Part 8
Pour les grands plats, le meilleur système est de les appliquer le dessus contre la paroi de la caisse sans autre protection que leur enveloppe de papier. Ils font ainsi une sorte de muraille soutenue par les autres pièces, et ne courent pas le risque d’être fendus par les secousses du transport, parce qu’ils sont appuyés également sur toute leur circonférence.
Les compotiers de dessert, coupes, assiettes à pied, etc., sont mis en place d’après le même procédé, c’est-à-dire couchés dans l’emballage, rentrant les uns dans les autres, mais avec les centres sur la même ligne.
De plus, pour tout objet ayant la forme «coupe», qu’il s’agisse d’un verre à pied ou d’une coupe à fruits, il faut entourer le pied d’une jarretière, ou plutôt d’un bandeau fait avec du varech roulé dans du papier.
S’il y a des anses ou des ornements très en saillie, on prendra pour ceux-là la même précaution.
Tout ce qui a forme de jatte peut contenir de petits objets, coquetiers, salières, tous enveloppés largement de papier comme j’ai dit plus haut.
Pour les pièces à couvercles, telles que soupières, légumiers, etc., on retourne le couvercle, le bouton en dedans après l’avoir enveloppé.
Ces grosses pièces, très encombrantes, sont difficiles à caser et font le désespoir des emballeurs. Sous leurs flancs s’ouvrent des gouffres qu’il faut remplir avec toutes sortes de petites pièces de détail, enveloppées de papier et entortillées de varech: les bols, tasses à thé, à café ordinaires, etc., trouvent là une place tout indiquée.
Pour les services à thé et à café très fins, il est préférable d’avoir une caisse spéciale, car il est très fâcheux d’exposer à être dépareillés des ensembles de grande valeur.
A mesure que la caisse se remplit, on prodigue les poignées de varech; il ne faut pas y mettre d’économie!
On insère la main pour chercher et découvrir les vides, on comble ici, on débourre là, on tâte pour s’assurer que rien ne cloche, ne touche, ne remue.
Enfin, on étend le dernier matelas de varech, on _pose_ sur la caisse les planches qui serviront à la couvrir, on les cloue, après avoir pris soin de les marquer comme il a été dit plus haut, et l’on passe à une autre.
Celle-ci sera dévolue aux cristaux.
La tâche est moins fatigante que la précédente, mais bien délicate aussi. Nous y appliquerons toutes les indications déjà données et qu’il est superflu de répéter: mise des pièces lourdes, carafes, cruches, jattes, etc., au fond, emballage des pieds de verres, etc.
Il faut, en préparant la couche du fond, _la monter_ de façon à ce que sa surface, bien et dûment garnie de varech, présente un matelas aussi plan que possible.
Sur ce matelas on range, couchés, les verres de même calibre, en alternant pied à tête, et en réservant les plus petits pour le dessus.
La caisse des cristaux demande un emballage plus élastique, moins tassé que celui des faïences; les pièces n’étant pas lourdes sont moins sujettes à se verser les unes sur les autres pendant les transports.
Il est bien entendu qu’il ne faut laisser entrer dans la caisse aucun objet dur ou pesant.
Les bronzes demandent un emballage très soigné, car ils sont sujets à bien des avaries. Le moindre contact avec un objet aigu ou rugueux les raie, la moindre pesée sur eux les gauchit ou plus souvent les brise net. Enfin, leur poids, très considérable par rapport à leur volume, les pousse à des trajets dans l’emballage, fort dommageables à eux-mêmes et à leurs voisins.
Ils doivent donc, d’une part, être emballés très serrés, de l’autre, comme je l’ai dit plus haut, on ne peut les traiter qu’avec de grandes précautions.
A mon avis, il vaut mieux ne faire de caisses mélangées que pour les petits bronzes; pour ceux d’une certaine importance comme les lustres, les statuettes, les pendules, si l’on ne craint pas la dépense, on a recours à l’emballage à _coussinets_, c’est-à-dire que la pièce placée dans une caisse construite pour elle y est maintenue sans aucun emballage, par un système de taquets, de coins, de chevilles, qui lui interdisent tout mouvement.
C’est la perfection, évidemment, quand la chose est faite par un bon spécialiste; mais, parmi mes lectrices, il en est certainement qui habitent des châteaux à la campagne, loin des grands centres, ou bien des petites villes où les ouvriers fins sont introuvables. Je vais donc leur indiquer des manières de s’y prendre, qui, au moins, auront l’avantage d’être applicables en tous pays et en tous lieux.
Voici, à emballer, un lustre, des torchères ou appliques, un bronze, la Diane de Gabies, si vous voulez, et une pendule. A tout seigneur tout honneur; commençons par le lustre.
Il est certainement démontable, tous les lustres se démontent.
Les bobèches à pendeloques ont trouvé place dans la caisse aux cristaux, les bobèches de cuivre sont enfilées dans un cordon et mises de côté.
On dévisse les branches, la tige, les ornements. A mesure que cette opération s’accomplit, Madame ou Monsieur qui y préside fait mettre dans un petit sac les écrous, vis, chevilles, etc.
Quand ils sont tous réunis, on lie le sac pour bien fermer et on l’attache à la tige; chaque pièce du lustre est alors enveloppée, d’abord de papier fin--les patrons de journaux de modes sont très bons en pareil cas,--puis de papier plus fort; on fait enfin l’emballage en caisse avec les précautions indiquées plus haut pour les faïences.
Passons à la statuette.
On l’enveloppe d’abord de papier fin. Ensuite on l’emmaillotte de vieux linge, en entourant les jambes, les bras, la tête. Quand elle est couverte partout, qu’on ne voit plus du tout le bronze, on la couche sur un épais matelas de varech, placé sur une feuille de fort papier d’emballage; on la recouvre de varech, on plie le papier comme pour un paquet bien serré, on ficelle, et on met en sûreté le précieux colis.
Le procédé est le même pour les pendules, seulement il faut enlever doucement le balancier. On l’enveloppe de papier, en le maintenant par une lame de carton pour lui éviter d’être faussé, on lie à ce petit paquet la clé attachée avec une ficelle, et on place le tout contre le dessous du socle. Si la pendule a des détails fragiles ou très en saillie, il faut les protéger avec des coussinets de papier froissé, insérés partout où il y a un vide. On termine l’emballage comme il a été dit pour la statuette. Les déménageurs placent ce genre de paquets dans le bas des bahuts en les entourant de couvertures.
Les coupes de marbre, les grosses potiches, les grandes lampes, les bustes, rentrent dans cette série d’objets à emporter _hors caisse_.
On peut résumer leur emballage en ces deux points: défendre leur surface contre les contacts dangereux, les préserver par une couche protectrice suffisamment épaisse des accidents, des chutes et des heurts.
Pour les bibelots de prix, s’ils sont de très grande valeur, un emballage spécial est tout indiqué; s’ils sont de valeur moyenne, tout ce qui a été dit pour l’emballage des porcelaines et cristaux leur est applicable.
J’y ajouterai cependant quelques réflexions supplémentaires.
Beaucoup de ces pièces, dont l’antiquité est le principal mérite, sont fendues et d’un émail friable, il leur faut donc plus de soins qu’aux pièces modernes plus résistantes.
Le papier d’emballage sera plus fin et même recouvert d’un second.
En pratiquant le tassement nécessaire, on ira d’une main ménagère de ses efforts; enfin on fera la couche de varech plus épaisse et plus moelleuse, sans oublier cependant qu’un emballage trop souple expose les pièces à se fendre.
* * * * *
C’est «Monsieur» qui se réserve d’ordinaire la lourde tâche d’emballer sa bibliothèque, ses gravures, ses collections de bibelots curieux: médailles, miniatures, armes, etc.
Mais, comme bien souvent il est trop occupé par le service qu’il va prendre, par des voyages, des affaires, des tracas de toutes sortes, c’est sur «Madame» que retombe presque tout entier le soin de ces précieux trésors. Nous allons donc bravement nous supposer devant quelques milliers de volumes, plus le contenu d’un certain nombre de vitrines et de cartons et un amoncellement d’objets de toutes tailles et de toutes formes détachés des murs.
Commençons par eux, pour déblayer. Les bibelots de prix ont presque tous leur écrin, leur étui ou leur carton. On enveloppera ceux-ci de papier, _chacun_ séparément. On réunit dans les coffrets, les boîtes, en un mot tout ce qui est «contenant», tous les petits objets enveloppés de papier fin, chacun séparément aussi.
Disons une fois pour toutes et pour n’y plus revenir que cette condition d’envelopper de papier fin chaque objet est la première nécessité de tout emballage bien fait. Elle évite les rayures, les cassures, les ballotages et le glissement dans les coins.
On suivra encore la loi qui défend de mettre ensemble, dans la même boîte, des objets lourds et des objets menus ou fragiles.
Les boîtes remplies, on les bourre de papier chiffonné pour immobiliser leur contenu, on les enveloppe largement pour qu’elles ne risquent pas de s’ouvrir.
Les cristaux, les biscuits, les porcelaines, les terres cuites de trop petites dimensions ou de sortes trop fines pour avoir pu trouver place dans les grandes caisses, sont emballés dans des boîtes à couvercle avec les mêmes soins généraux pris pour les pièces considérables: protection des anses et des ornements, bourrelets autour des pieds et des cols. Les bijoux anciens, montres, boucles, objets de curiosité, enveloppés de papier fin, sont mis entre des couches d’ouate dans des boîtes fermées.
Les armes ont presque toujours une caisse qui leur est attribuée, avec des aménagements particuliers. Elles y sont d’ailleurs généralement renfermées par leur propriétaire.
Toutes ces boîtes, écrins, étuis, etc., seront mis dans un ou plusieurs coffres de dimensions moyennes, établis solidement et fermant par de bonnes serrures. Il y a des personnes qui préfèrent voir leurs objets précieux casés, soit en boîtes, soit simplement emballés, dans les tiroirs des bahuts, armoires, etc.
Cette combinaison a de graves inconvénients. D’abord elle surcharge les meubles, et elle augmente la difficulté de leur maniement; ensuite, et, c’est là son plus sérieux défaut, elle permet les larcins de toutes sortes, car, lorsque l’on dégarnit la voiture de son contenu, le déménageur, pressé d’en finir, tend toutes les boîtes et paquets à toutes les mains qui se présentent, et dans le nombre il peut y en avoir beaucoup d’infidèles ou de négligentes.
Un coffre est plus commode à surveiller et on peut le faire transporter immédiatement dans la pièce où l’on garde sous clé les caisses contenant les objets de prix.
Voici donc tous les bibelots partis et en sûreté. Avant de passer aux livres, occupons-nous des cartons de dessins, gravures, etc.
Les déménageurs ne manquent pas de vous dire: «Donnez-moi ça, madame; tout comme ça est, c’est bien bon! je le caserai derrière les bahuts, il ne lui arrivera rien!»
Non assurément, si ce n’est «rien» que des plis, des déchirures, des froissements, des coulées de poussière, des promenades d’insectes, etc.
Les cartons de gravures, dessins, aquarelles, cartes géographiques, en un mot tout ce qui contient de grandes feuilles, doivent être visités avec soin pour s’assurer que tout y est en bon état et bien à plat, sans plis ni rides, puis enveloppés dans un papier brun assez fort et ficelés en croix avec une cordelette. Si les parois du carton sont flexibles, il faut l’insérer entre deux planchettes pour l’empêcher de faire «ventre».
Je ne parlerai point des tableaux, qui sont confiés généralement aux soins du déménageur et se transportent comme les glaces entre matelas et couvertures.
D’ailleurs, les tableaux de prix ont toujours leur caisse propre, et une fois en caisse ils ne risquent rien.
Les livres! Le plus long, le plus minutieux, le plus fatigant des emballages. Il offre cependant une compensation; avec lui on ne craint pas la «casse», ce qui ne veut pas dire qu’on n’ait pas de précautions à prendre.
On fait apporter sur une table ou par terre les livres à emballer, ceux dont les reliures sont fines, bien enveloppés de papier.
Il est bon de ne point mélanger les livres rares ou précieux avec le reste de la bibliothèque. On les traite un peu en joyaux et on les installe dans des caisses moins grandes et plus soignées.
Pour bien faire une caisse de livres, il ne faut pas, comme on pourrait le croire, procéder par couches horizontales d’un volume d’épaisseur, mais bien par _piles_ du même calibre de bas en haut. Pour dresser ces piles on posera alternativement les volumes, dos sur tranche. En effet, si on mettait tous les dos du même côté, leur épaisseur forcément plus considérable que celle de la tranche ferait la pile plus haute dans un sens que dans l’autre.
Pour remplir les intervalles qui existent parfois entre les piles, on insère des volumes brochés, qui servent de matelas, mais en faisant cette opération, on a soin de _conduire_ le volume avec la main posée sur les plats jusqu’à ce qu’il soit bien en place, car on risque fort de retrousser et de froisser des pages.
La caisse de livres, quand celle est bien faite, ne doit présenter aucun vide, grand ou petit.
On rabat sur le dessus les feuilles de papier dont on l’a garnie, car jamais les livres ne doivent être en contact avec le bois des parois, et on la termine comme toutes les autres, par un couvercle de planches.
* * * * *
On a maintenant beaucoup moins de linge qu’autrefois, et il est beaucoup plus fin, ce qui simplifie son transport; aussi a-t-on adopté pour cet usage de grands paniers solides et bien clos, faciles à remplir et à vider.
Cependant, si la famille est très nombreuse en maîtres et serviteurs, il y a forcément de grands approvisionnements en linge de table et de maison, rideaux, couvertures, etc. Toutes ces pièces doivent être mises en ballots, car les paniers ordinaires ne seraient pas assez résistants, et ces ballots sont d’ailleurs fort utiles pour caler les meubles dans la voiture.
La confection d’un ballot de linge n’est pas chose aussi facile qu’on le croirait tout d’abord. Il ne suffit pas en effet de poser l’une à côté de l’autre des piles de pièces qui laissent entre elles des crevasses, font effondrer le ballot quand on l’ouvre et, pendant le trajet, prennent de mauvais plis.
Un ballot de linge bien fait doit présenter un bloc rectangulaire très compact et assez solide pour ne subir aucune déformation même par les bousculades les plus vigoureuses.
Voici comment on arrive à ce résultat.
On a fait apporter d’avance tout le linge qui doit y entrer, repassé et plié, cela va sans dire.
On a fait étendre sur une table une serpillière assez grande pour envelopper tout le ballot. Sur cette serpillière, on place un vieux drap plié en deux, on le pose bien au milieu. Sur le milieu encore de ce drap, on étend un torchon de dimensions moyennes, 80 × 90 centimètres; c’est lui qui va nous donner la base de notre édifice.
Si le ballot ne doit contenir que des draps, la tâche est fort simplifiée, car il suffit de les poser bien carrément l’un sur l’autre, en ayant soin de mettre le pli tantôt à droite, tantôt à gauche. Sans cette précaution, tous les gros plis étant du même côté, le ballot s’affaisserait du côté opposé.
S’il s’agit de serviettes, torchons, etc., c’est beaucoup plus compliqué.
Vous prenez comme base du ballot une paire de draps que l’on a pliée de façon à ce que ses dimensions répondent à la longueur d’une serviette par exemple, dans un sens, sur une largeur des deux tiers dans l’autre.
Sur ce rectangle on bâtit alors son bloc de linge en entre-croisant les pièces. Serviettes, torchons, tabliers, restent pliés dans le sens long, mais sont posés de manière à ce que deux couches successives soient en travers l’une de l’autre.
Me suis-je bien fait comprendre?
Désignons notre rectangle de base par les chiffres ABCD;--AB en haut.
Dans la couche 1 les pièces iront d’A à B, de C à D.
Dans la couche 2, leur plus long pli ira d’A à C, de B à D, et ainsi de suite alternativement jusqu’à ce que le bloc de linge ait atteint 60 à 80 centimètres de hauteur.
Pendant cette opération, on a eu le plus grand soin de maintenir les parois extérieures bien carrées, de sorte que le rectangle du dessus soit absolument égal à celui du dessous.
Il ne reste plus qu’à étendre un second torchon par dessus le bloc, à ramener les côtés du drap d’enveloppe, à les épingler en formant des plis réguliers comme ceux d’un paquet bien fait. On rabat alors la serpillière, et on la coud solidement en une ligne droite sur le dessus du paquet.
Il faut, pour cette opération, qui importe beaucoup à la solidité du ballot, avoir serré bien également la serpillière; il est bon même de l’épingler avant de la coudre.
La première épingle doit être posée au milieu, les autres se suivre de part et d’autre de ce milieu; faute de cette précaution, on s’expose à voir un ballot déjeté d’un côté. Enfin, en cousant, il faut bien prendre garde que l’aiguille ne pénètre pas jusqu’au linge de l’intérieur.
La couture finie, on parachève le ballot en lui faisant des «oreilles», opération qui réclame une poigne masculine, ou du moins telle.
Il faut se mettre à deux pour bien faire une oreille de ballot. L’un tire le coin de la serpillière, l’autre avec une cordelette la serre, l’étrangle aussi près que possible de la pile de linge, et noue d’un nœud solide.
Cette opération, répétée aux huit coins bien carrément (ceci est de rigueur), vous donne un ballot qui peut braver toutes les aventures et fait le bonheur des hommes d’équipe et des déménageurs, parce qu’il est facile à saisir par les «oreilles» et ne se verse pas dans tous les sens comme fait le ballot simplement cordé.
Nous voici arrivés aux malles.
Peu de personnes savent faire une malle vite et bien. C’est un art qui a ses principes; les voici à la file.
1º Les objets lourds, livres, coffrets, bibelots, chaussures, doivent toujours occuper le fond de la caisse.
2º Il ne faut jamais mettre, à même le linge et les effets, des objets fragiles, sous prétexte qu’ils sont protégés par les plis d’étoffe. Le mouvement de transport tasse le linge, et flacons, porcelaines, etc., se promènent au grand détriment de ce qui les entoure.
3º L’emballage doit toujours procéder du plus lourd et du moins fragile au plus léger. En effet, les malles ayant un dessus, on est presque sûr d’éviter le renversement.
4º On ne doit jamais mettre ensemble du linge propre et du linge sale; le linge sale doit avoir un sac épais en coutil qui lui est réservé rigoureusement.
5º Le «tassement» étant l’ennemi juré de tous les emballages, une malle ne doit jamais présenter de vide. Si pour une raison ou une autre, soit à l’aller, soit au retour, elle ne pouvait être remplie, il faut combler les intervalles avec du papier chiffonné, du varech, des menus copeaux d’emballage enveloppés dans des serviettes, en un mot pouvoir dire comme Macbeth:
_There is the full!_
Les valises, sacs de nuit, etc., doivent être réservés à vide pour le dernier moment. Les objets oubliés ou forcément gardés jusque-là y trouveront place.
La batterie de cuisine, c’est-à-dire tous les ustensiles qui ne rentrent pas dans la série des cristaux et faïences, ne demande point d’emballage particulier.
Elle fait partie de cette foule d’objets que comporte la tenue d’un ménage, et dont les hommes chargés de caser le mobilier dans la grande voiture trouvent la place un peu partout: dans les bas d’armoires, entre les pieds des chaises, etc. Les très petits ustensiles, couteaux, cuillères, aiguilles à larder, roulettes, etc., doivent être réunis en un seul paquet solidement ficelé; autrement ils courent grand risque de s’égarer.
L’emballage des plantes vertes, palmiers, dracenas, etc., est assez difficile.
Quand ils peuvent être installés dans la voiture même, il n’y a rien de mieux.
Quand, faute de place, on doit les envoyer par wagon, on charge un jardinier de les arranger; si on n’a pas de jardinier, on s’y prend ainsi pour l’emballage:
On garnit de papier fort le fond d’un panier de saule assez grand pour que les racines ne soient pas froissées, on enlève la plante avec sa motte--ceci est indispensable--du vase qui la contient, on la place bien d’aplomb dans le panier.
Quand les feuilles peuvent être ramenées le long du tronc, toujours vers le haut, on les lie _sans serrer_, puis on abrite sous une sorte de hutte bâtie avec des tiges de saule plantées sur le tour du panier et liées en haut.
S’il fait très froid on couvre d’une serpillière.
En ce qui concerne le transport des colis précieux, les opinions sont très partagées et je ne saurais prendre un parti.
Faut-il les laisser dans la grande voiture, faut-il les emporter avec soi?
Les risques selon moi sont égaux de part et d’autre, et je me demande s’il n’est pas plus dangereux de les traîner dans les hôtels que de les laisser sous la protection des scellés plombés?
Je n’ai point à m’occuper du transport de la cave. Les vins fins sont emportés en caisses ou en paniers, les bouteilles vides sont l’affaire des déménageurs. Souvent, pour ne pas s’encombrer, on préfère les vendre sur place; il en est de même des provisions de bois, de charbon, de pommes de terre, etc.
Mais ces provisions trouvent un excellent emploi chez les voisins pauvres ou les institutions charitables. Il faut penser à prévenir à l’avance ceux qui doivent profiter de ces largesses, car à peine les maîtres ont-ils quitté la maison qu’elle est livrée à une horde de pilleurs d’épaves.
C’est une rude besogne que celle des derniers jours. Du moment où la colossale masse de la voiture s’est arrêtée devant votre porte, vous n’avez plus une minute de répit. Il faudrait être partout à la fois, répondre à vingt personnes en même temps.
On se partage, quand on peut, les divers postes. «Monsieur» ne quitte pas la voiture, gouffre béant où viennent s’entasser tous les meubles, et en même temps surveille les amateurs, habitués du pavé, prêts à profiter d’un moment d’inadvertance pour enlever meubles ou colis. J’ai vu un jeune ménage perdre ainsi un merveilleux paravent, présent de noce, peint de la main des fées; il n’est pas encore consolé!
«Madame» dirige les hommes pour l’enlèvement des meubles, le choix de ce qui doit être mis dans la voiture, etc.
C’est là qu’il faut déployer une vigilance et une fermeté de général en chef, car, sous prétexte d’aider, parents et domestiques font tourner la tête aux malheureux déménageurs: «Emportez ceci! Non! cela d’abord! Montez! Descendez! On a oublié ce paquet! On a laissé cette malle!» etc. Il ne faut pas une médiocre habileté pour réduire à un silence relatif toutes ces bonnes volontés tapageuses.
Les bébés sont en pareil cas toujours mis à l’abri dans quelque maison amie. Au-dessus de dix ans, petit garçon ou petite fille, bien dressés, intelligents, actifs et adroits, peuvent être d’un grand secours à «maman» pour les commissions, l’aide de détail, et même un peu de surveillance.
Sur le carnet de déménagement ont dû être inscrits le nombre des ballots, celui des malles, valises, paniers, etc., en un mot tous les renseignements concernant cette grandiose et difficile opération; heures des trains, adresses d’hôtels, de fournisseurs, de serviteurs, etc., y doivent également trouver place, comme aussi le compte des dépenses pour les quelques jours que dure le bouleversement.
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Le déballage des caisses n’est pas une opération indifférente qu’on puisse faire à la hâte, sans précautions. Il peut s’y produire au moins autant de malheurs que dans l’emballage, le transport, la confusion des matériaux, l’envahissement de toutes les places disponibles par les pièces déballées offrant de nombreuses causes d’accidents.