Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie

Part 6

Chapter 63,555 wordsPublic domain

Au bout de deux heures de marche, nous apercevons entre le Draâ et le Chott une longue forêt de Palmiers, au-dessus de laquelle apparaissent des murailles grises surmontées de quelques coupoles blanches, une tour et un édifice couronné d’une calotte de briques vertes vernissées et imbriquées comme des écailles. C’est la mosquée des Oulad Sidi-Abid. Au-dessus de la ville, le dos de la colline est presque nu et parsemé de blocs de sable agglutiné, restes de l’ancien terrain qui a été largement exploité comme carrière. Nous pénétrons dans la capitale du Djerid en poussant nos montures dans des rues sablonneuses bordées de nombreuses maisons : les plus belles sont bâties en briques cuites avec des ajours disposés au-dessus des portes et qui forment des encadrements et des dessins assez élégants ; les autres, plus modestes, admettent dans leurs murailles la pierre, les blocs de sable et même le _tob_ (briques crues séchées au soleil).

La place du marché est irrégulière et manque de caractère ; un certain nombre de boutiques sont inoccupées, au centre quelques indigènes sont accroupis devant de petits tas de viande ou quelques pyramides de fruits. Du côté de l’oasis s’élève un édifice qui se distingue par ses fenêtres à balcons de fer en encorbellement, le Dar-el-Bey où est installé le bureau des renseignements et où l’on nous offre gracieusement l’hospitalité. La compagnie mixte, dont le commandant est M. du Couret, le fils du célèbre explorateur, campe tout près de là, sous la tente, les chevaux au piquet ; les officiers sont logés dans une maison voisine décorée du nom beaucoup trop fastueux de kasba. Une cour sert de parc à un cerf (_Cervus Corsicanus_), capturé en plein Sahara, dans les environs de Douiret, nous dit-on.

4 juin. La journée est consacrée à l’exploration de l’oasis. La promenade est délicieuse au milieu de jardins où, parmi les Dattiers, croissent de nombreux arbres fruitiers et tous les légumes de la région. Nous y remarquons même quelques pieds de Meloukhia (_Corchorus olitorius_) qui nous rappellent l’Égypte et la Syrie : les Rosiers et le Fenouil n’y sont pas rares, non plus que le _Zizyphus Spina-Christi_ : un de ces arbres, protégé par le voisinage d’une mosquée-zaouïa, atteint des dimensions vraiment gigantesques. L’eau circule partout, amenée par des rigoles qui s’embranchent sur des canaux dérivés eux-mêmes d’une artère centrale ; celle-ci, bordée presque partout de pierres taillées, est traversée par des ponts dont quelques-uns remontent à une vénérable antiquité. Le partage des eaux s’opère au moyen de barrages et de troncs de palmiers entaillés d’encoches d’une dimension déterminée qui assurent à chaque canal son débit réglementaire. Quant aux rigoles (saguias) qu’alimentent ces canaux, elles sont ouvertes ou fermées pour chaque propriété pendant un nombre d’heures mesuré à la clepsydre. Tout ce système d’irrigation remonte évidemment aux temps reculés de l’antique Tisurus, qui fut une ville considérable et prospère, car, indépendamment des blocs sculptés et des fûts de colonnes encastrés dans les murs de diverses maisons, on trouve à l’intérieur de l’oasis le village de Belidet-el-Adher, dont le minaret repose sur des assises antiques, et les débris d’un édifice qui, suivant Guérin, a dû servir successivement de temple païen, d’église et de mosquée. Les dieux changent, mais les ruines survivent aux religions.

Après avoir assisté sur les bords du Chott à un tir à la cible, nous parcourons, le long du bord méridional de l’oasis, un terrain argilo-sableux qui a dû jadis faire partie du fond de la sebkha ou d’un marais saumâtre, car nous y recueillons, outre le _Melania tuberculata_, vulgaire partout, un _Melanopsis_ subfossile à très grosses côtes (_Melanopsis Sevillensis_) et quelques valves d’une petite forme du _Cardium edule_.

Après avoir remonté les flancs du Draâ presque jusqu’à son sommet, nous voyons s’ouvrir devant nous les entonnoirs échancrés, de 15 à 20 mètres de profondeur, au fond desquels sourdent les nappes qui se réunissent pour former le ruisseau ou, comme le disent les indigènes, l’oued qui alimente la ville et irrigue l’oasis. L’eau sort d’une couche de sable fin et blanc qu’El Bekri compare à de la farine et qui paraît constituer une couche inclinée de 15 à 35 degrés au-dessous des argiles et des terrains arénacés et agglutinés formant la partie supérieure de l’isthme ou Draâ. Le fond des entonnoirs est garni de quelques touffes de Joncs et de _Typha angustifolia_ et ombragé par des Palmiers qui semblent suspendus sur ses bords.

Les vents dominant dans l’oasis, surtout en cette saison, sont ceux de l’est à l’est-nord-est : ils désagrègent les couches supérieures, balaient le sable, l’accumulent sur le flanc oriental de la ville, et le précipitent dans les entonnoirs dont le fond se trouve ainsi encombré au grand préjudice du débit des sources. Il serait urgent que des mesures rationnelles fussent prises pour remédier à un état de choses qui, en s’aggravant, compromettrait l’existence même de l’oasis[23] de Tozer.

La population est laborieuse, les jardins sont assez bien cultivés et les tissus que l’on y fabrique fort renommés ; en revanche la population féminine, vêtue de cotonnade bleue, est loin d’offrir le type élégant et distingué que nous avons admiré à Djara et à Menzel ; aussi est-ce dans cette région privilégiée de Gabès que vont prendre femme les riches négociants du Djérid[24].

Les dattes de Tozer, surtout les _Deglet Nour_, sont appréciées dans le monde entier. Les beaux Palmiers produisent en moyenne une charge de chameau (environ 150 à 200 kilogrammes) et les meilleurs sujets se vendent jusqu’à 100 francs.

5 juin. Départ de bonne heure pour Nefta. La route est monotone : la surface du Draâ, dont nous suivons le côté gauche, est d’abord nue et ne présente plus loin qu’une végétation maigre où la Coloquinte, l’_Heliotropium undulatum_ et le _Rhanterium suaveolens_ jouent le rôle principal. On aperçoit de fort loin la longue pointe des vergers de l’oasis, mais on ne distingue la ville qu’au moment d’y arriver. Nous y entrons du côté de l’est en franchissant un amas de sable envahisseur et nous mettons pied à terre sur la place, à la porte du Dar-el-Bey, antique construction plus ruinée que celle de Tozer. Les deux amels (chefs administratifs) nous y attendent et font assaut de prévenances. Après avoir fêté convenablement la diffa et le lagmi, nous remontons à cheval pour visiter l’oasis que nous traversons dans sa plus grande étendue. Le système d’irrigation est le même qu’à Tozer : mais la pente est plus forte et nous admirons le long des canaux plusieurs chutes que l’industrie pourrait utiliser. Les vergers et jardins sont splendides et bien cultivés : aussi ne remarquons-nous que les plantes vulgaires, amies des talus et des fossés : _Inula crithmoides_, _Plantago major_, _Sonchus tenerrimus_, etc. Tout à coup l’oasis s’arrête brusquement au pied d’une grande dune qui nous rappelle le Souf et où nous recueillons quelques espèces spécialement arénicoles :

Malcolmia Africana R. Br.

Astragalus Gyzensis Del.

Polycarpæa fragilis Desf.

Neurada procumbens L.

Orlaya maritima Koch.

Senecio coronopifolius Desf.

Atractylis citrina Coss. et DR.

Zollikoferia resedifolia Coss.

Lithospermum callosum Vahl.

Scrofularia deserti Del.

Euphorbia Guyoniana Boiss. et Reut.

Cyperus conglomeratus Rottb.

Scirpus littoralis Schrad.

Arthratherum pungens P. B.

A. plumosum Nees.

Danthonia Forskalii Trin.

Au sortir de la dune nous descendons dans des bas-fonds où le trop-plein des irrigations forme une lagune ou _bahr_ et quelques mares entourées de _Tamarix_ malheureusement défleuris. Sur plusieurs points le sol est formé de sables mouvants et le cavalier qui nous guide et dont la monture s’enlise en une seconde jusqu’au ventre nous démontre _de visu_ le danger que présentent les gouffres des sebkhas.

Rentrés dans l’oasis, nous traversons des jardins, ornés de beaux Rosiers, où les tourterelles roucoulent dans les Dattiers et nous visitons à la lisière le village abandonné de Bou-Ali. Nos oreilles sont assourdies par le bruit enragé d’une musique composée presque uniquement de gros tambours ; nous voyons déboucher devant nous et courir en cadence des files de gens qui portent sur leurs épaules d’énormes troncs de Palmier destinés à un travail d’utilité publique[25]. Nous grimpons la pente du Draâ et, après avoir longé tout un quartier de la ville, nous arrivons inopinément en face d’une immense excavation (Ras-el-Aïoun) au fond de laquelle s’épanouissent à près de vingt mètres en contre-bas les sources les plus considérables de l’oasis qui sourdent comme à Tozer d’un lit de sable fin encadré dans des argiles ; des jardins de Dattiers bordent les ruisseaux qui en sortent pour former, au fond d’un ravin étroit, un oued qui coupe Nefta en deux parties inégales.

6 juin. Bien que les insectes nous aient respectés, nous avons mal dormi dans le Dar-el-Bey où la chute des plâtras et des poussières tombant du plafond nous a tenus en éveil presque toute la nuit ; aussi sommes-nous en selle à la première réquisition de notre guide. Nous prenons cette fois le sommet du Draâ d’où nous pouvons apercevoir à l’ouest le Chott El-Gharsa, plus au nord les montagnes roses de l’Algérie et à l’est l’immense étendue du Chott El-Djerid, presque entièrement couvert d’une couche miroitante de sel. Un coup d’œil suffit pour constater la différence de niveau des deux sebkhas.

En approchant de Tozer nous remarquons l’abondance du _Cornulaca monacantha_ et plus loin la prédominance du vulgaire _Peganum Harmala_.

Après midi, nouvelle promenade dans l’oasis de Tozer où, sauf une Malvacée qui nous paraît être le _Malva tomentella_, nous ne rencontrons que les plantes vulgaires du bord des eaux ou des décombres : _Parietaria diffusa_, _Sonchus maritimus_, _Apium graveolens_, _Inula viscosa_, _I. crithmoides_, _Malva parviflora_, _Statice delicatula_, _Chenopodium murale_, etc.

La journée du 7 est consacrée à l’exploration d’El-Hamma du Djerid, situé à la racine du Draâ, du côté de l’ouest. Comme dans les oasis que nous venons de visiter, les sources supérieures coulent au-dessous de sables terreux agglutinés et d’argiles, à environ 20 mètres de la crête : leur température est, comme à Tozer et Nefta, d’environ 28 degrés ; mais plus bas, dans le lit même du ruisseau qui provient de ces sources, surgissent des eaux beaucoup plus chaudes, puisque leur température dépasse 40 et atteint même 45 degrés. Deux gourbis reçoivent les baigneurs ; l’un d’eux est réservé aux _dames_. Ils sont sous la surveillance d’un _qaouadji_ (cafetier) qui ne perçoit comme rétribution que le prix des tasses ingurgitées par ses pratiques. Plus bas la plèbe vile qui n’absorbe pas de café s’agite pêle-mêle dans le lit du ruisseau.

L’oasis est en décadence : au milieu des vergers on rencontre des vides marécageux envahis par les Joncs et le _Statice_, probablement nouveau, déjà plusieurs fois constaté par nous dans la région. M. le lieutenant de Fleurac, qui a eu l’obligeance de nous accompagner, nous conduit à l’un des trois villages de El-Hamma. Pendant que le chef du bureau des renseignements écoute les doléances de nos hôtes qui se plaignent de l’envahissement des sables et de la misère des temps, je procède à l’exploration botanique des abords du hammam. La crête du Draâ est complètement chauve et aride, mais à son pied le terrain argilo-sablonneux se couvre d’une abondante végétation et me fournit une liste intéressante :

Ammosperma cinereum Hook.

Malcolmia Ægyptiaca Spreng.

Farsetia Ægyptiaca Turra.

Koniga Arabica R. Br.

Reseda Arabica Boiss.

Silene Nicæensis L.

Argyrolobium uniflorum Jaub. et Sp.

Ononis longifolia Willd.

O. serrata Forsk.

Trigonella Stellata Forsk.

Neurada procumbens L.

Polycarpæa fragilis Del.

Paronychia Cossoniana J. Gay.

Pteranthus echinatus Desf.

Nolletia chrysocomoides Cass.

Anthemis pedunculata Desf. _var._

Pyrethrum trifurcatum Willd.

Ifloga spicata Schultz Bip.

Leyssera capillifolia DC.

Calendula stellata Cav. _var._ hymenocarpa.

Echinops spinosus L.

Atractylis citrina Coss. et DR.

Centaurea furfuracea Coss. et DR.

C. dimorpha Viv.

Onopordon ambiguum Fres.

Spitzelia radicata Coss. et Kral.

Zollikoferia resedifolia Coss.

Echium humile Desf.

Nonnea phaneranthera Viv.

Anchusa hispida Forsk.

Linaria laxiflora Desf.

Scrofularia deserti Del.

Salvia lanigera Poir.

Plantago ovata Forsk.

P. ciliata Desf.

Euphorbia Forskalei J. Gay.

Asphodelus pendulinus Coss. et DR.

Panicum turgidum Del.

Setaria ambigua Guss.

Stipa tortilis Desf.

Arthratherum ciliatum Nees.

A. plumosum Nees _var._ floccosum.

A. obtusum Nees.

Le dimanche, 8 juin, est consacré presque entièrement à l’établissement de notre itinéraire et aux préparatifs de départ ; dans l’après-midi, je vais faire une promenade au nord-est de Tozer pour recueillir des Hélices dans le sable et j’en rapporte quelques plantes : _Carduncellus eriocephalus_, _Tanacetum cinereum_, _Lithospermum callosum_, _Deverra chlorantha_, _Rhanterium suaveolens_ que l’on doit retrouver aussi du côté de la frontière algérienne, _Silene setacea_ et _Astragalus Gyzensis_.

Le 9, nous faisons nos adieux au capitaine du Couret, au lieutenant de Fleurac et à tous les officiers à qui nous devons un si aimable accueil et nous reprenons la route de Kriz en traversant la tête des oasis qui forment le canton de El-Oudian. En passant près de Degach nous faisons une halte de quelques minutes pour recueillir le _Crozophora verbascifolia_. Nous arrivons de bonne heure à Sedada, le village le plus septentrional du Djerid, et, pendant que l’on prépare le déjeuner, je remonte une dépression sablonneuse qui mène au contrefort sur lequel s’élève la mosquée du cheikh Sid-Ahmed-bou-Hillal entourée de nombreux tombeaux. La tradition populaire place dans la montagne auprès de Sedada, qu’on appelle aussi le pays de _Dakious_ (Décius ?), une caverne où reposeraient les fabuleux Sept Dormants, mais personne parmi les habitants ne consent à m’y conduire.

Je citerai parmi les plantes que je rapporte de ma promenade :

Lonchophora Capiomontiana DR.

Reseda propinqua R. Br.

Oligomeris dispersa Müll.[26]

Silene setacea Viv.

Gymnarrhena micrantha Desf.

Asteriscus pygmæus Coss. et DR.

Ifloga spicata Schultz Bip.

Onopordon ambiguum Fres.

Carduus Arabicus Jacq.

Atriplex dimorphostegia Kar. et Kir.

Panicum Teneriffæ R. Br.

Andropogon laniger Desf.

Æluropus...

=VII=

=Du Djerid à Gafsa.=

Après Sedada nous coupons la plaine qui s’étend entre le Djebel Cherb et le bord du grand Chott et où croissent de nombreux buissons de _Retama Rætam_. Nous constatons l’abondance du _Pennisetum ciliare_ et des _Arthratherum plumosum_, _ciliatum_ et surtout _obtusum_. L’_Hedysarum carnosum_ y forme de grosses touffes. Nous sommes partis en avant avec un cavalier qui nous avait déclaré à Sedada ne pas connaître l’Oued Metaleghmin où nous devons camper, et nous sommes forcés de nous arrêter pour attendre un autre guide que le cheikh nous avait promis et qui devait nous rejoindre presque immédiatement. Plus d’une heure s’écoule et nous commençons à désespérer, lorsque nous voyons apparaître enfin notre convoi précédé par un petit vieillard noir, maigre et grisonnant, monté sur un âne minuscule et portant en travers de sa bête un fusil gigantesque. Nous pressons la marche pour réparer le temps perdu et échapper à un orage qui nous menace.

En route, une Gerbille se lève sous nos pas et met tout le monde en branle. Nous finissons par la capturer et nous arrivons assez tard à l’entrée d’une gorge étroite qui s’enfonce dans la montagne : c’est le lit à sec d’un torrent qui serpente au milieu de pentes à pic dénudées, marbrées de marnes jaunes et blanchâtres. Pendant que nos gens pénètrent dans le défilé, je mets pied à terre pour examiner un monument mégalithique formé d’un carré de pierres brutes qui renferme une enceinte circulaire avec d’autres pierres entassées en tumulus. Je suis heureux de retrouver là un type que j’ai déjà constaté avec mon savant ami Mac Carthy dans le Sersou et qui, pour nous, est absolument berbère. Tout autour je remarque de petites touffes grêles d’une graminée gazonnante : c’est un _Sporobolus_ nouveau. Je m’empresse d’en ramasser quelques pieds, mais je suis interrompu par les larges gouttes de l’averse qui nous menaçait depuis le départ et par les appels redoublés de nos gens : il s’agit de déterminer sans retard le lieu du campement et de dresser les tentes pour échapper à ce déluge.

La pluie à peine passée, il faut s’occuper de la question de l’eau : le lit du torrent ne contient que du sable fin et ce n’est qu’à un kilomètre qu’on découvre, au fond d’une gorge transversale, barrée par un rocher, une cavité formant citerne. Pendant qu’on conduit les bêtes à cet abreuvoir naturel mais d’un accès dangereux, je retourne au campement en herborisant le long des parois bigarrées des collines où sont en fleurs :

Sisymbrium coronopifolium Desf. _var._

Reseda Alphonsi Müll.

R. Arabica Boiss.

R. stricta Pers.

Erodium glaucophyllum Willd.

Medicago laciniata All.

Polycarpæa fragilis Del.

Aizoon Hispanicum L.

Pyrethrum fuscatum Willd.

Chlamydophora pubescens Coss. et DR.

Zollikoferia quercifolia Coss. et Kral.

Anchusa hispida Forsk.

Celsia laciniata Poir.

Linaria laxiflora Desf.

Rumex vesicarius L.

Euphorbia cornuta Pers.

E. glebulosa Coss. et DR.

Asphodelus pendulinus Coss. et DR.

Pennisetum ciliare Link.

Arthratherum ciliatum Nees.

A. obtusum Nees.

Andropogon laniger Desf.

Nous sommes ramenés au gîte par la reprise de l’orage et la journée se termine mélancoliquement à l’abri de la tente qui semble prête à s’abattre sous l’effort des averses et du vent.

Le lendemain, 10 juin, le ciel s’est éclairci et, laissant notre convoi charger les tentes alourdies par la pluie, nous partons en avant à travers la plaine avec une précipitation qui me fait oublier de prendre une provision de mon _Sporobolus_ de la veille. Nous avons emporté le déjeuner et nous devons faire halte à Aïn Kebirita : après deux heures de marche monotone, au milieu d’une végétation assez abondante mais uniforme, notre guide nous ramène vers le pied de la montagne où nous pénétrons dans une gorge resserrée, le long de couches calcaires qui plongent à plus de quarante-cinq degrés. Au fond de ce couloir escarpé, un trou de rocher, ombragé par un groupe de Dattiers sauvages, contient une eau épaisse et brunâtre, où grouillent de jeunes crapauds et qui va former plus bas un petit marais allongé au milieu des Roseaux et des Joncs. Il est à l’unanimité reconnu qu’il est impossible d’utiliser pour notre usage un liquide aussi dégoûtant et aussi fétide, bien qu’il ne contienne pas de soufre (Kebrit), comme le nom de la fontaine semblerait l’indiquer. Je me hâte de recueillir les rares plantes que présente ce lieu sauvage et nauséabond : _Lepturus filiformis_, _Atriplex mollis_, _Forskalea tenacissima_, _Lippia nodiflora_, _Juncus multiflorus_ et _Chara gymnophylla_. Nous rentrons dans la plaine où la végétation frutescente devient très abondante. Notre mauvaise humeur ne tarde pas à être dissipée par les incidents de la marche : lièvres et gerboises qui partent sous les pieds des chevaux, Scinques aux brillantes couleurs (_Scincus Aldrovandi_) dont nous interrompons les ébats amoureux et que leur fuite ne peut soustraire aux poursuites de mon compagnon M. Lataste ; rencontre d’un douar des Oulad Yakoub du Nefzaoua, où nous achetons du lait et un mouton. Enfin, une longue ligne verte de Tamarix et de Roseaux, qui s’étend perpendiculairement du pied de la montagne vers le Chott, annonce l’approche d’Aïn Kebiriti.

Au-dessous d’une vaste zone d’éboulis qui forme à la base de la montagne un plan abrupt, hérissé de pierres grises et brunâtres, la source un peu saumâtre et légèrement thermale coule sur le sable et donne naissance à un petit ruisseau limpide qui va se perdre dans une traînée de verdure. Tout alentour, le sol efflorescent et boursouflé est revêtu de la végétation glauque des terrains salés et est littéralement encombré de _Deverra chlorantha_. Son congénère, le _D. scoparia_, pousse dans les interstices des éboulis avec l’_Anthyllis tragacanthoides_, le _Psoralea bituminosa_, quelques touffes de _Capparis spinosa_ var. _Fontanesii_ et l’_Andropogon laniger_.

Pendant le déjeuner, le convoi nous a rejoints, le mouton a été égorgé et dépecé et nous reprenons tous ensemble notre route. Jusqu’ici nous avons suivi une plaine large et plate comprise entre le Chott El-Fedjedj, prolongation orientale du Chott El-Djerid, et la grande courbe très tendue du Djebel Cherb, dont nous avons exploré à Kriz les dernières collines. A partir d’Aïn Kebiriti le terrain se relève en une sorte de plateau rocheux qui ne disparaît que le long des bords argileux de la Sebkha et que coupent des rigoles ou ravinets garnis d’arbustes et de Graminées des genres _Pennisetum_ et _Arthratherum_. C’est sur leurs bords que je cueille d’abord un _Atractylis_ à fleurs élégantes, peut-être variété de l’_A. proliféra_, et plus tard le _Lotus hosackioides_ Coss., espèce nouvelle, d’abord découverte au Maroc et retrouvée par le Dr André à notre localité même. Bientôt nous arrivons au bord d’un immense ravin qui s’enfonce dans la montagne en tournant au pied d’escarpements à pic couronnés par de larges bandes de roc. C’est l’Oued Châba, dont le lit est le chemin que nous devons prendre pour franchir le Cherb, mais l’eau y fait défaut. Il faut pousser plus loin, reprendre le plateau pierreux qui s’est élevé par une pente insensible, et planter notre tente sur une terrasse au-dessus d’un nouveau ravin, l’Oued Zitoun, obstrué par des rochers qui recèlent dans leurs dépressions quelques tonnes d’eau pluviale. De la hauteur qui domine notre campement, la vue est splendide : au nord et vers l’ouest le Cherb, dont la chaîne a atteint depuis longtemps sa plus grande hauteur, présente des masses disloquées dont le sommet est occupé par des couches de calcaires compacts, horizontales ou inclinées ; au sud, la surface encore large du Chott, unie et couverte d’efflorescences salines, commence à environ six kilomètres et s’étend jusqu’à la limite brunâtre et indécise de la presqu’île du Nefzaoua. Sur plusieurs lignes, et surtout en face de l’Oued Châba, cette mince couche blanche de sel a disparu sur les routes du Chott El-Fedjedj, plus nombreuses et moins redoutées que celles du Chott El-Djerid. Le lit de l’Oued Zitoun, au-dessous de la barre des rochers, est rempli d’un sable assez grossier, à peu près aride ; mais les bords sont garnis presque partout de plantes dont un certain nombre offrent de l’intérêt, et parmi elles le _Lotus hosackioides_.

Lorsque je reviens à la tente, le ciel s’est obscurci et le vent souffle de l’est. Nous nous endormons au bruit des premières gouttes de pluie qui crépitent sur la toile.

Mercredi 11 juin. Il a plu par rafales toute la nuit ; il pleut lentement, mais à peu près constamment, pendant toute la journée. Impossible de tenter l’ascension de la montagne. A deux reprises, j’essaie, en compagnie de mon préparateur, d’explorer les environs, mais, après des efforts héroïques, nous devons battre en retraite, à la hâte, avec le regret de ne pouvoir étudier plus complètement une localité des plus intéressantes.

Voici la liste des espèces que nous y avons récoltées :

Ammosperma cinereum Hook.

Notoceras Canariense R. Br.

Erucaria Ægiceras J. Gay.

Helianthemum Cahiricum Del.

H. ellipticum Pers.

Frankenia thymifolia Desf.

Dianthus serrulatus Desf. _var._ grandiflorus.

Malva Ægyptia L.

Erodium hirtum Willd.

Fagonia virens Coss. et DR.

Trigonella stellata Forsk.

Astragalus cruciatus Lmk.

A. Kralikianus Coss.

Herniaria fruticosa Desf.

Eryngium ilicifolium Desf.

Eryngium (sans fleurs, peut-être nouveau).

Pulicaria Arabica Cass. _var._ longifolia.

Asteriscus pygmæus Coss. et DR.