Saint Michel et le Mont-Saint-Michel

Part 30

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Le culte de saint Michel n’était pas entièrement aboli depuis les jours néfastes de la Révolution; il avait survécu à tous nos désastres, et la dévotion envers le grand Archange vivait toujours dans le cœur des véritables Français; elle s’était même plus d’une fois manifestée dans les heures d’angoisses et dans les calamités, comme au milieu des joies et des réjouissances publiques. «En 1820, après l’assassinat du duc de Berry, dit M. de Badts de Cugnac, de toutes parts des neuvaines furent faites en l’honneur de saint Michel. Le 29 septembre, jour même de la fête de l’Archange, naissait le duc de Bordeaux, appelé l’enfant du miracle.» En mémoire de cet événement on fit frapper une médaille qui représente sur un lit d’une forme antique, une femme offrant à l’amour de la France son enfant éclairé d’un rayon du ciel; à ses côtés est le buste du duc de Berry; la face porte: «Dieu nous l’a donné.»--«Nos cœurs et nos bras, sont à lui;» le revers, sur lequel on lit la date du 29 septembre, présente l’image de l’archange saint Michel terrassant le diable, sous la figure d’un monstre moitié homme, moitié dragon. Ici, Lucifer personnifie la révolution armée du poignard de Louvel d’une main et portant de l’autre une torche incendiaire; son céleste vainqueur, l’ange tutélaire de la France, tient le bouclier crucifère et manie le glaive flamboyant (fig. 132). La Restauration avait même essayé de faire revivre l’ancienne chevalerie. En 1816, Louis XVIII rappela que l’ordre de Saint-Michel était spécialement destiné à servir de récompense et d’encouragement aux Français, qui se distingueraient dans les lettres, les sciences et les arts, ou par des découvertes, des ouvrages et des entreprises utiles à l’État. Le 30 mai 1825, il y eut à Reims une réception solennelle après le sacre de Charles X, et le 29 septembre de l’année suivante le chapitre général fut convoqué; mais à partir de la révolution de Juillet, l’ordre n’a plus existé que de nom, et son dernier représentant est mort depuis quelques années.

Chez les autres nations, le nom de saint Michel n’a jamais été non plus complètement livré à l’oubli. La Bavière conserve toujours l’ordre du _Mérite_, fondé par Joseph Clément sous le patronage de l’Archange, pour soutenir la religion catholique, défendre l’honneur de Dieu et secourir les défenseurs de la patrie. En vertu d’un décret publié le 30 mai 1877, la reine d’Angleterre autorise l’admission de membres extraordinaires dans les ordres de Saint-Michel et Saint-Georges; elle nomme en même temps le prince de Galles grand-croix et le duc de Cambridge grand maître et principal chancelier. Les mahométans connaissent aussi le nom du puissant Archange et lui attribuent la fonction de secrétaire de la Divinité. L’Allemagne possède des confréries érigées sous le vocable de saint Michel, et la capitale de l’Autriche vient d’envoyer aux obsèques de Pie IX une députation prise parmi les membres de l’une de ces pieuses associations; l’immortel pontife s’est toujours montré lui-même le dévot serviteur de l’Archange, et le seul ornement de sa chambre mortuaire était une pendule surmontée d’une statuette du vainqueur de Satan, avec une croix et quelques cierges.

Enfin, nos généreux missionnaires, à l’exemple de saint François Xavier, placent leurs travaux sous la protection de l’ange vainqueur du paganisme; ils propagent son culte en Afrique, en Asie, en Amérique, en Océanie; partout ils dressent des autels en son honneur, dans les remparts d’Alger comme sur les montagnes du Nouveau-Monde; partout ils l’appellent à leur secours dans les circonstances difficiles: En ce moment, écrivait au mois de septembre 1868 un missionnaire des îles Gambier, «nous faisons une neuvaine à saint Michel, le glorieux protecteur de nos missions, pour demander la cessation du fléau,» qui désole le pays.

Aujourd’hui comme autrefois, le triomphe de l’Archange et le développement de son culte semblent attachés, en partie du moins, à la destinée du mont Tombe; aussi l’aurore de la résurrection fut saluée avec bonheur et l’année 1865 vit s’ouvrir de nouveau l’ère des grands pèlerinages. Comme au temps d’Aubert, Avranches donna l’exemple; les trois paroisses de la ville arrivèrent au Mont le 17 mai: «cette procession, dit un historien, eut un cachet particulier: elle fut une réparation éclatante des profanations impies de la fin du dernier siècle, en reportant quelques-unes des saintes reliques que des mains fidèles étaient parvenues à soustraire au pillage de la Terreur.»

L’année suivante, le souverain pontife accorda pour dix ans une indulgence plénière annuelle à tous ceux qui visiteraient le sanctuaire de l’Archange et rempliraient les conditions accoutumées. La bénédiction de Pie IX porta ses fruits; des pèlerins nombreux accoururent de tous les points de la France. La fête du Iᵉʳ août réunit dans la basilique un archevêque, trois évêques, l’abbé de Bricquebec, plusieurs prêtres et un grand concours de fidèles.

Le 24 septembre 1867, monseigneur Bravard, accompagné de l’évêque préconisé de Gap, «d’une centaine de prêtres et de trois cents autres pèlerins,» venait déposer dans le trésor de l’Église les reliques et les souvenirs que Pie IX avait accordés au sanctuaire de l’Archange. Le 16 octobre de la même année, l’anniversaire de la dédicace fut célébré avec une pompe exceptionnelle. Au défilé de la procession, huit petits orphelins, en soutane et en barrettes blanches, ouvraient la marche; venaient ensuite cent cinquante prêtres, le R. P. abbé de la Trappe, l’évêque préconisé de Gap, l’évêque de Coutances en habits pontificaux, les évêques de Bayeux, d’Évreux et d’Orléans; l’archevêque de Rouen précédé de la croix métropolitaine et revêtu de ses insignes fermait la marche. Son Éminence, le cardinal de Bonnechose, monseigneur Dupanloup et monseigneur Bravard prirent la parole en ce beau jour et rappelèrent à la foule attentive l’origine, les péripéties et la restauration du Mont-Saint-Michel.

La campagne de 1870 fut comme le dernier signal du réveil. L’évêque de Coutances et Avranches s’engagea par un vœu solennel à élever un monument à la gloire de l’Archange, si son diocèse était préservé de l’invasion prussienne; l’ennemi vint sur les limites de la Manche, mais il n’y pénétra pas. Fidèle à sa promesse, monseigneur Bravard fit élever dans son église cathédrale une statue de saint Michel terrassant le dragon. Depuis cette époque les grands pèlerinages n’ont été interrompus que pendant les mois d’hiver. Dans le cours de l’année 1873, trois fois la ville de Laval a envoyé «un essaim nombreux de fidèles à la sainte basilique. Ils étaient plus de sept cents au premier départ, la poitrine ornée de la croix de Pie IX, et du coquillage traditionnel. Douze détonations annonçaient leur entrée dans l’enceinte des remparts.» Versailles, Vitré, Dol, Paris, Rouen et plusieurs autres villes de France eurent aussi leur manifestation solennelle. Dans la seule journée du 18 septembre, plus de quatre mille pèlerins remplirent les nefs de l’église. Le samedi 20 septembre 1873 fut le jour des zouaves pontificaux. Ils vinrent en grand nombre avec leur brave général, le baron de Charette, retremper sur l’autel de l’Archange l’épée qu’ils avaient si vaillamment portée pour la cause de l’Église et de la France. Des contrées éloignées ont envoyé de pieuses caravanes au Mont-Saint-Michel; les pèlerins de Niort et de Poitiers y sont venus sous la conduite du R. P. Briant; l’Angleterre, l’Italie et d’autres nations voisines ont été représentées dans la basilique du mont Tombe.

Grâce à la générosité de ces pieux visiteurs, la chapelle du pèlerinage, qui occupe le transept nord, a été pavoisée de bannières et d’oriflammes aux couleurs variées. Le sanctuaire, la chapelle de Notre-Dame-des-Anges, et la crypte des Gros-Piliers ont été enrichis d’ornements précieux; des lampes brûlent jour et nuit devant l’autel de la Vierge et la statue de l’Archange; des épées et des croix d’honneur sont suspendues en ex-voto aux murs de l’église. Un autel couvert de lames d’argent et de pierres précieuses occupe le fond du sanctuaire où des pèlerins viennent s’agenouiller chaque jour. Le trésor placé dans une chapelle du rond-point reçoit tous les ans de nouvelles reliques, et bientôt, il faut l’espérer, les derniers vestiges de la catastrophe auront disparu.

V.

LE COURONNEMENT DE SAINT MICHEL ARCHANGE.

Le triomphe de l’Archange n’était pas complet. Le souverain Pontife accorde parfois aux sanctuaires les plus vénérés du monde catholique une faveur d’un prix inestimable; il couronne l’image que les pèlerins entourent de respect, et devant laquelle ils se prosternent pour prier. Depuis 1873, la chapelle de l’Archange possédait une statue représentant la victoire de saint Michel sur le dragon infernal; mais cette image n’avait pas obtenu les honneurs du _couronnement solennel_. L’heure paraissait favorable. Le glorieux pontife, qui occupait la chaire de Pierre, désirait voir la dévotion au prince de la milice céleste prendre de nouvelles racines dans les âmes, et, le 16 septembre 1874, il avait publié par l’organe du cardinal Patrizzi l’_invito sacro_ dont voici la traduction:

«Nous devons certainement vénérer toute supériorité angélique; mais il faut honorer avec une grande dévotion celui qui, dans ces hautes sphères, mérita d’être le chef de la milice céleste. Bien que l’Église catholique vénère, exalte et prie tous les bienheureux anges du Seigneur, elle a toujours voulu distinguer entre eux, en honneur et affection, le glorieux archange saint Michel, que les saintes Écritures et les saints Pères nous désignent comme le principal défenseur des droits divins contre le premier rebelle et les autres anges coupables, qui eurent le malheur de le suivre dans sa révolte. Rome, qui a toujours donné l’exemple de la vraie piété à l’Univers catholique, a témoigné, en tous temps, le plus grand respect et la plus grande dévotion à l’invincible archange saint Michel; car non seulement elle éleva à Dieu, en l’honneur et sous le vocable de saint Michel, plusieurs temples qui sont à la fois des monuments de confiance et d’actions de grâces, mais encore elle établit deux fêtes solennelles en l’honneur du bienheureux Archange, et celle que nous allons célébrer le 29 septembre est une des fêtes de précepte de l’Église romaine. Par la volonté du saint-père, et, selon l’usage établi depuis quinze ans, nous ordonnons un triduum pour obtenir, par l’intercession des saints Anges, la force et le courage contre les puissances des ténèbres, auxquelles, par une longue suite de vicissitudes malheureuses, il est maintenant permis de se déchaîner plus que jamais, pour éprouver et exercer les bons et pour le malheur de toute la famille humaine..... La solennité de la fête anniversaire de l’archange saint Michel, qui, en soutenant les droits de Dieu, vainquit Lucifer et dissipa ses malins artifices, nous fournit un motif de mentionner les autres moyens infernaux dont on se sert aujourd’hui pour séduire et perdre les âmes par la lecture des mauvais livres, et particulièrement par les mauvais journaux, dans lesquels on insinue des maximes contraires à la religion et à la morale, et où, en mille manières, on tente de combattre l’Église de Jésus-Christ. Rappelez-vous, ô Fidèles, la lettre que le saint-père voulut bien nous adresser à ce propos, en date du 30 juin 1871, et que nous publiâmes alors. Dans cette lettre, la lecture de ces journaux est défendue sous peine de péché grave, comme étant extrêmement dangereuse pour les âmes, à cause du péril prochain qu’il y a de se pervertir..... Sacrifiez donc, ô fidèles, à un strict devoir de conscience chrétienne, toute espèce de curiosité ou de prétendue nécessité qui vous pousse à lire les journaux, et avec cette maxime vaillante par laquelle le grand Archange renversa jadis Satan: _Quis ut Deus!_ préférez l’observance de la loi à toute satisfaction et ne vous exposez jamais au danger fatal de vous perdre éternellement.»

Au mois de mai de l’année suivante, le R. P. Robert prenait le chemin de Rome avec le supérieur général des religieux de Saint-Edme, le T. R. P. Boyer. Les deux missionnaires remirent entre les mains de Pie IX un album contenant les principales vues du Mont-Saint-Michel, et préparèrent la grande œuvre qu’ils méditaient de concert avec monseigneur l’évêque de Coutances et Avranches. Ensuite ils traversèrent l’Italie méridionale pour aller faire un pèlerinage au monte Gargano. Ainsi se sont perpétuées d’âge en âge les relations de fraternité, qui, dès l’origine, unissaient les deux principaux sanctuaires de l’Archange. Quelques semaines plus tard, monseigneur l’évêque adressait au souverain pontife la supplique suivante:

«Très Saint Père,

«Jean-Pierre, évêque de Coutances et Avranches, humblement prosterné aux pieds de Votre Sainteté, la supplie avec instance de daigner, par un privilège spécial, décorer d’une couronne d’or la statue d’argent de l’Archange saint Michel, vénérée dans l’église du mont Tombe, au péril de la mer, et élevée par sa piété avec le concours des fidèles de son diocèse. Cette montagne, très saint Père, consacrée par l’apparition du glorieux Archange, illustrée par des prodiges et des miracles pendant plus de treize siècles, enrichie par vos prédécesseurs d’indulgences et de privilèges nombreux, est aujourd’hui visitée par une foule innombrable de pèlerins venus de tous les pays de l’Europe, afin de solliciter la force de Dieu et la grâce du salut. Elle recouvrera son ancienne splendeur, et verra se ranimer de plus en plus dans son sanctuaire la piété des fidèles envers le chef de la milice céleste, si Votre Sainteté, accueillant favorablement nos vœux les plus ardents, veut bien daigner, de sa très auguste main, orner la dite statue d’une couronne d’or.»

La supplique de monseigneur l’évêque de Coutances et Avranches a reçu de Pie IX un accueil favorable. Dans l’audience du 23 juin 1875, l’auguste pontife a décerné les _honneurs du couronnement_ à l’image vénérée qui représente la victoire de saint Michel sur les puissances de l’abîme. A cette nouvelle, la France catholique a tressailli; des voix nombreuses se sont élevées dans la presse pour applaudir à la décision de Pie IX; parmi les serviteurs de l’Archange, les uns se sont empressés d’offrir leur concours pour organiser la fête, les autres ont fourni l’or, l’argent et les pierres précieuses qui devaient entrer dans la confection des couronnes; le souverain pontife lui-même, malgré son extrême indigence, a envoyé la première offrande, et son exemple, comme toujours, a suscité de généreux sacrifices. Depuis l’officier et la dame opulente, jusqu’à l’humble paysan et à la pauvre servante, des milliers de personnes de toute condition ont voulu contribuer à une œuvre à la fois si patriotique et si chrétienne; grâce à de tels dévouements que la foi seule peut inspirer, la croix

d’honneur gagnée sur le champ de bataille, l’épingle d’or soustraite à un luxe superflu, et l’obole prélevée sur un modique salaire, sont unies et fondues ensemble pour orner le front de saint Michel, l’archange guerrier, le conducteur et le peseur des âmes.

Les deux couronnes, exécutées en style différent, se complètent et s’harmonisent pour exprimer une même idée sous des formes diverses, le triomphe du prince de la milice céleste. L’une d’elle enrichie d’une pierre précieuse donnée par le souverain pontife, est l’œuvre d’un artiste italien, Thémistocle Venturini; elle peut être appelée la _couronne de l’Église_ (fig. 134). Autour du bandeau, sur un fond d’or, circulent deux motifs d’ornementation alternés, qui présentent une guirlande de feuilles et de fleurs faites de pierres précieuses enchaînées avec symétrie; huit volutes partent du même bandeau, forment une courbe et s’unissent pour soutenir l’univers symbolisé par un globe enlacé d’une zone, qui est l’image de l’amour du Créateur; au-dessus, domine la croix ou le signe de la rédemption de l’univers déchu; sur la zone qui adhère fortement au globe du monde, on lit le nom de l’Archange: «_Quis ut Deus!_» Deux autres emblèmes, les feuilles de chêne et les lis de la guirlande, figurent, dans la pensée de l’artiste, la force et la pureté de saint Michel, c’est-à-dire les armes avec lesquelles il a terrassé le dragon infernal. L’autre couronne, celle de _la France_, est le travail d’un orfèvre de Paris, M. Mellerio (fig. 135). En voici le symbolisme. La base se compose d’un bandeau de lignes sévères affectant au centre la forme anguleuse de la visière d’un casque de chevalier du moyen âge armé de toutes pièces pour le combat; de chaque côté des tempes ressort une pointe saillante comme on en voit sur certains boucliers: ces deux pointes peuvent représenter la force invincible dont Dieu a revêtu le prince de la milice céleste. Au milieu du bandeau se lit le «_Quis ut Deus!_» le cri de guerre de l’Archange, dont chaque lettre est couverte de grenats foncés, qui se détachent sur un fond d’or poli et s’unissent, derrière la tête, aux armes de Pie IX. A droite et à gauche, figurent deux écussons, celui de saint Aubert, fondateur de la première basilique, et celui de l’évêque actuel de Coutances et Avranches, monseigneur Abel Germain. Autour du même bandeau, se déroule une inscription latine, qui rappelle le jour et l’année du couronnement. Un cartouche en forme de bouclier se voit également au centre de la partie intérieure qui pose sur le front; il est décoré du monogramme de saint Michel et de l’écusson armorial de l’abbaye, composé de dix coquilles d’argent et de trois fleurs de lis d’or. Le sommet de la couronne représente la victoire du glorieux Archange. Au centre, le sujet du combat livré au ciel est figuré par une croix en diamant avec un cœur en rubis incrustés dans une grande topaze jaune entourée d’une auréole de brillants; c’est le mystère de l’incarnation du Verbe, ses anéantissements, ses humiliations, ses souffrances. Enivré par la sublimité de sa nature, Lucifer refuse d’adorer le Verbe dans cet état d’abaissement, et pousse le cri de la révolte; aussitôt saint Michel ravit la lumière à son ennemi vaincu et l’emporte entre ses grandes ailes. Pour interpréter la lumière, l’artiste s’est servi d’une aigue-marine provenant d’un ancien diadème de la reine Amélie; ronde à sa base, cette pierre précieuse se termine en pointe comme la flamme surmontant la tête d’un génie; une ligne de grenats en arrête les contours et représente le feu sur lequel le trône de Dieu repose dans la vision d’Ézéchiel. De ce foyer lumineux partent en affectant la forme d’aigrette, des rayons en topazes, en améthystes et en aigues-marines. Il est dit de Lucifer au livre d’Ézéchiel: «Vous étiez ce chérubin qui étendait ses ailes et protégeait les autres, je vous ai établi sur la montagne sainte de Dieu, et vous avez marché au milieu des pierres brûlantes.» C’est pourquoi le glorieux saint Michel, devenu après sa victoire le chef de la milice céleste, protège pour ainsi dire de ses grandes ailes les neuf chœurs des anges, qui ont combattu sous ses ordres. Ils sont représentés entre des arceaux d’améthystes tout autour de la couronne, selon le rang que leur assigne l’Écriture. Les ailes qui planent au-dessus ne sont pas en repos, mais déployées, pour désigner la lutte continuelle du belliqueux Archange, et afin de s’harmoniser avec la statue qui représente saint Michel tenant l’épée flamboyante d’une main et de l’autre le bouclier crucifère, et foulant sous ses pieds le dragon infernal. Les régions éthérées où habitent les esprits bienheureux sont figurées par des rayons en diamant à travers lesquels se dessinent des arcs-en-ciel, avec les noms des neuf chœurs angéliques tracés en lettres émaillées.

Pie IX, après avoir offert un bijou pour la couronne de l’Archange, ouvrit les trésors spirituels de l’Église en faveur des pèlerins qui prendraient part à la solennité; le 28 juillet 1876, il adressa le bref suivant à monseigneur l’évêque de Coutances et Avranches:

«Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

«Vous avez eu à cœur de nous informer que dans le cours de cette année, en un jour que vous fixeriez ultérieurement, vous aviez l’intention de couronner d’un diadème d’or la statue de l’archange saint Michel, que les fidèles honorent d’un culte tout spécial et visitent souvent sur ce Mont de votre diocèse de Coutances, qui porte le nom même de l’Archange. Vous exprimez à cette occasion un désir ardent de nous voir ouvrir les célestes trésors de l’Église dont le Très-Haut a daigné nous faire dispensateur. Comme nous voulons que les fidèles puissent trouver dans cette solennité de nouveaux secours pour mériter la béatitude éternelle, nous avons tenu à exaucer vos vœux. Aussi, à tous et à chacun des fidèles de l’un et de l’autre sexe, qui, vraiment contrits, confessés et nourris de la sainte communion, visiteront avec dévotion, le jour du couronnement, l’église et la statue de l’Archange saint Michel, et adresseront à Dieu, dans ce sanctuaire, de ferventes prières pour la concorde des princes chrétiens, l’extirpation des hérésies, la conversion des pécheurs et l’exaltation de notre sainte Mère l’Église, nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur l’indulgence plénière et la rémission de tous leurs péchés. Cette indulgence pourra être appliquée, par voie de suffrages, aux âmes des fidèles qui ont quitté cette vie, unies à Dieu par la charité.»

La cérémonie solennelle était fixée d’abord au 4 juillet 1876, et Mᵍʳ Mermillod, le noble exilé de Genève, devait y prendre la parole; mais des circonstances imprévues ont fait remettre le couronnement au 3 juillet de l’année suivante. Le 9 avril 1877, Mᵍʳ Germain annonçait ce grand jour dans une _Lettre pastorale_, qui restera l’un des plus beaux monuments à la gloire de saint Michel. Sa Grandeur s’exprimait en ces termes: