S'ensuyt le Nouveau monde & navigations
Part 17
Nous trouvons apres que l’admiral fut venu a ung tel inconvenient plusieurs de ses navires et nautonniers lesquelz continuellement avoyent esté avec luy aux dessusdictes navigations firent entre eulx deliberation d’aller par la mer occeane pour descouvrir nouvelles isles et apres qu’il eut prins congié de leur trescher maistre ilz armerent aulcuns navires a leurs despens et s’en allerent en divers chemins avec commandement qu’ilz n’eussent a approcher de .l. lieues ou avoit esté l’admiral & ung pierre alons appellé le noir avec une Caravelle armee a ses despens se myst a aller vers midy. Et arriva a celle terre appellee poria de laquelle cy dessus avons faicte mencion: ou l’admiral trouva si grande quantité de perles & allant plus avant par ladicte coste de .l. lieues pour obeyr au roy il vint a une province appellee des habitans cursane ou il trouva ung port semblable a celuy de cades et entra dedans et apres qu’il y fut entré il vit ung bourg de .lxxx. maisons et descendit en terre et trouva hommes nudz qui n’estoyent pas de ce lieu la mais d’ung autre lieu trespopulé a ung lieu voisin avec lesquelz il fist permutacion de sonnettes et autres merceries a l’encontre desquelz apres plusieurs prieres il eut d’eulx (combien que au premier ilz en firent responce) .xv. onces de perles qu’ilz portoyent au col: et le jour ensuivant il s’esleva avec sa caravelle et alla au bourg: lequel tout le peuple qui estoit infiny courut a la marine et avec signes et actes le prioyent qu’il descendist en terre mais ledit alons en voyant si grande multitude eut paour de descendre pource qu’il n’avoit en sa compaignie plus de trente et trois hommes: les nostres leur faisoyent signe que s’ilz vouloyent aucunes choses d’eulx qu’ilz venissent en la caravelle: parquoy grande quantité des leurs avec leurs basteaux en portant avec eulx grande quantité de perles avec aucunes merceries qui valoyent peu d’argent il eut environ cinquante livres de perles Et apres que ledit alons les vit si humains et qu’il eut demouré .xx. jours delibera de descendre en terre ce qu’il fist et fut receu amoureusement: leurs habitations sont maisons de boys couvertes de fueilles de palme et pour leur singulier menger ce sont capes & de plusieurs d’icelles ilz en tirent des perles ilz ont cerfz porcz sangliers connins: lievres: pigeons: et torterelles en grant habondance les femmes nourrissent les oyes et canardz et sont comme les nostres En leurs boys y a habondance de paons: mais ilz n’ont point si belles plumes comme ont les nostres le masle n’est comme point si differant a la femelle: ilz ont des faisans en grande quantité Iceulx hommes sont tresparfaitz archers ilz mettent la flesche ou ilz veulent Auquel lieu ledit alons le noir avec sa compaignie es jours qu’ilz furent la ilz firent tresbonne chere ilz avoyent ung pain pour quatre cloux et pour clou ung faisant aussi avoient torterelles oyes canardz & pigeons. Ilz achepterent pour de l’argent des patenostres de verre et des esguilles et noz gens par signes leur demandoyent qu’ilz vouloient faire desdictes esguilles & semblablement par signes ilz disoyent que s’estoit pour curer leurs dens & pour tirer les espines des piez pource qu’ilz vont deschaulx et pour cela estimoyent beaucoup les esguilles: mais sus tous les sonnettes leur plaisent Et si alla aucunement ledit alons dedans l’isle & virent boys de treshaulx arbres et espés et sentoit mugir aucunes bestes qui entonnoyent celuy pays avec estranges vociferations Neantmoins ledict alons: & la compaignie jugeoyent ces bestes n’estre nuysables: pource que les gens de ce pays la alloyent dedans ce boys seurement avec leurs arcs et flesches sans aucune crainte Quant leur plaisir estoit ilz avoyent des cerfz porcz sangliers autant qu’ilz en vouloyent ilz n’ont point de beufz ne chevres ne moutons ilz usent de pain de racines & de panil qui ressemble quasi au millet quasi comme ceulx de l’isle espaignolle Ilz ont les cheveulx noirs et gros et moitié crespés: et sont fort longs Et pour avoir les dens blanches ilz portent continuellement en leur bouche une certaine herbe et apres qu’ilz l’ont mise dehors ilz se lavent la bouche Les femmes entendent plus au labourage et aux choses de la maison que ne font pas les hommes Les hommes entendent aux jeux et festes et autres soulas ilz ont des potz: crusches: escuelles & autres vaisseaux de terre achaptez en autres provinces Entre eulx ilz font foires et marchez ou tous les aultres voisins y vont et portent de diverses marchandises selon en la varieté des provinces et changent et permettent l’une chose a l’autre ainsi qu’il leur plaist ilz ont des oyseaulx et autres belles bestes lesquelz ilz nourrissent et domesticquent pour leur soulas lesquelz portent carcans d’or et de perles: Mais ilz ne trouvent pas celuy or en ceste province Mais ilz l’ont par changement d’autres marchandises lequel or est de la bonté du florin de rein. Les hommes portent des brayes et semblablement le portent les femmes: mais la plus grande partie du temps elles sont en la maison Il leur demande par signes et actes si en la fin de celluy rivage se trouve la mer: ilz demonstroyent n’en sçavoir riens: mais pour la sorte des bestes qui se trouvent en ce pays la: ilz croyent fermement que ce soit terre ferme ce qui est facille a croire/ car noz gens ont navigué par celle costiere de ponent plus de mille lieues que jamais n’ont trouvé fin ny encores final d’aulcune fin: Et puis leur demanderent de qui ilz avoyent ledict or et de quelle bande il venoit ilz firent entendre a noz gens qu’il s’aportoit d’une province appellee Canchiette distant de la six journees vers ponent.
¶ Diverses nations et lieux trouvez par alons le noir.
Chapitre .cix.
En ceste province de canchiette Alons le noir delibera d’y aller: et environ le premier jour de Novembre Mil cinq cens arriva audict canchiette ou il se arresta avec sa caravelle/ Et puis apres que les hommes du pays l’eurent veue ilz vindrent vers ledit alons sans aulcune craincte et apporterent tout l’or qu’ilz avoyent pour l’heure Lequel estoit de la bonté dessusdicte Ledit alons trouva beaucop de papegaulx de plusieurs couleurs La y avoit bonne temperance d’air sans aucun froit et fut au moys de novembre: Celle gent est de bonne nature ilz sont sans aucune suspition toute la nuyt ilz venoyent avec leurs barques a la caravelle sans avoir aucune craincte comme se eust esté a leur maison: mais ilz sont jaloux de leurs femmes: lesquelles ilz faisoyent demourer en derriere bien loing Ilz ont grant quantité de coton lequel croist de luy mesmes sans aucune culture duquel ilz font leurs brayes Apres que ledit alons fut party de la et allant par ceste coste plus de dix journees vit ung tresbeau lieu avec maisons et chasteaulx avec assez fleuves et jardins que jamais il n’en vit de plus beaulx Esquelz voulant descendre luy vint a l’encontre plus de deux mille hommes armés a leur coustume: lesquelz par quelque voye du monde jamais ne voulurent paix ny amytié ny aucun marché En eulx se demonstroit une grande rudesse & sembloyent quasi gens sauvaiges Non obstant ilz estoyent tresbeaulx hommes et bien proporcionnez de leurs corps ilz estoyent bruns de couleur & universellement plains de taches parquoy pour cela Alons le noir content de cela qu’il avoit trouvé delibera de s’en retourner par le chemin qu’il estoit venu.
¶ Comment alons le noir en s’en retournant en espaigne combatit avec les canibales.
Chapitre .cx.
Ainsi navigant a l’ayde de dieu: ilz arriverent a la province des perles appellee curiane: ou deppuis il demoura par l’espace de vingt jours en se donnant du bon temps Et devant qu’il arrivast en ladicte province en ung lieu non trop loing d’icelle il rencontra dixhuit barcques ou canoe des canibales qui sont ceulx la qui vivent [de] la chair humaine lesquelz incontinent qu’ilz virent la caravelle ilz l’assaillerent avec une grant hardiesse: et en l’environnant commencerent a combatre avec leurs arcz et flesches/ mais les espaignolz avec leurs arbalestres et artillerie les mirent en grant paour en façon que trois se mirent a fuyr: & les nostres avec la barque armee les suivirent et tant firent qu’ilz prindrent une de leurs barques de laquelle plusieurs desdictz canibales s’estoyent gettez dedans la mer & eschaperent pour naiger: et seullement en prindrent ung qui ne peut eschapper lequel avoit trois hommes liez es mains et piedz pour les vouloir a son besoing mangier: & puis deslierent les lyez & lierent le canibal et le donnerent a ceulx qui avoyent esté prisonniers et qu’ilz en fissent la vengence telle qu’il leur plairoit et incontinent luy donnerent tant de coupz de poingz et de piedz et de bastons qu’ilz le laisserent quasi mort en luy recordant qu’il avoit mangé leurs compaignons Et les jours ensuivans semblablement ilz le vouloient manger & puis apres leur fut demandé de leurs coustumes: ilz dirent que ces canibales alloyent par toutes celles isles & celles provinces: et des incontinent qu’ilz arrivoyent a terre/ ilz font ung effort avec grans bastons et vont desrobant tout ce qu’ilz trouvent En ceste province de perles y a de tresgrandes salines et dient que quant aucun homme meurt et qu’il soit d’estime ilz le mettent dessus une certaine charrette: soubz laquelle ilz font ung certain feu qui est lent et font tant que peu a peu se distille la chair et ne reste sinon la peau et les os ilz le gardent pour son honneur Le treziesme jour se partirent de ladicte province pour venir en espaigne avec quatre vingtz seize livres de perles a huyt onces la livre achaptees au pris de bien peu d’argent. En seize jours ilz arriverent en galice les perles qu’ilz apporterent sont orientales. Touteffois elles ne sont pas bien percees & pour cela beaucoup de marchans qui les congnoissent dient qu’elles ne sont pas de trop grant pris.
¶ Navigacion de pinzon compagnon de l’admiral avec ce qu’il fut trouvé.
Chapitre .cxi.
Vincent appellé Pinzon et Aries son frere qui furent au premier voyage avec Colomb en l’an mil quatre cens quatre vingtz et dixneuf. Armerent de leurs despens quatre caravelles et le dixhuitiesme jour de novembre se partirent de palos pour aller descouvrir nouvelles isles et pays et en brief temps ilz furent aux isles de canaries & successivement aux isles du chef verd desquelles en partant et en prenant la voye par garbin naviguerent par celuy vent trois cens lieues auquel voyage ilz perdirent la transmontane et des ce qu’ilz l’eurent perdue ilz furent assaillis d’une terrible fortune de mer avec pluye & vent trescruel Neantmoins ilz suyvirent continuellement leur chemin par le vent de garbin: toutesfois non pas sans grant peril: & allerent oultre .cc. cinquante lieues et le vingtiesme de janvier: de loing ilz veirent terre en approchant d’icelle ilz trouverent tousjours deffaillance d’eaue et tasterent la profondeur et trouverent .xvi. bras d’eaue: et quant ilz furent arrivez a terre ilz desmonterent & demourerent la deux jours esquelz jamais ne leur apparut aulcune personne et allant plus avant veirent par une nuyt plusieurs feuz & sembloit que ce fust ung ost de gens d’armes & pour veoir que c’estoit desditz feuz ilz envoyerent .xxv. hommes bien armez: & comprindrent qu’il y avoit grande quantité d’hommes: & ne les voulurent aucunement destourber: mais delibererent de les attendre le matin et puis apres entendre qu’ilz estoyent le lendemain matin au lever du soleil envoyerent en terre trente hommes bien armés/ lesquelz incontinent qu’ilz furent veuz de celle gent ilz envoyerent a l’encontre des nostres .xxxii. hommes armez a leur mode d’arcz & flesches & sont hommes grans & ont le visage tors & de cruel regard & ne cessoient de menasser les espaignolz lesquelz tant plus leur faisoyent chere tant plus ilz se monstroyent estre courroucez & jamais ne voulurent paix ny accord ny amytié. Parquoy a l’heure s’en retournerent aux navires avec intencion le matin ensuyvant de combatre avec eulx mais iceulx des ce que la nuyt apparut se leverent tous nudz et s’en allerent Ceulx de la navire pensoyent que cestes gens fussent gens vacabons comme egiptiens ou tartariens lesquelz n’ont aulcune propre maison mais aujourd’huy vont ça le lendemain la avec leurs femmes et enfans Les espaignolz allerent aulcunement suyvans leurs traces & trouverent dedans le sablon l’enseigne de leurs piedz lesquelz trouverent estre beaucoup plus grans que les nostres c’est de deux foys en navigant plus avant ilz trouverent ung fleuve mais non pas de si grant fons que les caravelles y peussent aller pour laquelle chose ilz envoyerent en terre quatre barques armees & apres que les gens qui estoyent dedans furent descenduz tous armez vint a l’encontre d’eulx ung innumerable nombre de gens tous nudz lesquelz avec signes et demonstrances desiroient fort l’amitié des nostres: mais les espaignolz en voyant si grant tourbe n’estoyent point asseurez de approcher d’eulx: mais au mieulx qu’ilz peurent leur getterent une sonnette & a l’encontre de ce gecterent une piece d’or aux nostres parquoy ung des espaignolz se mist en terre pour le prendre soubdainement une tourbe d’icelle canaille fut sur luy pour le vouloir prendre: mais il se deffendoit avec l’espee le mieulx qu’il povoit mais il ne povoit reparer a si grant nombre pource qu’ilz n’estimoyent point a mourir: et les espaignolz qui estoyent dedens les barques pour secourir leur compaignon descendirent en terre. et en fut tué .viii. les autres eurent grant peine d’eschapper et se retirer a leurs barques & ne leur vaulsist estre armez de lances et d’espees car cestes gens combien que des leur en fust beaucoup mort: touteffois ne leur en challoit mais tousjours estoyent plus hardys et les suyvoyent jusques dedans l’eaue en façon qu’ilz prindrent une de ces quatre barques et tuerent le patron le demourant eut de grace de s’en fuir et s’en allerent aux navires et feirent voilles pour partir de la & aussi pour l’heure se trouverent mal contens: et prindrent leur chemin par transmontane/ car ainsi se engoulfe ceste coste.
¶ De pinçon qui arriva a la mer d’eaue doulce et trouva diverses isles.
Chapitre .cxii.
Apres qu’ilz furent allez quarante lieues en la mer d’eaue doulce & en cerchant de la ou venoit ceste eaue ilz trouverent la bouche laquelle se embuschoit dedans la mer de quatre lieues avec grant impetuosité Au devant de laquelle bouche estoient beaucop d’isles habitees de humaines gens et paisibles & ne trouverent aulcune chose de povoir contracter Ilz prindrent .xxxvi. esclaves puis que autre chose ne povoyent trouver pour contracter avec gaing. Le nom de ceste province s’appelle marina tambal: ces gens de l’isle disoient que dedans la terre ferme se trouvoit grande quantité d’or. Apres qu’ilz furent partis de cestuy fleuve en peu de jours ilz descouvrirent la transmontane qui estoit quasi a l’horizon & avoient fait cinquante lieues selon leur reigle ilz dient qu’ilz sont allez tousjours par la terre de payra pource que depuis ilz vindrent a la bouche appellee du dragein laquelle est une bouche qui est en ceste terre payra ou l’admiral alla par aucunes isles de la lesquelles estoyent en grant nombre oultre ceste Payra ou ilz trouverent grande quantité de bresil duquel ilz chargerent leurs navires: et d’icelles isles y en avoit beaucoup deshabitees pour la crainte des canibales: & veirent infinies maisons toutes en ruyne & beaucoup d’hommes qui fuyoyent es montaignes/ ilz trouverent plusieurs arbres de casse [fistule] de laquelle ilz porterent en espaigne & les medecins qui la veirent dirent que elle eust esté tresbonne si elle eust esté recueillie en temps deu: et y a de tresgrans arbres et gros telz que six hommes ne les sçauroient embrasser & veirent aussi une beste quasi monstrueux qui avoit le corps et le museau d’ung regnart et la crope & les piedz de derriere comme le cinge & ceulx de devant comme ung homme les oreilles comme une souriz chaulve. & a soubz le ventre ung autre ventre par dehors comme une gibeciere ou elle caiche ses enfans depuis qu’ilz sont nez: ne jamais ne les laisse saillir jusques a tant qu’ilz soyent souffisans de eulx mesmes nourrir excepté quant elle les veult alaicter ung de telles bestes ensemble ses enfans fut porté de sibille a granate au roy & royne d’espaigne: toutesfois dedans la navire moururent les enfans & le grant en espaigne lesquel ainsi mors furent veuz de plusieurs et diverses personnes cestuy vincent afferme avoir navigué par ceste coste de payra plus de .vi.c. lieues et ne doubte point que ne soit terre ferme/ mais en certain apres qu’ilz furent partis de la payra ilz vindrent a l’isle espaignolle le .xxiii. jour de juing mil .ccccc. & de la ilz dient estre allez continuellement par ponent plus de quatre cens lieues en une certaine province ou aux quatre caravelles qu’ilz avoyent saillit une si grande tempeste au moys de juillet que deux d’icelles se noyerent et une se rompit et estoyent plus marris de la crainte qu’ilz avoient d’estre prins qu’ilz n’estoyent d’autre chose La quarte caravelle demoura ferme et fort mais non sans grant travail et ja avoyent perdu toute esperance de salut & ainsi eulx estans ilz veirent une [de] leur navire aller ainsi que la mer la menoit pource qu’elle estoit avec peu de gens esquelz eulx doubtant de noyer se misrent a terre & la estoient en grant doubte et paour d’estre mal traictez de celle gent. Et firent deliberation d’entre eulx se tuer: & aussi estoient divers & mauvais conceptions environ par l’espace de huyt jours & apres ce mist a faire bonace leur navire qui estoyt demouré seullement avec .xviii. hommes & la monterent ensemble avec l’autre qui estoit saulvee: & firent voille a la volte d’espaigne ou le dernier jour de septembre arriverent despuis ces gens cy plusieurs aultres ont navigué a cestuy voyage par midy & continuellement sont allez par la coste de la terre de payra plus de mil deux cens cinquante lieues/ et jamais n’en [ont] trouvé aulcune fin que ce soit isle: & pour cela chascun manifestement tient estre terre ferme de laquelle dernierement a esté apporté de la casse en toute perfection et de l’or. des perles & bresil de la sorte dessusdicte: poyvre. et canelle: saulvaiges herbes & plantes: et arbres: & bestes d’estrange et diverses sortes que nous n’avons point.
¶ Cy finist le quatriesme livre de la navigacion et commence le cinquiesme.
¶ Le nouveau monde translaté de langue espaignolle en ytalienne: et de ytalienne en françoys.
¶ C’est une lettre de alberic vespuce qu’il escripvit a laurens pere de medicis.
Chapitre .cxiii.
Cy apres ces jours passez amplement je escripvy mon retour de ces nouveaulx pays lesquelz avec l’armee/ et avec les despens et commandement du roy de portugal avons cerchez et trouvez lesquelz a esté licite [et] convenable les appeller Nouveau monde pource que noz predecesseurs plusgrans que nous n’y ont point esté aumoins ilz n’en ont eu de congnoissance et a tous ceulx qui les orront sera bien nouvelle chose par ce que cecy excede l’oppinion des nostres anciens: car la plus part d’iceulx dient que oultre la ligne equinoctialle & vers midy n’y estre terre mais la mer tant seullement. lequel ilz ont appellé atlantique Et si aucun d’eulx a dit y estre terre ferme: ycelle ont dit non estre habitee par plusieurs raisons: mais ceste oppinion est faulce et toute contraire a la verité comme j’ay declairé en ma derreniere navigacion par ce que en celles parties meridionalles j’ay trouvé la terre estre plus habitee de peuple que n’est nostre europe ou l’asie ou l’affrique et encores l’air plus temperé et plus doulx qu’il n’est en aucune region de nous congneue aultre comme dessoubz entendras ou briefvement seullement escripray les principaulx pointz et les choses plus dignes d’estre notees et de memoires: Lesquelles de moy veues ou ouyes en ce nouveau monde comme cy dessoubz seront et ont esté manifestes.
¶ L’ordre de la navigation avec une tresgrande fortune.
Chapitre .cxiiii.
Le quatorziesme jour du moys de may mil cinq cens/ avec heureuse navigation nous partismes de ollisipe avec trois navires et nous commanda le roy de portugal chercher nouveaulx pays vers ostro Et vingt moys continuellement nous navigasmes au midy: de laquelle navigation l’ordre est telle Premierement nous navigasmes par les isles fortunees ainsi aultreffois dictes: Mais au present s’appellent isles grandes des canaries: lesquelles sont au troiziesme climat et confine a l’occident habité depuis allasmes par la mer occeane par tout le rivage d’affricque et partie de ethioppe jusques au promonthoere d’ethiope ainsi appellé de tholomee lequel maintenant des nostres est appellé le chef verd et des ethiopiens beseghier et le pays naudraga lequel est quatorze degrez dedans la zene torride de la ligne equinoctialle vers le septentrion laquelle d’elle mesmes est habitee de noz gens La nous prismes les choses qui nous estoyent necessaires Et cela fait nous haulçasmes les ancres: et estendismes les voylles aux vens & eslargismes nostre chemin vers le pol antartique et le prismes ung bien petit par l’occident a cause du vent lequel volture s’appelle & depuis que nous fusmes partis dudict chief verd navigasmes par l’espace de deux moys et trois jours devant que aucune terre a nous aultres se apparust.
Les perilz et dangiers que nous avons souffert je les laisse a l’estimation de ceulx lesquelz ont eu la vraye congnoissance & experimenté quelle chose s’est de cercher les choses incertaines affin que en une parolle je narre briefvement les choses Sachés que des .lxviii. jours esquelz nous navigasmes: nous en eusmes .xliii. continuelz avec pluye: tonnoirre: et obscurations en telle maniere obscurs que soleil le jour ne serain en la nuit jamais nous ne veismes pour laquelle chose si grant paour entra dedans nous que quasi toute esperance de vie avions perdue a cause desdictz terribles vens et impetuosité de mer mais au dernier il pleut a dieu nous monstrer la terre et nouveaulx pays & ung autre monde incongneu: Lesquelles choses veues nous resjouysmes autant que ung chascun peult croire quant il luy advient telles choses C’estassavoir quant d’ung grant peril diverses peines & d’une si grant fortune on vient a recouvrer saulvement. Le septiesme jour d’aoust dudit an mil .ccccc. ung es rivaiges d’iceulx pays arrivasmes en remerciant nostre seigneur dieu avec prieres solempnelles & fut dicte et chantee une messe & congneusmes icelle terre n’estre isle: mais terre ferme par ce que de treslongz rivaiges s’estendoit & estoit habitee de peuple infiny pource qu’en ycelle terre y a assez gens et peuples et de toute generation et de bestes saulvaiges desquelles en nostre pays ne s’en trouve nous trouvasmes beaucoup de choses que jamais nous n’avions veues lesquelles seroyent trop longues a reciter une a une Quant nous arrivasmes audit pays toutes noz choses necessaires pour vivre quasi nous estoyent faillies: nous n’avions plus de boys et bien peu d’eaue: mais la clemence de dieu ne nous voulut point habandonner a luy soit honneur et gloire.
¶ La distance du chef verd jusques a la terre ferme trouvee.
Chapitre .cxv.