S'ensuyt le Nouveau monde & navigations

Part 15

Chapter 153,787 wordsPublic domain

L’admiral finablement arriva avec son armee a l’isle espaignolle loingtaine de la premiere isle des canibales .cccc. lieues mais il y arriva a une piteuse adventure: car il trouva mors tous les compagnons qu’il avoit laissés/ en ceste isle espaignolle est une region qui s’appelle xainana: de laquelle l’admiral quant il s’en retourna la premiere fois il print et emmena avec luy .x. hommes de ladicte isle desquelz .iii. seullement y en avoit vivans Les aultres estoyent mors pour la mutation de l’air: et quant premierement ilz arriverent a Satheremo laquelle ont ainsi appellee: ceste coste xaniano: Ledict admiral en laissa aller l’ung: les aultres deux de nuyt se desroberent: et se gecterent en mer: et en nouant ilz eschapperent. De laquelle chose L’admiral n’en tint pas grant compte/ cuydant trouver en vie les trente & huit hommes qu’il avoit laissez: mais apres qu’il fut allé ung peu plus avant il rencontra une canoe/ c’estassavoir barque longue de beaucoup d’avirons: en laquelle y avoit ung frere du roy Guacenarille avecques lequel quant l’admiral se partit avoit fait une grande alliance et avoit affectionnement recommandé ses hommes: cestuy acompaigné d’ung homme seul vint audict admiral et au nom de son frere luy promettoit donner deux ymages d’or: Et comme apres qu’il fut entendu par son langaige: il commença a narrer la mort des nostres/ mais par faulte d’interpreteurs du tout il ne fut pas entendu. Apres quant L’admiral fut arrivé au chasteau du boys: et il trouva les maisons que noz gens avoyent faictes estre destruictes et converties en cendres. de laquelle chose tous eurent grande compassion: toutesfoys pour veoir si aulcun d’eulx seroit demouré en vie il feist tirer beaucoup de bombardes affin que si aulcun eust esté caché qu’il saillist dehors mais c’estoyt en vain/ car tous estoyent mors: l’admiral envoya des messaigiers au roy guacenarille: lesquelz rapporterent par les signes que ilz avoyent peu comprendre que en icelle isle y avoyt de plus grans roys que luy: lesquelz ayant entendu la venue de ceste nouvelle gent estoient venus avec grant excercite et surmonterent les nostres et les tuerent tous & destruirent le chasteau en bruslant tout en les voulant secourir il fut frappé d’une flesche: & monstra ung bras qu’il avoit lyé en disant que c’estoit la cause pour laquelle il n’estoit venu vers l’admiral ce qu’il desiroit faire L’autre jour ensuyvant l’admiral envoya ung marquis de sibelle audict roy: lequel luy tira la bende du bras et trouva que il n’avoit aucune blessure ne signe de playe: touteffois il trouva qu’il estoit dedans le lict en monstrant d’avoir mal/ son lit estoit conjoinct avec sept autres et ses concubines: ledit admiral et tous les aultres commencerent a souspeçonner que les nostres avoyent esté tuez par le conseil et la voulenté de luy. Touteffoys ledict marquis en dissimulant il feist tant que le jour ensuyvant il viendroit veoir ledict admiral & ainsi le fist: & l’admiral luy fist bonne chere & grant feste: et moult se excusa de la mort des nostres Et quant il veit une des femmes que noz gens avoyent osté aux caniballes/ laquelle noz gens appelloyent Katherine: il luy feist grant feste et parla a elle moult amoureusement: les nostres ne l’entendoyent point. Apres il s’en partit avec grant amour. Aulcuns des nostres conseillerent a l’admiral qu’il le deust retenir: et luy faire confesser comme les nostres avoient esté tuez & luy faire porter la peine qu’il avoit meritee mais l’admiral considera qu’il n’estoit pas encore temps d’irriter les habitans de ladicte isle Le jour ensuyvant le frere de cestuy roy vint aux navires et parla avec la femme dessusdicte et la seduyt comme l’yssue le monstra/ car la nuyt ensuivant ou pour se delivrer de captivité ou pour la suasion du roy se gecta dedans l’eaue avec sept autres femmes toutes convices d’elle ce faire et passerent environ une lieue de mer/ les nostres en les suyvant avec leurs barques en recouvrerent trois seullement: Katherine avec les aultres troys s’en allerent au roy: lequel le lendemain ensuyvant il s’en fuyt avec toute sa famille. Parquoy noz gens apperceurent que les trente et huyt hommes qui estoyent demourez avoyent esté tuez de luy.

¶ Les choses que trouva le marquis frere de l’admiral en cerchant le roy et ses gens.

Chapitre .xciii.

L’admiral envoya apres le roy ledict marquis avec .ccc. hommes armez lequel de fortune vint a la bouche d’ung fleuve ou ilz trouverent ung noble et bon port: lequel est apellé port royal l’entree est tant tortue que quant l’homme est dedans il ne congnoist par ou il est entré combien que l’entree soit grande que troys navires de fronc y puissent passer: au millieu du port y a ung mont tout verd & bosqueux plain de papegaulx & aultres oyseaulx qui continuellement chantent doulcement: en cestuy port y avoit deux fleuves en allant plus avant ilz veirent une treshaulte maison & pensant que la fust le roy ilz s’en allerent la/ & eulx en approchant vint au devant d’eulx ung homme acompaigné de cent hommes trescruelz de regard tous armez avec ars flesches et lances en criant qu’ilz n’estoyent pas canibales: mais raynos/ c’est a dire nobles et gentilz hommes: les nostres leur firent signe de paix & eulx apres qu’ilz eurent osté leur ferocité ilz se firent ensemble bons amys de sorte que incontinent sans aultre chose ilz descendirent es navires ou leur fut donné des presens c’estassavoir sonnettes d’esprevier & semblables choses/ les nostres mesurerent ladicte maison & l’entour d’icelle estoit de .xxxii. grans pas elle estoit ronde & a l’entour d’icelle avoit trente aultres maisons petites les solives estoyent de canes de diverses couleurs: cousues avec ung merveilleux art les nostres leur demandoient le mieulx qu’ilz povoyent du roy qui s’en estoit fuy: ilz leur notifierent qu’il s’en estoit fuy a la montaigne/ & de ceste nouvelle amytié les nostres delibererent de le faire sçavoir a l’admiral lequel en divers lieux avoyt envoyé divers hommes pour exposer ou estoit le roy: entre lesquelz il avoit envoyé horeda et gormalan jeunes hommes nobles et couraigeux: et ceulx icy trouverent quatre fleuves l’ung d’une partie et les trois d’une autre: lesquelz descendoyent d’une autre montaigne: tous ceulx de l’isle dedans le sablon recueilloyent de l’or en ceste maniere: ilz mettoyent leurs mains dedans aucunes fosses: et avec la main gauche ilz tiroyent le sablon: et avec la main dextre ilz cueilloyent l’or: et le donnoyent aux nostres: et disoit avoir veu beaucoup de grains de la quantité d’une cloche de gingembre lequel fut porté au roy d’espaigne il fut veu ung grain de sept onces de plusieurs personnes.

¶ Le fleuve de l’or et beaucoup de choses trouvees.

Chapitre .xciiii.

Quant les nostres virent cela ilz retournerent a l’admiral par ce qu’il avoit commandé sur peine de la vie: que nul ne fist autre chose que descouvrir Ilz entendirent aussi qu’il y avoit ung certain roy aux montaignes desquelles venoyent lesdictz fleuves lequel ilz appellent cazichio: cannoboa. c’est assavoir seigneur de la maison de l’or. Boa veult dire maison: canno or. Et cazichio roy ilz trouverent en cesdictz fleuves poissons tresparfaitz et semblablement ledict marquis de sibille dict que aupres les canibales ou moys de decembre est equinoctial: mais je ne sçay pas comme ce peult estre pour la raison de la spere: et dit que en iceluy moys les oyseaux faisoyent leurs nidz: et aucuns avoyent des petis: toutesfois je demanday de l’aulteur du pole de l’orient: il me fut dit que aux caniballes tout le chariot estoit chargé soubz le pole artic & les grandes transmontanes il n’est venu aulcun de cestuy voyage: auquel on puisse adjouster ferme foy pource qu’ilz sont hommes sans lettres.

¶ Chasteau ediffié de l’admiral en l’isle espaignolle.

Chapitre .xcv.

Or print l’admiral cocinfrone ung lieu joignant a ung port affin d’y ediffier une cité: et commença a ediffier et faire une eglise: mais en aprochant le temps que il avoit promis au roy de luy notiffier ce qu’il auroit trouvé renvoya en derriere douze caravelles: avec notice de ce qu’ilz avoyent veu & entendu L’admiral estant demouré en ladicte isle espaignolle/ laquelle aulcuns l’appellent offira: et dyent que c’est ceste la. De laquelle ou vieil testament ou .iii. livre des roys s’en fait mention Laquelle est par sa grandeur cinq degrez austrailles: Qui sont des lieues mille .lxx. le pole se lieve .xxvii. degrez/ & de la moitié du jour sicomme il dit degrez .xxii. sa longueur de levant a ponent a .cccccccclxxx. milles: qui sont de lieues deux cens vingt lieues La forme de ladicte isle est comme la fueille d’ung chastenier. L’admiral delibera ediffier une cité sus une montaignette au meilleu de l’isle de la part de la transmontane pource que la empres y avoit une montaigne faicte avec boys: Et pierres de faire de la chaulx laquelle il appella ysabeau: et aupres de ceste montaigne est une plaine de seize lieues de long: & large en aucun lieu plus estroicte d’une lieue et demye: par laquelle passent plusieurs fleuves Ceste plaine est tant fertille que en aucuns jardins sur le sablon du fleuve ilz semerent de diverses sortes d’herbes comme laictues: bourraiges: raves: et toutes en terme de .xvi. jours elles creurent Pompons: concombres: et autres choses semblables en .xxxvi. jours furent recueillis: les meilleurs que jamais nous mengeasmes: L’admiral a cause de la notice qu’il avoit eue des habitans de ladicte isle envoya .xxx. hommes en une province qui est dedans ladicte isle: laquelle s’appelle Cipangy: laquelle est situee au meilleu de ladicte ysle/ et est montueuse avec grande habondance d’or. Ceulx qui y furent racomptent choses merveilleuses de richesses de ce lieu la: et que de la montaigne descendoyent quatre fleuves: lesquelz se divisent en quatre parties/ l’ung va vers le levant appellé summa L’autre en ponent appellé Atribunco: Le troiziesme va a la transmontaine dit Jachem et le quart a midy et est appellé Naiba.

¶ Comment l’admiral alla a la myne d’or.

Chapitre .xcvi.

Or pour retourner a nostre propos apres que l’admiral eut faict ceste cité environnee de muraille le .xii. jour de mars se partit avec .cccc. hommes tant a pied que a cheval et se mist en chemin pour aller a la province de l’or de la part du midy Et apres qu’ilz eurent passé montaignes: vallees et fleuves ilz vindrent a une plaine: laquelle est le commencement de Cimbago: par laquelle courent aucuns ruisseaulx avec le sablon de l’or Adoncques quant l’admiral eut cheminé par dedans l’isle environ dixhuit lieues: et loing de sa cyté il arriva a une rive d’ung grant fleuve: et la en une montaigne assez apparente delibera de faire une forteresse pour plus seurement chercher les secretz du pays ce qu’il fist: et apella la forteresse sainct thomas et luy estant en faisant cest ediffice: Plusieurs paysans vindrent a luy pour avoir des sonnettes et autres merceries qu’il avoit: il leur demandoit a l’encontre que ilz luy apportassent de l’or Parquoy en peu de temps ilz allerent et porterent assez bonne quantité d’or Entre lesquelz ung des leur aporta ung grain d’une once: les nostres s’esmerveilloyent de telle grandeur. Toutesfois avec signes ilz demonstroyent qu’il s’en trouvoit encores de plusgrans & mesmement en un pays distant de la d’une demye journee: et que la s’en trouve de grans pieces/ lesquelles pieces pour non estre mises en oeuvre ilz ne les estimoyent gueres & oultre cela aultres en apportoyent des pieces plusgrandes de dix dragmes l’une: et aussi affermoyent qu’il s’en trouvoit de plusgrandes. L’admiral envoya aucuns des siens a ce lieu la: lesquelz en trouverent beaucoup plus que ne luy avoit esté dit ilz ont des boys plains d’espicerie: mais ilz ne les recueillent pas sinon quant ilz la veulent permuter avec les hommes des autres Isles voysines en platz et escuelles de terre et vaisseaulx de boys faitz dedans aultres ysles: pource qu’ilz n’en ont point Au moys de mars ilz trouverent des raisins saulvaiges bien meurs: combien qu’en ceste province soit planté de pierres: toutesfois elle est plaine d’arbres et verde. Ilz disent qu’il pleut la assez: parquoy la y a plusieurs fleuves & ruisseaulx avec le sablon de l’or: et croyent que celuy or descende de ces montaignes: et sont gens moult paresseux en yver ilz tremblent de froit et combien qu’ilz ayent les boys plains de coton toutesfois ilz ne font faire aulcuns vestemens.

¶ Des choses merveilleuses trouvees par l’admiral.

Chapitre .xcvii.

Quant tout ce que dessus a esté dit a esté cherché. L’admiral s’en retourna a la tour ysabeau en laquelle il laissa aucuns pour la gouverner: et luy se partit avec trois navires pour aller descouvrir certaine terre qu’il avoit veue et pensoit que ce fust terre ferme et est loing de ladicte isle espaignolle de .xvii. lieues: et demye et non plus Laquelle terre les paysans l’appellerent cuba Apres qu’il eut passé du costé de midy: il se mist a aller vers ponent Et tant plus y alloit avant tant plus il se esloignoit des rivaiges et s’en alloit engoulfant vers midy tant qu’il arriva a une isle appellee des paysans Jamaïca: mais comme il est dit des cosmographiens elle est dicte Jehanne plusgrande: elle est plusgrande que la Sicille et a une seulle montaigne au meilleu qui se commence a lever de toutes les pars de l’isle: mais elle va en montant peu a peu jusques au meilleu de ladicte isle: et semble que elle ne monte point Ceste isle aussi bien a la marine comme au meilleu est tresfertille et plaine de peuple qui est plus agu et de plus grant engin que tous les habitans des aultres ysles promptz a la marchandise et sont belliqueux: Et l’admiral se voulant mettre en terre et en divers lieux ilz acouroyent armés et ne laissoyent descendre noz gens et en plusieurs lieux ilz combatirent avec les nostres: mais ilz demourerent perdans: et depuis ilz se firent amys ilz laisserent ceste isle Jamaïcque: et naviguerent par le ponent sept jours toutesfois par la coste de Cuba tant que l’admiral pensoit avoir passé. L’aurea chersoneso qui est aupres nostre Levant & croit avoir trouvé des .xxiiii. heures du soleil les .xxii. et combien que en ceste navigation il souffrist de grandes tribulations: toutesfois il delibera d’aller tant avant qu’il vouloit veoir la fin de ceste cuba si elle estoit terre ferme ou non & naviga .ccc.x. lieues par ponent tousjours par le rivage dudit cuba En ceste navigation mist nom a sept cens ysles/ mais il en passa plus de deux mille. Et en courant la coste de ceste terre de cuba il trouva beaucoup de choses dignes de commemoration Premierement apres ung peu qu’il eut commencé a naviguer il trouva ung tresbeau port capable d’ung grant nombre de navires et mist en terre aulcuns des siens et trouverent aucunes maisons de paille sans y trouver aucun dedans et trouverent des broches de bois au feu: esquelles y avoit embroché environ cent livres de poisson & deux serpens de huit piedz de long et quant ilz ne apperceurent aucuns hommes ilz commencerent a menger dudit poisson et laisserent les serpens qui estoyent de la forme de cocodrilles depuis se misrent a chercher ung boys de la voisin et virent beaucoup de ces serpens lyez aux arbres avec cordes: et coururent une piece avant & trouverent environ .lxx. hommes qui estoyent fuys en la cyme d’ung grant rocher pour veoir que s’estoit que vouloyent faire les nostres lesquelz leur firent si grant feste avec signes en leur monstrant des sonnettes et autres merceries que l’ung d’eulx descendit en ung autre rocher plus prochain ung de l’isle espaignolle Lequel de sa jeunesse estoit nourry avec l’admiral alla se joindre avec cestuy et parla a luy et quasi de langaige ilz estoyent semblables et le asseura et luy et tous les aultres vindrent aux navires & firent grant amitié avec les nostres et leur declairerent qu’ilz estoient pescheurs venus pour pescher pour leur roy qui faisoit ung banquet a ung aultre roy/ & furent bien contens de ce que les nostres leur avoyent laissé les serpens lesquelz ilz gardoient pour la personne du roy/ et que c’estoit une viande delicate. L’admiral apres qu’il fut informé de ce qu’il desiroit sçavoir les laissa aller et suyvit son voyage vers le Ponent et en allant par ceste partie il la trouva moult fertille et plaine de gens humains/ lesquelz sans aucun suspeçon couroyent aux navires et portoyent aux nostres de leur pain qu’ilz usent & des bouteilles plaine d’eaue: & nous convoyent amoureusement de descendre en terre en allant plus avant ilz vindrent en une multitude D’isles sans nombre/ lesquelles se monstroient toutes habitees & pleines d’arbres et tresfertilles de la part de la terre ferme de la coste en laquelle nous trouvasmes ung Fleuve navigable d’eaue toute chaulde que on n’y povoit tenir les mains: depuis plus avant ilz trouverent aulcuns pescheurs dedans certaines Barques de ung boys creux qui peschoient lesquelz avoient pesché ung poisson d’une forme a nous incongneue. lequel a le corps d’une anguille et plusgrant: & dessus la teste a une certaine peau bien tendre qui semble d’une grant bource: & le tenoyent lyé avec une corde a ung bout de la barque/ pource qu’il ne peult souffrir la veue de l’air: et quant les pescheurs veoyent aucun grant poisson ou des tortues ilz laschent ladicte corde et des ce qu’il est lasché il court comme ung carreau d’arbalestre au poisson ou en ladicte tortue en leurs mettant au dos celle peau qu’ilz tiennent sur ladicte teste/ avec laquelle il les tient si fort que ilz n’en peuvent eschaper. Et ne les laisse point sinon que les pescheurs le tirent hors de l’eaue: lequel poisson des ce qu’il a sentu l’aer il laisse la proye: et les pescheurs sont prestz a le prendre & en la presence des nostres ilz prindrent quatre calandres lesquelles ilz donnerent a noz gens pour une viande tresdelicate: & fut demandé a cesditz pescheurs combien duroit ceste coste et ilz respondirent qu’elle n’avoit fin. Eulx partis de la ilz allerent plus avant: touteffois par ladicte coste et trouverent grant diversité de gens: & apres cestedicte terre ilz virent une Isle en laquelle ilz ne apperceurent aulcune personne tous se en estoient fouys mais tant seullement veirent deux chiens treslaidz de regard & ne habayoyent point: & virent des oyes & des canardz dedans ceste isle. En cestedicte coste de Cuba trouverent ung passaige si estroit et avec tant de gorges et tant d’espume que mainteffoys les navires toucherent en terre Ces gorges durent huit lieues l’eaue estoit blanche et espesse qu’il sembloit qu’on eust getté par tout de la farine apres que ces gorges furent passez a vingt lieues ilz trouverent ung mont treshault ou ilz mirent aulcuns hommes en terre pour avoir de l’eaue et du boys: ung arbalestrier qui entra dedans ung buysson pour faire sa necessité: arriva sur luy ung homme vestu de blanc et fut jusques sur la teste devant qu’il advisast au commencement il cuidoit que ce fust ung religieux qu’ilz avoient avec eulx en leur navire: mais tout incontinent au derriere de cestuy en apparut deux autres vestuz de telle sorte: & ainsi regardant il en vit une assemblee environ .xxx. Lesquelz incontinent qu’il les eut veuz il commença a fouyr & ilz alloient derriere en faisant signe qu’il ne s’en fuist point: mais luy le plustost qu’il peut il courut aux navires et fist entendre a l’admiral tout cela qu’il avoit veu: lequel envoya en terre par divers chemins plusieurs gens/ mais nully n’en sceut trouver aulcune chose: ilz veirent beaucoup de voiles atachees aux arbres. & beaucoup d’arbres d’espiceries: en allant plus avant ilz trouverent d’autres gens de diverses langues lesquelles ceulx de l’isle espagnole qui estoient avec l’admiral entendoient aulcunement et en costoyant ladicte terre de cuba ilz s’en alloyent chascun jour plus engoulfant a ceste heure a ostro a ceste heure a garbin/ et alloient & trouverent la mer plaine d’isles: & beaucoup de plaiges: tant que par plusieurs fois les navires touchoient a terre & l’eaue y entroyt dedans: et les voylles estoyent gastees et le biscuyt. Parquoy furent contrainctz de retourner par le chemin qu’ilz estoyent allés et s’en revindrent a l’isle espaignolle.

¶ Comment les roys de l’isle Espaignolle furent desconfitz.

Chapitre .xcviii.

Alors quant ilz furent arrivez en l’isle espagnole ilz trouverent que ung seigneur nommé marguerit et plusieurs autres chevaliers s’estoient partis courroucez avec l’admiral & s’en estoient retournez en espaigne Parquoy luy delibera aussi d’y aller doubtant que lesdictz chevaliers dissent au roy mal de luy: & aussi pour demander gens & victuailles/ mais devant que aller il chargea d’appaiser & de mitiguer aucuns de ladicte isle qui estoyent courroucez contre les espaignolz pour les insolences/ larcins/ murdres/ & beaucoup d’autres maulx qu’ilz faisoyent devant ses yeulx: premierement il reconsilia et feist ung amy d’ung roy appellé guarionexio: lequel y avoit esté du premier voyage/ et l’avoit fait pour son interpreteur Et apres ledict admiral alla au lieu la ou il avoit fait la forteresse appellee sainct thomas: laquelle estoit assiegee d’ung roy & y avoit .xxx. jours que le siege estoit devant il leva le siege et print le roy qui l’avoit assiegee et avoit deliberé d’aller plus oultre en subjugant les roys d’icelle isle: mais il entendit que par dedans on se mouroit de faim et que desja il s’i estoit mort une grant quantité de gens en ladicte isle: & que cela estoit par leur faulte/ car affin que les crestiens eussent souffrance de vivres: ilz avoyent arraché les racines dequoy ilz faisoyent le pain: & se nourrissoient en pensant que pour ceste cause les deussent habandonner ladicte isle: mais le mal estoit sur eulx par ce que les nostres furent secouruz de vivres du roy guarionexio car en son païs n’y en avoit pas si grande necessité comme es autres & pour ceste raison l’admiral se departit du chemin & entreprinse par luy commencee: & affin que les siens eussent plusieurs forteresses en ladicte ysle pour retirer quant le cas y adviendroit: il fist faire entre la rocque saint Thomas et le royaulme du Guarionexio une autre roque c’est a dire forteresse assise dessus une montaigne et l’appella la conception. les habitans de l’isle voyant les crestiens estre en propos de garder et maintenir icelles isles envoyerent de divers lieux embassadeurs vers l’admiral en luy suppliant pour l’amour de dieu qu’il mist ordre a ses gens lesquelz soubz umbre de trouver l’or alloient par l’isle & leur faisoient mille maulx en eulx offrant tribut des choses qui se trouvoyent en leurs provinces et ainsi fut conclud et accordé: les habitans des montaignes cibani entre eulx se obligeoyent donner tous les trois moys que entre eulx ilz appellerent troys lunes une certaine mesure plaine d’or: et l’envoyer jusques a la cité: les aultres ou naissent l’espicerie & coton se obligeoyent donner d’iceulx une certaine quantité.

¶ Les roys qui se rebellerent pour le mauvais portement des espaignolz.

Chapitre .xcix.