Saint Michel et le Mont-Saint-Michel
Part 41
Guillaume Hamon.--_D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un._--Devise: _Ha mon ami._
Olivier Hamon.--_D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un._
Alain Hamon.--_D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un._
Thomas Le Hartel.--_D’or, à une manche mal taillée de gueules._
Guillaume Hay.--_De sable, au lion morné d’argent._--Devise: _A toga nitesco et ense._
Jean de la Haye d’Aronde.--_D’or, au sautoir d’azur._
Jean de la Haye, baron de Coulonces.--_D’azur, à la fasce d’or, accompagnée de trois besants du même, posés deux et un._
Colin de la Haye-Hue.--_De gueules, à trois losanges d’argent, posés deux et un._
Jean Hérault.--_D’argent, à l’étoile de sable en abyme, accompagnée de trois canettes de mêmes, posées deux et une, becquées et membrées d’or._
Michel Hérault, seigneur de Plomb.--_D’argent, à l’étoile de sable posée en abyme, accompagnée de trois canettes de mêmes, posées deux et une, becquées et membrées d’or._
Bernard du Homme.--_D’azur, au léopard d’argent, accompagné de six besants d’or, posés trois, deux et un._
Robert du Homme.--_D’azur, au léopard d’argent, accompagné de six besants d’or, posés trois, deux et un._
Thomas Houel.--_Paslé d’or et d’azur de six pièces._
Laurens des Longues.--_De gueules, à l’aigle abaissée d’argent._
Alain des Longues.--_De gueules, à l’aigle abaissée d’argent._
Guillaume de la Luzerne.--_D’azur, à la croix ancrée d’or, chargée de cinq coquilles de sable, posées une sur le centre du croisillon et les autres sur le milieu de chaque branche._
Christophe de Manneville.--_De sable, au lion d’argent._
Foulques de Marcilly.--_D’azur, à trois merlettes d’or, posées deux et une._
Louis de la Mare.--_D’argent, à la croix de gueules._
Richard de la Mare.--_D’argent, à la croix de gueules._
Massire.--Cette famille était du Maine.
Olivier de Mauny, baron de Thorigny.--_D’azur, au croissant de gueules._--Devise: _Haynault l’ancien. Mauny! Mauny!_
Foulques du Merle.--_De gueules, à trois quintefeuilles d’argent, posées deux et une._--Devise: _Spes mea sola Deus._
Henry Millart.--_D’azur, au croissant d’or, accompagné de trois étoiles du même, posées deux et une._
Radulphe de Mons.--_D’argent, à l’aigle de gueules, becquée et membrée d’or; à la bordure de sable, chargée de douce besants d’argent posés en orle._
Thomas de Monteclerc.--_De gueules, au lion d’or._--Devise: _Majus inter pares._
Charles de la Motte.--_D’argent, au sanglier de sable._
Louis de la Motte.--_D’argent, au sanglier de sable._
Jean de la Motte.--_D’argent, au sanglier de sable._
Robert de la Motte Vigor.--_D’argent, au sanglier de sable; au chef de sable chargé d’une étoile d’argent._
Pierre du Moulin.--_D’argent, à la croix de sable, chargée en son croisillon d’une coquille d’or._
Colas des Moustiers.--_D’argent, à la bande d’azur frettée d’or de huit pièces._--Devise: _Quod opto est immortale._
Antoine Néel.--_D’azur, à trois mains senestres appommées d’argent, posées deux et une; au chef d’or._
De Nocey.--_D’argent, à trois fasces de sable, accompagnées de dix merlettes de même, posées quatre, trois, deux et une._--Devise: _Multa nocent._
Robert de Netret.--_D’azur, au lion d’or; au chef cousu de gueules._--Devise: _Deo ac regi._
Guillaume sire de Notret.--_D’azur, au lion d’or; au chef cousu de gueules._
Estienne d’Orgeval.--_D’or, à deux troncs d’arbres, posés en fasces, écotés et arrachés de sable._
Thomas de la Paluelle.--_D’azur, à trois molettes d’éperons d’argent, posées deux et une._--Devise: _Mihi gloria calcar._
Guillaume des Pas.--_De gueules, au lion d’or._
Jean des Pas.--_De gueules, au lion d’or._
Nicole Payenel.--_D’or, à deux fasces d’azur, accompagnées de neuf merlettes de gueules, posées en orle, quatre, deux et trois._
Jean Payenel, sire de Moyon.--_D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de neuf merlettes de gueules, posées en orle quatre, deux et trois._
Thomas de Percy.--_De sable, au chef denché d’or._--Devise: _Espérance en Dieu._
Jean Pigace.--_D’argent, à trois comettes de gueules, posées deux et une._
André Pigace.--_D’argent, à trois comettes de gueules, posées deux et une._
Louis Pigace (le bastard).--_De gueules, à trois comettes d’argent, posées deux et une._
Thomas Pirou.--_De synople, à la bande d’argent._
Jean de Pontfoul.--_D’azur, à la fasce d’argent; au chef d’or, chargé de trois molettes d’éperons de gueules rangées en ligne._
Guillaume Le Prestel.--_De gueules, à la croix ancrée d’or._
Yves Priour Vague de Mer (de Boceret Bretagne).--_De gueules, à la fasce d’argent, accompagnée de trois coquilles en chef posées en ligne, et d’un trèfle en pointe, le tout d’argent._
André du Pys.--_D’or, au lion d’azur, armé, lampassé et couronné de gueules._
Louis de Quintin.--_D’argent, au chef de gueules._
Raoul de Regviers.--_D’argent, à six losanges de gueules, posés trois, deux et un._--Devise: _Candore et ardore._
Robert Roussel.--_Paslé d’or et d’azur de six pièces; au chef de gueules chargé de trois merlettes d’argent, posées en ligne._
Nicolas de Rouvencestre.--_D’or, au chef de gueules, chargé de trois aiglettes d’argent posées en ligne._
Guillaume de Saint-Germain.--_De gueules, à trois besants d’argent, posés deux et un._--Devise: _Deo, ecclesiæ et regi obediens et fidelis._
Samson de Saint-Germain.--_De gueules, à trois besants d’argent, posés deux et un._
Guillaume de Sainte-Marie d’Esquilly.--_D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de six merlettes de gueules, posées trois, deux et une._
Jean de Sainte-Marie d’Esquilly.--_D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de six merlettes de gueules, posées trois, deux et une._
Jean de Semilly.--_De gueules, à l’écusson d’argent posé en abyme, accompagné de six merlettes du même, rangées en orle._
Robert de Semilly.--_De gueules, à l’écusson d’argent posé en abyme, accompagné de six merlettes du même, rangées en orle._
Hébert Thézart.--_D’or, à la fasce de sable._
De Thorigny (le bastard).--_D’argent, à la croix de gueules._--Devise: _Brevior at clarior._
Jean de Tournebu. IIIᵉ du nom.--_D’argent, à la bande d’azur._
Jean de Tournemine, sire de la Hunaudaye.--_Écartelé d’or et d’azur._
Pierre de Tournemine.--_Écartelé d’or et d’azur, à la traverse d’argent brochant sur le tout._--Devise: _Aultre n’auray._
Robert de Vair.--_D’or, à deux fasces de gueules._
Jean Louvel, sire de Ver.--_De gueules, au léopard d’argent._
Guillaume de Verdun.--_D’or, fretté de sable de six pièces._
Girard Le Viconte.--_D’azur, à trois coquilles d’or, sans oreilles, posées deux et une._--Devise: _Æternæ rerum vires._
Pierre de Viette.--_D’argent, à la bande d’azur, accompagnée de six tourteaux de gueules, posés en orle._
M. DESCHAMPS DE VADEVILLE.
VIII
AU QUINZIÈME SIÈCLE
NOTE SUR L’ATELIER MONÉTAIRE ÉTABLI AU MONT SAINT-MICHEL
[Page 257]
Parmi les monnaies qui sont mentio[=n]ées le plus fréque[=m]ent dans les actes et les textes du commencement du XVᵉ siècle, on peut citer les _moutons d’or_[43] qui devaient leur nom à l’agneau pascal qu’ils ont pour type, et leur grande reno[=m]ée au titre excellent que saint Louis avait donné aux agnels qu’il fit le premier fabriquer. C’est en effet le _denier d’or à l’agnel_ de Louis IX qui est sans cesse rappelé comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général le titre des _moutons d’or_ fut plus respecté par les souverains que celui des autres monnaies, et l’on en changea la figure aussi peu que le permirent les modifications involontaires du style de l’art. Le nom du prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très approchées du type accoutumé.
Voici la description du _petit mouton_ tel qu’il avait cours sous Charles VI; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été frappée.
♱ AGN: DEI: QVI: TOLL: PECAT: MVDI: MIS: NOB: Agneau nimbé tenant une bannière à croix tréflée; sous les pieds de l’agneau K. F. RX. Point sous l’V de _mundi_, vingtième lettre.
R ♱ XPC. VINCIT. XPC. REGNAT: XPC. INPERAT. Croix fleuronnée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles; or, poids: 2,54 grammes (Fabrication de Sainte-Menehould, mai 1418.)
On conçoit aisément combien un pareil type était fait pour tenter les imitateurs étrangers; aussi vit-on dans plusieurs pays circuler des contrefaçons du _petit mouton français_.
[Page 264]
On était, dit M. Mantellier[44], à une époque difficile pour la monnaie; en France, les ateliers, privés par la guerre des ressources qui les alimentent, ne subsistaient qu’au moyen des refontes; et indépenda[=m]ent de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas ressentir en Dombes le contre-coup de cette détresse. Il est peu étonnant, d’ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du dauphin, et fut mêlé à tous les évènements d’alors, ait manqué de temps et d’argent pour monnayer.
Ces détails historiques rendent compte de la rareté excessive du _mouton d’or_ que nous publions ici et qui constitue une importante acquisition pour la numismatique du xvᵉ siècle.
Henri V étant mort le 31 août 1422 et Charles VI le 21 octobre suivant, le jeune Henri VI fut proclamé roi de France le 12 novembre et le duc de Bedford fit frapper monnaie au nom du prince anglais partout où s’étendait son pouvoir. Cependant, en Normandie même, quelques places fortes étaient restées fidèles au dauphin. De ce nombre était le Mont-Saint-Michel, qui ne se rendit jamais aux troupes étrangères. L’atelier monétaire, établi en ce lieu, continuait à frapper au nom de Charles VII, ainsi qu’on le voit par différentes chartes[45]. Il est probable que la pièce suivante, conservée dans la collection de M. Rousseau, a été faite au Mont-Saint-Michel.
♱ AGN. DEI. QVI. TOLL. PCAT. MVDI. MISE. NOBS. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d’une croisette, sous les pieds de l’agneau: K. F. RX; le tout dans un entourage de onze petits cintres. Point sous la dix-huitième lettre.
R. ♱ XPC. VINCIT, etc. Croix fleuro[=n]ée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles, à l’extérieur duquel sont placées six fleurs de lys, une croisette et un groupe de trois points. Point sous la dix-huitième lettre. Or; poids: 2,56 grammes. (Fabrication de mai 1423.)
Cette monnaie, dont le style est relativement récent, convient parfaitement aux premières années du règne de Charles VII; mais, comme, d’une part, il n’est plus question de la fabrication des _moutons d’or_ après l’ordona[=n]ce du 26 octobre 1428, et que, de l’autre, Charles ne rentra en possession des villes monétaires de la Normandie qu’en 1449, la présence du point sous la dix-huitième lettre, qui est la marque française de Saint-Lô, ne s’expliquerait pas.
Il est assez naturel de penser que ce point secret, devenu sans emploi par suite de la spoliation anglaise, fut attribué au lieu qui avait remplacé Saint-Lô dans la liste des ateliers français.
Nous voyons, en effet, les officiers royaux, qui avaient exercé leurs fonctions au Mont-Saint-Michel, réclamer, en 1453, contre la nomination de deux gardes de la monnaie de Saint-Lô, faite le 30 juin 1450[46]. A cette époque, cette dernière ville avait abandoné l’_annelet_ sous la seconde lettre, différent des Anglais, pour reprendre le point sous la dix-huitième lettre, et le Mont-Saint-Michel cesse de figurer parmi les villes monétaires. De cette coïncidence il paraît résulter que ces deux ateliers n’ont battu de la monnaie française qu’à l’exclusion l’un de l’autre.
Si nos conjectures sont justes, ce _mouton d’or_ aurait été frappé l’année même où Louis d’Estouteville et ses cent dix-neuf gentils-homes, aidés par les religieux de l’abbaye, repoussèrent, avec un courage resté célèbre, les attaques désespérées des Anglais.
ADRIEN DE LONGPÉRIER.
IX
POÉSIE FRANÇAISE DU XVᵉ SIÈCLE
UNE PRIÈRE EN VERS A L’ARCHANGE
[Page 306]
Glorieux saint Michel archange, A vous rens graces et louanges De tout mon cuer, devotement, En vous suppliant humblement, Qu’envers Jhesu Crist, nostre pere, Et Marie, sa fille et mere, Fassiés que pardon me soit fait De ce que puis avoir mefait, Durant tout le cours de ma vie.
A jointes mains merci vous prie: Car vous avés la cognoissance Des bonnes ames, et puissance Recevoir et mener en gloire. Si vueillez avoir en memoire Mon ame, quant l’eure viendra Que du cors partir li fauldra: Par vous soit conduite tout droit En Paradis; que Dieu l’ottroit[47]!
X
PREMIERS MONUMENTS DU THÉATRE FRANÇAIS (XVᵉ SIÈCLE)
LE MISTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS QUI FUT REPRÉSENTÉ DU VIVANT DE JEANNE D’ARC (I)
[Page 306]
DIEU.
Michel ange, entend à moy: Je veuil par toy faire messaige, Pour subvenir au desarroy De France, le noble heritaige. En Barois yras en voyaige, Et feras ce que je te dy. Au plus près d’un petit village Lequel est nommé Dompremy, Qui est situé en la terre Et seigneurie de Vaucouleur, Là trouveras, sans plus enquerre, Une pucelle par honneur. En elle est toute doulceur, Bonne, juste et innocente, Qui m’ayme du parfont du cueur, Honneste, sage et bien prudente. Tu luy diras que je luy mande Qu’en elle sera ma vertu, Et que par elle on entende L’orgueil des François abatu; Et que je me suis consentu Recouvrer le royaulme de France, Et par elle sera debatu Contre les Anglois par oultrance. Premièrement, tu luy diras Que par elle vueil qu’i soit fait, Et de par moy luy commanderas Qu’i soit acomply et parfait. Sy est qu’elle voise de fait Pour lever le siege d’Orleans,[48] Chasser les Anglois à destroit, S’y ne s’en vont incontinant. Puis après, elle le menra Le roy Charles sacrer à Rains. De par moy elle acomplira Et en parviendra à ces fins; Que de ce ne se doubte point: Ma vertu sera avec elle, Pour acomplir de point en point Par icelle jeune pucelle. Dy luy aussi pareillement Qu’elle se veste en habit d’omme; Je luy donray le hardiment, Pour mieulx que le cas se consomme. Puis elle s’en yra en somme Devers Robert de Baudricourt, Pour l’amener en ceste forme Devers le Roy et en sa court.
MICHEL ANGE.
Mon chier seigneur, en grant coraige Acompliray vostre ordonnance Vers la pucelle bonne et saige; Le cas luy diray en presence, Je y vois, sans nulle difference, Faire vostre commandement.
DIEU.
Que elle aye bonne fiance, Sans soy esbayr nullement.
Pose d’orgues.--Et vient devers la Pucelle gardant les brebiz de son pere et queusant[49] en linge.
MICHEL.
Jeune pucelle bien eureuse, Le Dieu du ciel vers vous m’envoye, Et ne soyez de rien peureuse: Prenez en vous parfaicte joye Dieu vous mande, c’est chose vraye, Que y vieult estre avecque vous, Où vous soyez en quelque voye; Si n’ayez point doncques de poux[50], Sa voulenté et son plaisir Est que vous aillez à Orleans, Pour en faire Anglois saillir Et lever le siège devant. Se de vous sont contredisant, En armes vous les convaincrez, Ne contre vous ne seront puissans; Mès de tout point les subjugrez. Puis après, y vous conviendra A Rains mener sacrer le Roy, Que ainsi Dieu vous conduira, Et Charles oster hors d’esmoy. Combien qu’il ait beaucoup desroy[51] Et pour le present fort à faire, Dieu le fera paisible en soy, Que il a ouy sa prière. Et au seigneur de Baudricourt, Vous luy direz que y vous maine Incontinent, le chemin court, Que il est vostre cappitaine, Ainsi que c’est chose certaine. Devers le Roy vous menera En abit d’omme, toute seine, Que Dieu toujours vous conduira.
LA PUCELLE.
Mon bon seigneur, que dictes vous? Vous me faictes trop esbaye: Cecy ne vient point à propoux, En ce je ne sçay que je die. Moy, povre pucelle ravye Des nouvelles que vous me dictes, Sachez, je ne les entend mie, Que y me sont trop auctentiques. Je ne vous pourroye respondre Ainsi, moi, povre bergerete, Vous qui cy me venez semondre. Comme une simple pucelette, Gardant es champs dessus l’erbete Les povres bestes de mon pere, Une jeune simple fillete, Vous dis sont à mon bien contraire.
MICHEL ANGE.
Jehanne, ne vous en esmayez; Que Dieu l’a ainsi ordonné, Et veut que l’onneur vous ayez Du royaulme, present fortuné, Qui a esté habandonné Par pechié commis des François; Par vous sera roy couronné Et remis en ses nobles drois.
PUCELLE.
En armes je ne me congnois, Ne m’appartient la congnoissance, Ainsi que vous le povez vois; Et en moy n’est pas la puissance, Ne ne treuve nulle apparence D’aller devers le cappitaine Lui raconter vostre ordonnance: C’est que devers le Roy me maine.
MICHEL.
Amye, y le fault ainsi Le faire, que Dieu le commande. N’ayez de riens peur ne soucy, Quand de par moy y le vous mande.
PUCELLE.
La chose, sachez, est si grande Qu’i n’est nul qui le peust pencer, Ne en moy n’est sens qui se tende A savoir cecy propencer.
MICHEL.
Fille, acomplissez la chose Et Dieu sera avecques vous, Qui vous gardera, comme une rose, De polucion contre tous. Ayez en luy ferme propoux Et le faictes de bon coraige. Y vous aidera, et n’ayez poux De tout dangier et tout dommaige.
PUCELLE.
A Dieu je vouldroye obeyr Comme je doy et est raison, Et très humblement le servir, A mon povoir sans mesprison; Et tousjours, en toute saison, Vueil estre sa povre servante, Actendant sa vraye maison Lassus ou ciel, où est m’entente.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée; Ayez tousjours ferme pensée. De Dieu estre sa pastorelle.
PUCELLE.
En nom Dieu, je vueil estre celle De le servir, s’i luy agrée.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée.
PUCELLE.
Mon bon seigneur, vostre nouvelle De par moy sera réclamée Au seigneur de ceste contrée, Par la voye que dictes telle.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée; Ayez toujours ferme pensée De Dieu estre sa pastorelle.
Puis s’en part, et y a pose.
MICHEL.
Pere, j’ay du tout acomply Le vostre messaige humblement, Sans riens avoir mis en oubly, A la pucelle, vrayement; Laquelle, debonnairement De tout son cueur, vous veult servir, Et tout vostre commandement Le vouldra faire et acomplir.
DIEU.
Le royaulme je remetray sus, Et les anemis confonduz, Par la pucelle ruez jus Et par elle tout convaincuz; Que, dès si qu’elle les aura veuz, En elle sera telle vaillance Que il en seront esperduz. Ou royaulme n’auront plus puissance.
Pose. Puis dit:
LA PUCELLE.
O mon Dieu et mon créateur, Plaise vous moy toujours conduire. Vous estes mon père et seigneur Auquel je ne veuil contredire.
XI
POÉSIE FRANÇAISE DU XVIᵉ SIÈCLE
CANTIQUE DE PÈLERINAGE
1.
Je chanteray du Seigneur La grandeur En presence de ses Anges. Son sainct Nom je beniray Et diray Tousjours ses sainctes louanges.
2.
Soit que le flambeau du jour De son tour Ait avancé la carrière, Soit qu’il s’en aille levant Ou couchant Il me verra en prière.
3.
Les petits chantres aislés Esveillés Seront de la compagnie; Parmi les champs et les bois De leurs voix Accompliront l’armonie.
4.
L’air noircy de tourbillons A nos sons Appaisera son orage; Le ciel qui nous entendra Monstrera Les rays de son beau visage.
5.
Leve donc mon cueur à toy, O grand Roy, Embrase moy de ta flamme, Afin que nul entretien Que le tien Ne puisse attirer mon ame.
6.
Ta majesté, ô grand Dieu, D’aucun lieu Ne sçauroit estre bornée, Et devant toy cent mille ans S’escoulant Ne sont pas une journée.
7.
Tu es au plus haut des cieux Glorieux, Tu es au plus bas du monde; Tu balances sur trois doigts Tout le poids De cette machine ronde.
8.
Ton esprit penetre tout Jusque au bout, Rien n’est hors de ta presence; Tu es cet œil qui tout voit Et connoit Le fond de la conscience.
9.
Le Ciel, qui d’astres reluit Toute nuict, Emprunte de toy sa grace, Et tout l’esclat non-pareil Du soleil N’est qu’un rayon de ta face.
10.
Sans efforts ce que tu veux Tu le peux, Et ton vouloir est ta peine; Tu peux effacer ce tout Tout d’un coup Au seul vent de ton haleine.
11.
Tu fais cheminer les Roys Sous tes loix Et les princes de la terre Desquels tu romps d’un clein-d’œil Tout l’orgueil Qui est fresle comme verre.
12.
Tu nous donnes les moissons Aux saisons Que toy seul fais et disposes; Tu fais largesse et soutiens De tes biens La vie de toutes choses.
13.
C’est toi qui d’un riche esmail Sans travail Dore nos belles preries; C’est toi qui donne à ces champs, Tous les ans Leurs gayes tapisseries.
14.
Dieu! qui ne voit les bienfaicts Que tu fais A toute humaine nature. Bien qu’il semble homme au dehors En son corps, Il n’en a que la figure.
15.
Si tu monstres ton courroux Contre nous, Tout se renverse et chancelle; La terre tremble d’effroy, Hors de soy Devant ta face immortelle.
16.
Quand tu lances par les airs Mille esclairs Et les esclats de ta fouldre, Si tu ne les reserrois, Tu mettrois Tout cet univers en poudre.
17.
Tu fais de flots escumer Cette mer, Tu la brouilles de nuages. Et puis tu retiens les vens Insolens Pour accoiser ces orages.
18.
Toy qui commandes à ces flux Et reflux, Fais qu’aucun mal ne me greve, Et deffend ton pelerin Au chemin Quand il passera la greve.
19.
Anges qui donnez les mains Aux humains, Au cours de nostre voyage, Soyez tousjours mon support Jusque au port De ce mien pelerinage.
20.
Et toy, reçoy ces accens Dont le sens Est tiré de tes ouvrages. Que tous courbez avec moy Devant toy Te font honneur et hommage.
Amen.
XII
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
UN CHANT POPULAIRE EN L’HONNEUR DE SAINT-MICHEL
2.
Vous êtes l’ornement des Cieux. Et la gloire vous est acquise, Prince des Esprits glorieux Et le protecteur de l’Église: Nous avons tous recours à vous, Saint Archange, priez pour nous.
3.
Vous défendez les gens de bien, Et le pauvre, dans l’indigence, Ne manquera jamais de rien, Lorsque vous serez sa défense: Nous avons tous recours à vous, Saint Archange, priez pour nous.
4.
Vous consolez les Pèlerins, Qui, pour vous rendre leurs hommages, Vous invoquent par les chemins, Afin d’obtenir vos suffrages: Nous avons tous recours à vous, Saint Archange, priez pour nous.
5.
C’est vous, l’Archange glorieux, Qui portez l’arme de victoire; Nous venons vous offrir nos vœux, Et chanter en votre mémoire: Nous avons tous recours à vous, Saint Archange, priez pour nous.
6.