de sa dignité. L’envoyé d’Espagne à La Haye fit des prières publiques pour l’heureux succès de la flotte hollandaise. M. d’Avaux le manda au roi.
Le même auteur fait entendre que le comte d’Avaux corrompait des membres de l’état: il se trompe, c’est le comte d’Estrades. Il se trompe encore sur le temps; c’était vingt-quatre ans auparavant. Voyez la lettre de M. d’Estrades à M. de Lyonne, du 17 septembre 1665.
Le même auteur ose citer l’évêque Burnet, et lui fait dire, pour exprimer un vice du prince d’Orange, que ce prince n’aimait que _les portes de derrière_. Il n’y a pas un mot dans toute l’histoire de Burnet qui ait le moindre rapport à cette expression si basse et si indigne de l’histoire. Et si quelque feseur d’anecdotes avait jamais prétendu que l’évêque Burnet eût laissé échapper dans la conversation un mot aussi indécent, ce témoignage obscur ne pourrait prévaloir contre une histoire authentique.
[498] L’auteur des _Mémoires de Maintenon_ avance que le prince d’Orange, voyant que les États-Généraux refusaient des fonds, entra dans l’assemblée, et dit ces mots: «Messieurs, il y aura guerre au printemps prochain, et je demande qu’on enregistre cette prédiction.» Il cite le comte d’Avaux.
Il dit que ce ministre pénétrait toutes les mesures du prince d’Orange. Il est difficile d’entasser plus mal plus de faussetés. Les neuf mille matelots étaient prêts dès l’an 1687. Le comte d’Avaux ne dit pas un mot du prétendu discours du prince d’Orange. Il ne soupçonna le dessein de ce prince que le 20 mai 1688. Voyez sa lettre au roi, du 20 mai.
[499] On peut consulter sur ces détails les _Mémoires du chevalier Dalrymple_ déjà cités. Nous n’en rapporterons ici qu’une anecdote. Jacques, qui, sous le règne de son frère, l’avait empêché de faire grace au lord Russel, appela auprès de lui le vieux comte de Bedford, père de Russel, et le conjura d’employer en sa faveur son crédit sur les pairs. «Sire, j’avais un fils, répondit le comte, il aurait pu vous servir.» K.
[500] Voyez les _Lettres de madame de Sévigné_, et les _Mémoires de madame de La Fayette_, etc.
[501] On attribue le même propos à Charles II. «Mon frère, disait-il, perdra trois royaumes pour une messe, et le paradis pour une fille.» On fit cette chanson, attribuée à Fontenelle:
Quand je veux rimer à Guillaume, Je trouve aisément un royaume Qu’il a su mettre sous ses lois; Mais quand je veux rimer à Jacques, J’ai beau rêver, mordre mes doigts, Je trouve qu’il a fait ses pâques. K.
[502] Sur les écrouelles, voyez tome XVI, page 41; tome XXVIII, page 528; et, dans la _Correspondance_, la lettre de Frédéric II, du 27 juillet 1775. B.
[503] Le _Mercure_ de 1753, juin, premier volume, contient, page 140, une _Lettre à M. de Voltaire, sur son Histoire de Louis XIV, par M***_. L’auteur de cette _Lettre_, qui, dans la guerre d’Irlande, combattit contre Guillaume, après quelques détails sur différents combats, demande à Voltaire comment il a «pu dire que les Irlandais s’étaient toujours mal battus chez eux.» B.
[504] On lisait dans les premières éditions, «la supériorité que les blancs ont sur les nègres.» M. de Voltaire effaça cette expression injurieuse. L’état presque sauvage où était l’Irlande lorsqu’elle fut conquise, la superstition, l’oppression exercée par les Anglais, le fanatisme religieux qui divise les Irlandais en deux nations ennemies; telles sont les causes qui ont retenu ce peuple dans l’abaissement et dans la faiblesse. Les haines religieuses se sont assoupies, et il a repris sa liberté. Les Irlandais ne le cèdent plus aux Anglais, ni en industrie, ni en lumières, ni en courage. K.--L’édition de Berlin, 1751, deux volumes petit in-12, est la seule dans laquelle on lise: «Les Anglais ont toujours eu sur les Irlandais cette espèce de supériorité que les hommes blancs ont sur les nègres.» Les éditions de 1752 ont le texte actuel. B.
[505] Les nouveaux _Mémoires de Berwick_ disent le contraire; mais plusieurs historiens, et entre autres le chevalier Dalrymple, sont d’accord avec M. de Voltaire. Schomberg, qui avait quitté le service de France à cause de sa religion, combattit les troupes françaises à la tête des réfugiés français. Blessé mortellement, il criait aux troupes qui passaient devant lui: «A la gloire, mes amis! à la gloire!» Ces troupes ayant été mises en désordre, Callemotte, qui remplaçait Schomberg, les rallia, et leur montrant les régiments français: «Messieurs, voilà vos persécuteurs.» Ainsi les dragonnades furent une des principales causes de la perte de la bataille de la Boyne, et de l’oppression des catholiques dans les trois royaumes. K.
[506] On nie ce fait dans les _Mémoires de Berwick_, et Dalrymple n’en parle point. On peut voir, dans ce dernier historien, les détails de la conduite de Guillaume, qui fut politique et dur, beaucoup plus que généreux. K.
[507] La bataille de La Hogue est du 29 mai. B.
[508] Tourville avait ordre de combattre, et ce fut lui qui attaqua la flotte anglaise. Seignelai lui avait reproché de n’avoir pas osé, l’année précédente, aller brûler les vaisseaux anglais dans leurs ports, après la défaite de leur flotte. Tourville parut regarder ce reproche comme un soupçon sur sa bravoure. «Vous ne m’avez pas entendu, répliqua le ministre; il y a des hommes qui sont braves de cœur et poltrons de tête.»
Russel, qui commandait la flotte anglaise, avait une correspondance secrète avec Jacques. Lui, Marlborough, plusieurs chefs du parti populaire, avaient formé le projet de rétablir Jacques, en lui imposant des conditions encore plus dures que celles qu’ils avaient forcé le prince d’Orange d’accepter. Russel avait écrit à Jacques de remettre la descente à l’hiver, et surtout d’éviter que la flotte française n’attaquât la sienne; qu’il le connaissait incapable de sacrifier à aucun intérêt l’honneur du pavillon britannique. Jacques avait encore d’autres intelligences dans la flotte.
On a prétendu que Russel, voyant qu’on le forçait à combattre, déconcerta ces intelligences en changeant les capitaines suspects la veille de l’action. Dalrymple rapporte, au contraire, qu’on en donna le conseil au prince d’Orange, mais qu’il prit le parti de faire écrire par la reine à Russel qu’on avait cherché à lui donner des soupçons sur la fidélité de plusieurs officiers, et proposé de les changer, mais qu’elle ne ferait aucun changement, regardant ces imputations comme l’ouvrage de ses ennemis et des leurs. Russel lut publiquement la lettre, et tous jurèrent de mourir pour leur reine et pour leur patrie.