S'ensuyt le Nouveau monde & navigations

Part 8

Chapter 84,158 wordsPublic domain

Des choses qui se pevent dire de cestuy pays par cela que nous vismes et par information que nous eusmes en celuy peu de temps que nous demourasmes la: Premierement de leur foy elle est communement ydolatre en diverses manieres en donnant grande foy aux enchantemens & autres choses qui sont dyaboliques: mais tous congnoissent dieu aussi y en a qui sont machometains et telz ceulx sont qui vont par le monde par les pays de mores et ne sont fermes au pays: les païsans qui ne vont par le monde ne sçavent riens de la maniere de vivre de ceulx icy tous ces manieres de gens icy se gouvernent en la maniere des mores du royaulme de Senega et mangeussent de telles mesmes viandes sinon qu’ilz ont plus ris pource qu’il n’en croist point au pays de celuy de senega ilz mengeussent aussi de la chair de chiens et jamais n’ay ouy dire qu’il s’en mengeast que la. Les vestemens de ceulx cy est de coton fors que les mores de senega vont quasi tout nudz: les femmes se vestent semblablement comme celles de Senega fors qu’elles prenent a plaisir quant elles sont petites d’eulx faire aucuns signes percez en la chair & aucuns sur la poictrine & aucuns sus le bras & autres sus le col: lesquelz semblent de ces ouvrages de soye que ce souloient user faire sus les mouchouers & font avec feu et jamais en aucun temps ne s’en vont ceste region est moult chaulde et tiennent que tant plus on va soubz ostro que tant plus sont pays chaulx et especiallement en cedict fleuve faisoit plus grant chault qu’en la mer pour estre ocupee par beaucop d’arbres tresgrans qui sont par tout celuy pays et de la grandeur de ces arbres je vous dis que nous tous prismes de l’eaue d’une fontaine qui estoyt aupres la rive dudict fleuve et aupres d’elle y avoit ung arbre tresgrant & moult gros. Mais la haultesse n’estoit a raison de la grossesse pource que nous jugeasmes qu’il n’estoit point plus hault de vingt pas et la grossesse estoyt de dix et sept Laquelle nous fismes mesurer & estoit noueux en plusieurs lieux et avoit les branches moult larges et longues par façon qu’il faisoit grande umbre a l’entour de lui et s’en trouve de plus grans parquoy povez entendre que par la vertu de telz semblables arbres la vertu du pays estre bonne et fertille: pour estre arrousee de beaucoup d’eaues qui le arrousent.

En cestuy pays se trouve grande habondance de elefans & j’en ay veu trois vifz qui estoyent sauvaiges pource qu’en cestuy pays ilz n’ont pas l’art de les faire domesticques comme on faict en autres parties du monde Et quant nous les vismes saillir hors du boys nous estions dedans nostre caravelle au meilleu dudit fleuve et aucuns de nous saillirent et se misrent dedans la barque pour aller a eulx pource qu’ilz n’estoyent gueres loing de nous mais des ce qu’ilz nous eurent veuz ilz retournerent en leur boys. apres j’en viz ung petit qui estoit mort Lequel ung noble seigneur de celuy pays qui s’appelloit Guinimensa qui demouroit environ la bouche dudit fleuve de gambra pour me complaire avec plusieurs mores alla chasser & le print & furent deux jours a le poursuivre. Ces mores vont a la chasse a pied Et ne portent autres armes pour le frapper que des azagayes desquelles en est parlé cy dessus et arcs Et toutes leurs armes qu’ilz tirent sont envenimees: & sachez qu’ilz vont trouver ces elefans aux boys en lieux fangeux ou ilz se trouvent continuellement pource qu’ilz sont de la nature du porc qui voulentiers se tient a la fange Ces mores se mettent derriere des arbres & ferissent les elefans ou avec sayettes ou voirement avec azagayes envenimees et vont saultant & fuyant d’ung arbre en autre en maniere que l’elefant qui est beste fort grosse avant qu’il se puisse tourner il se trouve estre blecé de plusieurs En ceste façon il se treuve fort blecé sans ce qu’il se peve deffendre Je vous dis bien que au large ou il n’y eust arbres il n’y a homme qui se osast approcher de luy que l’homme ne sçauroit courir si fort que l’elefant ne le joignist en allant son pas est moult long et quant il est persecuté et il arrive que par fortune il trouve l’homme en la planure et il le joigne avec luy il ne luy faict mal que de sa trombe grande de son museau qui est quasi semblable a celuy du porc combien qu’elle soit autrement pource que la trombe du museau du porc n’est mobile comme est celuy de l’elefant laquelle est comme une levre gros et dur: laquelle il tort: & alonge et acourcist comme il veult Et cela ne faict pas le porc en façon que en acueillant l’homme avec ceste trompe il le gecte si hault que avant que l’homme tombe en terre il est ja pieça mort: & ceci j’ay ouy compter a plusieurs mores. Non pourtant l’elefant n’est pas furieuse beste a l’homme qui ne le persecute Cestuy petit elefant veiz mort en terre lequel n’avoit les dens longues que trois paulmes et ses dens se remettoyent dedans la machouere de une paulme: parquoy sembloit qu’ilz n’eussent que deux paulmes de dens parquoy disions qu’il estoit bien jeune pource qu’il en y a qui ont de longues dix ou douze paulmes de dens. Et pour petit qu’il fust nous jugeasmes qu’il avoit chair pour autant que ont quatre ou cinq beufz des nostres Cestuy elephant me fust donné par cestuy seigneur: c’estassavoir que j’en prinsse telle partie que je vouldroye et la reste que la donnasse aux veneurs pour menger Et apres que j’euz entendu par les mores que la chair des elephans estoit bonne pour menger j’en feiz tailler une piece par embas: De laquelle je mengay dedans ma caravelle de rotie et bouillie/ affin de prouver plusieurs choses Et aussi pour dire que j’avoye mengé de la chair d’une beste que nully de ma ville n’avoit mengé: laquelle chair en effaict n’est gueres bonne: elle me sembla dure et sans goust & j’en portay a la caravelle ung pied & partie de la trombe & si tiray plusieurs poilz de son corps qui estoyent noirs et longs une paulme et demye et plus et estoyent moult gros desquelles choses avec aulcune partie de la chair en feiz present audict seigneur don hurich de portugal Lesquelles choses il receut pour ung grant present pource que s’estoit la premiere chose qu’il avoit eue de ce pays la: et aussi qu’il se prisoit beaucoup d’avoir telles choses estranges que luy venoyent estre presentees de si loingz pays descouvers pour son industrie.

¶ Des piedz et jambes de l’elephant et [du] poisson cheval.

Chapitre .xliii.

Et fault que vous entendiez que le pied de l’elephant est rond a l’entour et quasi comme le pied d’ung cheval: la solle du pied est noire & tresgrosse il a cinq ongles a l’entour dudit pied et sont rondes et de longueur ung petit plus que ung grant blanc: et si n’estoit le pied de cestuy elephant petit: mais il estoit large plus d’une paulme & demye soubz la solle en toute carreure: pource que comme j’ay dit il est tout rond. en notant que par ledit seigneur more me fut aussi donné ung autre pied d’ung elephant lequel mesuray plusieurs fois soubz la solle presens beaucop de personnes & je le trouvay large de trois paulmes: & avoit de tous costez ladicte largeur Lequel aussi je presentay audit seigneur Infant don hurich avec une dent de elefant laquelle estoit longue de douze paulmes et moult bien faicte laquelle avec ledit pied ledit seigneur Infant envoya presenter a la duchesse de Bourgoigne pour ung grant present Aulcun ne doit croire que l’elefant jamais ne se mettoit a genoulx Comme j’ay ouy dire aultreffois/ mais est le contraire/ car ilz vont et se gettent et lievent comme faict une aultre beste Encores en ce fleuve de gambra et aussi en plusieurs fleuves de cedit pays oultre les colcatrices et aultres diverses choses qui la se trouvent il se trouve une beste qui est appellé poisson cheval Ceste beste est quasi de la nature de la loutre qui a ceste heure se tient en l’eaue et a ceste heure en terre et de ces deux elemens se nourrist & est de ceste nature C’est a sçavoir de telle forme Il est long de corps comme une vache et court de jambes et a les piedz fendus sa teste est de la forme d’ung cheval et a deux dentz grandes a maniere d’ung porc sanglier et sont ces dens moult grandes: j’en ay veu de deux paulmes & plus longues/ et aucunesfois ceste beste sault de l’eaue et va en terre comme une beste de quatre piedz de semblables bestes ne s’en treuve aucune part ou se navigue par noz mariniers fors qu’en cestuy pays de mores Encore se trouve en cestuy pays des chauldes souris grandes de trois paulmes & plus & autres oyseaux moult differens des nostres: & mesmement infinis papegaulx Et aussi y a plusieurs poissons en cedit fleuve divers des nostres de tant de goust que de forme toutesfois ilz sont bons a manger.

¶ Du fleuve de casamansa: et du chef rouge.

Chapitre .xliiii.

Comme j’ay dit dessus pour la maladie de noz hommes nous partismes du pays du seigneur batismansa: et en peu de jours yssismes hors dudict fleuve de gambra: et en dehors estant apres que nous eut semblé qu’avions beaucoup de vivres que ce seroit chose louable puis que nous estions la/ que deussions courir ça & la plus oultre par ceste coste par ce que nous avions trois navires: et que s’estoit assez bonne compaignie. ce que fut faict et ung jour environ tierce avec bon vent fismes voyles et pource que nous estions trop engoulfez en ceste bouche du fleuve de gambra et que la terre de la part de Ostro et Garbin se mettoit hors de la mer & la se faisoit un chef nous tinsmes a la volte de ponent pour nous en mettre hors & entrer en la mer: & toute la terre se monstroit toute basse et copieuse de infinitz et grans arbres vers Et apres que fusmes au large dans la mer nous descouvrismes cela n’estre ung chief pour en faire mencion Pource que oultre la poincte on veoit la terre tout du long de la coste Neantmoins nous allions au large de ceste poincte pource que a l’entour d’elle se veoit la mer rompre plus de deux lieues Parquoy continuellement en allant tenions deux hommes a la proue et ung autre sur l’arbre d’en hault pour descouvrir rochers ou aultres secques en navigant seullement le jour avec peu de voylles avec grant regard et de nuyt nous mettions l’ancre et chascun de nous trois avoit son jour pour aller devant/ car chascun eust bien voulu que son compaignon fust allé devant: et ainsi navigant par deux jours par celle coste tousjours a veue de terre Et le troiziesme jour nous descouvrismes la bouche d’ung fleuve assez grant selon que monstroit ladicte bouche qui estoit de plus de demy quart de lieue et en allant plus avant environ la nuyt eusmes veue d’ung petit goulfe et ressembloit quasi a la bouche d’ung fleuve & pource qu’il estoit nuyt nous mismes l’ancre et le matin fismes voilles/ et apres que nous fusmes ung petit dedans ledit goulfe nous descouvrismes la bouche d’ung grant fleuve et nous sembloit qu’elle fust ung peu moindre que celle du fleuve de gambra/ et aux rives dudit fleuve sembloit y avoir plusieurs arbres vers Parquoy nous en approchasmes et la demourasmes aupres ladicte bouche et chascun de nous mist hors sa barque avec noz truchemens pour envoyer en terre pour sçavoir nouvelles du pays et le nom de cestuy fleuve et aussi qui en estoit seigneur et pour abreger les barques y allerent et retournerent: et ceulx qui estoyent dedans nous dirent que ledit fleuve s’appelloit le fleuve de casamansa C’est a dire le fleuve de ung seigneur nommé casamansa more: lequel habitoit dedans ledit fleuve environ huit lieues Mais que le seigneur ne se trouvoit point la: pource qu’il estoyt allé a la guerre contre ung sien voisin ce que par nous ouy le jour ensuivant nous partismes de la en notant depuis ledit fleuve de gambra jusques a cedit fleuve de Casamansa y a environ [vingt] cinq lieues.

¶ Des fleuves trouvez en ceste coste: et des gens qui y habitent.

Chapitre .xlv.

Apres que fusmes partis de cestuy fleuve de casamansa suivant la coste nous arrivasmes a ung chef lequel a nostre jugement est loingtain de la bouche dudict fleuve environ cinq lieues: et cestuy chef est un petit plus hault que la terre de la coste & monstroit son fronc estre rouge & pour cela nous lui mismes a nom le chef rouge Et apres en naviguant par ladicte coste pervinsmes a ladicte bouche de ung fleuve assez raisonnable & a nostre jugement il estoit large d’ung trait d’arbalestre il ne nous chalut gueres d’essayer qu’il y avoit dedans et l’appellasmes le fleuve de saincte Anne Nous passasmes par ledict fleuve mais toutesfois en navigant tousjours a nostre chemin vinsmes a ung aultre fleuve touteffois en ladicte coste lequel ne nous sembla point moindre de celuy dessudict a cestuy mismes nom de sainct Dominiam depuis ledit chef rouge jusques a ce dernier fleuve peult estre environ .xv. lieues En apres aussi en navigant par ladicte coste par une journee arrivasmes a la bouche d’ung tresgrant fleuve Je dis si grant au commencement nous le jugeasmes estre ung goulfe Neantmoins on veoit les arbres de l’autre partie dans terre vers ostro laquelle largeur fut jugee estre par nous tous non moindre de cinq lieues et au dessus par ce que nous mismes bonne espace de temps a traverser ladicte bouche/ c’estassavoir d’une terre a l’autre & quant nous fusmes de l’autre partie eusmes veue en mer d’aucunes isles. Parquoy nous deliberasmes de vouloir sçavoir en ce lieu quelque chose nouvelle de ce pays et incontinent mismes l’ancre et le matin ensuyvant vint a noz caravelles deux almadies qui sont quasi comme barque comme cy dessus est dict lesquelles en verité estoient moult grandes et quasi que l’une estoit aussi grande comme l’une de noz caravelles mais non pas si haultes en ceste y avoit plus de .xx. mores et l’autre estoit plus petite et y avoit environ .xvi. hommes. Et nous les voyans venir moult hastivement avec leurs avirons en les doubtant aulcuns de nous prindrent leurs armes en leurs mains pour veoir que vouloyent faire telles gens. Quant ilz furent pres de nous ilz mirent en hault moucheneez blanc lyé a ung de leurs avirons lequel a leur maniere demandoit seurté & nous leur respondismes en telle mesme façon Et apres qu’ilz eurent veu que nous avions faict comme eulx ilz vindrent a nous et la plus grande desdictes Almadies se approcha de ma caravelle et ceulx de dedans nous commencerent a regarder par une grande merveille en nous voyant estre hommes blancs Et regardoient la forme de nostre caravelle avecques l’arbre et l’enthene croisee qui est chose que eulx ne sçavent que c’est a cause que ilz n’en usent point Et nous desirans d’entendre quelle generation estoit ceste icy je leur fis parler par mes truchemens lesquelz jamais aucun d’eulx ne les peut entendre quelle chose ilz disoyent ny moins ceulx des autres caravelles/ dequoy en eusmes grant desplaisir et au dernier ilz se partirent sans le pouvoir point entendre. Nous voyans que estions en pays nouveau auquel nous ne povyons estre entenduz nous conclusmes que de passer plus oultre se seroit chose superflue par ce que nous jugeasmes que en allant plus avant trouverions tousjours nouveaulx langaiges/ parquoy nous ne pourrions faire aucune chose qui vaulsist riens: et parquoy nous deliberasmes de tourner en derriere de ces mores lesquelz estoient en icelles almadies desquelz nous acheptasmes aucuns anneletz d’or a change d’aucunes merceries et sans parler faisions noz marchez l’ung avecques l’autre: & en ceste maniere nous demourasmes deux jours sur la bouche de cedit grant fleuve et la transmontane qui se monstroyt moult basse. et en ce lieu la trouvasmes une contrarieté qui ne se trouve en aucun autre lieu ou naviguent les crestiens. C’estassavoir qu’il s’i faict en cestuy pays une marque d’eaue de montaigne comme est a venise: ou en tout le ponent mais en chascun lieu la ou elle croist en six heures & en autre six elle baisse & si croist aussi en quatre & baisse en huit: et le cours de ladicte marque: quant elle commence a croistre est tant impetueux que c’est quasi chose credible par ce que trois ancres par proue avec grant peine se povoient tenir et fut une heure que ledict cours nous fist faire voylle par force et non sans dangier pource que ledict cours avoit plus de force que les voylles avec le vent.

¶ Comment nous partismes de la par non sçavoir le langaige qu’ilz parlent.

Chapitre .xlvi.

Nous partismes de la bouche de cestuy grant fleuve pour retourner en espaigne en tenant la volte de la mer vers celles isles lesquelles estoient distantes de terre ferme environ huit lieues desquelles en y a deux autres petites ces .ii. grandes sont habitees de mores et sont moult basses mais habondantes de grans arbres et haulx et les habitans ne les peusmes entendre ny eulx nous et au partir desdictes deux isles vinsmes vers nostre pays des chrestiens auquel par noz journees navigasmes tant que dieu par sa misericorde nous conduisit a bon port.

¶ Le second livre de la navigation de lisbone a calichut translaté de langue Portugaloise: en ytalienne et de ytalienne en françoys.

¶ Icy se descouvrent nouveaulx pays avec leurs noms.

Chapitre .xlvii.

Ce que dessus est escript est ce que j’ay entendu et veu au temps que allay es parties dessusdictes. mais despuis moy il y en a esté d’autres principallement depuis la mort dudict seigneur infant don Hurich a envoyé deux caravelles armees/ et en estoyt capitaine Pierre de Sinzia escuyer dudict seigneur: lequel donna commission & chargea audit de sinzia qu’il deust aller avec lesdictes deux Caravelles plus avant que on avoit esté par ceste coste de mores & qu’ilz descouvrissent pays nouveaulx avec lequel pierre de sinzia alla ung jeune homme Portugaloys mon amy lequel avoit esté avec moy mon escripvain aux voyages que avez ouys & au retour desdictes deux caravelles moy loys de cadamosto me trouvant en lachus qui est ung lieu apres le chef sainct vincent. arriva ledict pierre de sinzia & mondict amy lequel vint loger en ma maison lequel me compta de point en point tous les pays qu’ilz avoient descouvers et les noms qu’il leur avoit mis: et les lieux la ou ilz avoient sejourné. Et commenceray au fleuve si grant la ou je avoye esté et duquel m’en party pour m’en retourner en portugal desquelz pays leurs noms & demourances cy dessouz en sera faicte mencion. premierement mondict amy me dist qu’ilz avoient esté a cesdictes deux grandes isles habitees et que en l’une d’icelle ilz descendirent en terre & parlerent avec les mores mais qu’ilz ne furent point entenduz Et allerent a leur habitation & leurs maisons estoient trespovrement acoustrees couvertes de paille & [en] aucunes d’icelles maisons trouverent statues de ydolles de boys et par cela qu’ilz peurent entendre de cesdictz mores ilz sont ydolatres/ et apres qu’ilz veirent qu’ilz ne povoient avoir ne entendre aucune chose de cesdictz mores ilz se partirent d’eulx suyvans leur voyage par ladicte coste et tant feirent qu’ilz vindrent a la bouche dudit fleuve grant et large selon leur jugement d’une lieue et dit que depuis cestuy fleuve grant duquel me party jusques a cedict autre fleuve y peut avoir a son advis quatorze lieues. et dit que iceluy fleuve s’appelle le fleuve de Besague/ a cause d’ung seigneur qui demeure a la bouche d’icelui fleuve. Apres qu’ilz furent partiz de la bouche de cedict fleuve de besague en navigant par ladicte coste vindrent a ung chef auquel [misrent] nom le chef de verga et toute celle coste depuis ledict fleuve de besague jusques audict chef de verga est montueuse non pourtant trop haulte: et sont depuis cedict fleuve jusques au chef de Verga environ .xxxv. lieues: et lesdictes montaignes sont plaines de beaulx arbres et moult grans et on les veoit verdoyer de loing et semble une belle chose de veoir.

¶ Du chef de Sargres avec trois aultres et les noms de tresgrans fleuves.

Chapitre .xlviii.

Et apres passerent par ledict chef de verga et en navigant par ladicte coste par l’espace de vingt lieues: ilz descouvrirent ung autre chef lequel selon le jugement de chascun des mariniers dient estre le plus hault chef que jamais ilz veirent au meillieu de la terre. a cestuy chef y a une poincte haulte aguisee a maniere d’ung diament & tout ce chef est grant et habondant d’arbres vers et misdrent a nom a ce chef sacres en maniere de une forteresse que fist faire la bonne aymee du feu seigneur Infant don Hurich sus une des poinctes dudict chef saint vincent a laquelle il meist nom Sages et s’appelle des portugalloys le chef de Sacres de senega et dyent les mariniers que les habitans de celluy pays estre ydolatres pour l’information qu’ilz en eurent/ et qu’ilz adorent statues de boys en formes d’hommes et dient d’avantaige quant ilz veullent menger ou boyre offrent a leurs ydolles de leurs viandes: ces Mores icy ont aulcuns signes fait avec le fer chault dedans leurs visages & dedens leurs corps & ses mores icy sont plus fort tirans beaucoup sur le gris que sur le noir et vont tousjours nudz et leurs braes sont faictes des escorces d’arbres avec lesquelles ilz couvrent leurs parties honteuses ilz n’ont aucunes armes par ce que il ne se trouve point de fer en leurs pays ilz vivent de ris et de miel et de legumes: C’estassavoir feves et faizeulx et d’autres qualitez des nostres mais plus beaulx et plus gros ilz ont chairs de vaches & de chievres mais non pas en quantité et dyent encores que despuis cestuy chef jusques en la mer y a deux petites isles l’une est distante d’une lieue et l’autre de deux & sont desabitees pour estre petites mais elles sont copieuses d’arbres.

En apres les habitans de cestuy fleuve ont aucunes almadies qui sont tresgrandes dedens lesquelz il y naviguent de trente a quarante hommes par chacune & voguent avec avirons eulx estans sur les piedz comme dessus ay dict/ & cestes gens ont tous les oreilles pertuysees tout a l’entour et a chascun pertuis ilz ont des aneaulx d’or et aussi au neez et quant ilz veullent menger ilz les tirent dehors/ et aussi bien les portent les femmes comme les hommes/ et dient que les femmes des seigneurs ou des hommes d’estime ont de nature leurs levres pertuisees d’aucuns pertuis comme ilz ont les oreilles/ esquelz pertuis lesdictes femmes portent par grant dignité: et pour signification d’estat aneaulx d’or ainsi comme es oreilles lesquelz ilz tirent et mettent a leur bon plaisir Passé ledit chef de sacres environ dix lieues se trouve ung autre fleuve appellé sainct vincent et est large dedans la bouche environ dix lieues et plus avant environ douze lieues et demye par ladicte coste se trouve ung aultre fleuve lequel s’apelle le fleuve verd et est plus grant en la bouche que n’est celuy de sainct vincent: c’estassavoir de plus de dix lieues et a telz fleuves ont estez mis noms par lesdictz navigans de deux caravelles du roy de portugal: et toute ceste coste est pays montueux et a par tout bon cours et bon fons Et apres qu’on passe cestuy fleuve verd environ .li. lieue se trouve ung autre chef et l’apellerent le chef allegre Et cela fut pource que cestuy chef avec le pays semble estre tout alegre: et de cestuy chef allegre commence une coste d’une montaigne: laquelle dure environ lieue et demye & est ceste montaigne moult haulte toute couverte d’arbres vers & haulx Et a la fin de ceste montaigne se trouve en la mer environ deux lieues trois isles et la plus grande peut estre environnee de trois lieues et les appellerent isles sauvaiges: et appellerent ladicte montaigne la montaigne lionne.

Item apres qu’on a passé la coste de la montaigne lyonne tout de la en avant si est terre basse et plaige et y a beaucoup de secques de sablon et du chief de ladicte montaigne plus oultre se trouve ung autre fleuve bien gros: et est large en la bouche environ d’une lieue: auquel misdrent nom le fleuve rouge pource que l’eaue de cedict fleuve se monstroit estre au fons comme rouge a cause de la terre qui estoit rouge: et oultre ledit fleuve y a ung chef et pource qu’il se monstre rouge ilz l’appellerent le chef rouge: et depuis cestuy chef jusques en mer environ deux lieues il y a une ysle rouge.