Part 10
Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par conséquent ennoyées, le _plateau steppien_ émerge de l’océan des alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est, très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ».
Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais, quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées, qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas saharien » (p. 164).
Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des « accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de faucilles ».
Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi, très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes. Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239).
Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de Tendrara au chapitre précédent.
_Sud-ouest du Hodna._ — La retombée du « plateau steppien » sur le Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106].
C’est le pays de Bou-Saada.
On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point le plus haut.
Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à 1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin. Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.
Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions.
« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique. Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien.
Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ».
Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout, dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc de Fortassa.
M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse de la continuité d’allure des couches. »
Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de Bou-Saada.
Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon.
Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des techniciens.
La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée « comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle point ».
Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts anciens en profondeur ».
Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi et plus détaillé.
_Le Horst algérien._ — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26).
Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale, que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom. Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain (la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et les Pyrénées.
De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent. Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ; malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé. Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie.
D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux oranais et algérois.
Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches secondaires.
« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. »
Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de se prolonger[109].
Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord, « Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires.
Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien, en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens du déplacement est indiqué par une flèche).
Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias giclant au centre.
« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des couches superficielles[111]. »
Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables. D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié.
D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et du Boulonnais.
On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré, emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile.
Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112].
[Note 105 : No 77.]
[Note 106 : No 106.]
[Note 107 : No 57, p. 127.]
[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.]
[Note 109 : No 57, p. 153.]
[Note 110 : No 57, p. 157.]
[Note 111 : No 57, p. 158.]
[Note 112 : No 57, p. 161.]
CHAPITRE VI
LA MESETA SUD ORANAISE
Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a proposé le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est que ses travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse sur la Tafna déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat d’Oudjda[113], l’ont amené à bien connaître les plateaux de Tlemcen, et leur prolongement au Maroc oriental, les monts des Beni-Bou-Zeggou, la gada de Debdou. C’est-à-dire le rebord septentrional du Horst algérien, où sa qualité de Horst est nettement en évidence.
Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la Moulouya, et qui englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de Saïda, j’ai proposé le nom de Meseta sud oranaise[114]. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien particulière ; une puissante avancée du Horst algérien jusque dans le Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des rivières aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le décapage y est donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de la plate-forme secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne sous-jacente.
Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à travers les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du sous-sol. Le Horst primaire gît à de grandes profondeurs, scellé sous l’amas énorme des atterrissements continentaux, ou sous l’intégrité des puissantes couches marines secondaires.
Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on pourrait discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est plus une hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à travers des fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr d’avoir affaire à la prolongation algérienne de la Meseta marocaine, pendant elle-même de l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst algérien qui s’en trouve éclairée d’un coup.
Les fenêtres (fig. 29) qui laissent apercevoir le substratum sont part et d’autre de la frontière, en Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar- Rouban ; au Maroc dans les Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les affleurements marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la frontière, nous sont justement connus par les travaux de M. L. Gentil[115].
Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile abondante, « qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda du carbonifère de la région de Béchar ».
D’après les analogies de facies il attribue des schistes à l’étage silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà signalés en bien des points du Sahara et du Maroc, où ils contiennent des graptolithes.
Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans les Béni- Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout entre l’oued Za (vers Guefaït), et le poste frontière de Sidi-Aïssa. Au nord, ils s’étendent presque jusqu’aux portes d’Oudjda.
Ils ont été visiblement affectés « par les plissements de la chaîne hercynienne » ; Gentil a observé « des plis grossièrement orientés nord- est, sud-ouest ». Ces plis sont arasés en pénéplaine ; c’est la même pénéplaine primaire qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le Haut-Atlas, et dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu reposer de puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques.
La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un poudingue ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé partout dans la région, atteste l’exondation et le ruissellement sub-aérien, avant le médio-liasique.
Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale d’un millier de mètres sont restées « à peu près horizontales..., d’architecture tabulaire ». Dans toute la région, la gada de Debdou, les Beni-Bou-Zeggou, les monts de Tlemcen, « les efforts orogéniques deviennent presque insensibles ; les plissements se réduisent à de simples ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y montrent fréquemment disloqués par un grand nombre de failles, mettant à nu, malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure, le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la pénéplaine primaire. »
Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende de l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit : « Si l’on considère l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras Asfour, à la frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban) jusqu’aux approches de la Moulouya, on constate fréquemment, sur les bords de ce massif d’architecture tabulaire, des fractures longitudinales ; de sorte que l’on peut le considérer comme limité au moins en partie par des failles bordières à la façon d’un horst[116]. »
Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les illustre graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre Sidi-Aïssa et Oudjda[117]. On y voit d’un coup d’œil le bord haché de failles de la Meseta.
On a fait exactement les mêmes observations en territoire algérien, à 250 kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là un coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued Tifrit ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux calcaires liasiques (fig. 27). Le géologue qui a décrit cette fenêtre est G.-B.-M. Flamand[118].
Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche arasée Flamand signale « un ensemble d’assises appartenant à l’infralias déterminé paléontologiquement ». Par places, à la base de l’infralias il a vu des poudingues, formation continentale de ruissellement, qu’il attribue au permien. La concordance avec Gentil est tout à fait satisfaisante, à des détails près qui ne présentent pas d’intérêt ici.
Ces assises liasiques de Tifrit sont « disposées en plateaux ondulés » ; ce sont « de véritables causses[119] ».
Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit exactement la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de Meseta sud- oranaise.
C’est « une zone remarquable de plates-formes à plissements subméridiens » ; le contexte montre qu’il entend par là des plis posthumes de direction hercynienne. Ces « plateaux secondaires font opposition aux formations du Tell littoral ».
« Cette disposition en plates-formes » est imposée par « les paliers d’une pénéplaine sous-jacente[120] ».
Cette « plate-forme cissteppienne » est loin de mériter le nom de « chaîne intérieure » qu’on lui a donnée à tort et d’être un équivalent des chaînes telliennes. Flamand y retrouve au contraire « les mêmes lignes générales » qu’il a rencontrées dans les régions sahariennes.
Cette « région tellienne », qui « se relie tectoniquement » au Sahara central, « est au nord, à la bordure du géosynclinal méditerranéen, un promontoire un peu modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son équivalent sur la bordure sud du Plateau central de France[121] ».
Il est bien entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a voulu rendre avec l’expression _Meseta sud oranaise_.
J’ai vu moi-même et décrit en 1909[122] cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai vue en passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée des observations Flamand.
Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami, avec une précision méticuleuse de technicien, relève dans mon article de 1909 ce qui lui a paru être des inexactitudes de détail : sur le fond, et sur l’essentiel il formule des conclusions qui sont exactement les miennes et que je me suis empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage d’ailleurs[123] il donne à l’esprit de mon petit travail, sinon à sa lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus expresse.
Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci : jusqu’à une époque aussi rapprochée de nous que 1909, un géographe que le hasard amenait à Tifrit y éprouvait une vive et légitime surprise. Jusqu’à cette date en effet, il a été entendu tacitement que l’Algérie tout entière était un faisceau de plis ; sous les plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs de Tlemcen et de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les numéros 1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne du Hodna[124]. Pure inadvertance bien entendu : mais enfin c’est faire rentrer dans la même catégorie une chaîne où les sédiments miocènes marins sont énergiquement plissés, et une pénéplaine primaire, soubassement de causses.
Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est impossible de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à déchiffrer, qu’on a cherché à schématiser dans la figure 27. On se croyait sur la foi de la bibliographie dans un coin des Alpes ; et on s’aperçoit qu’on est dans les causses.
Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre attirer l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil. La carte géologique au 800000e, qui est leur œuvre, suffirait à renseigner le public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut être reconnaissant à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M. Gentil, d’avoir donné de cette carte un commentaire détaillé.
Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été suffisamment soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud oranais, qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier géologue de grand mérite, M. Rey[125], on peut relever tel passage où il apparaît que l’auteur ne connaît pas l’existence du Horst algérien.
Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si imparfaitement connu, sont aux prises avec une besogne formidable d’analyse. Il est tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de passer à la synthèse. Dans les lignes qui précèdent, on espère avoir donné l’impression qu’on ne s’en prend à personne et qu’on ne critique pas. On a voulu faire ressortir à l’occasion d’un fait concret qu’un essai de synthèse géographique comme le présent petit livre répondait peut-être à un besoin.
A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin encore où le voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par la portière du wagon, a sous les yeux des lignes de paysage inattendues. Ce sont les bords de la Mina, aux environs de Prévost-Paradol (fig. 28). La rivière y coule au fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse ; continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation est une fin. A l’horizon tout proche, sur la rive droite, on voit le paysage se modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette section de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux mondes différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de n’apporter aucune référence ; sauf une cependant qui est orale, mais excellente ; la confirmation formelle du fait par M. Ficheur.