S'ensuyt le Nouveau monde & navigations

Part 7

Chapter 73,910 wordsPublic domain

Le matin ensuivant noz aultres deux caravelles environ .viii. heures avec ung vent bonace et avec le cours de l’eaue fismes voille pour entrer audit fleuve avec le nom de dieu esperant plus avant dans terre trouver des gens plus humains que ceulx que avions veu dans lesdictes almadies & ainsi estans joinctz ensemble faisans voilles commençasmes a entrer dans ledict fleuve & alloit la petite caravelle devant et puis apres nous l’ung apres l’autre et apres que eusmes passez les bancz dudit fleuve et y estant dedans environ une lieue: voyez cy venir derriere nous ne sçay de quel lieu aucunes almades lesquelles venoyent a nous autant qu’elles povoyent: et elles estre par nous veues fismes volte dessus eulx et doubtant leurs fleches envenimees joignirent noz navires l’ung pres de l’autre le plus qu’il nous fust possible et nous arrivasmes en ordonnant noz gens qui estoient armez & vindrent par la prouue et amys ung des nostres estoit a la premiere navire et icelles almades se diviserent en deux parties nous meismes au meillieu d’elles et trouvasmes qu’elles estoient .xvii. bien grandes comme seroit une bonne barque et en haulçant les avirons en hault il nous regardoient comme chose merveilleuse & neufve a eulx et nous sembla qu’il povoient estre environ .cl. hommes au plus lesquelz nous semblerent estre beaulx hommes de corps et moult noirs tous vestus de chemise blanche de coton et en leurs testes avoient de petiz chappeaulx blancz quasi en la façon d’allemaigne fors que chascun costé ilz avoient une forme de clé blanche avecques une plume au meilleu du chappeau quasi en voulant signifier qu’ilz estoient hommes de guerre & en chacune de leur proue de leursditz almades y avoit un more sur ses piedz avec une targe ronde au bras qu’il sembloit estre de cuir: et ainsi eulx ny nous n’allasmes contre l’ung l’autre et apres qu’ilz eurent veu les deux caravelles qui me venoient en derriere dressans leur chemin vers eulx et apres qu’ilz les eurent joinctz sans autre salut en boutant jus leurs avirons avec leurs arcs commencerent tous a tirer avec leurs arcs ce qui veu par nous fismes tirer d’ung coup quatre pieres d’artilerie lesquelles ouyes par iceulx mores bien estonnez et esbahis du son qui estoit grant ilz mirent jus leurs arcz regardant puis ça puis la et estoyent tous esmerveillez et apres qu’ilz eurent les pierres de nostredicte artillerie frapper dedans l’eaue aupres d’eulx Et apres qu’ilz eurent regardé une bonne espace de temps et en ne voyant aultre chose ilz perdirent leur paour & prindrent leurs arcs de nouveau et commencerent avec une grande hardiesse de nous vouloir nuyre en eulx aprochant de noz navires a ung ject de pierre & noz mariniers commencerent avec leurs arbalestres a tirer et le premier qui desserra fut ung filz bastard du genevois & frappa ung more en la poictrine qui incontinent tomba mort dedans L’almadie lequel estant veu mort par iceulx mores ilz prindrent le vireton et moult le regardoient & sembloit qu’ilz se esmerveillassent de veoir telle armeure ne pour cela ne laisserent a tirer vigoreusement a noz navires et ceulx de noz navires a eulx en telle sorte que en peu d’espace de temps il fut gasté beaucoup desdictz mores & par la grace de dieu aucuns des crestiens ne fut feru: parquoy voyant ces mores estre ainsi affollez et perir toutes les almadies d’ung accord se meirent par couppe la caravelle petite en luy donnant grande bataille pource qu’ilz estoient dedans peu de gens et mal en point d’armeures et moy voyant cecy feis charger voylle sur ladicte caravelle et en joignant a icelle nous tirasmes au meillieu de nous aultres deux navires en deschargeant l’artillerie & arbalestres: quoy voyant lesdictz mores ilz se eslargirent de nous et nous enchesnasmes noz trois caravelles ensemble en levant ung ancre et avec vent bonace toutes trois si tindrent sus ladicte petite caravelle: et apres tentasmes avoir parolles avec lesdictz mores.

¶ La deliberation qui fut faicte sur la riviere de Gambra.

Chapitre .xxxvii.

Apres nous fismes tant que noz truchemens firent approcher de nous une de ces almadies a un traict d’arc et dismes a ceulx qui estoient dedans Pourquoy ilz nous couroyent sus attendu que nous estions hommes de paix et faisans faict de marchandise avec les autres mores du royaulme de Senega et que avec eulx avions bonne paix & amitié & ainsi voulons faire avec eulx si leur plaisoit: et que estions venus de loingtain pays pour faire aucuns beaulx presens a leur roy et seigneur de la part de nostre roy de Portugal pource que avec luy il desiroit avoir amytié & bonne paix en les priant qu’ilz nous voulsissent dire en quel pays nous estions et qui estoit le seigneur qui les gouvernoit et si s’estoit fleuve sur lequel nous estions et comme il s’appelloit et qu’ilz voulsissent venir paisiblement a nous: & prendre amoureusement de noz choses & que des leur ilz nous en donnassent ce qu’il leur plairoit ou peu ou riens et que de tout serions contens leur responce fut que le temps passé ilz avoient [eu] quelque notice de nostre pratique que nous faisions avec les mores de Senega. lesquelz ne povoient estre sinon mauvaises gens & vouloir avoir nostre amytié pource qu’ilz tenoient pour certain que nous autres crestiens mengeons/ chair humaine et que nous ne achaptions les mores sinon pour les menger & que pour ceste cause ilz ne vouloient nostre amytié en aucune maniere mais qu’ilz nous vouloient tous tuer et apres qu’ilz feroient de noz choses present a leur seigneur lequel estoit loing de trois journees Et que c’estoyt le pays de Gambra & que le fleuve estoit gros Et dirent le nom dudict seigneur mais il ne m’en souvient point & en ce disant le vent se leva ce que voyant et leur mal vouloir fismes voille sur eulx & ilz s’en fouyrent par le chemin de la terre et ainsi achevasmes avec eulx nostre guerre. Et apres nous eusmes conseil d’y aller plus avant sur ledict fleuve pour le moins de .xxv. lieues si tant nous povions en esperant de trouver meilleures gens mais noz mariniers avoyent desir de retourner a leurs maisons sans vouloir plus prouver d’eulx mettre en peril et tous d’ung accord commencerent a crier que d’aler plus avant ilz n’en feroyent riens et qu’il souffisoit de ce qu’ilz avoyent faict en cestuy voyage Parquoy nous voyans leur vouloir estre tout ung nous convint estre de leur advis affin d’eviter scandal: pource que ce sont gens obstinez Et ainsi le jour ensuivant de ce lieu la nous partismes en tenant la voye du chef verd pour retourner avec le nom de dieu en espaigne.

¶ La elevation de nostre transmontane: et les six estoilles oppositees.

Chapitre .xxxviii.

Nous en ces jours que nous feusmes sur la bouche de cestuy fleuve n’avions veu que une fois la transmontane et apparoissoit moult bas sur la mer & pource il la nous convenoit veoir avec ung temps bien cler et aparoissoit sur la mer la tierce partie d’une lance & la nous eusmes veue de six estoilles basses sur la mer claires lucentes et belles et estoyent en derriere par ostro et se ardoyent en la maniere dessus figuree/ lesquelles nous jugeasmes estre le chariot de l’ostro mais l’estoille principalle ne se veoit point: parquoy n’estoit pas raison de dire que ce fust ledit chariot se premierement elles ne perdoyent la transmontane Et devez sçavoir que en cestuy lieu au commencement de juillet trouvasmes la nuyt de treze heures et le jour de unze Et fut le deuziesme dudict moys. Cestuy pays est tousjours chault en tout temps de l’an Il est vray qu’il y a yver pource que commençant ledit moys de juillet il y pleut quasi continuellement chascun jour sur le midy jusques par tout le moys d’octobre En ceste maniere se levent aucunes brouees continuellement dessus terre entre grec et levant et de levant en Siroch avec grans tonnoirres esclere: & fouldres & par ainsi il y pleut une grande eaue en celui temps les mores commencent a semer en la maniere que font ceulx du royaulme de senega et leur vivre est de millet et autres legumes et chair et laict et ay entendu qu’en cestuy pays dedans terre l’eaue qui y pleut est chaulde En cestuy pays le matin quant il se faict jour au paravant que le souleil se lieve l’aube n’aparoist point comme elle faict au nostre/ car de l’aube au lever du soleil y a tousjours une espace brune qui separe l’obscurité de la nuyt et incontinent on voit le soleil mais de demye heure il ne rend clarté pource que au commencement de son lever: il semble estre tout trouble en maniere d’une chose consummee/ et la raison de ceste veue de soleil ainsi soubdaine contre l’ordre de nostre pays je n’entens pas dequoy cela peut proceder pour autre raison que pource que la terre de ce pays la est moult basse et despoullee de montaignes: et a ceste oppinion s’accordent tous mes compaignons.

¶ Comment anthoine genevois & loys de cadamosto trouverent nouvelles isles.

Chapitre .xxxix.

De la condition de cestuy pays de gambra par cela que j’en ay peu veoir et entendre En cestuy mon premier voyage peu ou riens s’en peut dire et speciallement de veue pource que comme avez entendu a cause des gens de la marine qui estoyent trop aspres & sauvages ne peusmes avec eulx avoir aucunes parolles en terre ny traicter aucune chose/ mais devez sçavoir que par cestuy voyage retournasmes en espaigne: et ne passasmes plus avant pource que noz mariniers ne vouloyent passer oultre parquoy l’an ensuivant ledict genevois et moy fusmes d’acord d’y retourner: et armasmes deux caravelles pour vouloir cercher cedict fleuve Et apres que le seigneur infant eut sceu nostre deliberacion car sans lui n’y povons aller il en fut moult joyeulx & luy pleut et arma une sienne caravelle affin qu’elle vint en nostre compaignie Et apres qu’elle fut fournie de toutes choses necessaires partismes du lieu appellé lanchus qui est aupres le chef sainct vincent au commencement du moys de mars avec bon vent & tinsmes la volte des canaries & en peu de jours arrivasmes la & a cause du bon temps ne nous chalut de toucher ladicte isle mais tousjours en nostre voyage navigant par ostro et avec les vagues des eaues qui moult tirent bas a garbin nous courusmes beaucop en derriere: et arrivasmes au chef blanc et ayans veu ledit chef nous eslargismes ung peu en la mer et la nuyt ensuivant se mist a faire ung temps de garbin avec ung vent fort contraire: dequoy par non tourner en derriere tinsmes la volte de ponent. Le maistre du navire sauva le vent pour reparer et costizer le temps deux nuitz et trois jours Le troisiesme jour eusmes veue de terre en criant tous terre. Moult nous esmerveillasmes pource que nous ne sçavions que en ceste part y eust aucune terre: et envoyasmes deux hommes en hault lesquelz descouvrirent deux isles grandes et apres qu’ilz le nous eurent notiffié rendismes graces a nostre seigneur lequel nous conduisoit a veoir choses nouvelles Pource que nous sçavions bien que de ces isles en espaigne n’en estoit faicte mencion Et pour entendre plusieurs choses & pour prouver nostre adventure tinsmes la volte de terre l’une desdictes Isles & en brief temps nous l’aprochasmes Et quant nous en fusmes pres Et que la trouvasmes grande: nous la couvrismes une piece a veue de terre: et tant que parvinsmes a ung lieu: ou me sembloit estre bonne demourance et la mismes l’ancre et boutasmes la barque hors: et icelle bien armee l’envoyay en terre pour veoir si en ceste ysle paroissoit aucune personne et ceulx qui estoyent dedans ladicte barque en saillirent et cercherent dedans icelle ysle: et ne trouverent aucun signe de chemin: parquoy se povoit conclure que en icelle n’y avoit aucuns habitans: et apres que eusmes entendu ceste chose le matin ensuivant pour esclaircir mon courage envoyay dix hommes bien en point de armeures et arbalestres: et qu’ilz montassent d’une part ceste ysle laquelle estoit montueuse et hault assez pour veoir s’ilz trouveroyent aucune chose. Lesquelz .x. hommes y allerent et n’y trouverent riens fors habondance de grans coulombs lesquelz se laissoyent prendre avec les mains non congnoissans quel instrument fust l’homme & d’iceulx en porterent beaucoup aux caravelles lesquelz ilz avoyent prins avec bastons et massues Et en une autre heure eusmes veue de trois autres isles grandes: desquelles n’avions jamais eu veue pource que l’une estoit soubz vent de la part de la transmontane & les autres deux estoyent l’une en drome et l’autre par la voye de ostro: toutesfois a nostre chemin & toutes a veue l’une de l’autre. Encores nous sembla veoir en la mer de la part de ponent d’aultres ysles: mais au vray nous ne le povyons bien discerner pour la distance Lesquelles ysles ne me chalut d’aller cercher aussi pource que le temps m’estoit brief et aussi pensoye qu’elles fussent deshabitees comme estoyent ces autres: mais depuis que eu divulgué cesdictes quattre ysles que j’avoye trouvees aultres y ont esté et ont descouvert les aultres ysles: et trouverent qu’il y en avoit dix tant grandes que petites deshabitees & ne trouverent en icelles que coulombs & infinis oyseaulx d’estrange sorte et grande habondance de poisson: mais en retournant a mon propos me party de ladicte isle et en suivant mon chemin je vis deux autres isles et en courant la demourance d’une d’icelles qui me sembloit habondante de arbres: je descouvry la bouche d’ung fleuve qui sailloit de ceste isle & en jugeant qu’il y avoit bonne eaue nous saillismes pour nous en fournir et apres que aulcuns des miens furent descendus en terre allerent par la voye de cedit fleuve et trouverent du sel tresblanc et beau duquel ilz porterent au navire et y en avoit grande quantité & de cestuy sel nous en prismes ce que bon nous sembla: et aussi en trouvant l’eaue tresbonne nous en prismes vous declarant que la nous trouvasmes grant quantité de couleuvres desquelles nous en prismes aucunes et leur couverture estoit plus grande d’une bonne targe: et apres que les mariniers les eurent tuees ilz en firent plusieurs viandes & disoyent que aultreffois en avoyent mangé au goulfe de argin ou aussi il s’en trouve mais non pas si grandes et je vous dys que encores moy pour prouver plusieurs choses j’en mengay et me semblerent bonnes et ont la chair blanche: comme est celle d’ung veau elles rendoyent si bonne odeur et saveur que nous en salasmes beaucoup et nous firent en partie une bonne munition pour nostre voyage Je mengay aussi en mon premier voyage de la chair des elefans laquelle je ne trouvay gueres bonne & si peschasmes sur la bouche de cestuy fleuve et aussi dedans: ouquel nous trouvasmes si grande quantité de poissons qu’il est incredible a le dire: desquelz plusieurs d’eulx jamais nous n’avions veu ilz estoyent tresgrans et bons ledit fleuve est grant de sorte qu’il y pourroit entrer ung navire de cent cinquante botes: Et est large d’ung traict d’arc la pour esbat nous demourasmes deux jours et nous fournismes des choses dessusdictes avec coulombs que nous tuasmes sans nombre. En notant que en la premiere ysle ou descendismes la nommasmes l’isle de bonne veue pource que c’estoit la premiere veue de terre en ceste part la. Et ceste autre ysle qui sembloit estre plus grande de toutes quatre mismes nom l’isle de sainct jacques pource que le jour de sainct jacques et saint Phelippe nous arrivasmes a icelle ysle a mettre ancre.

¶ Des deux palmes et de la navigacion du fleuve de Gambra.

Chapitre .xl.

Les choses dessusdictes ainsi faictes le jour susdit sainct jacques passasmes lesdictes isles en tenant la volte du chef verd & en peu de jours par la grace de dieu vinsmes a veue de terre a ung lieu qui s’appelle les deux palmes qui est entre ledict chef verd et le fleuve de senega et ayant bonne congnoissance de la terre nous courusmes ledict chef verd le matin ensuyvant nous le passasmes et navigasmes tant que nous arrivasmes une autre fois au fleuve de gambra dessus nommé auquel en brief entrasmes & sans contradition de mores et de leurs almadies navigasmes de jour amont par ledict fleuve en tousjours tastant le font. Nous trouvasmes aucuns almadies de mores lesquelles touteffois alloient au long des rives dudict fleuve & environ deux lieues & demie nous trouvasmes une petite isle a maniere d’une montaigne et s’est faicte par ledit fleuve de laquelle apres que eusmes mis l’ancre par ung dimenche deffaillit de ceste vie ung des nostres mariniers lequel par plusieurs jours avoit esté malade de fievre & combien que sa mort a tous nous autres nous grevast neaumoins voulans ce que a dieu plaist nous l’ensevelismes & mismes en ceste ile lequel avoit nom André & a cause de ce nous intitulasmes cestedicte isle l’isle de sainct andré affin que desormais elle fust ainsi apellee en partant de cest isle & tousjours navigant sus ledict fleuve aulcunes almadies de Mores nous suyvoient de loing parquoy nous faisions dire par noz truchemens a ces mores en leur monstrant aucuns draps rouges de soye et autres choses en leur disant que asseurement ilz se approchassent de nous et que nous leur en ferions presens & qu’ilz n’eussent de nous paour que estions gens humains & traictables & iceulx mores peu a peu s’approcherent & prindrent quelque assurance au dernier ilz vindrent a ma caravelle & ung de ces mores entra dedans pource qu’il entendoit le parler de mon truchement & cestuy More moult se esmerveilloit de nostre navire et la maniere de naviguer avec les voylles pource que ilz ne voguent leurs almadies sinon avec avirons & croient que aultrement ne se naviguoit et si estoit aussi bien esbahy de nous veoir blancz & non moins de veoir noz habitz qui leur estoit merveilleux et moult different des leur/ & principallement pource que la plusgrande partie de eulx trestous vont tous nudz et si aulcun de eulx va vestu/ il est vestu de ces chemises blanches de coston nous fismes grant chere a ce More en luy donnant plusieurs merceries dequoy il fut trescontant de nous & nous luy demandasmes de plusieurs choses & au dernier il nous afferma cestuy pays estre le pays de Gambra et que leur principal Seigneur estoyt Farosangoli lequel il disoyt demourer depuis le fleuve par terre vers le midy/ & siroch de neuf a dix journees lequel farosangoli estoit soubmis a l’empereur de melly qui estoit le grant empereur de Nebel et que neaumoins il y avoit plusieurs autres seigneurs moindres de luy qui habitoient aupres ledit fleuve aussi bien d’ung costé que d’aultre & si nous voulions il nous meneroit a l’ung de cesdictz seigneurs: Lequel s’appelloyt Batimaussa & qu’il traicteroit avec ledict seigneur qu’il voulsist prendre amytié avec nous pour autant que luy sembloit que nous estions bonnes personnes: son offre a nous autres nous pleut molt bonne compaignie jusques a tant que nous fussions arrivez audict lieu de Batimaussa lequel selon nostre jugement estoit loing depuis la bouche dudit fleuve environ quinze lieues et plus.

¶ Comment le seigneur Batimaussa eut bonne paix avec nous.

Chapitre .xli.

C’estassavoir que en allant sus ledict fleuve nous allions par levant et cestuy lieu ou nous meismes anchre estoit beaucoup plus estroit que la bouche a nostre jugement il n’estoit point plus large que de demye lieue & cestuy fleuve faict beaucoup de branches/ lesquelles apres se mettent dedans et apres que nous feusmes arrivez a cestuy lieu nous deliberasmes d’envoyer avecques se more l’ung des nostres truchemens audict seigneur batimaussa et luy envoyasmes une zupe de soye moresque pour luy en faire present qui vault a dire en nostre langaige une chemise laquelle estoit assez belle: et faicte en terre de mores et luy envoyasmes dire comme nous estions venuz par le commandement de nostre sire le roy de portugal crestien pour faire bonne amytié et pour entendre de luy s’il avoyt besoing des choses de nostre pays & que chascun an nostre roy luy envoyeroit & avec autres parolles le truchement alla avec ledict more & pour abreger il fut avec ledit seigneur et de la nous ne partismes que non pas seullement eusmes son amytié/ mais nous luy vendismes plusieurs choses en change dequoy eusmes certains esclaves mores et certaine quantité d’or mais non pas en estimacion eu esgard a cela que devions trouver par la renommee des mores du royaulme de senega & en effect selon nostre oppinion nous trouvasmes y en estre peu & a les veoir ilz sont povres gens & lequel or est d’eulx molt prisé & selon moy plus que de nous autres pource qu’ilz le estiment pour chose moult precieuse neaumoins ilz en font bon marché eu regard aux choses qu’ilz prenoient de nous a l’encontre de luy et la demourasmes environ quinze jours & en ce temps la venoient a nostre caravelle plusieurs de cesdictz mores qui habitoient d’une part dudit fleuve et qui venoit pour veoir chose moult nouvelle a eulx et jamais non veue par le temps passé & qui venoit pour achepter & vendre aucunes de leurs merceries ou quelque petit aneau d’or les merceries qu’ilz portoient estoient premierement de coton filaces de coton & draps de coton fillez a leur mode aulcuns estoient blancz autres de diverses couleurs comme vers blancz azurs & rouges moult bien fais Item ilz portoient moult grant quantité de marmotz et de chatz baboins grans et petis de diverses sortes: et en cestuy pays s’en trouve grant quantité et les donnent pour moins de .xii. liars a change de quelque chose nous leur baillons. Item ilz apportoyent a vendre de la civete et donnoient une once de civete a l’encontre d’une chose qui povoit valoir dix solz. Non pas qu’ilz le vendent au poix. mais je le dys pour estimacion et aultres nous aportoient fruictz de diverses sortes et entre les autres moult de dattes petis & sauvaiges/ toutesfois on en mengeoit et plusieurs des nostres en mengerent et les trouverent de diverses saveurs mais moy je n’en voulu point mangier pour doubte du flux de ventre: et en ceste maniere chascun jour nous avions gens nouveaulx dedans noz caravelles: et de divers langaiges jamais ne cessoient d’aller hault et bas par cestuy fleuve avec leurs almadies de lieu en lieu: ou avec femmes et hommes a la façon des nostres par deça sur les rivieres: mais tout leur navigaige si est par force d’avirons & en vagant ilz sont tous en piedz autant d’une bande comme de l’autre & ont tousjours ung d’avantaige qui vogue de derriere/ ores d’ung costé ores d’ung aultre: affin de tenir leur almadie droicte leur vogue si est sur leur piedz a force de bras sans apuyer l’aviron et l’aviron est faict en ceste maniere. Ilz ont une lance en maniere de demie lance longue d’ung pas et demy et au bout de ceste lance ilz fischent ou voyrement tient ung taillouer rond et avec ceste sorte d’aviron ilz voguent tres vistement leurs almadies par la coste de la mer a terre et ont beaucop de bouches de petis fleuves ou ilz se mettent & vont asseurement: mais continuellement ilz ne se eslargent gueres de leur pays car ilz ne vont pas asseurement de pays en autre pour non estre prins de mores et venduz pour esclaves & au bout de certains jours nous deliberasmes de partir et de venir a la bouche dudict fleuve pource que plusieurs de noz gens commençoient a devenir malades d’une fievre chaulde et aguë: et soubdainement nous partismes.

¶ Des elefans sauvaiges et en quelle maniere ilz les prenent.

Chapitre .xlii.