Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie
Part 7
Cladanthus Arabicus Cass.
Leyssera capillifolia DC.
Atractylis citrina Coss. et DR.
A. microcephala Coss. et DR.
A. prolifera Boiss. _var._ ?
Microlonchus Duriæi Spach.
Kœlpinia linearis Pall.
Catananche arenaria Coss. et DR.
Andryala tenuifolia DC.
Megastoma pusillum Coss. et DR.[27]
Echinospermum Vahlianum Lehm.
Scrofularia deserti Del.
Salvia Jaminiana de Noë[28].
Teucrium Polium L. _var._
Plantago ciliata Desf.
P. amplexicaulis Cav.
Atriplex mollis Desf.
Euphorbia glebulosa Coss. et DR.
Allium Cupani Raf.
Asphodelus tenuifolius Cav.
Panicum Teneriffæ R. Br.
Pennisetum ciliare Link.
Aristida Adscensionis L. _var._ pumila.
Le 12, dès l’aube, nous sortons de nos tentes encore raidies par la pluie qui vient de cesser. Le Chott a perdu son bel éclat argenté : une couche d’eau le recouvre et reflète tristement un ciel livide. Cependant il faut partir. Nous revenons sur nos pas pour prendre le lit de l’Oued Châba, dont nous suivons d’abord les spirales. Nous abordons ensuite des pentes où des veines de gypse solide alternent avec des marnes dans lesquelles les chevaux enfoncent jusqu’aux genoux. Les chameaux avancent encore plus péniblement. Les flancs disloqués de la montagne forment de grandes masses séparées dont la crête rocheuse s’incline vers le sud. Plus avant nous rencontrons des couches tourmentées de gypses noirs et plus loin des parties de la montagne qui ont gardé l’horizontalité primitive de leurs assises. Enfin, devant nous, se dresse une ligne de faite formée par des bandes de calcaire rompues brusquement de notre côté et qui pendent vers le nord, avec une inclinaison de 20 degrés. Nous franchissons par une brèche cette muraille et nous nous arrêtons un instant pour attendre le convoi. Je profite de la halte pour fouiller les anfractuosités où poussent quelques touffes de _Moricandia suffruticosa_, d’_Euphorbia Bivonæ_ et de beaux pieds de _Reseda Alphonsi_, plante qui ne manque à aucune des montagnes de la région. La descente, longue mais facile, s’effectue d’abord en suivant une véritable corniche de pierre sur une pente régulière où le _Galium petræum_ croît seul dans les crevasses du rocher ; puis dans le lit de l’Oued Taferma qui descend assez rapidement vers la plaine, coupé par des ressauts quand il rencontre une couche de calcaire dur. Le long de ses bords croissent des buissons de _Zizyphus Lotus_, de _Retama Rætam_ et de _Rhus oxyacanthoides_ ; sur les roches hantées par les Goundis poussent des échantillons d’une grandeur exceptionnelle de _Senecio Decaisnei_. Nous établissons notre campement en face d’un ghedir, au-dessus du dernier relèvement rocheux de la montagne dont les tranches supérieures nous fournissent une récolte intéressante de fossiles. Vers le nord, l’Oued Taferma, sorti enfin des défilés, serpente en s’étalant dans les courbes. Son lit est couvert d’une végétation abondante ; au milieu des Jujubiers, des _Retem_ et des Ricins, pullulent l’_Ononis angustissima_ et l’_Hedysarum carnosum_.
Nous y constatons en outre :
Nigella Hispanica L. _var._ intermedia.
Matthiola oxyceras DC. _var._ basiceras.
Reseda Arabica Boiss.
Dianthus serrulatus Desf. _var._ grandiflorus.
Trigonella stellata Forsk.
Hippocrepis bicontorta Lois.
Neurada procumbens L.
Paronychia longiseta Webb.
Scabiosa arenaria Forsk.
Gymnarrhena micrantha Desf.
Rhanterium suaveolens Desf.
Pyrethrum trifurcatum Willd.
Atractylis citrina Coss. et Kral.
A. prolifera Boiss. _var._ ?
Centaurea contracta Viv.
Zollikoferia resedifolia Coss.
Dœmia cordata R. Br.
Celsia laciniata Poir.
Linaria laxiflora Desf.
Arthratherum pungens P. B.
Le 13, nous coupons les méandres de l’Oued Taferma et nous nous dirigeons au nord-est à travers une large plaine au sol craquelé, sans ondulations et sans broussailles. A partir d’un douar près duquel croît le _Crozophora verbascifolia_, un changement se produit dans la végétation : la belle forme d’_Atractylis_ du Djebel Cherb fait place au type de l’_A. prolifera_ ; l’_Atractylis flava_, très abondant, succède à l’_A. citrina_. Je recueille aussi le _Centaurea Omphalodes_ que je n’avais pas encore vu en Tunisie. En atteignant le pied des collines qui ceignent la plaine du côté du nord et dont nous traversons la pointe occidentale, nous rencontrons un terrain pierreux, puis, sur le versant opposé, les sables qui forment le lit de l’Oued Gourbata. Nous marchons autant que possible sur les rives parmi les touffes des Graminées pour éviter les piqûres affolantes de ces imperceptibles moustiques que les Arabes appellent ouech-ouech. Aussi, sans nous préoccuper des gazelles qui fréquentent ces parages, nous précipitons notre allure pour arriver au Bordj Gourbata, composé de deux misérables maisons en terre grisâtre réunies par une cour fermée.
Le reste de l’après-midi est consacré à une promenade au nord-est du Bordj. J’y retrouve l’Oued Gourbata avec de l’eau et sans moustiques, mais ses sables mouvants m’interdisent le passage et je me contente d’explorer un bas-fond de la rive gauche ; au-dessous des _Tamarix_ de la berge s’étend une véritable plate-bande de plantes fleuries : _Sisymbrium coronopifolium_, _Malcolmia Ægyptiaca_ var., _Malva Ægyptia_, _Astragalus cruciatus_, _Lotus pusillus_, _Paronychia longiseta_, _Ammodaucus leucotrichus_, nouveau pour la Tunisie, _Microrhynchus nudicaulis_, _Centaurea Omphalodes_, _Danthonia Forskalei_. L’_Hedysarum carnosum_ abonde surtout, ainsi que le _Pennisetum ciliare_ et les _Arthratherum_ déjà notés. Cette lisière multicolore contraste avec la teinte grisâtre ou glauque de la plaine qui entoure le Bordj et se déroule à l’horizon vers l’est ; des Salsolacées ligneuses vulgaires, le _Limoniastrum monopetalum_, l’_Atriplex Halimus_ et son congénère l’_A. mollis_, en composent seuls la maigre végétation frutescente.
Il nous faut pourtant l’aborder le lendemain ; heureusement le sol est criblé de trous de gerbilles ; les gracieux rongeurs qui traversent à chaque instant la route ou stationnent au bord de leur terrier, offrent à nos tireurs des distractions sans cesse renouvelées, et nous font oublier à la fois la monotonie du paysage et la longueur du chemin. Enfin, la plaine se peuple de petites buttes couronnées de Jujubiers et d’_Atriplex_, et nous ne tardons pas à apercevoir l’oasis de Gafsa qu’annoncent des massifs d’Oliviers au delà desquels les troncs élancés des Dattiers élèvent leur cime élégante. Le chemin se resserre entre deux murs et domine de chaque côté des jardins ou vergers d’une fraîcheur et d’une fertilité merveilleuses. Nous sommes ici à la limite du Dattier dont les régimes y mûrissent mal, mais les arbres fruitiers, même des pays très tempérés, comme les Poiriers, les Pommiers et les Cognassiers, y acquièrent une taille et un développement extraordinaires. J’y constate un grand nombre de superbes Micocouliers (_Celtis australis_) et je remarque dans un grand jardin une belle culture de Soleils (_Helianthus annuus_). Nous atteignons bientôt la ville, nous suivons des rues où les pierres antiques constituent des pans entiers de murailles, nous nous arrêtons un instant près du Dar-el-Bey pour admirer le bassin de la grande source thermale tout peuplé de _Chromis_ et, après avoir longé la curieuse façade de la citadelle, nous allons planter nos tentes à l’ouest de la ville, un peu en avant du monticule où s’éleva jadis la cité ancienne de Capsa.
Le désir de prendre du repos et aussi la nécessité de remettre nos équipages en état nous retiennent quelques jours à Gafsa, dont le séjour nous est rendu très agréable par l’aimable accueil de M. le colonel d’Orcet et des officiers qui l’entouraient.
Les environs de Gafsa et l’oasis ayant été explorés avec soin, d’abord par M. Doûmet-Adanson en 1874, et cette année par M. le Dr Robert, ainsi que par mes collègues de la mission botanique MM. Doûmet-Adanson et Bonnet, nous bornâmes nos explorations à la visite d’anciennes carrières souterraines situées aux portes de la ville, où mon compagnon M. Lataste captura quelques chauves-souris, seuls habitants de ces latomies sur lesquelles l’imagination arabe a brodé des légendes merveilleuses.
=VIII=
=De Gafsa à Tebessa, hauts plateaux tunisiens.=
Lundi, 20 juin. Les mulets et les hommes du train, attendus depuis deux jours, étaient arrivés la veille. L’oasis de Gafsa menaçait de devenir pour nous une Capoue. Nous partîmes enfin en prenant une route tracée par nos soldats, sous les auspices du général Hervé, et qui coupe la plaine vers le nord. Nous laissons à droite et à gauche de petits massifs isolés dont les couches, inclinées sur tous les flancs, ressemblent à de gigantesques carapaces de tortues, brisées et fossilisées. La végétation est maigre et ne présente que des espèces vulgaires, si ce n’est auprès d’une ruine romaine où commence à apparaître le _Sideritis montana_, avant-garde de la flore des hauts plateaux. Cependant, les buissons de _Zizyphus Lotus_ deviennent abondants et touffus. De grands vautours fauves nous signalent en s’envolant l’approche du puits où d’ordinaire on fait la grande halte et qu’entourent de belles touffes de _Linaria laxiflora_. Nous marchons toujours, bien que l’heure soit avancée et la chaleur pesante, espérant rencontrer quelques gros buissons ou quelque arbre qui nous prête son abri ; nous finissons par nous installer au bord de l’Oued Feriana, qu’on appelle plus souvent Oued Sidi-Aïch dans cette partie de son cours, et dont nous avions aperçu de la route les galets blancs et polis. Pendant que le feu s’allume et qu’on étend des couvertures sur les buissons de _Retem_ pour créer un peu d’ombre malgré le soleil perpendiculaire, je fouille dans les détritus déposés le long des berges par les dernières crues et j’y trouve avec joie les coquilles d’une douzaine au moins d’espèces de Mollusques divers dont près de moitié n’ont jamais été rencontrés en Tunisie.
Nous franchissons l’oued et nous nous dirigeons vers une montagne aux roches sombres ; nous ne tardons pas à apercevoir à leur pied des tombeaux antiques à étages, des ruines et les restes d’un camp que nos troupes ont récemment abandonné. A droite, dans un bas-fond, se cache un caravansérail avec un puits, près duquel nous campons. Au-dessus de nous, de la muraille brune formée par les grandes tranches calcaires de la montagne, descend en ligne tortueuse, comme un escalier, un ravin formé d’assises superposées sur lesquelles s’étagent des buissons épineux et courent des Goundis.
Nous y faisons une rapide exploration, mais notre escalade est trop tôt interrompue par la nuit, car cette localité intéressante, malgré son caractère encore saharien, nous offre quelques représentants de la flore des hauts plateaux :
Nous y notons en effet les _Paronychia nivea_, _Centaurea pubescens_, _Callipeltis Cucullaria_, _Reseda Duriæana_, à côté des _Farsetia Ægyptiaca_, _Dianthus serrulatus_ var. _grandiflorus_, _Astragalus cruciatus_, _Polycarpæa fragilis_, _Eryngium ilicifolium_ (en énormes touffes), _Leyssera capillifolia_, _Senecio Decaisnei_, _Linaria laxiflora_, _Arthratherum ciliatum_, _Chloris villosa_, _Eragrostis sporostachya_.
Le lendemain, nous reprenons la route officielle de Feriana et remontons le cours de l’oued, le long de collines rocheuses, où nous capturons des rongeurs. Vis-à-vis d’un confluent, quelques Oliviers sont les seuls arbres dignes de ce nom que nous ayons rencontrés depuis notre départ de Gafsa ; sur l’autre bord, le _Retama sphærocarpa_, couvert de fleurs jaunes, nous apparaît pour la première fois. Nous coupons ensuite une plaine basse d’alluvions sans grand intérêt. Cependant la chaleur est devenue intense et, pour faire halte, à défaut d’arbres, nous nous réfugions dans l’embouchure d’un oued latéral, dont les hautes berges sont creusées en niches arrondies. En face de nous, le lit de la rivière largement développé, et qui porte le nom local d’Oued Zitouna, présente deux ou trois îlots de végétation luxuriante séparés par des lits arides de sable et de graviers.
Des touffes basses de _Tamarix Gallica_, le _Retama Rætam_ et le _R. sphærocarpa_ y représentent la végétation frutescente.
Ici le mélange des plantes sahariennes et des espèces des hauts plateaux, que nous avons signalé à Sidi-Aïch, s’accentue davantage. Nous sommes dans une zone mixte, ainsi que le démontre la liste suivante :
Diplotaxis erucoides DC.
Erysimum grandiflorum Desf.
Sisymbrium runcinatum Lag.
Biscutella auriculata L.
Muricaria prostrata Desv.
Helianthemum Fontanesii Boiss. et Reut.
Reseda Duriæana J. Gay.
R. Arabica Boiss.
Dianthus serrulatus Desf. _var._ grandiflorus.
Silene muscipula L.
Astragalus cruciatus Link.
A. Gombo Coss. et DR.
Cucumis Colocynthis L.
Polycarpon alsinefolium DC.
Daucus parviflorus Desf.
Asperula aristata L. f.
Callipeltis Cucullaria Stev.
Nolletia chrysocomoides Cass.
Micropus bombycinus Lag.
Francœuria laciniata Coss. et DR.
Anthemis pedunculata Desf.
Pyrethrum macrocephalum Coss. et DR.
Ifloga spicata Sch. Bip.
Artemisia Herba alba Asso.
A. campestris L.
Senecio Decaisnei DC.
Atractylis cæspitosa Desf.
Echinops spinosus L.
Silybum eburneum Coss. et DR.
Onopordon ambiguum Fres.
Andryala Ragusina L. _var._ virgata.
Echinospermum patulum Lehm.
E. Vahlianum Lehm.
Celsia laciniata Poir.
Phelipæa lavandulacea Schultz.
Sideritis montana L.
Blitum virgatum L.
Euphorbia glebulosa Coss. et DR.
Stipa tenacissima L.
Arthratherum pungens P. B.
A. ciliatum Nees.
Festuca Memphitica Coss.
Nous sortons du lit de l’oued pour rentrer dans la plaine d’alluvions de la rive gauche. Devant nous, s’ouvre à l’horizon un défilé dominé à l’ouest par des rochers presque verticaux ; mais avant d’y arriver, nous voyons poindre deux cavaliers sur la route poudreuse ; bientôt nous distinguons leurs képis et devinons le docteur Robert qui vient à nous, suivi de son ordonnance. La rencontre a lieu avec de cordiales poignées de mains et nous remontons ensemble la longue rampe du khanguet, le long des rochers tout barbus de buissons et habités par des Pigeons (_Columba Livia_). Parvenus au sommet, nous quittons la route pour piquer droit sur Feriana. Devant nous, s’étend une chaîne de collines assez basses, dont le pied est occupé par une oasis d’arbres fruitiers que domine le panache solitaire d’un Dattier, en face de nous, par un amas de bâtiments blancs et de baraques (c’est le camp), et sur la gauche, par un vaste champ de ruines, vestiges des splendeurs de Thelepte.
L’excellent docteur, après nous avoir présenté aux officiers du Bureau des renseignements et de la garnison, m’emmène dans une gorge crayeuse où il a découvert une plante dont nous voyons ensemble les premières fleurs ; c’est un charmant _Hypericum_ nouveau pour la Tunisie et sans doute pour la science[29].
Le 22 juin, nous employons la journée à visiter les ruines de Thelepte, les hautes roches entaillées à pic par les carriers et qui portent à leur faîte les restes d’une citadelle, un grand édifice à six niches veuves de leurs statues et qui semble avoir servi de bains, un ensemble formidable de murs, où l’œil démêle encore le réseau des rues, la basilique, bien reconnaissable aux bases de ses colonnes, et, à l’est du plateau, au milieu de débris confus, quatre hautes colonnes encore debout, que les Arabes nomment les Frères et qui ont dû supporter une coupole. Nous prenons au retour le lit d’un petit canal qui, du pied de la citadelle antique, porte les eaux fraîches d’une source jusqu’au camp et aux jardins, en suivant le pied d’une colline aux flancs rocheux. Sur les bords, où pullulent les Lauriers-Rose, le _Juncus Fontanesii_, le _Mentha rotundifolia_, l’_Adianthum Capillus-Veneris_, croissent de belles touffes de _Carex echinata_ ; les rochers offrent une variété intéressante du _Scabiosa crenata_, l’_Allium Cupani_, l’_Argyrolobium uniflorum_, le _Rhamnus lycioides_, l’_Euphorbia glebulosa_, le _Blitum virgatum_, l’_Ononis Columnæ_, le _Sideritis montana_ et le _Telephium Imperati_.
Nous faisons aussi une promenade dans le village indigène, entouré de jardins et de quelques champs de céréales. Les routes sont bordées d’_Opuntia Ficus-Indica_, les jardins renferment des Figuiers, des Abricotiers, quelques Poiriers et Pruniers et de beaux Grenadiers en fleurs. Les légumes sont surtout représentés par les Oignons et les Cucurbitacées.
23 juin. Le docteur Robert nous a conviés à une longue course. Il nous conduit d’abord à un groupe de jardins semés de nombreux vestiges d’un établissement romain, qui devait avoir une certaine importance. Après avoir mis pied à terre pour fouiller un petit bassin où vit une Amnicole et pour recueillir l’_Hypericum tomentosum_, nous longeons un aqueduc, en grande partie souterrain, et rejoignons la plaine où se déroule la route de Feriana à Kairouan. Nous la suivons jusque vers le travers du Djebel Khechem-el-Kelb. Cette montagne borne au nord un véritable fourré bas et dru de Halfa (_Stipa tenacissima_), dont les grosses touffes et les hautes tiges nous forcent à d’incessants détours. Quelques pieds de _Linaria fallax_ et de _Centaurea pubescens_ s’y dissimulent. Après trois quarts d’heure de cette marche sinueuse et pénible, nous gagnons le pied de collines couvertes de Pins d’Alep et pénétrons dans un ravin à pente raide, où la roche se montre à nu, et où les pierres roulent sous les pieds de nos montures. Bientôt même, il faut descendre et s’arrêter. A côté d’un superbe _Bupleurum_ qui commence à peine à fleurir et que j’ai cueilli en 1862 sur la frontière au Djebel Bou-Djaber (_B. Gibraltaricum_), croît abondamment le _Linum suffruticosum_. Dans les anfractuosités de la crête s’abritent les _Linaria flexuosa_, _Polycarpon Bivonæ_ et _Fumaria Numidica_.
Après un déjeuner rapide, le docteur et moi, malgré la température torride, nous abandonnons le ravin pour atteindre une longue couche de rochers coupés à pic de notre côté et formant une table inclinée sur le revers opposé. Nous en suivons le pied jusqu’à un col élevé et revenons ensuite par le chemin relativement facile des crêtes, rapportant de cette courte exploration, outre les espèces ci-dessus indiquées, les :
Helianthemum rubellum Presl.
H. lavandulæfolium DC.
Dianthus Siculus Presl.
D. serrulatus Desf. _var._ grandiflorus.
Hypericum Roberti Coss.
Haplophyllum linifolium A. Juss.
Genista capitellata Coss. et DR.
Ononis ornithopodioides L.
Melilotus gracilis DC.
Sedum dasyphyllum L. _var_ glanduliferum.
Seseli varium Trev.
Pimpinella dichotoma L.
Centranthus Calcitrapa Dufr.
Atractylis prolifera Boiss. _var._
Centaurea Parlatoris Heldr.
Antirrhinum Orontium L. _var._ microcarpum.
Linaria rubrifolia Rob. et Cast.
Asphodelus fistulosus L.
A noter aussi quelques pieds de _Pistacia Terebinthus_ nichés dans les fentes de la crête.
Il faut songer au retour. Nous regagnons la route de Kairouan, près d’une sebkha qui porte le même nom que la montagne, Khechem-el-Kelb (Museau de chien). Cette vaste mare est peu profonde et très vaseuse ; une bande de flamants roses s’y promène tranquillement, mais à une distance respectueuse, et les coups de feu qu’elle essuie ne paraissent guère l’émouvoir.
Après cette fusillade inutile, nous devons nous résigner à suivre jusqu’à Feriana la longue ligne des poteaux télégraphiques.
24 juin. J’aurais bien voulu reprendre ma course, mais l’ingénieuse bienveillance du docteur trouve mille prétextes pour nous retenir : son herbier à examiner, notre itinéraire à arrêter définitivement et enfin une dernière visite à faire aux jardins, où mon compagnon M. Lataste surprend une belle couleuvre endormie sur un mur.
25 juin. Nous suivons la route officielle, la route de la plaine, qui longe, tout près de Feriana, des rochers d’un rouge noir comme du sang coagulé. Un de ces blocs a été pris par Guérin pour un aérolithe, mais la stratification et le plongement de la roche sous le sol où elle s’enfonce profondément prouvent qu’ils font partie d’une formation régulière, dont ils ne sont que des affleurements. De gros grillons aux flancs sillonnés d’ornements d’un rouge vif (_Eugaster Guyonii_) courent sur le sol crevassé de la route.
La plaine aboutit à un massif de collines qui semblent barrer l’horizon. Ce n’est qu’en y touchant que nous apercevons la porte étroite d’un long défilé tournant bordé à droite de roches escarpées, le Foum Goubel. Pendant que nos bêtes soufflent et que nos gens grimpent à la poursuite des perdrix qui piètent sans vouloir s’envoler, je recueille quelques plantes : _Nigella Hispanica_ var. _intermedia_, _Polygala saxatilis_, _Polycarpon Bivonæ_, _Galium petræum_, _G. murale_, _Sedum dasyphyllum_ var. _glanduliferum_, _Inula montana_, _Carduus macrocephalus_, _Scabiosa crenata_, _Linaria simplex_, _Sideritis montana_.
Le défilé débouche au milieu d’un petit bosquet de _Juniperus Phœnicea_ d’un beau port et d’un effet pittoresque. Nous le traversons et quittons la route pour entrer dans une véritable mer de Halfa dont les panaches d’un blanc grisâtre, courbés par la brise, simulent des flocons d’écume sur la crête des vagues. Après avoir erré quelque temps à la recherche d’un guide et fait lever devant nous des compagnies de jeunes Poules-de-Carthage, nous finissons par entrevoir le bout de la longue nappe de Halfa et par discerner le cercle noir d’un douar, au pied d’un fort rectangulaire romain nommé aujourd’hui Bordj Tamesmida, qui, chose extraordinaire dans cette région, après avoir été ruiné par les Berbères ou les Vandales, n’a point été reconstruit par les Byzantins.
Après m’être livré, avec mon collègue M. Lataste, à la chasse d’un intéressant reptile, le _Trogonophis Wiegmanni_, gité sous les pierres massives du bordj, je profite du reste de jour pour visiter l’entrée du Foum Tamesmida qui s’ouvre au nord de la ruine. J’y retrouve le _Bupleurum Gibraltaricum_, le _Dianthus serrulatus_ et l’_Hypericum Roberti_ du Djebel Khechem-el-Kelb, associés au _Cistus Clusii_ et au _Ruta angustifolia_, tandis que sur les rochers, du côté opposé, poussent le _Ballota nigra_ et de magnifiques pieds de _Senecio ambiguus_ (nouveau pour la Tunisie), dont les capitules ne sont pas encore épanouis.
Le lendemain matin, 26 juin, je reprends avec tout le convoi le chemin du Foum Tamesmida. Le défilé tourne brusquement à l’est, le long d’un rocher où croissent le _Malope malacoides_, le _Sedum album_ var. _micranthum_, les _Linaria rubrifolia_ et _simplex_, l’_Antirrhinum Orontium_ var. _microcarpum_ et le _Cheilanthes odora_, puis reprend sa direction vers le nord. Un bois de Pins d’Alep couvre les flancs du défilé, et sur les berges du torrent, qui roule un clair filet d’eau, abonde le _Senecio ambiguus_ ; le sentier étroit passe sans cesse d’un bord à l’autre du ravin, bordé par les touffes du _Santolina squarrosa_, et je salue avec joie, dans cette gorge qui sépare la Tunisie de l’Algérie, la présence inespérée et charmante d’un Églantier en fleurs (_Rosa canina_ var. _sepium_).