Saint Michel et le Mont-Saint-Michel

Part 39

Chapter 393,634 wordsPublic domain

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III

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ABBAS.

Il est jour, Jennyn. Liève toy Et nous euvre celle fenestre. J’ay le cueur en si grant esmoy Que plus ycy je ne vuyl estre. Pas ne seroit en ma puyssance De dormir ne de reposer: Onc de tel fait n’eu congnoissance. Je n’y saroye que supposer.

JENNYN.

La fenestre si est ouverte, Il est jour, dont je suys bien aise, Oncques pour gaigne ne pour perte Mon cueur ne fut si mal à l’aise, Comme il a esté ceste nuit. Je ne sçay don ce m’est venu. Je ne vouldroye pas ennuyt Pour rien estre si court tenu.

PRIMUS CUSTOS.

Depuys que m’alay recoucher, Après la tourmente passée, Laisir n’eusse eu de me moucher, Tant ay esté en grant pencée. Il est jour, dont je remercie Dieu d’estre hors de ceste paine; Mais touttefois bien me soucie D’où vient ceste chose soudaine.

SECUNDUS CUSTOS.

Je n’ay pas trop grande savance; Mais je vous diray comme indigne, Qu’en cet hostel, à ma cuydance, A quelque chose qui est digne; Aultrement ne se pourroit faire, Selon que puys apercevoir. Monseigneur, alez ceste affaire A nos frères faire assavoir.

ABBAS (intrando in ecclesiam).

Alon à eulx. Ils sont levez. Ils sont icy dedens l’eglise Vous, gardes, estre y devez; A la garder que nul n’y nuysse. Quer c’est vostre commission De garder l’autel et reliques. De ce faire avez pension: Gardez les myeulx que gens iniques.

Dicit fratribus suis.

Frères, entendez tous à moy. Une chose sur mon cueur tire Qui le tient en si grant esmoy Qu’à paine je vous saroye dire. Sachez que, quant nous en alasmes. Er soir, pour nous devoir coucher. Nos huys et fenestres fermames, Si bien que nully aproucher N’en povait en nulle manière, Tant estoient fermées bien à point. Puys me couchè, et chacun frere En noz liz très bien et à point. Pas ne dormismes longuement, Qu’il vint une tel fraction Qu’onc ouy ne fut tel tourment, De quoy soit faicte mencion. De ce fusmez tous esvillez: De dormir nous n’avions garde, Et, tous ainsi esmerveillez, Nous levasmes, sans point de tarde, Cuydans qu’aucuns larrons y fussent. L’ostel fut serchié promptement: Et nulz pour serchier que ilz peussent Rien n’y trouverent nullement. Si chercha l’en par les corniers, Et par cotières, et par boutz Sur les trefs, et sur les sabliers, Tant par dehors que par desoubz. Puys que tout ainsi serché fut, Sans y trouver aucune chose, Et qu’on eut fait le mieulx qu’on peult. Chacun après si se repose, En son lit, comme auparavant, Sans point dormir une estincelle, Plus amalvisés que devant Nous avon esté de plus belle. Nous ne savon que ce peult estre, A vous venon conseil querir, En priant le doulz Roi celestre, Qu’il luy plaise nous secourir. Dictez m’en vos oppinions, Et qu’un poy ycy me repose.

PRIMUS MONACHUS.

Assez sages ne serions A respondre de si grant chose: C’est ung cas ycy mervilleux; Je croy que ce soit ung miracle. Dieu nous en face tous joieux, Et luy plaise que par signacle, Ou par aucune demonstrance, Nous en vuylle faire certains, Pour plus confermer sa creance, Et sans de luy estre lointains. Je lui supli que, de sa grace, S’il lui plaist, ainsi soit parfait.

SECUNDUS MONACHUS.

Je lui pri que certains nous face Qu’il est à faire de cest fait. Monseigneur, vous estes bien sage, Et avez en vous grant science, Pour pourvoir de vostre courage A cest fait cy, come je pence. Tout ce que vous adviserez, Pour ce cas cy, nous le feron.

ABBAS.

Mes amis estes et serez: S’or me croiez, nous juneron, Troys jours continuelment, Prians Dieu qu’il luy vieulle plaire A nous donner entendement De ce cas cy qu’il est à faire. Et, si la chose vient de luy, La luy plaise reiterer; Aussi, s’el ne vient de par luy Lui plaise le fait moderer. Et, si le fait est fantaisie, Ne nous souffre plus tourmenter. Chacun de nous ne vouldroit mye

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VI

LES ORIGINES DU THÉATRE FRANÇAIS (XIVᵉ SIÈCLE)

MIRACLE DE LA NATIVITÉ DE NOSTRE SEIGNEUR JHESUS CRIST[42]

PERSONNAGES:

JOSEPH. NOSTRE-DAME. ZEBEL. SALOMÉ. MICHIEL. GABRIEL. SIMÉON.

JHESUS. LE LIBRAIRE. PREMIER MAISTRE. DEUXIESME MAISTRE. TROISIESME MAISTRE. QUATRIESME MAISTRE.

JOSEPH.

Vueillez a moy entendre sa, Marie, doulce amie chiére; Je ne sçay en quelle maniére Avec moy vous puisse mener: Car il nous esconvient aler Jusqu’en la ville où je fui nez, A ce que li treuz paiez Soit de nous, et, a mon semblant, Si près estes d’avoir enfant, Ne sçay qu’en die.

NOSTRE DAME.

Joseph sire, cuer qui se fie En Dieu ne peut estre periz: Alons y donc. Sains Esperiz Par sa bonté nous conduira, S’il li plaist, et de nous fera Sa voulenté.

JOSEPH.

Dame, vous dites verité: Or vueille de nous deux commettre; Car je me vueil en chemin mettre Tout maintenant.

NOSTRE DAME.

Ce seroit grant desavenant, Joseph, puis qu’estes mon espoux, Se je n’aloie avecques vous: Et pour c’yray.

JOSEPH.

Chiére amie, et je vous menray Tout bellement.

NOSTRE DAME.

Sire, je suis ja malement Traveillie; querez un lieu Où nous puissons huimais pour Dieu Nous herbergier.

JOSEPH.

Dame, j’en craing moult le dangier: Car on m’a pour voir raconté Qu’en Bethleem, ceste cité, A tant venu pour voir de gent C’on ne peut trouver pour argent Ou place avoir.

NOSTRE DAME.

Sire, si vous faut il savoir Où habergie huimais seray: Car je croy que j’enfanteray Encor ennuit.

JOSEPH.

Hé! m’amie, or ne vous ennuit Tant qu’a celle femme soions Que la voy. Si li demandons S’aucun lieu nous enseignera. Dame, Dieu du ciel qui tout a Creé, vous doint beneiçon! Enseigniez nous une maison, Se vous savez, ou aucun estre Où sanz plus huimais puissons estre. Herbergié, dame.

ZEBEL.

Sire preudons, foy que doy m’ame, Vous estes venuz mal a point: Car je ne sçay de maison point: Ou il n’ait gent à grant planté, Si qu’enseignier en vérité Ne vous saroie lieu nesun, Se ce n’estoit un lieu commun, Liquelz n’est pas pour vous honnestes: Car la foraine gent leurs bestes Quant il sont venuz au marchié, Sitost qu’il les ont decharchié, Y mettent, sire.

NOSTRE DAME.

Ha! dame, que Dieu vous gart dire! Y seray je par vous menée? Je sui de traveil si lassée Que ne puis plus.

ZEBEL.

Dame, oil, sanz faire refus: Vous me samblez de bon affaire Et preste, ce croy, de bien faire. Sçavez vous terme?

NOSTRE DAME.

Nanil; pour voir le vous afferme, Ma doulce amie.

ZEBEL.

Dame, ne vous mentiray mie: Vezci le lieu que je disoie. Entrez ens. Dieu vous y doint joie De vostre corps.

NOSTRE DAME.

Joseph, alez me tost là hors Aucune ventriére amener: Car je senz bien que delivrer D’enfant me fault.

JOSEPH.

C’y vois de cuer joiant et baut, Sans faire sejour ne détri. Dame, je vous requier et pri Que vous li tenez compagnie, Afin que seule ne soit mie, Tant que reviengne.

ZEBEL.

Sire preudons, quoy qu’il aviengne, N’en doubtez point, ne la lairay. M’amie, je vous aideray Voulentiers. Comment vous est il? Certes, je crainz moult le peril Où je vous voy.

NOSTRE DAME.

Bien, dame; pour Dieu, aidiez moy; Vueilliez mon enfant recevoir; Car nulle autre n’y peut pour voir A temps venir.

ZEBEL.

Je le feray de grant desir. Ha! Dieux! que je voy grans merveilles! Onques mais ne vi les pareilles: Car je tieng un fil né de mere Sanz generacion de pere Corporelle, et par verité La vierge en sa virginité Est demeurée.

NOSTRE DAME.

Doulce amie, s’il vous agrée, En ces drapiaux envelopez Mon enfant, et puis le metez Ci delez moy.

ZEBEL.

Voulentiers, dame, par ma foy; Au bien couchier vueil mettre cure. E! enfes, doulce creature, Bien puisses tu ore estre nez Et bons eurs te soit donnez! Car tu es gracieus et doulx Et plaisant sur les enfans touz C’onques en ma vie vi naistre. Tenez, dame, vueillez le mettre De vous bien près.

NOSTRE DAME.

M’amie, moult en suis engrès; Baillez le sa.

JOSEPH.

Dame, Dieu vous gart! Il a là Une femme d’enfant enceinte, Et sachiez qu’elle est si atainte Qu’il lui semble bien sanz doubter Que maintenant doie enfanter. Pour ce, dame, je vous requier, S’il vous plaist, venez li aidier Par charité.

SALOMÉ.

La dame dont m’avez compté, Sire, où fait elle son demour, Respondez me voir par amour, Ne qui est elle?

JOSEPH.

C’est une jonne damoiselle Qui m’a esté donnée à fame, Qui n’a pas plus de treize ans, dame, Et s’est née de Nazareth. Pour Dieu, mais qu’il ne vous soit lait, Ma chiére amie, à li venez, Si que de l’enfant quant iert nez Serez ventrière.

SALOMÉ.

Sire, avec vous à lie chiére Yray, puis qu’en avez mestier: Car aussi est ce mon mestier D’enfans noviaux nez recevoir. Alons men tost sans remanoir; N’atarjons point.

JOSEPH.

Alons, dame: Dieu doint qu’a point Y puissez estre!

SALOMÉ.

Sire, dites moy en quel estre Vous me menez.

JOSEPH.

M’amie, assez tost y serez. C’est ci, ce sachiez, qu’est la fame Pour qui je vous amaine, dame. Or entrez ens.

SALOMÉ.

Diex du ciel vueil estre ceens Par son plaisir!

ZEBEL.

Salomé, bien puissez venir! Que venez querre?

SALOMÉ.

On m’a ci amené bonne erre Pour une femme qui travaille, A qui je dois estre la baille De son enfant.

ZEBEL.

Salomé, pour voir vous créant Que trop à tart vous y venez: Car li enfes si est ja nez Et vezla la mere couchie; Et si sachiez c’onques touchie Ne fu d’omme en nulle manière; Ains est vierge de corps entière: Car je l’ay bien hui esprouvé, Et pour voir telle l’ay trouvé A l’enfanter.

SALOMÉ.

Tu te feras des gens moquer, M’amie, se plus diz telz moz: Ne porte à femme ja ce loz Qu’elle puist enfant concevoir Sanz congnoissance d’omme avoir: Ce ne peut estre par nature; Ne qu’enfanter puist vierge pure, Ne le dy mie.

ZEBEL.

Quoyque des autres ne le die, De ceste le tesmoingneray, Qu’après l’enfanter trouvé l’ay Vierge pucelle.

SALOMÉ.

Certes, c’est chose si nouvelle Que se de mes yeulz ne veoie La dame, et de mes mains touchoie, Je ne croiroie point tel dit; Pour ce maintenant sanz respit L’iray veoir et puis taster. Lasse! j’ai perdu le taster. Lasse! lasse! lasse! mes mains Ay perdu. E! lasse! s’au mains L’une des deux demourast vive, Bien me fust; mais lasse! chetive! Ceste forment me desconforte, Que je voi qu’elle est toute morte: Et ceste ci redevient seiche Aussi comme une vielle meiche. Dieux! or vivray je en mescheance Quant les membres dont ma chevance Par honneur je souloie avoir Pers ainsi. Lasse! Or ne sçay voir Que puisse faire.

MICHIEL.

Gabriel, pour le cuer reffaire De joie à la vierge bénigne Qui du filz Dieu gist en gesine Nous fault en Bethléem aler Et devant la dame chanter. Or y alons.

GABRIEL.

Certes, Michiel, c’est bien raisons Que de nous ait aucun soulaz: Car humains par elle des laz A l’ennemi seront hors mis, Et seront fait a Dieu amis; Et dès maintenant leur paix ont Tuit cil qui de bon vouloir sont. Pour c’est li fil Dieu nez en terre. Or y alons, Michiel, bonne erre; Je vous em pri.

MICHIEL.

Alons sanz plus faire detri, Et chantons pour nous rehaitier.

_Rondel._

On doit bien la dame prisier En qui prist par dileccion Dieu le fil incarnacion; Puisqu’a Dieu fist homme appaisier, On doit bien la dame prisier. Car Dieu enfanta sanz brisier De riens sa vierge affeccion, Et pour c’en grant devocion On doit bien la dame prisier En qui prist par dileccion Dieu le filz incarnacion.

SALOMÉ.

E! Diex pour quelle mesprison Sui-je ainsi laidement batue? Lasse! de forte heure embatue Me sui ceens, au dire voir, Pour enfant mortel recevoir, Quand g’y ay mes deux mains perdu: Dont j’ay le cuer si esperdu, Ne sçay que dire.

ZEBEL.

Salomé, je me doubt qu’en ire Dieu contre vous meu ne soit Pour aucun pechié qu’en vous voit, Qui par aventure est en vous, Ja soit ce que nous pechons touz, Dont il se veult ore vengier: Car il est juge droiturier. Mais il est si misericors Que qui de soi met pechié hors Et merci li prie humblement Il l’appaise ligiérement: Si que je vous conseil pour bien, M’amie, se vous savez rien Qu’aiez meffait encontre li Que vous li en criez merci: Ce sera sens.

SALOMÉ.

A ce conseil, Zebel, m’assens; Car il me semble raisonnable: Mais je ne sçay de quoy coulpable Vers li tant soie.

GABRIEL.

Michiel, bien devons mener joie; Regardez com noble mistere! Vierge est de son createur mere: Car elle l’a vierge enfanté, Et la divine majesté C’est à enfermeté conjointe, Et foy c’est a cuer d’omme adjointe Pour tout ce croire.

MICHIEL.

Gabriel, c’est parole voire. Dieu c’est fait homs dessous nature Pour ce que soient l’escripture Et tuit li prophete acompli, Et li siéges es cieulx rampli Qui sont touz vuidz.

GABRIEL.

Ce nous tournera à deduiz, Michiel amis, et à grant gloire. Par amour ors disons encoire Ce rondel qui moult m’atalente:

RONDEL.

Vierge royal, dame excellente, Sur toutes autres pure et monde, Qui ne vous sert pensée à lente, Vierge royal, dame excellente; Car du fruit avez est à l’ente Qui de nient crea tout le monde; Vierge royal, dame excellente, Sur toutes autres pure et monde.

SALOMÉ.

E! sire Diex, s’en vous habonde Ne pitié ne misericorde, Je vous pri de moy vous recorde, Et me vueillez estre amiable, Dieu du ciel, pére esperitable: Car se j’ay n’en parler n’en fait Riens, sire, contre vous meffait, Pour quoy vous me punissiez ci, De cuer vous en requier merci Que le me vueillez pardonner, Et me vueillez, sire, donner Par vostre infinie bonté, S’il vous plaist, parfaite santé Dessus mes membres.

GABRIEL.

Salomé dame, or te remembres, Que pour ce que tu n’as veu Vierge enfanter, ne l’as creu; Ains le vouloies esprouver; Pour ç’a volu Dieux estriver A toy qu’estrivoies à lui, Et t’a envoié cest annuy Qui te doit estre à grant contraire. Or t’avise que Dieu peut faire Plus que vierge faire enfanter, Et, se tu le croiz sanz doubter, Atouche l’enfant seulement, Et tes mains saines vraiement Recouvreras.

SALOMÉ.

Ha! sire, ne me moquez pas. Qui estes vous? Dites le moy, Si vous plaist, et je vous em proy: Ne vous voi mie.

GABRIEL.

Je sui un ange, belle amie; Sachez que je te compte voir. Si tes mains veulz saines ravoir, Fai ce qu’ay dit.

SALOMÉ.

Je le vois touchier sanz respit. Enfes doulz et beneurez, Si voirement com tu es nez De vierge, et ainsi je le croy, Et que mes mains en cette foy Mett sur toy, Dieu par son plaisir, Ains que de ci puisse partir, A sa merci me vueille prendre! Ha! Dieu, bien vous doy graces rendre, Puis que tant m’avez honnouré Que mes mains m’avez restoré, Sire, en santé.

ZEBEL.

Il est Diex parfaiz en bonté, Salomé, ce pouez savoir. Nous devons espérer pour voir Que cest enfant de par lui vient, Puis qu’après l’enfanter il tient Vierge la mère.

SALOMÉ.

Voire, et dire qu’il en est pére. Zebel, moult doiz grant joie avoir, Quant tel enfant poz recevoir. Et vous, dame, moult estes digne, Qui gisez de ceste gesine Esmerveillable.

NOSTE DAME.

A Dieu, le pére esperitable, En soit la gloire atribuée, Quant de sa grace m’est donnée Si grant partie.

SALOMÉ.

Ja ne quier estre departie De vous, dame, s’il vous agrée, Tant que vous soiez relevée Tout à vostre aise.

NOSTRE DAME.

Chiére amie, ne vous desplaise, Zebel seule bien me souffist. Alez à celui qui vous fist Qui vous gart l’âme!

SALOMÉ.

Je m’en vois donques. A Dieu, dame. Puissiez remaindre!

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SIMÉON.

Dieu de lassus, fai tes cieulx fraindre: Envoie nous ton filz en terre, Par quoy soit finée la guerre Que tu as à l’umain lignage, Si qu’avoir puissons l’eritage Pour quoy, sire, tu nous formas. Et, sire, longuement nous as Anoncié par tes sains prophètes, Et tant belles promesses faites Du rachat de lignie humaine Que li Sathans en enfer maine! Ysaïes a dit pour voir Qu’une vierge doit concepvoir Et enfanter un vierge fil Qui hors gettera du peril D’enfer le peuple d’Israel, Et ara nom Emanuel. Sire Dieu père, ceste grace Que faire nous doiz, quant sera ce? Ha! Dieux, cil enfes quant venra Ne quant sera ce qu’il naistra. Afin que je veoir le puisse? Je ne cuit pas que ci me truisse Cest enfant que je tant désir. Dieux, te venroit il à plaisir A moi de grâce pourveoir, Tant que cil œil ci de veoir Ycellui soient saoulé, Par qui de mon cuer reveillé Seront il œil?

MICHIEL.

Gabriel amis, aler vueil, Car il m’est de Dieu conmandé, A Simeon qui demandé Li a un don par grant desir. Ne vous vueilliez de ci partir; Si revenray.

GABRIEL.

Michiel, ci vous attenderay; Alez au Dieu plaisir, amis: Puisque vous y estes conmis, C’est bien raison.

MICHIEL.

Paix soit avec toy, Simeon! En ton cuer doiz avoir grant joie Sains Esperiz à toi m’envoie Et te mande, n’en doubte pas, Que ja la mort ne gousteras Si aras veu le Sauveur Du monde: ceste grant honneur Te veult il faire.

SIMÉON.

Ha! vrai Diex, pere debonnaire, Quant ert ce? Ja sui je si vieulx Qu’à peine puis lever les yeulx Et mon corps sur piez soustenir: Je ne cuiday onques venir A tel vieillesce.

MICHIEL.

Or aiez cuer plain de leesce. Pour ce que tant l’as désiré Et en ce désir demouré Est devant Dieu ta voix oie, Et ta clamour est essaucie, Si que venuz es à ce point Que le verras; n’en doubtes point. A Dieu te dy.

SIMÉON.

A! Dieu pére, je vous mercy, Quant en ce siècle tant vivray Qu’à mes deux yeux celui verray Qui sauveur du monde sera; Certes, mon cuer repos n’ara Tant que le voie.

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NOSTRE DAME.

Zebel, il est temps que je doye De ceste gesine lever, Et au temple de Dieu aler Pour ma purificacion, Et mon filz en oblacion Porter: c’est droiz.

ZEBEL.

C’est mon, dame; il a plus d’un mois Que vous acouchates, ce croy, Voire quarante jours, par foy: Bien m’en souvient.

NOSTRE DAME.

C’est voir, m’amie; il vous convient Que vous m’alliez deux turtres querre Ou deux jeunes coulons bonne erre, Qu’avec moy seront apportez: Mon enfant en ert rachatez Après s’offrande.

ZEBEL.

Dame, mon cuer se reconmande A faire tout vostre plaisir: Querre les vois de grant desir, Telz que je sçay qu’ils doivent estre. Je ne revenray en cest estre Si les aray.

NOSTRE DAME.

Or ne faites pas long delay, M’amie chiére.

ZEBEL.

Dame, revien je tost arriére? Vezci une paire d’oisiaux, Qui sont et gracieux et biaux, Je vous creant.

NOSTRE DAME.

M’amie, et nous fault mon enfant Couchier en nouviaux drapelez, Touz les plus biaux et les plus nez Que j’ay; et puis si en irons Moi et vous, et le porterons Au temple offrir.

ZEBEL.

Ainsi le fault pour acomplir De la loy le conmandement. Delivrons-nous, dame, briévement; Il en est heure.

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SIMÉON.

Pére des cieulx, moult me demeure Que je voie ton enfant chier, Que tu doiz en terre envoier Pour le sauvement des humains. Haste toy, doulx pére hautains; Romps tes cieulx, euvre paradis. Acomplis ce que m’as promis, Dieu de lassus!

GABRIEL.

Or tost, Symeon, liéve sus; Aorne toy sanz deporter. Vez ci c’on te vient apporter L’enfant, moult te doit estre bel, Qui sera du peuple Israel Sauveur et sire.

SIMÉON.

Ha! Dieux, onques mais n’oy dire Chose qui tant me feist joie. Certes tenir ne me pourroie Qu’à l’encontre de li ne voise: Car sa venue moult m’envoise Et rebaudist.

ZEBEL.

Dame, or veez s’il vous suffist. Vezci votre enfant; couchié l’ay Au miex que je couchier le say, Se m’aist Diex.

NOSTRE DAME.

Zebel, m’amie, on ne peut miex: Or en alons.

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GABRIEL.

Michiel, cy plus ne nous tenons: Alons nostre Dieu convoier, Et pensons de nous avoier D’un biau chant dire.

MICHIEL.

Je ne vous vueil mie desdire. Mon tresdoulx ami Gabriel; Je vous pri, disons ce rondel: Car de moy joie le cuer emble.

_Rondel._

Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née, Par droit devez estre honnorée Plus que nulle autre, se me samble, Et miex amée, Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née: Car pour vous d’omme et Dieu ensamble Est hui donnée Offrande au temple desirée; Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née, Par droit devez estre honnorée.

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SIMÉON.

Bien puissiez estre relevée, Dame, qui au temple venez! Ce doulx enfant que vous tenez, Pour Dieu mettez le sur mes bras; Dessus l’autel, n’en doubtez pas, Le porteray.

NOSTRE DAME.

Voulentiers le vous bailleray. Tenez, sire, je le vous offre: Après vous feray j’une autre offre, Pour li ravoir.

ZEBEL.

Dame, vez la ci preste, voir, En ce panier.

SIMÉON.

Dieu, je te doy bien mercier, Qui le mien cuer en paix as mis; Car ainsi com tu m’as promis Par ta parole qui est voire, Je voy le salut et la gloire Qu’a ton peuple as appareillié; S’en ay, sire, le cuer si lié Qu’avis m’est que doie partir. Or fay de mon corps departir, Sire, l’ame quant te plaira, Puis que mon cuer son desir a, Dont tant ay joie.

NOSTRE DAME.

Zebel, il est temps que je doie Faire m’offrande, ce m’est vis. Bailliez ça ces oisellez vis Et ce cierge aussi alumé, Ainsi qu’il est acoustumé: Pour mon enfant ravoir, au prestre Voulray tout donner, et pour estre Purifiée

ZEBEL.

Je feray de voulenté lie, Dame, vostre conmandement. Tenez, offrez appertement Au nom de Dieu.

NOSTRE DAME.

Sire prestre, tenez en lieu De ma purificacion Ce cierge, et en oblacion De mon enfant ces oisiaux ci. Que Dieu par la seue merci Nous vueille aidier!

SIMEON.