Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans la région saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la côte orientale de la Tunisie

Part 7

Chapter 72,937 wordsPublic domain

Thermomètre du baromètre + 16°,5

Thermomètre frondé + 15°,5

Thermomètre minima de la nuit + 10°,5

Température du puits de 9 mètres de profondeur + 17°,5

Vent. — Nord frais (3).

État du ciel. — Beau nuageux (5). — Fracto-cumulus.

OUED BATEHA, 18 avril, 6h 30 soir.

Baromètre holostérique no 2 748mm,5

Baromètre Fortin 749mm,0

Thermomètre du baromètre + 18°,5

Thermomètre frondé + 19°,0

Thermomètre maxima de la journée + 29°,0

Vent. — Sud-ouest modéré (4).

État du ciel. — Très beau (9), quelques cumulus à l’horizon Nord.

OUED BATEHA, 19 avril, 6 heures matin.

Thermomètre minima de la nuit + 5°,3

Thermomètre frondé à 6h matin + 6°,5

État du ciel. — Beau nuageux (4).

OUED BATEHA, 19 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 753mm,3

Baromètre Fortin 753mm,9

Thermomètre du baromètre + 22°,0

Thermomètre frondé + 19°,8

Vent. — Est modéré (3).

État du ciel. — Beau (2), quelques str.-cum.

BIR ARRACH, 20 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 748mm,9

Baromètre Fortin 748mm,9

Thermomètre du baromètre + 20°,0

Thermomètre frondé + 18°,0

Minima de la nuit + 11°,3

Vent. — Nord faible (2).

État du ciel. — Très beau (1), brumeux à l’horizon Sud.

Température de l’eau du puits à 29m de profondeur + 21°,0

BIR ALI-BEN-HALIFA, 20 avril, 1 heure soir.

Baromètre Fortin 748mm,6

Thermomètre du baromètre + 23°,7

Thermomètre frondé + 24°,0

Vent. — Sud faible (2).

État du ciel. — Beau (2), quelques fracto-cumulus et stratus au Nord.

Température de l’eau du puits à 55m de profondeur + 22°,0

EL-AÏA, 21 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 751mm,5

Baromètre Fortin 751mm,7

Thermomètre du baromètre + 21°,0

Thermomètre frondé + 19°,5

Minima de la nuit + 5°,3

Vent. — Sud-sud-est modéré (3).

État du ciel. — Nuageux (6), cumulus. Forte rosée.

OUED LEBEN, rive gauche, en face du camp retranché, 22 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 742mm,0

Baromètre Fortin 740mm,6

Thermomètre du baromètre + 19°,0

Thermomètre frondé + 18°,5

Minima de la nuit + 9°,4

Vent. — Nul.

État du ciel. — Couvert (9), velum.

De 1h à 5h du soir violent coup de siroco.

OUED LEBEN, 23 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 743mm,1

Baromètre Fortin 742mm,4

Thermomètre du baromètre + 21°,0

Thermomètre frondé + 19°,3

Minima de la nuit + 10°,3

Vent. — Nul.

État du ciel. — Beau (1) brumeux.

KSAR EL-AHMAR, 24 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 738mm,2

Baromètre Fortin 737mm,1

Thermomètre du baromètre + 23°,5

Thermomètre frondé + 19°,0

Minima de la nuit + 10°,3

Vent. — Est-sud-est faible (2).

État du ciel. — Beau (2), stratus à l’Est.

OUED EDDEDJ, 25 avril, 8h 30 matin.

Baromètre holostérique no 2 740mm,0

Baromètre Fortin 738mm,0

Thermomètre du baromètre + 23°,0

Thermomètre frondé + 18°,0

Vent. — Nord-est faible (2).

État du ciel. — Très beau (2), quelques stratus.

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Il avait fait un violent coup de vent dans la nuit, de 11 heures du soir à 6 heures du matin. — Quelques gouttes de pluie à 6 heures du matin.

BOU-HEDMA, 26 avril, midi.

Baromètre holostérique no 2 744mm,0

Baromètre Fortin 746mm,4

Thermomètre du baromètre + 26°,0

Thermomètre frondé + 23°,2

Minima de la nuit + 14°,3

Maxima de la journée + 26°,4

Vent. — Est modéré (3).

État du ciel. — Beau (2), quelques strato-cirrus.

BOU-HEDMA, 27 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 744mm,2

Baromètre Fortin 744mm,5

Thermomètre du baromètre + 15°,6

Thermomètre frondé + 13°,0

Minima de la nuit + 12°,0

Maxima de la journée + 13°,0

Vent. — Nord-nord-est fort (5).

État du ciel. — Couvert (10), nimbus. — Grande pluie.

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Pendant la nuit il avait fait un violent ouragan accompagné de forte pluie. La pluie ne cesse pas de la journée et devient presque torrentielle jusqu’à 1 heure du matin, avec un vent impétueux à partir de 3 heures du soir.

BOU-HEDMA, 28 avril, 8h 30 matin.

Baromètre holostérique no 2 749mm,2

Baromètre Fortin 749mm,4

Thermomètre du baromètre + 18°,5

Thermomètre frondé + 17°,5

Minima observé à 6 heures du matin + 11°,0

Vent. — Sud-sud-ouest modéré (3), soufflant par rafales.

État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.

Campement dans la plaine du TAHLA, 29 avril, 8 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 752mm,4

Baromètre Fortin 752mm,9

Thermomètre du baromètre + 21°,0

Thermomètre frondé + 16°,4

Minima de la nuit + 4°,6

Vent. — Nul.

État du ciel. — Beau (3), stratus au Sud et à l’horizon Nord.

EL-AÏEÏCHA, tente-baraque du poste, 29 avril, 5 heures soir.

Baromètre holostérique no 2 708mm,0

Baromètre Fortin 710mm,3

Thermomètre du baromètre + 20°,0

Baromètre Fortin du poste (Salleron no 756) 703mm,5

Thermomètre + 17°,5

Thermomètre frondé + 17°,5

Le baromètre du poste a dû perdre du mercure dans le transport.

EL-AÏEÏCHA, 30 avril, 9h 30 matin.

Baromètre holostérique no 2 710mm,0

Baromètre Fortin 710mm,3

Baromètre Fortin du poste 702mm,4

Thermomètre + 15°,7

Thermomètre du baromètre + 15°,8

Thermomètre frondé + 14°,2

Minima de la nuit + 9°,5

Vent. — Nul.

État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.

KSAR CEKET, 1er mai, 8 heures matin.

Baromètre holostérique 718mm,2

Baromètre Fortin 718mm,5

Thermomètre du baromètre + 13°,8

Thermomètre frondé + 12°,2

Thermomètre frondé à 5h 30 matin + 8°,5

Vent. — Nord modéré (3) frais.

État du ciel. — Beau (2), cumulus à l’Est.

Pic d’EL-BIADA, 1er mai, 3 heures soir.

Baromètre Fortin 689mm,7

Thermomètre frondé + 17°,5

Vent. — Ouest assez fort (4).

État du ciel. — Nuageux (6), strato-cumulus.

BLED SENED, 2 mai, 9h 30 matin.

Baromètre holostérique no 2 717mm,2

Baromètre Fortin 717mm,9

Thermomètre du baromètre + 21°,3

Thermomètre frondé + 15°,5

Minima de la nuit + 9°,0

Vent. — Nord-est faible (2).

État du ciel. — Beau (2), quelques stratus.

Il avait fait un vent violent toute la nuit.

AÏN SEGOUFTA, 3 mai, 9 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 724mm,5

Baromètre Fortin 725mm,1

Thermomètre du baromètre + 22°,5

Thermomètre frondé + 19°,5

Minima de la nuit + 11°,0

Vent. — Sud faible (2).

État du ciel. — Très beau (0).

Il a fait un coup de vent vers 2h du matin.

OGLET MOHAMED, 4 mai, 9 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 736mm,9

Baromètre Fortin 738mm,9

Thermomètre du baromètre + 26°,0

Thermomètre frondé + 19°,0

Vent. — Ouest modéré (3).

État du ciel. — Beau (1) brumeux.

=IV=

=Voyage à Tozzer et retour à Gafsa.=

Dès le jour de notre arrivée à Gafsa nous avions combiné l’itinéraire d’une course rapide à Tozzer, indispensable pour l’étude comparative de l’ensemble de la flore et de la faune de la contrée située au nord des chotts El-Fedjedj et El-Djerid. La question de la création d’une mer intérieure devant remplacer les grands chotts, question encore à l’ordre du jour, et le désir de nous rendre compte par nous-mêmes des avantages ou des inconvénients qui pourraient en résulter pour le pays, n’étaient pas non plus étrangers au projet que nous avions formé. Nous profitons donc du départ d’un convoi militaire commandé par un officier des compagnies mixtes, heureux hasard qui nous offre une occasion trop favorable pour que nous ne nous empressions pas de la mettre à profit. Nous n’avons qu’à nous louer de cette détermination, car nous trouvons dans le lieutenant Legouahec, non seulement un guide expérimenté, mais encore le plus aimable compagnon de route.

Le 8 mai, à cinq heures du matin, nous partons, laissant à la garde du brigadier de notre escorte la plus grande partie de nos effets de campement, n’emmenant avec nous que deux hommes du train, nos deux spahis, nos montures personnelles et tout juste le nombre de mules nécessaire au transport d’un bagage très restreint. Après avoir traversé une partie de l’oasis entièrement complantée d’Oliviers, nous entrons dans un vaste désert de sable couvert de broussailles basses parmi lesquelles dominent toujours les _Anabasis_ que nous avions déjà observés dans la plaine de la Madjoura. Nous avons à droite une longue chaîne de hauteurs désignée sous le nom de Djebel Metlouna, laquelle, se prolongeant à l’ouest, paraît aller rejoindre, au sud de l’Algérie, le grand massif des montagnes de l’Aurès. Des pentes dénudées de cette chaîne descendent quelques oueds dont les eaux à cours interrompu se réunissent à celles de l’Oued Baïech pour se perdre en grande partie dans les sables, avant d’atteindre les marais qui bordent le Chott El-Gharsa.

Un ciel légèrement nuageux et un vent que la pluie abondante de la nuit dernière a rendu très frais favorisent notre marche ; le sol est émaillé de fleurs, le désert charmant, le trajet facile et agréable ; aussi, vers neuf heures du matin, nous avons rejoint sans fatigue le convoi militaire parti près de deux heures plus tôt que nous, et, avant midi, nous atteignons le petit bordj construit par les Français sur les bords de l’Oued Gourbata, affluent de l’Oued Baïech. C’est là que nous devons faire halte jusqu’au lendemain matin. Deux petites chambres nous offrent un abri suffisamment commode, où nous nous empressons de dresser nos lits de camp. Le reste de la journée est fructueusement employé à explorer des terrains argileux sillonnés de coupures profondes dues à l’écoulement rapide des eaux de pluies torrentielles, et à parcourir les dunes de sable avoisinant le lit de l’oued qui est bordé de nombreux _Tamarix_, seule végétation presque arborescente de cette localité.

Le pays est giboyeux ; le Lièvre y est assez abondant ainsi que la Perdrix, et l’Outarde Hubara s’y montre fréquemment. On y rencontre de nombreux terriers de Gerboises ; une foule de petits oiseaux, appartenant aux genres Alouette, Traquet et Becfin, s’agitent au milieu des broussailles qui servent d’abri à de nombreux reptiles et à d’innombrables insectes. Cette station serait des plus agréables si l’eau y était meilleure et si nous n’avions à subir un violent coup de siroco.

Le 9, dès six heures du matin, nous avons quitté Gourbata et nous cheminons toujours à travers une plaine fleurie. Le _Limoniastrum Guyonianum_, l’_Echiochilon fruticosum_, diverses espèces de _Silene_, de nombreux _Helianthemum_, le _Moricandia suffruticosa_ et une foule d’autres jolies plantes émaillent la plaine des couleurs variées de leurs fleurs. Le curieux _Calligonum comosum_ se montre à nous pour la première fois. Comme nous traversons un pays où abondent les Vipères-à-cornes (_Cerastes Ægyptius_), les ordres sont donnés en vue de leur recherche, mais, malgré une chasse active, on ne parvient à s’en procurer qu’un très petit nombre, par suite de la fraîcheur relative de la température. En revanche, nous recueillons quelques silex taillés, épars dans les endroits pierreux. A midi et demie, nous nous rapprochons du lit de l’oued que nous franchissons après avoir cherché le passage le moins dangereux, et nous faisons halte au Bordj Gouifla, où nous devons passer la nuit, non plus comme la veille, dans des chambrettes closes, mais bien sous deux petits hangars ouverts, où nous avons à subir les piqûres des moustiques et des puces.

Les environs du petit bordj de Gouifla sont relativement boisés, grâce à de hauts et vigoureux _Tamarix_ que nous fouillons scrupuleusement durant tout l’après-midi. L’oued, par suite des grandes pluies des jours précédents, débite en ce moment une assez abondante quantité d’eau qui tombe en petites cascades d’une grande limpidité sur les roches gypseuses qui forment son lit ; malheureusement cette eau appétissante est rendue impotable par un degré de salure et une amertume trop prononcés. Sur certains points de l’oued existent de grandes flaques d’eau, restes de la récente crue, et dans ces réservoirs se montrent quelques poissons dont malheureusement nous ne pouvons pas faire la capture, les sables d’alentour étant imbibés à tel point que l’on s’y enfonce immédiatement en y posant le pied ; j’en fais moi-même la périlleuse expérience, et, sans l’aide de mes compagnons, nul doute que je n’eusse été dans l’impossibilité de me tirer de l’une de ces fondrières. Après cet incident, nous continuons notre exploration des environs, qui nous paraissent moins giboyeux et moins riches en insectes que ceux de Gourbata, mais plus peuplés encore de Gerboises. Rentrés au bordj, nous y trouvons nos hommes en train de procéder à la grillade d’un mouton entier (_mechoui_) qui constitue notre repas du soir, après lequel nous disputons notre sommeil aux attaques réitérées des moustiques.

Les plantes les plus intéressantes observées dans les deux étapes de Gourbata et de Gouifla sont les suivantes :

Delphinium pubescens DC. _var._ dissitiflorum (Gourbata).

Sisymbrium coronopifolium Desf. _var._ ceratophyllum (Gouifla).

Ammosperma cinereum Hook.

Lonchophora Capiomontiana DR. (Gouifla).

Moricandia suffruticosa Coss. et DR. (Gouifla).

Malcolmia Ægyptiaca Spr. _var._ longisiliqua (Gouifla).

Reseda neglecta Muell. Arg. (Gouifla).

—— Arabica Boiss. (Gouifla).

Silene villosa Forsk. _var._ micropetala (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

Dianthus serrulatus Desf. _var._ grandiflorus (Gouifla).

Erodium glaucophyllum Ait. (Gouifla).

Fagonia glutinosa Delile (Gouifla).

Astragalus Gyzensis Delile (A. Hauarensis Boiss.) (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

—— corrugatus Bert. _var._ tenuirugis (Gouifla).

Hippocrepis bicontorta Lois. (Gouifla).

Hedysarum carnosum Desf. (Gouifla et Gourbata).

Tamarix pauciovulata J. Gay (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

Polycarpæa fragilis Delile (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

Pteranthus echinatus Desf. (Gourbata).

Reaumuria vermiculata L. (Gourbata).

Daucus pubescens Koch (Gouifla).

Scabiosa arenaria Forsk. (Gouifla).

Nolletia chrysocomoides Cass. (Gouifla).

Pyrethrum trifurcatum Willd. (Gouifla).

Chlamydophora pubescens Coss. et DR. (Gouifla).

Tanacetum cinereum DC. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

Centaurea furfuracea Coss. et DR. (Gouifla).

—— omphalodes Coss. et DR. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.

Lithospermum callosum Vahl (Gouifla).

Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral. (Gourbata), spécial à la Tunisie.

Plantago ciliata Desf. (Gouifla).

Calligonum comosum L’Hérit. (Gouifla).

Euphorbia cornuta Pers. (Gouifla).

Asphodelus pendulinus Coss. et DR. (Gouifla).

—— viscidulus Boiss. (Gourbata).

Cyperus conglomeratus Rottb. (Gourbata).

Carex extensa Good. (Gouifla).

Panicum turgidum Forsk. (Gouifla) [Égypte, Chypre, Palestine, Arabie pétrée, Perse], découvert dans le Sahara algérien par le Dr Reboud, dans la vallée de l’Oued El-Arab ; nouveau pour la Tunisie.

Danthonia Forskalii Trin. (Gouifla).

La Vipère-à-cornes (_Cerastes Ægyptius_) abonde dans ce pays désertique. A Gourbata, outre les reptiles précédemment rencontrés, nous avons pris le _Periops parallelus_, Couleuvre commune en Égypte, mais nouvelle pour la Tunisie.

Les insectes appartiennent aux espèces déjà récoltées dans les parties désertiques que nous avons explorées.

Les Outardes (_Otis Hubara_) sont abondantes, ainsi que plusieurs espèces de Traquets. Nous observons aussi le _Certilauda desertorum_ des Alouettes Dupont et des quantités de Bruant Proyer.

Le 10 au matin, nous quittons, en même temps que la colonne, le bordj de Gouifla, nous dirigeant vers le sud-est, à travers une plaine monotone. L’horizon est borné de ce côté par des hauteurs aux sommets déchiquetés, formés de couches horizontales de grès dont la nature ferrugineuse se trahit même à distance. Cette chaîne de collines assez élevées cache à nos regards la plaine et les oasis d’El-Oudian ainsi que le Chott El-Fedjedj. A droite s’étend, à perte de vue, la dépression du Chott El-Gharsa. Le ciel étant couvert et la température supportable, une grande partie de la route est faite à pied, en chassant tout à la fois plantes, insectes et reptiles. Une Vipère-à-cornes est capturée vivante, avec une rare hardiesse, par le nègre conducteur de nos chameaux.

Arrivés au pied des collines, en un point de la route où les caravanes venant du Djerid étaient jadis fréquemment attaquées et pillées par les Hammema embusqués derrière les rochers, nous rencontrons un certain nombre d’amas de pierres distants les uns des autres d’environ deux à trois cents mètres ; nous croyons qu’ils marquent les endroits où des hommes ont été tués et sans doute enterrés ; actuellement tout danger a disparu depuis l’occupation. Peu après, nous commençons à descendre vers la dépression sablonneuse dont l’oasis d’El-Hamma occupe le fond ; cette oasis tire son nom des belles sources chaudes qui en font une station balnéaire très fréquentée. C’est à un effondrement des couches horizontales de grès ferrugineux qu’est due la dépression d’El-Hamma, dépression que les sables mouvants ont en partie comblée. Des falaises abruptes, simulant à s’y méprendre des murs ruinés de vieux édifices, et quelques gros blocs écroulés, qui émergent encore des sables, en sont les preuves évidentes.

L’oasis d’El-Hamma est relativement peu considérable, mais les Dattiers, qui y sont généralement beaux et vigoureux, forment, avec les plantes grimpantes s’entrelaçant dans leurs cimes, un fouillis inextricable au bord d’un véritable torrent d’eau d’une température élevée. Nous visitons successivement le bain des hommes et celui des femmes, un café maure établi d’une façon toute primitive sous un toit de feuilles de Dattiers, et la kouba octogone servant de zaouïa (école). Les eaux sortent à gros bouillons de la source principale à une température de 39 degrés, et le ruisseau qu’elles alimentent est peuplé de poissons insaisissables, de batraciens et de nombreux testacés appartenant principalement aux genres _Melania_ et _Melanopsis_.

Aux abords de l’oasis croissent :

Sisymbrium Irio L.

Malcolmia Ægyptiaca Spr. _var._ longisiliqua.

Frankenia thymifolia Desf.

Malva parviflora L.

Fagonia glutinosa Delile.

Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.

Hedysarum carnosum Desf.

Aizoon Canariense L.

Reaumuria vermiculata L.

Atractylis microcephala Coss. et DR.

Lithospermum callosum Vahl.

Linaria laxiflora Desf.

Scrophularia deserti Del.

Statice globulariæfolia Desf.

—— pruinosa L.

Euphorbia Chamæsyce L.

Pennisetum ciliare L.

Arthratherum obtusum Nees, etc.

A Gouifla, nous avions eu la visite du lieutenant de Florac et des officiers du bureau arabe ; ici, nous trouvons à notre arrivée le capitaine du Couret, commandant du poste de Tozzer, qui est venu à notre rencontre avec quelques officiers ; il nous souhaite courtoisement la bienvenue et nous offre sous les Palmiers un excellent déjeuner dont, surtout après les repas plus ou moins rudimentaires des jours précédents, nous ne manquons pas d’apprécier la succulence.

A notre grand regret, nos aimables hôtes nous quittent pour nous précéder à Tozzer, et bien leur en prend, car, tandis que nous explorons l’oasis dont les charmes nous séduisent, de gros nuages chargés d’eau et d’électricité s’accumulent sur nos têtes et, au moment même où nous allons mettre le pied à l’étrier, un orage d’une extrême violence éclate avec un épouvantable fracas. Cherchant vainement, en nous blottissant au pied des Dattiers, un abri que leurs frondes flexibles ne peuvent nous fournir, nous essuyons durant près de trois quarts d’heure le tonnerre, le vent et une pluie torrentielle qui transperce nos couvertures et nos vêtements ; ce qu’il y a de pire, c’est que nos bagages et nos chères récoltes subissent le même sort que nous ; aussi avons-nous hâte d’arriver à Tozzer pour les mettre en papier sec le plus tôt possible.