Structure de l'Algérie

Part 11

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Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de Meseta sud oranaise, grâce au décapage énergique de torrents telliens, il a donc été possible aux géologues de repérer avec une grande exactitude la limite nord du Horst algérien. On la suit sans hésitation possible depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est jalonnée par Oudjda, Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise terminale, les villages de Lamoricière, de Chanzy, la plaine d’Eghris dominée par Mascara, Prévost- Paradol. C’est le front du môle sur lequel ont déferlé les plis de l’Atlas tellien. Quand on essaie de se reconnaître dans la structure de l’Algérie, une ligne pareille a une importance de tout à fait premier ordre. Il est absurde qu’on n’en parle jamais (fig. 29).

_L’extrémité orientale du Horst._ — Partout ailleurs sur le pourtour du Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une incertitude sur les limites précises. En particulier dans le coin nord-est du Hodna.

L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, hors la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact direct l’un avec l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est en particulier l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines constantinoises dans le bassin de la Seybouse.

MM. Joly et Joleaud[126] sont d’opinion un peu différente. Dans cette même région, qu’ils connaissent bien, ils soupçonnent, intercalé entre les deux Atlas, un dernier prolongement du Horst algérien ; mais transformé par les « violentes poussées venues du nord » auxquelles « il a servi de butoir » ; affecté d’une « structure imbriquée » qui est le trait caractéristique des Hautes Plaines constantinoises ; « masqué par les plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le sud oranais ou le sud algérois ».

Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante ; mais peut-être pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit de dégager des lignes très générales de structure.

Pratiquement le Horst algérien peut être considéré comme délimité par le grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du Hodna, qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En deçà et au delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises et les Hauts Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis général, à des catégories distinctes.

_Conclusions générales du livre._ — Si maintenant on jette un regard rétrospectif sur le livre III certains résultats semblent se dégager, qui ne sont pas négligeables.

Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le sillon de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas algérien, est un trait extrêmement ancien et extrêmement important de la structure.

Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud oranaise entre Tlemcen et Prévost-Paradol.

Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient sauter aux yeux. Ils sont tout à fait incontestables et incontestés.

Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien naturel et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit hypercritique à conserver ce mot d’hypothèse.

Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage, quand on veut rendre compte du socle continental de l’Atlas algérien, on distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts Plateaux proprement dits. Cela n’est pas inexact, encore que la délimitation soit un peu floue. Mais c’est incomplet.

Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction sud-est- nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne parle jamais, et qui est pourtant l’élément essentiel de la structure. C’est le seuil de Biskra, et le grand arc montagneux qui limite le Horst algérien à l’est et au nord depuis l’Aurès par les monts du Hodna.

Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa longueur (fig. 6).

On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle est l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie humaine de l’Algérie.

Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout la Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec la structure de l’Atlas tellien.

[Note 113 : No 55.]

[Note 114 : No 44.]

[Note 115 : No 55, no 16 dans no 56.]

[Note 116 : No 55, p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.]

[Note 117 : No 55, p. 24, fig. 8.]

[Note 118 : No 41, p. 122.]

[Note 119 : No 51, p. 398.]

[Note 120 : No 51, p. 772.]

[Note 121 : No 51, p. 773.]

[Note 122 : No 44.]

[Note 123 : No 41, p. 772, note 1.]

[Note 124 : No 22, p. 356.]

[Note 125 : No 90.]

[Note 126 : No 71, p. 504.]

LIVRE IV

LES PLIS DU TELL

* * * * *

CHAPITRE I

LES NAPPES

Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis intenses, oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés vers le sud ; la position de la Tyrrhénide a déterminé l’orientation des plis et le sens de la poussée.

Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un, et d’en démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près impossible actuellement : aussi longtemps que les géologues ne se seront pas mis d’accord sur une question primordiale, celle des nappes de charriage. Cette question, qui a révolutionné la tectonique des Alpes s’est posée à propos de l’Atlas, et elle est loin d’avoir trouvé encore sa solution.

En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien, après examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel géologue, mais qui est nettement contredit par tel autre.

_Djebel Ouach._ — M. Léonce Joleaud a consacré des efforts à prouver la présence d’un front de nappe dans les monts de Constantine (Djebel Ouach)[127] ; M. Blayac, qui a étudié la région toute voisine de la Seybouse dit bien haut qu’il n’y a pas vu « de véritable charriage, pas de déplacements horizontaux de plis, susceptibles d’être qualifiés de ce nom[128] ».

_Sierra de Kabylie._ — Le front de nappe le plus curieux du Tell, celui qui frapperait davantage l’imagination, serait la chaîne de calcaire liasique à la limite sud des Kabylies. Elle se compose de trois tronçons bout à bout, en allant de l’ouest vers l’est, le Djurdjura, les Babor (fig. 45), et la chaîne de Numidie, qui les continue en droite ligne. L’unité essentielle de cet ensemble est indéniable. L’altitude va en s’atténuant d’ouest en est ; dans la chaîne de Numidie le sommet le plus élevé, le Msid-Aïcha a environ 1400 mètres : c’est à peu près un millier de mètres de moins que Lella Khadidja dans le Djurdjura. La continuité des crêtes calcaires va elle aussi en diminuant dans le même sens. Elles ne sont plus dans la chaîne de Numidie qu’un chapelet de chicots éloignés les uns des autres. Mais ces calcaires demeurent d’un bout à l’autre curieusement identiques, non seulement par leur facies et par leur âge liasique : mais encore par leur association constante avec d’autres calcaires de même facies, et d’âge très différent, éocène[129].

On ne distingue les uns des autres que par leurs fossiles. Ils offrent une autre association constante avec des schistes argileux et des grès micacés, où se trouvent des lits charbonneux et qu’on a fini par classer dans le terrain houiller. Tout ce complexe a depuis longtemps frappé les géologues par son uniformité. C’est M. Ficheur qui l’a signalé d’abord. Il faut certainement le suivre.

Il est donc bien entendu que, tout le long des Kabylies à leur limite sud, court une grande chaîne ; elle n’a pas de nom d’ensemble et c’est dommage. On peut convenir de lui en donner un, sierra des Kabylies par exemple. Pour M. Joleaud la chaîne numidique est le front d’une nappe de charriage, poussée du nord au sud[130]. Nécessairement cela doit s’entendre de la sierra des Kabylies tout entière d’un bout à l’autre ; cette longue frange continue, de composition si hétérogène et si constante, hérissée d’aiguilles calcaires, qui donnent une note nouvelle dans le paysage des gneiss et des grès kabyles ; ce qui ferait son unité ce serait d’être le front d’une grande nappe.

C’est une idée séduisante, qui parle à l’imagination. On serait tenté de la croire vraie. Mais à une date aussi rapprochée que le 12 janvier 1920, M. Savornin, un jeune géologue d’une haute valeur et d’une compétence indiscutée, après de longs travaux sur le terrain, écrit en propres termes :

« On peut hautement affirmer que le Djurdjura ne constitue point une nappe et n’appartient pas à une nappe. Ce serait, au contraire, un admirable pays de racines, s’il s’en était détaché des lambeaux de recouvrement dont il n’existe aucun exemple[131]. »

_Zaccar._ — Sur un autre point de l’Atlas, à côté de Milianah, le Zaccar a été vu et étudié par M. Gentil, qui en a publié la carte géologique au 50000e. Il serait donc naturel de le croire sans discussion lorsqu’il fait du Zaccar une nappe de charriage.

Cependant M. Savornin, s’appuyant lui aussi sur une connaissance directe, immédiate et approfondie du même massif déclare de la façon la plus formelle qu’il n’y a au Zaccar « aucun phénomène de recouvrement, encore moins de charriage[132] ».

_Système de nappes._ — Le 15 octobre 1918, dans un article de la _Revue générale des Sciences_, MM. Gentil et Joleaud ont publié un tableau d’ensemble des nappes de charriage dans l’Afrique du nord[133]. Ce tableau est très précis et très affirmatif sans restriction. La carte schématique permet d’embrasser d’un coup d’œil le système complet des nappes nord africaines tel que MM. Gentil et Joleaud les conçoivent. Elles couvrent toute la partie nord, tellienne, de l’Atlas, depuis R’abat jusqu’à Tunis. En ce qui concerne l’Algérie les auteurs sont très détaillés : ils indiquent exactement et positivement les nappes de Numidie, des Babor et des Biban, du Djurdjura, de Blida et des Zaccars, du Titteri, de Teniet-el-Had et de l’Ouarsenis. Ces nappes empilées dont les fronts s’enchaînent, c’est précisément ce que nous cherchons, une description générale d’ensemble, donnant la clef de la structure dans l’Atlas tellien. On serait heureux de pouvoir s’y tenir.

Malheureusement le 12 janvier 1920 M. Savornin fait à l’Académie des Sciences, au sujet de ces « soi-disant nappes » une communication qui est un démenti brutal. Et notez que M. Savornin est justement un géologue dont MM. Gentil et Joleaud avaient invoqué l’autorité à propos de ses cartes fort bien faites. Non le Djurdjura n’est pas une nappe. Quant aux Biban, « si jamais chaîne fut fortement enracinée, c’est bien celle-là ». « L’hypothèse de charriages dans le Djurjura et les Biban n’est étayée par aucun argument et doit être irrémédiablement abandonnée. Elle est aussi fragile en ce qui concerne les Babor, le Chenoua et Ténès, que MM. Gentil et Joleaud n’ont jamais étudiés ». Quant à l’enchaînement des fronts de chaînes, « la notion que l’on essaie d’introduire, d’une continuité entre les Biban, l’Atlas de Blida, les Zaccars et l’Ouarsenis, méconnaît si ouvertement les plus claires données de la géographie et de la tectonique qu’elle se détruit d’elle- même, sans qu’il soit besoin de le démontrer »[134]. Dans sa thèse parue ultérieurement, M. Savornin à l’appui de ses dénégations apporte un monceau de faits précis. Et il lui échappe des vivacités comme celle- ci : « la région du Guergour a été ridiculement qualifiée de nappe de charriage par deux géologues qui ne la connaissent nullement ». Ou bien encore, comme cette conclusion générale sur l’hypothèse des nappes algériennes : « un avenir prochain en fera certainement justice, il y va du bon renom de la géologie française[135] ».

Notez que MM. Gentil et Joleaud, dans leur article du 15 octobre 1918, ne parlent pas comme des gens qui exposent une hypothèse. Il semble bien à les lire qu’ils estiment eux-mêmes apporter au grand public de la _Revue générale des sciences_ des résultats scientifiques définitivement acquis désormais dans les milieux techniques. Il faut avouer que l’expression a nécessairement dépassé leur pensée.

Une contradiction aussi vive entre professionnels est déconcertante pour les profanes. Mais voici qui l’est davantage encore : sur cette question des nappes nord africaines, il arrive qu’un géologue _déterminé_ se contredise lui-même complètement à quelques mois de distance.

Le 15 octobre 1918 M. Gentil en collaboration avec M. Joleaud a publié comme on vient de le voir des affirmations tout à fait catégoriques précises et détaillées sur l’encroûtement du Tell algérien tout entier par un empilement de nappes.

Or le même M. Gentil à la date du 1er mars 1920, dans le compte rendu sommaire des séances de la Société géologique[136] écrit ce qui suit : « Toute une série de faits concourent à démontrer que l’Atlas tellien a subi des phénomènes d’érosion d’une grande intensité..., de puissantes couches ont disparu, qui devaient être surtout formées de nappes superposées, laissant à nu les assises profondes, elles-mêmes chevauchées ou simplement refoulées. » Et voici qui achève de préciser la pensée de M. Gentil.

« Seules la dépression de la Medjerda et celle du détroit sud rifain, qui sont parcourues par des vallées longitudinales, ont été mieux épargnées par l’érosion, tandis que tout le nord de l’Algérie a été fortement décapé et ainsi rendu moins accessible à l’observation dans l’étude des nappes de charriage qui prennent part à sa superstructure. »

Ces lignes sont empruntées à un simple compte rendu sommaire ; il est impossible cependant de se tromper sur leur sens. L’Atlas algérien qui était le 15 octobre 1918 un pays de nappes actuelles n’est plus le 1er mars 1920 qu’un substratum décapé de nappes disparues. M. Gentil retire ce qu’il avait affirmé quinze mois auparavant. C’est parfaitement légitime, bien entendu. Seulement le public profane ne peut pas se soustraire à une impression d’embarras.

Notez que c’est une très belle thèse, très séduisante. Les nappes de l’Atlas tellien, disparues en Algérie, se seraient conservées aux deux extrémités, en Tunisie et au Maroc. Cette théorie a pour elle des autorités considérables, non seulement MM. Gentil et Joleaud, mais MM. Termier et Lugeon, qui ont eu l’occasion de voir personnellement la Medjerda et le détroit sud rifain. Elle a pris corps d’une façon assez précise pour devenir le point de départ de recherches minières très intéressantes. En beaucoup de points de la planète et plus particulièrement du système alpin, les pays de nappes sont pétrolifères. Aussi a-t-on l’espoir de trouver le pétrole dans la Medjerda et dans le détroit sud rifain, voire même dans la partie attenante de l’Oranie. Et assurément en effet le pétrole est représenté par des suintements à tout le moins dans l’ouest (Maroc et Oranie). Jusqu’ici pourtant les puits forés n’ont pas amené de jaillissement sérieux. D’autre part, il est indéniable que des trois régions considérées, Tell algérien d’une part, Tell tunisien et Maroc de l’autre, la première est justement la seule où un service géologique fonctionne depuis un demi-siècle et sur laquelle il ait été accumulé une masse énorme de documents.

_Conclusions._ — En résumé, sur cette question si controversée des nappes nord africaines ce sont deux écoles bien tranchées qui sont aux prises, l’école parisienne et l’école algérienne. L’une représente l’idée générale féconde, la comparaison, base de toute connaissance, l’application à un coin de la planète d’une méthode nouvelle importée d’ailleurs. Nul doute que tout cela ne soit extrêmement respectable. D’autre part le service géologique algérien représente l’étude minutieusement consciencieuse du terrain, les réalités sèches et inflexibles. Et il n’est pourtant pas possible d’imaginer que ce soit là une chose négligeable.

Oui, les Alpes françaises, suisses, autrichiennes sont un extraordinaire empilement de nappes. Dans l’Atlas, qui fait partie du système alpin, il est naturel d’attendre un développement correspondant des charriages. Mais existe-t-il réellement ? A-t-on vraiment réussi à le voir, à le toucher du doigt ?

Entre ces deux écoles antagonistes, la parisienne et l’algérienne, une première escarmouche a eu lieu il y a une vingtaine d’années sur la question du trias. L’issue en est acquise depuis longtemps et la comparaison avec la controverse des nappes n’est pas dénuée d’intérêt. En ce temps-là, jusqu’en 1896, le service géologique d’Algérie classait dans l’éruptif un certain terrain gypso-salin. Au cours d’une excursion de la Société géologique de Paris, en 1896, Marcel Bertrand, le géologue célèbre, d’un coup d’œil par la portière du wagon, en passant, a relevé l’analogie du terrain gypso-salin avec le trias. Ce coup d’œil par la portière a eu des conséquences très étendues, et, chose curieuse, immédiates. Tous les affleurements gypso-salins de l’Afrique du Nord ont été classés triasiques, du jour au lendemain pour ainsi dire ; l’école algérienne, cette fois-là, capitula sans discussion ; il faut dire certainement que la force d’une évidence irrésistible s’était imposée.

La question des nappes a été soulevée de la même façon à peu près, et d’ailleurs comme corollaire de celle du trias. En 1906, M. Termier, directeur du service de la carte et président de la Société de géologie, membre de l’Institut, au cours d’un voyage au gisement fameux de l’Ouenza, a lancé l’hypothèse que l’Afrique du nord est un pays de nappes[137]. Quinze ans se sont écoulés depuis, il n’y a pas eu dans les cercles géologiques algériens, voire même français, de question plus à l’ordre du jour[138] : mais elle a bien l’air de n’avoir pas fait un pas. L’évidence cette fois ne paraît pas avoir fait sentir sa force irrépressible.

Il est bien entendu en tout cas, que cette question géologique doit être résolue par les géologues. Si on voulait essayer de décrire dans un tableau d’ensemble les plissements du Tell algérien, le désaccord total des géologues, sur la question des nappes, serait déjà à soi tout seul, un obstacle insurmontable.

Or, par surcroît, ce n’est pas le seul.

[Note 127 : No 68.]

[Note 128 : No 26, p. 473. Voir aussi 31 c.]

[Note 129 : No 36, p. 61, 76, 227, no 22, p. 225, no 7 feuilles du Djurdjura.]

[Note 130 : No 70, p. 356 et suiv. mais voir 31 c.]

[Note 131 : No 114. Voir aussi 31 c.]

[Note 132 : No 115, p. 433.]

[Note 133 : No 60, p. 535, fig. 1.]

[Note 134 : No 114.]

[Note 135 : No 115, p. 393, 433.]

[Note 136 : No 59, p. 48.]

[Note 137 : No 118, p. 102 et no 120.]

[Note 138 : No 58 où le témoignage Lugeon est invoqué, p. 157.]

CHAPITRE II

CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA

M. J. Savornin vient de nous donner une monographie excellente de deux zones plissées telliennes, voisines et parallèles[139]. Ce sont la chaîne des Biban et celle que nous appellerons sierra du Hodna. Ce sont des coulisses de l’Atlas tellien : et, sauf peut-être la sierra des Kabylies, je ne connais pas une seule autre coulisse dont la structure ait été aussi minutieusement démontée. Ce serait déjà une raison suffisante pour rendre compte de cette structure.

Il se trouve en outre que la comparaison de ces deux zones plissées, jette une curieuse lumière sur la structure de l’Atlas tout entier.

_Chaîne des Biban._ — On a créé ce nom, « chaîne des Biban[140] » en l’honneur du fameux défilé des Biban, quelquefois appelé Portes de Fer. Il est célèbre dans la conquête de l’Algérie parce que le duc d’Orléans l’a franchi certain jour dans des circonstances retentissantes, et parce que ce geste princier a eu des conséquences importantes.

La chaîne des Biban court de Berrouaghia au Guergour (gorges du Guergour, creusées par l’oued Bou-Sellam). La longueur totale est de 250 kilomètres, ce qui est notable pour l’Atlas tellien, où les tronçons en général sont coupés bien plus courts (fig. 31). L’individualité géologique est parfaitement nette et simple. La chaîne est un pli unique, dont les éléments sont une double bande, régulière et continue, d’infra-crétacé au nord (albien et aptien), de calcaire cénomanien au sud. Tantôt ce sont les calcaires cénomaniens plus puissants et plus massifs, qui ont mieux résisté à l’érosion, et qui constituent les sommets. C’est ainsi à l’est d’Aumale. Tandis que, à l’ouest, au contraire, les quartzites infra-crétacées ont mieux tenu et ce sont elles qui forment les crêtes. Mais d’un bout à l’autre, comme éléments constitutifs, on ne voit rien d’autre que ces deux étages du crétacé. Ce tronçon de l’Atlas est resté constamment émergé depuis le crétacé, la mer n’y est jamais revenue ; à travers toute l’histoire du bras de mer, la chaîne des Biban fut un rivage. Non seulement le bras de mer des phosphates, le cartennien, ont passé l’un et l’autre exactement au sud des Biban (fig. 4 et 10) ; mais il faut ajouter le Medjanien[141]. Cela est certain. M. Savornin a pu retrouver et dessiner sur de grandes étendues le rivage de la mer suessonienne, jalonné par les dépôts de plages. Il a retrouvé aussi le rivage de la mer cartennienne avec ses trous de phollades sur les galets et ses fossiles de plage, des balanes par exemple. Il vient de publier une carte paléogéographique du medjanien dans la région hodnéenne et il porte avec une grande précision un rivage au sud des Biban[142]. Cette chaîne est dans le géosynclinal tellien une des parties les plus anciennement consolidées, elle est d’âge pyrénéen.

Elle a eu sa grande splendeur à l’époque oligocène ; à cette époque où le bras de mer était déjà, à peu près comme aujourd’hui, totalement émergé ou peu s’en faut. Les Biban furent alors le grand axe de l’Algérie orientale, la ligne de partage des eaux. Le témoignage en a été conservé dans les puissants dépôts de ruissellement et de sédimentation continentale, de part et d’autre, sur les deux flancs de la chaîne. M. Savornin, qui les a déchiffrés, n’a pas hésité à dresser la carte paléogéographique des oueds oligocènes[143]. La chaîne des Biban était le lieu de leurs sources. De là ils divergeaient se groupant en deux grands bassins. Les uns au nord allaient rejoindre la mer (vers Bougie ? ou vers Dellys ?). Les autres au sud prenaient le chemin du chott oligocène ancêtre du Hodna.

En un point déterminé de la chaîne, au point où elle est traversée par l’oued Melah, et plus exactement au djebel Badroun, les collines de cailloutis qui accompagnent la chaîne se trouvent supporter dans un repli un lambeau étendu de marnes cartenniennes très fossilifères[144]. C’est dire que leur âge oligocène ne peut pas être contesté. On a représenté dans la figure 30 cette section très particulière de la chaîne. On imagine qu’elle en fait saisir d’un coup d’œil la caractéristique générale, l’ancienneté et l’usure consécutive.

La chaîne s’étire aujourd’hui entre la double muraille plus ou moins continue de ses propres débris. Savornin les a trouvés très puissants : ils ont jusqu’à 200 mètres d’épaisseur peut-être. Ce sont des cailloux pas toujours très bien roulés. En bien des cas, c’est trop peu dire qu’ils sont gros, il en est de monstrueux, comme de petites maisons. Ceux-ci évidemment n’ont pas pu être charriés par un torrent : ils gisent là où ils se sont éboulés. Tout cela a nettement le caractère d’éboulis de pentes et représente évidemment les débris latéraux de la chaîne. Ces collines de cailloux se reconnaissent de loin dans le paysage, elles sont boisées plus que le reste. C’est qu’elles découragent l’agriculture ; l’araire indigène n’a pas essayé de les disputer à la forêt (fig. 30).