S'ensuyt le Nouveau monde & navigations
Part 9
Item en apres qu’on a passé ledit chef rouge on trouve ung goulfe ouquel est ung fleuve grant auquel misdrent nom le fleuve saincte marie pource que le jour saincte marie de la naige il fut trouve par lesdictz mariniers Et de l’autre part du fleuve y a une poincte au devant de laquelle ung pas dans la mer y a une petite isle et se fait en ceste isle beaucop de bancz bas et areneux qui durent en allant par la rive quatre lieues & la romt la mer et y a la grant courance d’eaue et grant mer qui monte et descent et appellerent ladicte petite isle: isle des bans a cause de ce qu’il y avoit beaucop de secheresses & oultre ladicte isle se fait un chef grant lequel ilz apellerent le chef de sainct anne pource que a cestuy jour il fut trouvé: & depuis ladicte isle jusques a cedit chef cinq lieues et tout ceste coste est plaige et de petit fons.
¶ Des fleuves des palmes avec plusieurs autres.
Chapitre .xlix.
Item oultre ledit fleuve de saincte anne a dixhuit lieues toutesfois par ladicte coste trouvasmes ung autre fleuve auquel ilz misdrent nom le fleuve des palmes pource qu’en ce lieu la y a habondance de palmes/ et la bouche de cestuy fleuve combien qu’elle se monstre estre assez longue si est elle occupee de bancz et de Secques de sablon & l’entree de cestuy fleuve est perilleuse & depuis ledit chef de saincte anne jusques a cedit fleuve c’est tout plaige: ¶ Item apres cestuy fleuve est ung aultre loingtain de dixhuit lieues: & est tousjours plaige par ladicte coste et ont appellé cedit fleuve le fleuve des fleuves. Et cela a esté pource que quant ilz le trouverent par tout celle coste on ne veoit autre chose en terre que fleuves faitz par ceulx du pays & oultre cedict fleuve a cinq lieues tousjours par plaige se trouve ung chef qui se met bien avant dedans la mer Sur cestuy chef semble avoir ung mont hault et l’appellerent le chef de la montaigne. ¶ Item plus avant cedict chef de la montaigne environ deux lieues y a ung aultre chief petit et non hault sus lequel monstre estre une montaignette & l’appellerent chef courtois Et en ceste partie ceste premiere nuit ilz virent plusieurs feux & arbres sur lesquelz y avoit des mores et croyent qu’ilz s’estoient mis dessus iceulx pour non estre prins et aussi pour veoir chose jamais par eulx non veue: et oultre ledit chef courtois a trois lieues tousjours par celle coste y a ung grant bois avec plusieurs arbres qui beuvent jusques sur l’eaue de la mer & au derriere de cestuy boys ilz misdrent l’anchre et aucunes almadies vindrent a la caravelle & y avoit dedans trois hommes par chascune tous nudz lesquelz portoyent en leurs mains aucunes massues aguës & a leurs modes ce sont quasi dars et aucuns d’eulx avoyent certains petis couteaulx & entre eulx tous ilz avoyent deux targes de cuir avec trois arcz & vindrent a la caravelle et ces gens icy avoyent toutes les oreilles tout a l’entour pertuisees et aussi le nez par dessoubz Et aucuns d’eulx avoyent au col aucune reste de dens qui sembloit que fussent dentz d’homme ausquelz fut parlé par divers truchemens mores qui estoyent dedans lesdictes caravelles et jamais ne furent entendus d’une seulle parolle et on ne peult entendre d’eulx aucune chose desquelz mores en furent prins par les portugaloys et de ces .iii. ilz en laisserent les deux: & cecy estoit pour acomplir le commandement de leur roy lequel leur avoit commandé qu’en la derniere terre la ou ilz arriveroyent eulx non voulant aller plus avant si par adventure ilz n’estoyent entendus avec celle generation qu’ilz trouvassent moyen d’amener aulcuns desdictz mores du pays fust par amour ou par force affin de povoir entendre de luy avec le temps ou par voye de truchemens d’autres mores qui se trouvent en portugal ou voirement par espace de temps qu’ilz apprinssent a parler aulcunes nouvelles de ces mores de son pays Et pour ceste raison ilz retindrent cestuy more pour non vouloir passer plus oultre lequel ilz conduirent a portugal & pour abreger le roy de portugal fist parler a cedict more par divers mores & au dernier d’une seulle femme more esclave d’ung bourgois de lisbonne qui estoit de loingtain pays il fut entendu non pas par son propre langage mais par ung autre langaige que luy & elle sçavoyent & autre chose ne raporta au roi par le moyen de ceste femme que entre choses en son pays y avoit des licornes vives et beaucoup d’autres choses Et apres que le roy l’eut tenu environ trois moys en son royaulme il luy donna aucunes robes et le fist conduire de nouveau dans une caravelle en son pays et de ce dernier lieu depuis n’est passé oultre aulcune navire jusques a mon partement D’espaigne qui fut le premier jour de febvrier mil .cccc.lxiiii. Auquel boys fut mis nom le boys de saincte marie finis Et notez que le .vii. jour d’aoust a mon retour eusmes veue du chef blanc en venant a la volte de terre & depuis avec l’autre volte nous le passasmes le .viii. jour dudict moys environ midy et nous apparut sur la mer a la proue ung tresgrant poisson lequel venoit par l’eaue en faisant grant bruit et tempeste vers nostre volte en aprouchant aucunement a nous apres que eusmes veu une bonne partie de si terrible grandeur par ce que aucunement il se mettoit hors de l’eaue avec sa teste/ et veu par nous la terrible impetuosité qu’il menoit nous estraignismes noz voilles en nous mettant de costé le plus que nous povyons et cherchions de nous eslongner et fouyr de cestuy poisson lequel dieu moyennant ne vint vers nous et passa sur le vent qui estoit sus nous environ ung quart de lieue il passa loing de nous & par cela que nous peusmes veoir ledit poisson quant il se monstroit sus l’eaue il monstroit au baisser de la teste a maniere de elles que devoyent estre espines: lesquelles se baissent toutes derriere apres l’autre qui sembloyent proprement esles de moulin a vent. Sa grandeur par ce que monstroit ne me sembloit point moindre de l’une de noz galeaces de venise grosse & tous les espaignolz lesquelz sont usités de veoir plusieurs balaines lesquelz sont les plus grans poissons dequoy nous ayons congnoissance dyent jamais avoir veu poisson si grant ne si terrible ne que si grant paour luy eussent faict comme fist cestuy cy.
¶ Le temps que se partirent les navires de lisbonne et leur retour.
Chapitre .l.
Les navires que envoya le Roy de Portugal furent trois balonniers tous nouveaulx c’estassavoir deux de tonneaulx quattre vingtz et dix et l’autre de cinquante et plus une petite navire de cent tonneaulx chargee de vinnaille: et celles toutes portoyent neuf vingtz hommes et partirent de lisbonne le neufviesme jour de juillet. Mil quatre cens quatre vingtz et dixsept: le cappitaine de Ghiman le dixiesme de juillet mil .cccc.lxxx. et .xix. retourna en ceste de lisbonne avec l’ung des balonniers portant cinquante tonneaulx le cappitaine vasch demoura au travers de l’isle du chef verd avecques ung balonnier de tonneaulx .lxxx.x. pour avoir mis ung sien frere en terre qui estoit malade a la mort/ et l’autre balonnier de quatre vingtz dix tonneaulx ilz le bruslerent: pource qu’ilz n’avoient pas gens de la povoir naviguer et aussi bruslerent la petite navire: combien que ceste n’eust point a retourner.
¶ Le lieu ou est melinde/ calichut avec plusieurs autres lieux.
Chapitre .li.
A leur retour ilz avoyent hommes malades .lv. d’une maladie qui leur venoit en la bouche et apres descendoit en la gorge: et encores leur venoit une grant douleur es jambes depuis les genoulx en bas Ces gens qui avoyent esté dedans ces navires dessusdictes avoient encore descouvert terre nouvelle oultre le chef de bonne esperance environ .M. huit cens lieues Lequel chef fut descouvert du temps de don jehan roy de portugal Et dela ledict chef allerent bien six cens lieues en costoyant toute la coste populee de mores & ausdictes six cens lieues ilz trouverent ung grant fleuve et a sa bouche ung grant village tout habité plain de mores qui sont comme subgectz de mores qui estoyent demourans dedans la terre & font guerre ausdictz mores: & en leur disant qu’ilz demourassent la une lune & qu’ilz leur donneroyent de l’or infiny: le capitaine n’y voullut pas demourer mais alla tousjours avant et quant il fut allé .ccc.l. lieues il trouva une grande cité avec murs habitee de mores gris comme mores indians avec tresbelles maisons maçonnees de pierre & de chaulx a la moresque Et la descendirent en terre & le roy d’icelle cité qui estoit more les veit voulentiers et leur bailla ung pillote pour traverser le goulfe et ceste cité s’appelle: Melinde et est assise a l’entour d’ung grant goulfe tout habité de Mores: Et cestuy pillote parloit Italien ilz passerent ledict goulfe pour aller de l’autre costé qui furent .ccccccc. lieues de travers & arriverent a une grande cité de crestiens plus grande que lisbonne qui s’appelle calichut lequel goulfe comme se dict est tout populé de grandes citez et chasteaulx de mores de chascun costé et au bout dudit goulfe y a ung estroit comme a dire l’estroict de rommanie et apres qu’on a passé ledict estroict y a une autre mer: c’estassavoir ung goulfe auquel ja est la mer rouge du costé droict & dela jusques a la maison de la mecque ou est l’arche de Machomet y a .iii. journees par terre et non plus a laquelle maison de la Mecque y a une tresgrande cité de mores mon oppinion est que cestuy goulfe soit goulfe d’arabie Duquel escript pline & que Alexandre le grant fut jusques la pour faire guerre Semblablement les rommains y furent et prindrent tout.
¶ Description de calichut du Roi et de son Palays.
Chapitre .lii.
Et pour retourner a la cité des crestiens qui s’appelle calichut elle est plus grande que lisbonne habitee des crestiens indigenes gris qui ne sont noirs ny blans. En laquelle y a eglises avec cloches. Mais il n’y a point de prestres & ne font office ny sacrifice: mais seullement esdictes eglises y a ung baquet d’eau a maniere d’eaue benoiste & autres baquet ont du baume & baptisent en trois ans une fois en ung fleuve qui est aupres la cité dedans laquelle sont les eglises de pierre & de chaulx faictes a la moresque & sont les rues bien ordonnees & droictes comme est en Italie Le roy de ladicte cité se fait servir moult haultement & tient estat de roy avec grande quantité d’escuyers et chambellans a ung tresbeau palais. Et quant le capitaine desdictes navires arriva la le Roy estoit dehors ladicte cité a ung chasteau loing d’icelle cinq ou six lieues et incontinent qu’il eut entendu la nouvelle des crestiens qui estoient la venus: il s’en vint a la cité avec cinquante personnes et troys jours apres envoya appeller le capitaine qui estoit en la nef et incontinent il descendit a terre avec douze hommes et environ cinq milles personnes l’acompaignerent depuis la rive de la mer jusques au pallays du roy a la porte duquel il y avoit dix portiers avecques masses fournies d’argent depuis allerent jusques a la chambre dedans laquelle estoit le roy et se gisoit sur ung lict bas le plancher de ladicte chambre estoit tout a l’entour du lict couvert de veloux verd et la muraille de ladicte chambre toute tapissee de damaz de diverses couleurs/ le lict estoit couvert d’une coulte blanche bien fine ouvré toute de fil d’or: et avoit dessus le lict ung pavillon moult riche: et soubdainement le Roy demanda au capitaine qu’il alloit cerchant Le capitaine luy respondit que la coustume de ces chrestiens estoit quant l’embassadeur disoit son embassade a aulcun prince elle estoit secrete & non publique: a l’heure le roy envoya tous ses gens dehors le capitaine luy dist comme il y avoit grant temps que le roy de portugal avoit eu notice de sa grant haultesse & comment il estoit roy crestien & desiroit avoir son amitié & l’envoyoit visiter comme il est de coustume de faire entre les Roys crestiens le roy receut benignement l’embassade depuis envoya le capitaine reposer dedans la maison du more moult riche.
¶ Des espiceries et marchandises avec les monnoyes de calichut.
Chapitre .liii.
En laquelle cité y a infiniz marchans mores tresriches Et tout le train de marchandise est en leurs mains ilz tiennent une petite mosquee tresbelle. Leur roy est regy et gouverné du tout par les mains desdictz mores/ ou par voye de presens qui luy font par industrie toutes les espiceries se trouvent toutes en cestedicte cité de calichut c’estassavoir canelle poivre clou de giroffle gingembre: encens: lacque: du bresil y a infiniz boys neaumoins ladicte espicerie ne croist pas la/ mais croist dedans certaines ysles loingtaines de ladicte cité environ .cxl. lieues lesquelles isles sont aupres de la terre ferme a une lieue du costé de ladicte cité on y va par terre en vingt jours et sont habitees de mores et non des crestiens et lesdictz mores en sont seigneurs Neantmoins toutes lesdictes espiceries se conduisent dedans ladicte cité dedans laquelle est estape desdictes espiceries. les monnoyes qui plus se despendent sont sarraffis d’or fin monnoyé du souldan qui poisent deux ou trois grains moins que le ducat & en ladicte cité on les appelle sarraffins & s’il y a aucuns ducatz venitiens & genevois et y a monnoye d’argent bien petite qui aussi dict estre du souldan Il y a aussi draps de soye/ veloux de toutes couleurs veloutez: satins: damatz: taffetaz: tapis veloutez futaines cotons ouvrez estaing labouré Ilz ont de toutes choses en habondance/ & mon oppinion est que lesdictz draps y sont conduitz du chaire.
¶ Des navires qui passent sur la calamite avec le pris des espiceries.
Chapitre .liiii.
Ces portugaloys demourerent en ladicte cité de calichut depuis le .xix. jour de may jusques au .xxv. jour d’aoust. Dedans lequel temps ilz veirent venir ung nombre infini de navires et dient qu’il y en vint bien mil cinq cens qui vont au traffigue de l’espicerie & les plusgrandes navires ne passent point .cc. bottes de portee: & y en a de plusieurs sortes grandes & petites lesdictes navires n’ont point d’arbres: & ne pevent aller sinon a poupe aucuneffois ilz demourent quatre ou cinq mois pour attendre le temps & beaucoup s’en perist/ elles sont d’estrange maniere & moult debilles elles ne portent point d’armeures ny artillerie: & les navires qui vont aux isles de l’espicerie/ affin qu’elles demourent aupres la cité elles ont le fons bien plain et demandent peu d’eaue & y a aucunes navires qui sont faictes sans aucun fer pource qu’elles ont a passer sur la calamite laquelle est ung peu dela desdictes isles Toutes lesdictes navires quant elles sont devant ladicte cité/ elles demourent au sec dedans la fange & les y mettent quant la mer est grande affin que l’yver elles soyent asseurees de la mer par ce qu’il n’y a pas bon port: la mer y croist & descroist de six heures en six heures & aucuneffois il s’i trouve des navires cinq ou six cens qui est grant chose Le poix de la canelle qui est cinq quintaulx/ vault dedans ladicte cyté de dix a douze ducatz au plus hault pris & dedans lesdictes isles ou elle se recueille elle ne vault que six ducatz ainsi est le poivre et clou de giroffle le gingembre la moytié moins: la lacque ne vault quasi riens tant en y a & la chargent pour enfondrer les navires & semblablement le bresil duquel y en a bois infiniz et ne veullent avoir leur payement sinon en or ou argent Aussi y a du coral Les marchandises de deça ilz estiment peu fors les draps de lin & croy que qui en meneroit il en seroit bon marchant pource que les mariniers vendirent aucunes leurs chemises a change de l’espicerie combien qu’il y ait toilles fines et blanches. lesquelles toylles doyvent venir du chaire & y a la dohane comme a nous et d’entree ilz payent cinq pour cent des joyaulx ilz en apportent peu: & n’est chose qui vaille par ce qu’ilz n’avoient ny or ny argent pour contracter/ combien qu’ilz dient qu’elles soient la cheres et semblablement les perles et mon oppinion est que la il y en a bon marché/ mais celles que les portugalloys veirent estoient es mains de ces marchans mores et ce qui ne vault que ung ilz les veullent vendre quatre comme ilz ont acoustumé de faire. Touteffois ilz ont apporté aucuns balais saffirs & certains petis rubis & y avoit en granade ilz dyent que le capitaine en apporta des riches il les achepta de son argent et toutes les vendit pour joyaulx.
¶ De la mecque le mont Sinaÿ la mer Rouge.
Chapitre .lv.
Les navires qui chargent les espiceries en ladicte cité des crestiens la plusgrande partie vont avec lesdictes espiceries sur ledict goulfe que passerent les portugalloys lequel est moult grant et aussi passe celuy estroit Et depuis avec les autres navires plusieurs ilz passent la mer rouge: & de la ilz vont a la maison de la mecque & y a trois journees et depuis au chemin du chaire & passent au pied de la montaigne de sinaÿ et apres par le destroict du sablon ou ilz dient que aulcuneffois avec grant vent se leve par ledit sablon en hault: & quant il achept il couvre tout ce qui trouve Aussi aucunes navires vont par toutes les citez de ce goulfe & aussi aulcunes a celuy fleuve lequel nous trouvasmes tout populé de mores & sont quasi subjectz aux mores qui demourent dedans la terre & leur font guerre Noz gens trouverent en ladicte cité des crestiens des malvoisies de candie dedans des barilz a mon jugement elle estoit conduicte du chair comme les autres marchandises il y a environ quatre vingtz ans que en ladicte cité de calichut arriverent certaines navires des crestiens blancz avec cheveulx longs comme ont les almans & la barbe avoient entre le nez et la bouche la reste estoit toute rasee comme font en constantinoble ceulx qui suyvent la court & appellent icelles moustaches & avoient des hommes armez de coraces couvertes de chapeaulx de fer & banieres certaines armes en façon d’une hasche en leurs navires avoyent de l’artillerie plus petites que celles qui se usent a present & depuis ont suivy d’y aller de deux ans en deux ans une fois avecques .xx. ou vingt et cinq navires Ces gens icy ne sçavent dire quelz gens ce sont ne quelles marchandises ilz y portent sinon toilles moult fines & chargent leurs navires d’espiceries lesquelles sont de quattre arbres comme ceulx d’espaigne Si c’estoient allemens il en seroyt aucune notice ilz pourroyent estre du pays de la roussie selon aucuns qui entendent aucune chose de la mer Neantmoins nous atendons tout sçavoir par cestuy pillote more qui parle ytalien que leur donna le roy more qui vient dedans les baloniers du capitaine et y est contre sa voulenté.
¶ Les viandes que use le roy de calichut et le peuple dudit calichut.
Chapitre .lvi.
En ladicte cité de calichut des Chrestiens les mores avec leurs navires y apportent assez pain Et pour trois ou quatre deniers ung homme en auroit assez a souffisance pour ung jour ilz ne font point leur pain levé & iceluy est faict en façon de gasteaux/ et le cuisent soubz la braise jour pour jour aussi il y a quantité de ris aussi y a vaches & beufz: mais petis: ilz font laict et beurre: il y a aussi des oranges assez mais toutes doulces lymons: cytrons: cedres: pommes moult bonnes: dates fresches et seiches & aussi beaucoup d’aultres fruitz: le roy de ladicte cité ne mengeue chair ne poisson ne aultre chose qui souffre mort aussi font ceulx qui suivent sa court et les hommes de bien pource qu’ilz disent que nostre seigneur jesucrist commanda en sa loy qui tue soit tué & par cela ne veullent manger chose qui preigne mort Le peuple mangue chair et poisson il ne leur en chault de riens mais de la chair de beuf ilz n’en mengeussent point mais en tiennent grant compte par ce qu’ilz dyent qu’ilz sont bestes de benediction. Et quant ilz passent par une rue ilz leur touchent avec la main/ et puis la baisent Ledict roy mengeue ris: lait: et beurre: pain de grain et moult d’aultres choses semblables Ceulx qui suivent sa court et les gens de bien mengeussent des choses dessusdictes. Le roy se fait servir haultement comme appartient a ung roy: il boit vin de palme avec ung verre d’argent et le verre ne s’approche point de sa bouche: mais il tient la bouche ouverte et laisse cheoir dedans ledit vin: il y a des poissons de la mesme qualité que nous avons & de toutes sortes qui se trouvent de deça et y a la des pescheurs qui peschent aussi y a il des chevaulx plus grans que deça/ et peu sont prisez desditz crestiens mores.
¶ La cognition qu’ilz ont de jesucrist et du pape.
Chapitre .lvii.
Les chrestiens qui chevauchent sus les elephans desquelz y en y a quantité: et sont domesticques. Le roy quant il va en aulcun lieu a la guerre. La plusgrande partie de sa gent va a pied & l’autre partie sur les elefans Le roy quant il va d’ung lieu a ung autre: il se faict porter sur le col de ses hommes principaulx Toute ceste gent depuis la ceincture de bas va vestue et la plusgrande partie d’iceulx sont vestus de coton pource qu’il y en y a quantité & depuis la ceinture en sus ilz sont tous nudz ceulx qui suivent la court et les gens de bien aussi semblablement: neantmoins ilz se vestent de draps de soye: de draps jaunes et autres couleurs selon sa qualité & aussi semblablement les femmes. toutesfois celles des hommes de bien vont depuis le hault de la ceinture couvertes de draps de soye: & de la ceinture en bas vont couvertes de toilles blanches moult fines & deliees: et les aultres femmes populaires vont descouvertes: Les mores vont vestus a leur mode avec leurs alzubes et balangiens. Alzubes ou balangiens sont vestemens comme ceulx des Albanoys depuis lisbonne jusques a ladicte cité de calichut y a trois mille huyt cens lieues a raison de .iiii. mille pour une lieue Et lesdictes .iii. mille .cccccccc. lieues a la raison que dessus font de milles .xv. mille. & .cc. et autre tour a retourner or a ceste heure se peut estimer en combien de temps se peult faire le voyage a tout le moins il y fault pour le faire .xv. ou .xvi. moys. Et les mariniers de la C’estassavoir les mores naviguent avec la transmontane & avec certains quadrans de boys Et quant ilz traversent ledit goulfe a main droicte leurs pilotes dient qu’il y a unze mille isles et qui s’i mettroit il se perdroit pource qu’elles sont moult basses Ce doivent estre celles que le roy de castille a faict commencer a descouvrir par ses mariniers. Et les habitans de ladicte cité de calichut ont aucune notice de prebstre jehan: mais non trop et ce doibt estre pource qu’il est bien avant dans la terre d’yndie. Ilz ont encores cognoissance comme jhesuchrist nasquit d’une vierge sans peché: et comme il fut crucifié et mort par juifz: et fut ensepvely en Hierusalem et semblablement du pape qui est a romme Autre notice n’ont ilz point de nostre foy. Ilz ont lettres et escripvent en leur langaige.
¶ Le lieu ou croissent les espiceries.
Chapitre .lviii.