Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie
Part 9
Des bords de cette magnifique plate-forme, de 1454 mètres d’altitude, qui domine toute la région, la vue s’étend sur un magique panorama. Du côté de l’ouest, au bas des pentes argilo-marneuses, se dresse la cime rocheuse et dentelée du Bou-Djaber et plus à l’ouest se profile le long plateau du Dir. Vers le sud, la vue s’étend à travers des ondulations de collines sur la masse sombre des forêts de Pins. A l’est, de vastes plaines, où serpente l’Oued Serrath et où s’élève le Djebel Hanech, sont semées de moissons blondes et tachetées par les douars des Oulad Bou-Ghanem et des Ferachich. Enfin, vers le nord, à gauche de monticules aux flancs abrupts, se dessine la silhouette du Kef, blanche sur le fond gris de la crête qui le domine.
La fuite de l’heure nous arrache à nos contemplations et nous ramène près de la zaouïa où nous attendent des jeunes filles aux cheveux ébouriffés et fort peu débarbouillées, les mains pleines d’œufs qu’elles viennent nous vendre. Des têtes de femmes apparaissent au-dessus des terrasses, suivant de l’œil les chances du marché. Quelques pièces blanches mettent en liesse les pauvres déguenillées et leurs mères. Le _moqaddem_, grave et digne, m’attend au sommet de l’escalier et récite le _fatha_[34] sur ma tête. La descente est plus dangereuse encore que l’ascension. J’arrive pourtant en bas sans accident, appuyé sur l’épaule du fils aîné de notre hôte.
Nous reprenons notre route à travers les blocs tombés de la cime et descendons vers le col dans les moissons où croissent le _Lychnis macrocarpa_, le _Rhaponticum acaule_ et le _Carduncellus calvus_. Après avoir franchi le Foum Rechiana et traversé le bois de Pins, nous prenons vers l’ouest une route nouvelle qui doit nous conduire plus rapidement à Haïdra à travers la forêt que nous avons contournée le matin ; mais, une fois engagés dans les massifs de Pins et de Genévriers, nos guides se trompent et s’égarent malgré nos observations réitérées. Pendant plus de trois heures, nous errons à travers les fourrés épais, nous heurtant aux troncs qui nous meurtrissent et aux branches dont les aiguilles nous aveuglent. Déjà le soleil a disparu depuis longtemps lorsque nous sortons de l’inextricable dédale et débouchons sur l’Oued Haïdra à plus de six kilomètres du campement ; à la tombée de la nuit, notre petite troupe se débande et chacun rentre au campement aussi vite que sa monture consent à le porter.
30 juin. La course de la veille a un peu fatigué hommes et bêtes, on réclame un jour de repos. Mais, d’autre part, les vivres et l’orge sont presque épuisés et les chameliers qui sont restés à Haïdra s’impatientent. Comme transaction, il est décidé que le départ aura lieu après midi et que l’on ira coucher sur la frontière algérienne. J’en profite pour franchir la rivière et faire une exploration dans la forêt de Pins traversée un peu hâtivement le jour de notre arrivée. J’y récolte plusieurs plantes que je n’avais pas encore rencontrées en Tunisie, et dresse une liste intéressante d’espèces appartenant en Algérie à la région des Hauts-Plateaux et de leurs montagnes :
Nigella Hispanica L. _var._ intermedia.
Matthiola lunata R. Br.[35]
Helianthemum rubellum Presl.
H. glaucum Pers. _var._ croceum.
Reseda Duriæana J. Gay.
R. Luteola L.
Dianthus Siculus Presl.
Erodium Ciconium Willd.
Argyrolobium Linnæanum Walp.
Ononis Columnæ All.
Hippocrepis scabra DC.
Cachrys pterochlæna DC.
Galium verum L.
Inula montana L.
Santolina squarrosa Willd.
Microlonchus Duriæi Spach.
Centaurea Parlatoris Heldr.
C. acaulis L. _var._ Balansæ.
Carduncellus Atlanticus Coss. et DR.
Leuzea conifera DC.
Catananche lutea L.
Helminthia aculeata DC.
Linaria scariosa Desf.
Sideritis montana L.
Stachys arenaria Vahl.
Teucrium compactum Boiss.[36]
T. Pseudo-Chamæpitys L.
Blitum virgatum L.
Wangenheimia Lima Mœnch.[37]
Les préparatifs du départ se font rapidement. Nous remontons le cours de la rivière et nous nous engageons ensuite dans une vaste plaine où la route coupe les blés qui commencent à mûrir. Les Ferachich, qui sont des demi-nomades, reviennent pour la moisson ; quelques tentes sont déjà installées ; à chaque instant défilent des chameaux chargés, des groupes de femmes et d’enfants qui poussent des bandes de moutons aux grosses queues lourdes, des cavaliers aux longs fusils qui font caracoler leurs chevaux en passant près de nous. Plus sauvages et plus hérissés, des moissonneurs au tablier de cuir, la faucille sur l’épaule, les pieds poudreux dans leurs sandales de peaux encore saignantes, s’en vont offrir leurs services aux colons de Tebessa qu’ils ghazziaient autrefois.
Parmi les blés hauts et drus, dans la terre noire et profonde, poussent le _Ridolfia segetum_ encore en boutons, le Bou-Nefa ou Driès (_Thapsia Garganica_), une autre Ombellifère trapue à large ombelle jaune, le _Carduus pteracanthus_ et d’énormes pieds de _Cynara Cardunculus_ que respecte toujours la charrue arabe.
Devant nous coule entre ses berges gazonnées un oued insignifiant : c’est pourtant la limite de l’Algérie. Avant de la franchir, je commande une halte pour faire une dernière herborisation sur le sol tunisien, et sur un petit coin de plateau rocheux, au milieu des plantes de la région déjà vulgaires pour moi, j’ai la chance de cueillir une espèce qui ajoutera un nom au catalogue de sa flore : l’_Ononis antiquorum_.
Nos gens me rappellent, impatients d’arriver au campement. A trois kilomètres au delà de la frontière, nous dressons nos tentes au sommet d’un coteau à pente douce, dont la base est baignée par un ruisselet limpide encombré de Cresson. Le cheikh, jeune et élégant, arrive suivi de son _qaouadji_ qui porte une cafetière d’argent et nous souhaite en français la bienvenue. Des serviteurs nous offrent une diffa copieuse où le mouton et le piment n’ont point été épargnés. Lorsque nous nous retirons sous la toile, nos gens, bien repus et couchés autour du feu, entament, dans la nuit sereine et silencieuse, une interminable mélopée qui nous procure un doux sommeil.
1er juillet. Nous marchons rapidement et joyeusement à travers un pays accidenté où les champs de blé se mêlent aux forêts de Pins. Un défilé rapide et glissant, où abonde le _Calamintha graveolens_ aux fortes senteurs, nous amène à des rochers d’un grand caractère qui surmontent un coteau obstrué d’énormes blocs éboulés. J’y recueille le _Microlonchus Clusii_, mais la vue de Tebessa, dont on aperçoit les jardins comme une tache sombre entre la plaine et la montagne, allume notre impatience, et, sans même consacrer un coup d’œil à une grande ruine romaine placée au beau milieu du chemin, nous roulons plutôt que nous ne descendons dans la plaine. Une demi-heure nous suffit pour franchir les quelques kilomètres qui nous séparent de la ville.
Une heure plus tard, hommes du train, cavaliers et sakhars nous faisaient leurs adieux ; nous étions installés à l’hôtel et, après de longues pérégrinations, le terme de notre mission était atteint.
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RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
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La végétation du pays que nous avons parcouru doit son caractère particulier à deux faits intéressants : le premier, c’est l’absence des grands sables, la région des Aregs ne commençant qu’au midi des montagnes des Ghomrasen et de la chaîne du Nefzaoua, très avant dans le sud et loin de la mer ; le second est la présence dans la région de la Syrte de plantes telles que le _Filago Mareotica_, le _Deverra tortuosa_, le _Silene succulenta_, le _Vaillantia lanata_, le _Lagonychium Stephanianum_, le _Centaurea contracta_, l’_Atractylis flava_ qui, de même que les _Convolvulus Dorycnium_, _Iberis sempervirens_, _Hypericum crispum_, _Poterium spinosum_, etc., rencontrés plus au nord en Tunisie, où ils trouvent leur limite occidentale, appartiennent à la flore de l’Orient. Ce fait, déjà signalé dès 1854 par notre excellent ami M. le docteur Cosson dans son _Sertulum Tunetanum_ et mentionné par M. Doûmet-Adanson dans le compte rendu de sa première mission, reçoit une nouvelle confirmation de nos récentes observations. On est par suite fondé à admettre l’existence ancienne, dans la Méditerranée, de deux bassins différents en même temps que le rattachement de la Sicile au continent africain dans la région du cap Bon.
La situation politique du pays nous ayant empêchés de pénétrer jusqu’aux Aregs et aux pâturages sahariens des grands nomades, nous n’avons point recueilli les plantes arénicoles que l’on est convenu d’appeler plus particulièrement sahariennes, comme l’_Ephedra alata_ (Alenda), le _Genista Saharæ_ (Merkh), la grande forme du _Calligonum comosum_ (Ezzel), le _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeïta) et le _Zilla macroptera_ (Chebrom), qui, d’après les renseignements fournis par les Arabes, doivent s’y rencontrer, sans doute en compagnie du _Tamarix articulata_ (Etel), de l’_Erythrostictus punctatus_, de l’_Heliotropium luteum_ et des autres plantes de la flore du Souf.
C’est aussi à la nature du terrain que l’on doit attribuer, dans la région que nous avons explorée, la rareté d’autres espèces sahariennes qui apparaissent sporadiquement là seulement où, soit dans le lit des oueds, soit au pied de roches désagrégées, elles rencontrent le sable qui paraît être la condition nécessaire de leur existence, beaucoup plus que les influences de la latitude et de la chaleur. Ces plantes, en effet, parmi lesquelles nous citerons seulement : _Cladanthus Arabicus_, _Ifloga spicata_, _Senecio coronopifolius_, _Nolletia chrysocomoides_, _Tanacetum cinereum_, _Arthratherum pungens_ et _plumosum_, _Festuca Memphitica_, se montrent beaucoup plus fréquemment dans les formations arénacées qu’à Zarzis ou à l’extrémité de l’Aradh. Ainsi le Drin (_Arthratherum pungens_), qui, en Algérie, est presque caractéristique de la région saharienne et dont nous n’avons vu, pendant notre exploration, que quelques touffes isolées, croît abondamment presque aux portes de Tunis, dans les dunes d’Hammam-Lif !
Passons maintenant à l’étude particulière des diverses parties du territoire parcouru.
Si nous considérons le Sud tunisien de l’est à l’ouest, l’Aradh se présente d’abord, long couloir entre la mer et la montagne par où a passé le flot de toutes les invasions orientales, plaine presque absolument unie, à peine coupée par quelques faibles ressauts calcaires ou par quelques collines dont la plus haute est le Djebel Tadjera. Sur le sol argilo-caicaire, labouré par des lits arides d’oueds torrentueux, la végétation s’étend, maigre et monotone, des portes de Gabès à l’Oued Feçi et à la Sebkha des Biban (Bahirt-el-Biban). Les _Zizyphus Lotus_, _Retama Rætam_, _Calycotome intermedia_, _Rhus oxyacanthoides_, _Nitraria tridentata_ y forment des buissons plus ou moins rares ; les _Thymelæa microphylla_, _Rhanterium suaveolens_, _Anarrhinum brevifolium_, trois _Deverra_ (_D. chlorantha_, _D. tortuosa_, _D. scoparia_), le _Polygonum equisetiforme_, l’_Andropogon hirtus_ et le _Lygeum Spartum_ constituent partout (sauf dans les sebkhas ou sur le littoral envahis par les Salsolacées et les _Statice_) le fond habituel de la flore : leur abondance et leurs proportions réciproques varient seules suivant le degré de profondeur ou de sécheresse du terrain. Il faut aussi citer, quoique moins fréquente, le _Carduncellus eriocephalus_, le _Delphinium pubescens_, l’_Atractylis flava_ et l’_Apteranthes Gussoneana_ qui se dissimule presque toujours dans les touffes du _Lygeum Spartum_.
La longue chaîne parallèle à la mer qui s’épanouit en se déprimant chez les Matmata et qui a son point culminant au Djebel Demeur, chez les Haouaïa (à 750 mètres), se termine en Tunisie par le piton pittoresque de Douiret et le massif transversal des Ouderna. Du côté de l’Aradh, elle s’élève abruptement, comme par des cassures superposées, et se couronne de couches d’un calcaire dur formant plateau, tandis que, vers l’ouest, s’étend une longue pente tectiforme que les Arabes nomment le Dahr (le dos). Les couches du calcaire crétacé ou du grès n’y retiennent pas l’eau : à peine si l’on y remarque quelques suintements qui ne coulent pas jusqu’à la plaine (Aïn Guettar, Aïn Temran) et de rares puits dans les passes qui la traversent. Aussi (abstraction faite du domaine du Halfa) la végétation spontanée y est-elle pauvre, sauf sur le bord du plateau des Haouaïa ou dans de rares crevasses des ravins garnies de quelques broussailles. Partout ailleurs, le _Rosmarinus officinalis_, le _Calycotome intermedia_, le _Periploca angustifolia_ et l’_Anthyllis Henoniana_ représentent, avec quelques pieds de _Retama Rætam_, la flore frutescente. En revanche, on y compte quelques plantes spéciales ou intéressantes : sur le plateau ou le long des consoles rocheuses croissent le _Teucrium Alopecuros_, l’_Erodium arborescens_ et l’_Onopordon Espinæ_, qui, abondant dans les steppes aux environs de Kairouan et de la Sebkha El-Hani, devient ici, à l’extrémité de son aire, une plante de montagne. Le _Stipa tenacissima_, rare sur le littoral tunisien où le _Lygeum Spartum_ usurpe son nom arabe (Halfa), vit aux flancs des collines élevées des Matmata et abonde sur leurs plateaux. Sur les deux sommets de la chaîne (Djebel Demeur et Guelâa des Matmata), nous devons signaler : _Celsia laciniata_, _Galium petræum_ et _Bourgæanum_, _Caucalis cærulescens_, _Centaurea Africana ?_, _Genista capitellata ?_.
Le Djebel Aziza, qui court à l’ouest du Dahr, présente une végétation analogue.
Entre le Djebel Tebaga et le Chott El-Fedjedj, la plaine, bien que l’eau y soit rare, est couverte d’un plus grand nombre d’arbustes et de plantes ligneuses que l’Aradh. Les _Atriplex Halimus_ et _mollis_, le _Thymelæa hirsuta_ et le _Peganum Harmala_ y sont surtout fort communs. Parmi les plantes herbacées dominent l’_Helianthemum Tunetanum_, l’_Hedysarum carnosum_, l’_Astragalus Kralikianus_, le _Linaria laxiflora_, l’_Ammosperma cinereum_, le _Pyrethrum fuscatum_.
Un peu avant Limaguès et Seftimi commence la région si curieuse du Nefzaoua que traverse une double chaîne de collines, prolongation et atténuation du Djebel Tebaga. Des deux côtés de l’arête centrale qui finit par s’effacer complètement vers la pointe ouest du pays, des sources, probablement artésiennes pour la plupart, sourdent au fond de nombreux bassins et alimentent des oasis qui s’étendent jusque dans la région des Aregs. Déjà le sable commence à se montrer assez abondamment près de Kebilli et la végétation à se rapprocher de la flore saharienne de Biskra ainsi que l’indique l’apparition de l’_Euphorbia Guyoniana_, du _Malcolmia Africana_, du _Reseda Alphonsi_ et du _Tamarix pauciovulata_. En approchant du grand Chott El-Djerid, les terrains salés et les Salsolacées se multiplient, tandis que les collines rocheuses issues du Tebaga deviennent d’une aridité désolée.
Du côté occidental du chott, dans le Beled-el-Djerid, la tendance que nous venons de signaler s’accentue bien davantage : les _Fagonia virens_, l’_Oligomeris dispersa_, le _Polycarpæa fragilis_, le _Sclerocephalus Arabicus_, l’_Astragalus Gyzensis_, le _Cyperus conglomeratus_, l’_Arthratherum obtusum_ et l’_Andropogon laniger_ s’ajoutent aux espèces des Ziban déjà mentionnées, tandis que l’apparition inattendue du _Panicum turgidum_, cette curieuse Graminée égyptienne découverte par notre ami M. le Dr V. Reboud dans la vallée de l’Oued El-Arab, rattache le Djerid aux vallées sahariennes de l’Aurès.
La bordure étroite qui s’étend au nord du Chott El-Djerid, au pied du long massif du Djebel Cherb, montre une végétation identique, dans son ensemble, à celle de la rive méridionale ; mais les gorges de la montagne et les oueds qui en sortent offrent quelques plantes d’un intérêt particulier : un _Sporobolus_ probablement nouveau, le _Lotus hosackioides_, déjà recueilli aux mêmes lieux par M. le Dr André et qui se retrouve au sud du Maroc, les _Megastoma pusillum_, _Echinospermum Vahlianum_, _Salvia Jaminiana_ et _Aristida Adscensionis_ var. _pumila_.
Dans tout le bassin des Chotts, comme dans l’Aradh, l’_Anarrhinum brevifolium_ et le _Rhanterium suaveolens_ sont également abondants et paraissent s’étendre dans l’ouest jusqu’aux limites de l’Algérie, si même ils n’y pénètrent pas.
L’influence saharienne se fait encore sentir, quoique plus faiblement, dans les plaines au nord de la chaîne du Cherb et se prolonge même le long de la vallée de l’Oued Feriana, ouverte aux effluves du midi, tandis que sur les collines, à partir de Sidi-Aïch, domine la flore des hauts plateaux. Un îlot de verdure, au milieu du lit de l’Oued Zitouna, présente un singulier mélange de plantes du sud qui y remontent et d’espèces du nord qui y sont descendues, amenées par les eaux.
A Feriana, le changement est complet : le Halfa règne en maître dans la plaine et sur les hauteurs ; les Pins d’Alep et les Genévriers s’étendent en lignes claires ou en massifs forestiers profonds, suivant la disposition du terrain et la fréquence des incendies : dans les gorges, le long des rochers, sur le bord des oueds, la végétation ressemble à celle des environs de Tebessa et des parties basses de l’Aurès. On peut y signaler toutefois quelques plantes spéciales, telles que l’_Hypericum Roberti_. Au _Teucrium Alopecuros_ du sud, cantonné dans la chaîne des Matmata, des Haouaïa et dans les Djebels Aziza et Tebaga, se substitue le _Teucrium compactum_ des pentes inférieures de l’Aurès et des Maâdid ; à l’_Helianthemum Tunetanum_, les _Helianthemum Fontanesii_ et _lavandulæfolium_. La flore du sud a disparu sans laisser de traces ailleurs que sur quelques points où la désagrégation du grès favorise la croissance de deux ou trois espèces surtout arénicoles.
Cette région du Halfa et des forêts de Pins continue en Tunisie les Hauts-Plateaux de la province de Constantine avec leurs collines et leurs montagnes isolées ; c’est bientôt, en s’avançant à l’est, la région des Hamadas où les reliefs sont presque tous couronnés par des tables rocheuses plus ou moins inclinées, au-dessus de vallées dont le niveau s’abaisse graduellement vers Kairouan et l’Enfida.
Le Guelâat Es-Snam, qui s’élève près de la frontière et atteint 1454 mètres, est lui-même une véritable hamada, et l’un des points culminants de la Tunisie. Aussi offre-t-il une végétation particulière qui se retrouve d’ailleurs sur les montagnes de même altitude du cercle de Souk-Ahras et sera peut-être constatée sur quelques-unes de ces montagnes boisées des environs de Sbiba au pied desquelles a passé Desfontaines.
Nous venons d’indiquer à grands traits les caractères principaux de la flore tunisienne dans les régions que nous avons abordées ; le président de la Mission de l’exploration scientifique de la Tunisie a déjà fait connaître le résultat de la campagne botanique de 1883 dans le nord du pays. Il résulte de ces constatations qu’il manque à cette flore deux des plus beaux fleurons de celle de l’Algérie : les espèces des montagnes élevées et celles du grand Sahara. La nature lui a refusé les plantes des hauts sommets, il suffira sans doute d’une exploration dans le Sud pacifié pour y trouver au moins une partie des secondes.
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NOTES :
[Note 1 : Le temps m’avait manqué pour achever l’étude de cette curieuse localité. J’ai pu y retourner en 1886, au printemps, et en compléter l’exploration. (Note ajoutée pendant l’impression.)]
[Note 2 : Le _Prodrome de la malacologie terrestre et fluviatile de la Tunisie_ a paru avant que l’impression de ce Rapport fût terminée.]
[Note 3 : Cet arbuste, rare en Tunisie, est remplacé dans le Sud par le _Rhus oxyacanthoides_. Ce n’est qu’à Hammam-Sousa qu’en 1883 la Mission botanique a trouvé les deux espèces réunies.]
[Note 4 : غاردِماو « la grotte couleur de sang ».]
[Note 5 : كبّار « Kabbar ».]
[Note 6 : Je ne puis me résigner à adopter l’orthographe suivie par l’État-major et adoptée par l’honorable président de la Mission. Le mot رصاص, qui signifie _plomb_, présente deux fois la même lettre (ص) qu’il est complètement illogique de transcrire en français par deux lettres différentes.]
[Note 7 : التمر والحليب الڢتور متع الحبيب « La datte et le lait sont le déjeuner qu’on offre à un ami ».]
[Note 8 : Le vent du sud, le sirocco ou semoum « l’empoisonné ».]
[Note 9 : Le _Caucalis cærulescens_ et le _Galium Bourgæanum_ sont nouveaux pour la flore tunisienne.]
[Note 10 : Hadedj حدج est un des noms arabes de la Coloquinte (_Cucumis Colocynthis_).]
[Note 11 : La mission algérienne de Ghadamès a rencontré ces mêmes habitations à Zenthan où, d’après Vatonne, elles seraient creusées par des ouvriers venus du Fezzan. Quelques-unes ont deux étages, ce qui existe aussi chez les Matmata (_Mission de Ghadamès_, p. 80, 81, 234 et 235, fig. 5 et 6). Des demeures troglodytiques sont également signalées dans diverses chaînes de montagnes ou de collines de la Tripolitaine.]
[Note 12 : جرڢ ام أَلعزير, le coteau du Romarin.]
[Note 13 : Les indigènes, suivant un usage presque général en Tunisie, prononcent le qaf ڧ comme un G et disent : Gueçar-el-Metameur, pour ڧصار المتامر.]
[Note 14 : Ces hangars s’appellent _Khourçç_, خُرصّ pluriel _Khourçaç_ خُرصاص, ou _Kib_ كيب, pluriel _Kiab_ كياب.]
[Note 15 : Comme presque tous les _Pancratium_, celui-ci a bien poussé en serre, mais n’y a pas fleuri. Il faut attendre pour être fixé sur sa détermination qu’un botaniste fasse une nouvelle excursion à Aïn Guettar à la fin de l’été ou au commencement de l’automne, époque présumée de la floraison.]
[Note 16 : Djenoun, pluriel arabe de Djinn, « démon, esprit malfaisant ».]
[Note 17 : Trois jours après notre passage, un djich d’insurgés surprenait les Ghomrasen au bordj même du Bir El-Ahmar et ghazziait leur troupeau après leur avoir tué ou blessé plusieurs hommes.]
[Note 18 : Le Ras-el-Aïn sert souvent aux maraudeurs d’aiguade et de poste d’embuscade. Le lendemain de notre passage, une troupe de dix brigands de la frontière s’y était installée ; la cavalerie de la compagnie mixte fut prévenue trop tard et, lorsqu’elle arriva, l’ennemi avait déjà décampé.]
[Note 19 : C’est le nom sous lequel ce golfe est désigné sur les cartes marines.]
[Note 20 : Une grande partie de la population berbère de Djerba appartient, comme les Mozabites d’Algérie, à la secte schismatique des Ibadites.]
[Note 21 : صيبُض, صيبُط. Ce nom a une étrange analogie avec celui de Cibada, Civada, Cevada, qui sert à désigner l’avoine en espagnol et dans nos patois méridionaux.]
[Note 22 : Ces sources sont de deux natures : les unes surgissent au fond d’une sorte d’entonnoir à trois ou quatre mètres au-dessous du sol et arrivent de bas en haut en faisant tourbillonner le sable : ce sont de véritables puits artésiens, probablement naturels. Lorsqu’on y jette une grosse pierre, elle descend à une certaine profondeur et le mouvement du sable cesse de se produire jusqu’à ce qu’une colonne d’eau, violemment soulevée, débarrasse le canal encombré et s’étale en bouillonnant fortement au-dessus de la surface du bassin. Nous avons essayé d’attacher la pierre à une corde, mais cette corde était ou trop courte et s’échappait de nos mains, ou trop fragile et se brisait presque immédiatement. Les autres sources, qui se déversent au fond de la tranchée presque au même niveau que les premières, paraissent au contraire provenir de nappes beaucoup moins profondes, presque horizontales et qui semblent venir du nord ou du nord-ouest.]
[Note 23 : Le service des forêts a été chargé d’étudier cette question vitale de l’ensablement, et un agent supérieur, connu par des travaux antérieurs dans des pays de dunes, désigné pour procéder aux études nécessaires. Les travaux de défense sont aujourd’hui en voie d’exécution.]