S'ensuyt le Nouveau monde & navigations
Part 14
Quant ilz virent l’isle de jehanne ilz n’estoyent pas certains que ce fust isle: mais apres qu’ilz furent joignans d’elle: en la courant par la coste ilz sentirent chanter au moys de novembre entre les boys espés les rossignolz: et trouverent de tresgrans fleuves d’eaue doulce et tresbons portz et grans Et allerent par la coste de ladicte jehanne par maistral plus de .cc. lieues qu’ilz ne trouverent fin ne final d’aucune fin: et penserent que ce fust terre ferme et delibererent de retourner et aussi la mer les y contraignoit: par ce que la bise desormais leur commençoit donner travail Adonc ilz tournerent la proue vers le vent et trouverent l’isle appellee espaignolle et desirant tenter la nature d’iceulx pays de la partie de la transmontane et ja se approuchoyent de terre que la grant navire alla sus une secque plaine qui estoit plaine d’eaue et se ouvrit mais la planeure de la pierre qui estoit soubz l’eaue ayda qu’elle ne fust noyee les caravelles eschaperent les hommes & apres qu’ilz furent descendus en terre/ ilz virent des hommes de l’isle Lesquelz incontinent qu’ilz nous virent se misrent a fouyr dedans les bois tresespés: comme si se fussent esté bestes sauvaiges qui eussent esté chassees des chiens C’est une gent non ouye/ noz gens en les suivant prindrent une femme & la menerent a la navire: et apres qu’elle eut bien repeu de noz viandes et vins: et habillee de vestemens: car ilz vont tous nudz Ilz la laisserent aller.
¶ La condition de l’isle espaignolle.
Chapitre .lxxxvi.
Incontinent qu’elle fut arrivee aux siens elle sçavoit bien ou ilz estoyent & leur monstra l’habit (quant a eulx merveilleux) & apres qu’ilz eurent apperceu la liberalité de noz gens ilz coururent tous a la marine: & pensoyent que fussent gens envoyez du ciel: ilz se gettoyent dedans l’eaue et portoyent avec eulx l’or qu’ilz avoyent et changeoyent leur or en escuelles de terre & tasses de verre Qui leur donnoit une esguillette ou une sonnette ou voirement une piece de mirouer ou autre semblable chose ilz donnoyent l’or qu’ilz avoyent: & fismes en peu de temps avec eulx une grant familiarité & amitié Les nostres en chercheant leurs coustumes trouverent par signes & actes que entre eulx ilz avoyent ung roy et apres que les nostres furent descendus en terre ilz furent receuz du roy honorablement Et aussi des hommes de l’isle en leur faisant bonne chere Quant le roy fut venu et apres que le signe de l’ave maria fut donné les nostres en leur agenoillant semblablement firent ilz: & eulx voyans que noz gens adoroyent la croix & eulx aussi le firent & eulx aussi voyant que ladicte navire estoit rompue ilz alloyent avec leurs barques. lesquelles ilz appellent canoe: ilz portoyent en terre leurs hommes & les besongnes qui estoyent dedans avec une si grande charité qu’elle ne se pourroit dire: leurs barques sont d’ung seul boys et cavees avec pierres tresaguës. elles sont longues et estroictes. Il y en a d’aulcunes qui sont de .lxxx. avirons: ilz n’ont aucun fer pour laquelle chose les nostres s’esmerveilloyent moult comme ilz edifioyent leurs maisons: lesquelles merveilleusement estoyent bien ouvrees et semblablement leurs autres choses qu’ilz ont: et noz gens entendirent qu’ilz faisoient tout cela avec aucunes pierres de rivieres lesquelles estoyent tresdures et tresaguës Encores ilz entendirent que bien loing de ladicte isle il y avoit aulcunes ysles habitees de trescruelz hommes qui se paissent de chair humaine & cela fut la cause que au commencement qu’ilz virent les nostres ilz se misrent a fouyr en croyant que fussent de ces gens la lesquelz ilz appellent canibales. Les nostres avoient laissé les isles de ces gens canibales environ le millieu du chemin du costé de midy.
¶ Coustumes de canibales.
Chapitre .lxxxvii.
Ces povres gens se plaignoyent et disoient qu’ilz n’estoient point tourmentez sinon de ces Canibales et les tourmentoient ne plus ne moins comme font les tygres ou lyons les aultres bestes saulvages et les enfans qu’ilz prennent les chastrant comme nous faisons les moutons affin qu’ilz demeurent plus gras pour les menger et ainsi comme ilz prennent les hommes meurs ilz les tuent & mengeussent les intestines toutes fresches: et aussi les extremités du corps et la reste ilz le sallent: et les gardent par temps comme nous faisons les jambons les jeunes femmes qu’ilz prennent ilz ne les mangent pas: mais les gardent pour faire des enfans ainsi comme nous gardons les gelines pour faire des oeufz les vieilles elles sont esclaves de cestes isles: desormais nous les povons reputer nostres et aussi bien les hommes et les femmes: lesquelz quant ilz sentent que cesditz canibales s’aprochent d’eulx ilz ne sçavent trouver autre remede que de eulx fouyr: et combien qu’ilz se aident de faulcilles tresaguës. toutesfois cela ne peult reprimer leur fureur et leur raige. Et ces povres gens confessoient que si dix canibales trouvoient cent de eulx ilz les surmonteroient. Noz gens ne peurent pas bien entendre ce que ceste gent adore fors que le ciel le soleil et la lune. Des coustumes des aultres isles la briefveté du temps et aussi la deffaillance des interprestz fut cause que noz gens ne sceurent sçavoir aultre chose.
¶ Coustume des habitans de l’isle espaignole.
Chapitre .lxxxviii.
Les hommes de ceste isle en lieu de pain ilz usent de certaines racines de la grandeur et forme de naveaulx aucunement doulces comme chastaignes fresches: lesquelles racines ilz appellent ages: l’or a eulx est a quelque estimacion ilz en apportent qui est attaché aux oreilles et aux neez: touteffoys les nostres ont congneu que d’ung lieu en autre ilz ne font aulcun traffigue noz gens leur demandoient par signe ou ilz trouvoyent cest or: ilz entendirent qu’ilz le trouvoient dedans le sablon de certains fleuves qui courent de treshaultes montaignes: il n’y a pas grant peine a le recueillir en balotes/ et puis apres ilz le mettent en lames mais il ne se trouve pas en icelle partie de l’isle en laquelle noz gens estoyent comme depuis ilz congneurent par experience en concordant ladicte ysle: par ce que apres qu’ilz furent partis de la ilz arriverent de cas fortuit en ung fleuve d’une grandeur inestimable Et apres qu’ilz furent descendus en terre pour prendre de l’eaue Et aussi ainsi qu’ilz peschoient ilz troverent le sablon meslé avec beaucoup d’or: ilz dient avoir veu plusieurs sortes de bestes et y a des serpens en grande quantité et d’une grandeur merveilleuse. mais ilz ne nuysent a nully. Ilz y virent aussi des torterelles saulvaiges: canardz plus grans que les nostres oyes plus blanches que cygnes avec la teste rouge Papegaulx desquelz aucuns sont vers: aulcuns sont jaulnes par tout le corps autres semblables a ceulx de l’indie avec gorge rouge ilz en aporterent .lx. mais de diverses couleurs ces papegaulx qui ont esté apportez de ladicte isle monstrent ou par proximité ou par nature participer de l’indye combien que l’oppinion de colomb semble estre contraire de la grandeur de l’espere. Ceste isle produit de sa nature en grant habondance de mastic: aloes: cothon: et autres choses semblables: certains grains rouges de divers couleurs plus aguz que le poivre que nous avons certaine canelle: gingembre duquel ilz en apporterent.
¶ Les hommes que colomb laissa pour cercher l’isle.
Chapitre .lxxxix.
Colomb contend de ceste nouvelle terre trouva des signes et ung nouveau monde non ouy estant la premiere veue delibera de s’en retourner & laissa aupres le roy dessusdit .xxxviii. hommes lesquelz eussent a cercher la nature du lieu/ et le temps jusques a ce qu’il retournast. Cestuy roy s’appelloit Guacranatillo Avec lequel il avoit fait confederation de la vie et salut et deffension de ceulx qui demouroyent le roy esmeu de pitié regardant ceulx qui demouroyent pleura: et les embrassa: et leur monstroit qu’il leur feroit tout le plaisir & service qu’il luy seroit possible et colomb au moyen de cela fist faire voille pour aller en espaigne et mena avec luy deux hommes de ladicte isle et estima ledit colomb que leur langaige se apprendroit facillement lequel se peut escripre avec noz lettres. Ilz appellent le ciel turcy la maison boa L’or cauni. l’homme daben toyno: riens maxani: leurs aultres vocables ilz ne le proferoyent moins que nous aultres latins: et cela est advenu en la premiere navigation.
¶ Comment le colomb fut appellé admiral de la mer.
Chapitre .xc.
Le roy et la royne d’espaigne lesquelz autre chose ne demandoyent que de augmenter leur royaulme & la religion chrestienne et reduire moult de simples gens au service Facillement eulx esmeuz non seullement dudit colomb mais de dieu Et de plus de deux cens espaignolz qui estoyent allez avecques luy ilz le receurent avec grant joye: & puis luy firent de tresgrans honneurs & le firent asseoir devant eulx publicquement qui est le plusgrant honneur qu’ilz sçauroyent faire: et voulurent qu’il fust appellé admiral de la mer occeane. Et quant ilz ouyrent racompter ce qu’il avoit trouve esdictes isles ilz esperoyent d’en avoir au commencement grant prouffit plus pour l’augmentation de la foy que d’autre chose Pourquoy lesditz roy et royne firent preparer quarante et deux navires avec grandes caiges: et douze caravelles sans caiges avec mille deux cens hommes avec leurs armeures: entre lesquelz y avoit ouvriers de tous les ars mecanicques: salaires: avec aucuns hommes de cheval Colomb prepara les chevaulx porcz vaches: et beaucoup d’aultres bestes avec leurs masles: legumes: froment: orge: et autres choses semblables: non seullement pour vivre: mais aussi pour semer et porta aussi des plantes de vignes et aussi beaucoup de plantes d’aultres arbres desquelz en ladicte ysle il n’y en y a point car ilz ne trouverent en icelle aucuns qui fussent de leur congnoissance sinon pins et palmes treshaultes et de merveilleuse duresse droicture & haultesse a cause de la fertilité de la terre et aultres assez qui font fruit: lesquelz sont congneuz par ceulx du pays & est le pays le plus fertille qui soit soubz le ciel Ledict admiral prepara aussi pour porter avec luy de tous instrumens de quelque exercite que ce fust: et finablement de toutes choses fut porté qui apartiennent quant on veult edifier de nouveau une cité en ung nouveau pays. Plusieurs officiers et sergens du roy se misrent de leur propre voulenté a ceste navigacion pour le desir qu’ilz avoyent de veoir choses nouvelles Et de l’auctorité dudit admiral le premier jour de septembre mil .cccc.iiii.xx. et .xiii. Avecques bon vent firent voille de cade. Le premier jour d’octobre ilz arriverent aux canaries: et a la derniere laquelle si est appellee Sereta: ilz y arriverent le quatriesme jour dudit moys & de la dessus le midy il dressa tous les voilles on n’eut depuis nouvelles d’eulx sinon jusques au equinoctial de l’yver: et le roy & la royne eulx estans a la table du champ le .v. jour D’avril mil .cccc.iiii.xx. & .xiiii. Ilz eurent nouvelles par ung courrier comme le vingt et troiziesme de mars ilz estoyent arrivez a cades douze de ses navires Celuy qui porta ces nouvelles estoit frere de la nourrice du prince filz desditz Roy et royne: lequel vers eulx fut envoyé par ledit admiral duquel et d’aultres dignes de foy et tesmoignage cy dessoubz en sera parlé.
¶ Comment l’admiral trouva les isles des canibales.
Chapitre .xci.
Apres que Colomb fut party des canaries il navigua vingt et ung jour premierement devant qu’il trouvast aulcune terre mais il alla plus a main gauche vers ostro par garbin que l’autre premier voyage Parquoy il vint es ysles des canibales desquelz icy dessus est faicte mention et a la premiere ysle ilz virent une forest qui est tant espesse d’arbres qu’on ne povoit sçavoir quelle chose s’estoit: & pource le jour qu’ilz la trouverent estoit le jour du dimenche & ilz ne l’aperceurent jusques au dimenche: & eulx appercevant qu’elle estoit habitee ilz ne se arresterent point la/ mais ilz s’en allerent plus avant. En ces .xxi. jour selon leur jugement ilz firent .cccccccc.xx. lieues Le vent leur estoit propice: car il estoit de la transmontane: Apres qu’ilz furent partis de cestedicte isle en peu de temps ilz vindrent en une aultre pleine et habondante de plusieurs arbres qui rendoyent une odeur merveilleux Aucuns descendirent en terre/ mais ilz ne veirent aulcunes personnes ne bestes: fors des liezars d’une grandeur non ouye Ceste isle ilz l’appellerent la croix Et toute la premiere terre habitee qu’ilz virent depuis leur partement des canaries/ ceste isle estoit des caniballes comme apres ilz congneurent par experience: et par les interpretz de l’isle espaignolle qu’ilz avoyent avec eulx: En environnant ladicte isle ilz trouverent beaucoup de villages de vingt a trente maisons l’ung Lesquelles estoyent toutes ediffiees par ordre tout a l’entour d’une place ronde qui estoit au meilleu ou elles estoyent toutes faictes de boys: la façon desdictes maisons est telle. Premierement il y avoit en terre tant d’arbres si haulx qu’ilz faisoyent la circonstance de la maison: apres ilz mettent dedans aulcuns soliveaulx cours appuyez a ces arbres affin qu’ilz ne cheoyent La couverture ilz la font en maniere d’ung pavillon: et ainsi toutes cestes maisons ont la couverture aguë Et apres ilz couvrent ces boys de fueilles de palmes: & de certaines autres fueilles semblables qui sont tresseures pour l’eaue ilz lyent lesdictz soliveaulx avec cordes de coton: et d’aulcunes racines qui ressemblent aux sparges: ilz ont aucuns tectz qui sont en l’air: sur lesquelz ilz mettent du cotton et estrain pour leur lict: & ont certaines portes ou ilz reduisent le succre en ung certain lieu ilz virent deux statues de boys qui estoyent dessus deux colomnes: et pensoyent que fussent leurs ydoles mais elles estoyent mises la seullement par beaulté Ilz adoroyent seullement le ciel avec ses planettes Noz gens en eulx approchant de ce lieu la soubdainement les hommes & femmes se misrent a fuyr/ et en cherchant dedans leurs maisons ilz trouverent trente femmes et garçons qui estoyent prisonniers Lesquelz garçons ces canibales avoyent prins dedans aulcunes isles pour les menger & les femmes pour les tenir esclaves. Les nostres trouverent dedans leursdictes maisons vaisseaulx de pierre a nostre usage de toutes sortes & es cuisines de chair d’homme boullie avec celle de papegaulx & y avoit oyes et canardz en broche pour rostir & par la maison trouverent os de bras humains Lesquelz ilz gardoyent pour faire des fers a leurs flesches pource qu’ilz n’ont de fer ilz trouverent aussi la teste d’ung garçon mort depuis peu de temps/ Laquelle estoit atachee a ung soliveau et rendoit encores sang: les nostres admenerent ceulx qui estoyent prins desdictz canibales: Ceste isle a huit fleuves tresgrans: & l’appellerent gaudipea: pource qu’elle ressemble au mont de saincte marie de gaudalippi d’espaigne les habitans l’appellent carachara Ilz apporterent de ceste ysle papegaulx plus grans que faisans moult differens des autres ilz ont tout le corps & les espaules rouges: les esles de diverses couleurs combien que les boys soyent plains de papegaulx neantmoins ilz les nourrissent et puis les mengeussent: L’admiral colomb fist donner des presens aux femmes ordonna que avec ces presens elles allassent trouver les caniballes: pource qu’elles sçavoyent ou ilz estoyent: et lesdictes femmes y allerent et trouverent grande quantité desdictz Canibales: lesquelz vindrent incontinent pour la cupidité des dons: mais des ce qu’ilz virent les nostres ou pour paour qu’ilz eurent ou par conscience de leur inhumanité en eulx regardant au visaige l’ung l’autre se misrent a fuyr dedans les vallees & les boys Les nostres qui estoyent allez par l’isle apres eulx apres qu’ilz furent reduitz aux navires ilz rompirent autant de barques qu’ilz en trouverent Et se partirent de ceste isle Gualippe pour trouver leurs compaignons a l’isle Espaignolle: au premier voyage laisserent la main dextre a la senestre trouverent beaucop [d’isles.] La apparut de la transmontane une grande isle: ceulx que l’admiral avoit menez avec luy de l’isle espaignolle entendoyent leur parler: et ceulx qui estoyent recouvrez de la main desditz canibales disoyent que ladicte ysle s’appelloit matinina: en affermant que dedans icelle n’y habitoit que femmes: lesquelles en certain temps de l’an se joignent avec les Canibales comme se dit des amazones: et si elles enfantoyent masles: elles les nourrissoyent: et puis elles les envoyent a leurs peres: si s’estoyent fumelles elles les retenoyent avec elles Disoyent aussi que cestes femmes ont certaines caves grandes soubz terre: dedans lesquelles elles fuyent quant en aultre temps de l’an que celuy qui est ordonné aucun va devers elles. Et si aucun par force ou autrement cherche: elles se deffendent avec flesches: lesquelles elles sçavent tirer tresbien: pour l’heure noz gens ne se peurent approcher de cestedicte isle En navigant a la veue de ladicte isle a dix lieues ilz passerent par une aultre isle: laquelle ceulx de ladicte isle espaignolle disoyent estre bien peuplee & habondante de toutes les choses necessaires au vivre humain: et qu’elle estoit plaine de haultes montaignes & luy mirent nom de Montferrat ceulx d’icelle isle espaignolle: Et aussi ceulx qui avoyent esté recouvrez des canibales disoyent que aulcunesfois iceulx canibales alloyent deux cens lieues pour prendre des hommes affin de les menger: Le jour ensuivant noz gens descouvrirent une aultre isle/ laquelle pource qu’elle estoit ronde l’admiral l’appella saincte marie rotonde/ une autre plus avant l’appella sainct martin: mais en nulle de cestes ne s’arresterent Le troiziesme jour ilz trouverent une autre isle laquelle ilz jugerent estre longue par coste dyametralle de levant a ponent .xl. lieues les interprestz du pays disoyent cestes isles estre d’une merveilleuse beaulté & fertilité & ceste derniere l’appellerent saincte marie l’ancienne: depuis laquelle ilz trouverent assez d’aultres isles: Mais de la a cent lieues y en a une plus grande de toutes les autres & les habitans d’icelle l’apellerent Ay ay: & les nostres la nommerent saincte croix et la descendirent pour avoir de l’eaue: et l’admiral envoya en terre trente hommes de sa navire qu’ilz cerchassent l’isle: lesquelz trouverent quatre canibales avec quatre femmes: lesquelles ainsi qu’elles virent les nostres sembloit qu’elles demandassent secours a mains joinctes: lesquelles furent delivrees par les nostres: Les Caniballes s’en fuyrent au boys: & l’admiral estant la par l’espace de deux jours fist demourer en terre trente hommes des siens continuellement en aguet Ce pendant les nostres virent venir une canoe c’estassavoir une barque avec huyt hommes & huyt femmes. Et le signe fait noz gens les assaillirent: et eulx avec flesches se deffendoient par façon avant que les nostres se couvrissent avec leurs targes ung bisquain fut tué d’une de ces femmes: laquelle avec une flesche en frappa encores ung aultre griefvement les nostres se apperceurent que les fleches estoyent envenimees/ et que en la poincte elles estoyent oinctes de certain oignement venimeux: entre ces gens icy y avoit une femme a laquelle il sembloit que toutes les aultres luy obeissoyent comme a une royne Et avec elle y avoit ung jeune enfant son filz robuste de regard cruel: et avoit le visaige d’ung larron. Les nostres doubtant qu’ilz ne fussent gastez desdictes fleches delibererent pour le meilleur venir aux estroitz & donnerent des avirons dedans l’eaue avec une barque de la navire: et les envahirent et mirent en fons: eulx voirement aussi bien les hommes comme les femmes en naviguant ne laissoyent a tirer desdictes fleches. Mais ilz furent suyviz si roydement des nostres qu’ilz se mirent sus une pierre couverte d’eaue/ et la combatant ilz furent prins des nostres. Et l’ung d’eulx y fut tué: et le filz de la royne fut blecé de deux coups: ilz furent conduitz devant l’admiral mais non pourtant ilz ne perdirent leur ferocité & atrocité ne plus ne moins que fait ung fier lyon quant il se sent prins et lyé: et a l’heure il ronge plus et se faict plus cruel. Il n’y avoit homme qui les vist qu’il ne sentist paour a cause de leur atrocité et dyabolic regard L’admiral en allant a ceste heure par midy: a ceste heure par garbin: a ceste heure en ponent: il vint a une largesse de mer plaine de innumerables isles differentes aucunes sembloient plaines de boys et doulces. Les aultres seiches et steriles sapeuses: montueuses: les autres se monstroient entre les pierres de couleur cramoisy/ les autres de violet les autres tresblanches. Parquoy plusieurs estimoyent que la fussent metaulx & pierres precieuses. Ilz ne descendirent pas la pource que le temps n’estoit pas bon. & aussi pour la paour de l’espesseur & quantité de tant d’isles doubtant aussi que les navires ne trouvassent aulcunes pierres ilz reserverent a quelque autre temps pour nombrer lesdictes isles toutesfois aucunes caravelles qui n’avoyent besoing d’eaue trop parfonde passerent par le millieu d’aucunes: et en compterent quarante et six: et appellerent ce lieu la archipellage. a cause de tant de ysles: En passant avant a cestuy train au meillieu du chemin ilz trouverent une isle appellee buchima: de laquelle plusieurs estoyent de ceulx la qui avoyent esté delivrez des mains des caniballes: ceulx la disoyent qu’elle estoit bien peuplee labouree et plaine d’arbres et de buissons & les habitans d’icelle continuellement avoyent esté ennemis des canibales Ilz n’ont point de navires pour aller trouver l’isle d’iceulx canibales: mais si par advanture les caniballes viennent en leur isle pour les prendre et ilz les pevent prendre ilz leur ostent les yeulx: ilz les taillent en pieces: et les rostissent et les devorent par vengeance. Toutes ces choses ilz entendoient par les interpreteurs admenez de l’isle espaignolle: les nostres pour non trop demourer laisserent cestedicte isle fors d’ung costé vers ponent Affin de avoir de l’eaue/ et aulcuns d’eulx descendirent en terre & trouverent une grant maison & belle a leur coustume avec douze aultres petites mais elles estoyent deshabitees/ et ne povoyent penser pourquoy sinon pour la grant chaleur qui y estoit: et que les gens demourassent es montaignes: ou pour la paour des canibales: toute ceste isle ont ung roy: lequel ilz appellent chiacichio: et est obey avec grande reverence de tous: la coste de ceste isle vers midy se extent environ .l. lieues: la nuyt deux femmes & deux garçons delivrés des canibales se getterent en la mer/ & nouerent a l’isle qui estoit leur païs.
¶ Comment colomb trouva ses gens mors.
Chapitre .xcii.