Part 12
La visite des ruines et l’exploration des environs d’Oglet Mehamla occupent le peu d’heures que nous laisse le soin de nos collections.
On doit noter à Oglet Mehamla l’extrême abondance des gros Scarabées sacrés (_Ateucus sacer_) qui viennent le soir se heurter par centaines sur la toile de nos tentes. Les dunes de sable fournissent les mêmes espèces que celles de Gafsa et de la plaine de la Madjoura, en y ajoutant toutefois une toute petite Cigale, _Cicada annulata_, que nous devons retrouver jusqu’à Gabès, et un joli Buprestide (_Acmæodera vicina_) que l’on prend sur les fleurs du _Convolvulus althæoides_. Ces deux captures sont faites à l’Oued Rhoda.
Nous voyons sur divers points le Catharte alimoche tournoyer dans les airs, et nous capturons en fait de reptiles : _Agama inermis_, _Plestiodon Aldrovandi_, ainsi que quelques autres des espèces déjà citées.
Le vent et la pluie viennent bientôt interrompre notre exploration et, dans le milieu de la nuit, nous sommes réveillés par des coups de tonnerre accompagnant une forte averse qui, heureusement, dure peu et se borne à rafraîchir sensiblement la température et à amener sous la tente quantité de _Bufo viridis_.
Nous quittons Oglet Mehamla le 1er juin, à sept heures et demie du matin. Le pays désertique que nous traversons durant les premières heures est d’une navrante monotonie ; point ou presque pas de végétation arborescente ; cependant, un pied de Gommier est signalé avant de passer un col qui nous conduit au Djebel Rhoda, au delà duquel nous ne rencontrerons plus cette curieuse espèce.
Nous faisons halte à l’Oued Rhoda, oued à sec, à l’abri de quelques fortes touffes de Damouk (_Rhus oxyacanthoides_) qui nous font payer cher leur ombrage en nous déchirant les vêtements et les mains.
Sur une petite éminence voisine, que sa disposition en forme de plateau nous fait présumer avoir servi de _castrum_, nous trouvons quelques silex taillés. De la direction est que nous suivions jusqu’alors, la route a brusquement dévié au sud et elle continue à être très frayée et bordée de ruines romaines situées à peu de distance les unes des autres. Sur notre gauche, un plateau très étendu est couvert de sépultures très anciennes et, à un kilomètre et demi plus loin, nous rencontrons, sur le bord de la route même, un édifice en forme de columbarium assez bien conservé. Presque en face se trouvent d’importantes ruines dont l’une montre encore les restes d’une sorte d’abreuvoir. Nous atteignons peu après la Gueraat El-Fedjedj où nous devons camper. C’est une sorte de bassin marécageux qui reçoit toutes les eaux provenant des hauteurs voisines ; la dépression est assez sensible et suffisamment circonscrite de toutes parts pour que, quelques mois avant notre passage, par suite de pluies abondantes, une colonne française campée sur ce point ait couru de sérieux dangers. Vers le milieu de cette dépression, couverte en ce moment d’une herbe très rase, broutée qu’elle est par de nombreux troupeaux, se trouvent plusieurs puits aux trois quarts éboulés, où viennent s’alimenter d’eau les populations très nombreuses qui habitent les environs. Quelques-uns de ces puits sont même abandonnés et remplis d’une eau boueuse qui exhale une odeur fétide. Tandis que le camp se dresse et que nous herborisons dans le marais, dont la flore offre quelque intérêt, quatre de nos mulets, instinctivement attirés par l’eau, tombent dans une de ces excavations où ils manquent de se noyer ; on les en retire à grand’peine, mais sans accident. Redoutant l’influence fiévreuse du marécage, nous avons fait dresser les tentes à quelque distance, au grand désespoir de nos chameliers qui manifestent une vive crainte des serpents ; nous ajoutons à cette précaution quelques pilules de quinine, moyennant quoi, sauf l’ennui que nous causent de trop nombreux moustiques, nous passons sans inconvénient la nuit sur ce point malsain.
La dépression marécageuse de Gueraat El-Fedjedj nous fournit entre autres espèces : _Senebiera lepidioides_ (nouveau pour la Tunisie), _Astragalus Kralikianus_, _Lythrum thymifolium_, _Tamarix Gallica_, _Bellis annua_, _Chamomilla aurea_, _Francœuria laciniata_, _Caroxylum articulatum_, _Andrachne telephioides_, etc.
Elle paraît devoir être très riche en insectes au printemps, mais la saison étant déjà avancée, elle ne nous offre rien de bien intéressant et rien qui n’ait été déjà pris à Tunis ou à Sfax ; seulement les spécimens s’y montrent très abondants. Nous citerons entre autres : _Sciagona Europæa_, _Scarites planus_, _Brachynus nobilis_ et _immaculicornis_, _Cicindela Ægyptiaca_, _Eunectes sticticus_, etc. Les puits donnent quelques Crustacés branchiopodes (_Brachypus_) déjà trouvés au Redir Zitoun dans le Djebel Oum-Ali et un _Estheria_ nouveau, remarquable par sa coquille anguleuse, et décrit par M. Simon sous le nom d’_E. angulata_.
Le 2 juin, tandis que, dès le matin, une grande animation règne autour des puits où les femmes des douars viennent par groupes faire leur provision d’eau, mes compagnons explorent le terrain de la gueraat, couvert en grande partie de buissons de _Tamarix_. Quant à moi, je retourne à cheval, accompagné d’un spahi, à quelques kilomètres en arrière, dans le désir d’examiner plus attentivement que je n’ai pu le faire la veille les sépultures et le plateau que j’ai déjà mentionnés. J’y reconnais une vaste nécropole où, sur beaucoup de points, toutes les tombes se touchent ; elles sont formées de pierres plates enfoncées de champ en terre ; les encaissements ainsi construits sont recouverts de dalles naturelles brutes et généralement arrondies à leurs deux extrémités. Sept à huit monticules, qui paraissent être des amas de matériaux de construction plutôt que des dolmens, sont espacés assez régulièrement de trois à quatre cents mètres, formant autour de cette nécropole comme les vedettes d’une ligne d’enceinte du côté du nord et de l’est. Quelques silex taillés se rencontrent dans les environs, mais rien ne révèle positivement l’origine ou la date probable de cette vaste nécropole qui mériterait d’être sérieusement fouillée. Peut-être ce vaste champ de repos a-t-il eu pour origine une grande bataille livrée sur ce point qui commande la route de Gabès (Tacape) à Gafsa (Capsa), ancienne capitale et dernier refuge de Jugurtha. Après avoir parcouru en divers sens, pendant plus d’une heure, la nécropole en question, avec le regret de ne pouvoir m’y livrer à des fouilles sérieuses, je reviens à travers champs dans l’espoir de rencontrer quelques ruines intéressantes, mais rien ne s’offre plus à mon attention, si ce n’est les colonnes de poussière lancées par les femmes des douars que notre approche remplit d’effroi.
Le chargement étant effectué, vers deux heures du soir, nous quittons la Gueraat El-Fedjedj pour tâcher d’arriver à Oudref avant la nuit. Le passage d’un col (Fedj El-Fedjedj) nous amène bientôt dans le bassin même du Chott El-Fedjedj, dont l’immense nappe blanche se déroule à nos pieds ; au loin nous apercevons les hauteurs qui bordent le Nefzaoua et séparent la Tunisie de la Tripolitaine. Les montagnes peu élevées que nous venons de franchir et que nous laissons ensuite à notre gauche présentent un chaos des plus curieux dans lequel diverses couches géologiques, de nature très tranchée, s’enchevêtrent de la façon la plus bizarre ; certaines d’entre elles plongent même verticalement. Les dolomies se montrent une dernière fois, mais à une hauteur bien moins grande que celle où nous les avions vues jusqu’ici. La position, l’inclinaison et l’enchevêtrement des couches variées qui forment ce dernier chaînon de montagnes révèlent d’une façon très nette l’effrondrement auquel est due la vaste et profonde faille occupée actuellement par le chott.
Descendant bientôt dans une plaine parsemée de douars nombreux, nous ne tardons pas à rencontrer une série de petites excavations également espacées entre elles et suivant une ligne à peu près droite. Intrigués d’abord par ces trous dont le creusement est récent, nous ne tardons pas à y reconnaître les derniers puits de sondages exécutés par la Mission Roudaire. Une plaine de sable, où la marche est des plus pénibles, nous offre un certain nombre de plantes ayant de l’intérêt, ce qui ralentit notre course. Peu après, nous abordons les petits monticules, formés de gypse érodé par les eaux pluviales, qui entourent le marais d’où sortent les sources abondantes de l’oasis d’Oudref. Ces sources, qui sont dirigées par des canaux dans les cultures de l’oasis, donnent une eau limpide, légèrement salée, et à la température de 25 degrés. Tournant l’oasis, nous entrons dans le village et nous nous rendons chez le caïd qui s’empresse de nous désigner un point de campement sur la place principale, mais, malgré son vif désir de nous y voir installer, nous préférons retourner sur nos pas à travers des jardins complantés de magnifiques Dattiers et camper sur un terrain découvert, en dehors de l’oasis et à proximité du ruisseau d’écoulement des sources. Ce ruisseau et le marais d’où il sort nous fournissent le lendemain matin de bonnes plantes aquatiques.
L’oasis d’Oudref avec ses eaux dormantes ou courantes, sortant d’un terrain d’argile entouré de sables et de massifs gypseux, nous a offert une assez grande quantité de plantes dont beaucoup appartiennent aux flores désertique et littorale ; citons entre autres :
Delphinium pubescens DC. _var._ dissitiflorum.
Erucaria Ægiceras J. Gay.
Zygophyllum album Desf.
Medicago sativa L., probablement naturalisé.
Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.
Reaumuria vermiculata L.
Deverra chlorantha Coss. et DR.
—— tortuosa DC.
Scabiosa arenaria Forsk.
Filago Mareotica Delile, que nous n’avions pas revu depuis Sfax.
Rhanterium suaveolens Desf.
Carduncellus eriocephalus Boiss.
Carduus Arabicus DC.
Zollikoferia resedifolia Coss.
Spitzelia radicata Coss. et Kral.
Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral.
Marrubium deserti Noë.
Statice globulariæfolia Desf.
—— pruinosa L.
Echinopsilon muricatus Moq.-Tand.
Thymelæa microphylla Coss. et DR.
Zannichelia macrostemon J. Gay.
Potamogeton pectinatus L.
Æluropus littoralis Parlat. _var._ repens.
Festuca Memphitica Coss.
Chara gymnophylla A. Br.
Les eaux du ruisseau et des sources qui l’alimentent sont peuplées d’un intéressant petit poisson, le _Cyprinodon Calaritanus_ Bonelli, difficile à pêcher. Nous prenons aussi une tortue d’eau (_Emys leprosa_), un Caméléon et l’_Agama inermis_.
Un énorme hérisson est rendu par nous à la liberté faute de place.
En insectes, signalons : _Brachytrupes megacephalus_, le gros Grillon déjà trouvé à l’Oued Bateha et la vulgaire Taupe-Grillon (_Gryllotalpus vulgaris_). Rien de saillant comme Coléoptères : _Cicindela Maura_, _C. Ægyptiaca_, _Cybister Africanus_, etc. Comme à Tozzer, l’oued est peuplé d’une petite crevette (_Palæmon varians_).
La veille, avant d’arriver à l’oasis, nous avions fait aussi la capture du _Blaps divergens_, Coléoptère que nous n’avions pas encore rencontré.
Quittant Oudref, à deux heures du soir, pour faire la dernière étape avant Gabès, nous laissons à notre gauche un village et une seconde petite oasis. Nous passons près d’un petit lac dont les eaux limpides réjouissent la vue, et arrivons bientôt par une route des plus commodes au passage de l’Oued Rhan, celui-là même dont le cours serait utilisé par l’un des derniers tracés du canal Roudaire. Cet oued, auquel on peut difficilement donner le nom de cours d’eau, n’est, à proprement parler, qu’un ravin étroit et assez profond, occupé en différents endroits par des flaques d’une eau boueuse et fétide. Les berges, presque à pic des deux côtés, sont constituées par un terrain argileux fortement imprégné de sel. Du point assez élevé où nous nous trouvons, nous pouvons apercevoir, avec une certaine satisfaction, la mer que nous avons quittée depuis le 17 avril.
Les habitations se multiplient à mesure que nous approchons de Gabès ; le dernier village que nous rencontrons n’en est plus qu’à deux kilomètres environ, et bientôt nous pénétrons dans l’oasis, dont nous avons grand plaisir à trouver les beaux ombrages. Les Dattiers y sont généralement moins beaux et moins serrés que dans l’oasis de Gafsa et surtout dans celle de Tozzer ; mais nous remarquons qu’ils y sont l’objet d’une culture encore beaucoup plus soignée et qu’ils sont plantés en lignes régulières dans la plupart des jardins. On reconnaît à première vue que la culture des arbres fruitiers, des légumes et des céréales prime celle du Dattier dont les produits sont loin d’atteindre la valeur de ceux de Tozzer et des oasis d’El-Oudian. La Vigne y est aussi plus abondante et y donne de beaux raisins ; mais rien n’égale en développement les Abricotiers, dont les fruits savoureux et innombrables sont largement appréciés par nous, altérés que nous sommes par la chaleur et les eaux saumâtres que nous buvons depuis quelque temps. La route que nous suivons nous fait traverser dans toute sa largeur l’oasis de Djara, qui n’est, à vrai dire, qu’une succession de jardins séparés les uns des autres par des palissades en frondes de Palmiers entremêlées de plantes grimpantes et d’arbustes, et par de larges rigoles d’irrigation. Avant d’arriver à l’oued, nous côtoyons un ravin sauvage, de l’effet le plus pittoresque, aboutissant à un vieux pont de construction romaine. Là, nous jouissons du spectacle animé et ravissant d’une multitude de femmes vêtues d’étoffes aux couleurs voyantes et variées, dans l’eau jusqu’au-dessus du genou et caquetant bruyamment en lavant leur linge. Une nuée d’enfants des deux sexes, à peu près nus, se livrent à leurs ébats, les pieds dans l’eau limpide et tiède de ce rapide et important cours d’eau. La scène qui s’offre à nos regards, avec son encadrement de ruines et de beaux Palmiers, inspirerait une belle toile à un peintre coloriste ; aussi, malgré notre vif désir de nous installer dans un logis plus confortable que la tente sous laquelle nous vivons depuis deux mois, nous ne pouvons nous empêcher de jouir, pendant quelques instants, de ce spectacle plein d’originalité et d’attrait. L’oued une fois franchi, nous avons encore à traverser un vaste espace, presque entièrement occupé par des cimetières indigènes et coupé, en divers endroits, de profondes excavations ; puis une large voie nouvellement construite nous mène au faubourg de Coquinville, quartier européen en voie de construction, près duquel se trouvent les établissements militaires. C’est là que, par ordre supérieur, nous sommes installés dans un large baraquement inoccupé, où, si nous ne trouvons pas un confortable des plus complets, nous avons du moins un toit qui nous abrite et un vaste espace pour étaler, préparer et mettre en ordre les récoltes faites depuis Sfax pendant notre long voyage. Quant à notre escorte, dont nous allons bientôt avoir le regret de nous séparer, elle est logée sous nos deux tentes dans le campement dit des Isolés, c’est-à-dire réservé aux troupes de passage.
Nous voici arrivés au terme de notre excursion sur le continent. Partis de Sfax le 16 avril, nous sommes à Gabès le 3 juin, c’est-à-dire après quarante-huit jours d’existence sous la tente et au moins quarante de marche et d’explorations, ce qui représente une somme d’environ douze cents kilomètres parcourus. Quelques jours de repos nous sont indispensables après les fatigues incessantes que nous avons eu à subir dans les quinze derniers jours, depuis notre départ de Gafsa. Il nous faut, en outre, préparer notre voyage à Djerba et à Zarzis, et mettre en ordre nos récoltes pour les expédier à Sfax, dont nous avons fait notre centre d’opérations. Malgré ces occupations, Gabès et ses environs, quoique fort bien explorés par M. Kralik, au point de vue botanique, pendant le séjour qu’il y a fait en 1854, nous fourniront quelques bonnes trouvailles zoologiques et même botaniques. L’accueil si cordial qui nous est fait par le colonel de la Roque, commandant supérieur, qui s’intéresse vivement à notre mission et nous donne de précieux renseignements sur ce pays qu’il connaît à fond, la réception non moins aimable du général Allegro, gouverneur de la province de l’Arad, nous feront trouver trop courte notre halte à Gabès.
Durant ce séjour, nous faisons une excursion à Ras-el-Oued et nous sommes assez heureux pour récolter, abondamment et en parfait état de floraison, le _Prosopis Stephaniana_, intéressante Mimosée connue en Tunisie seulement sur ce point où M. Kralik n’avait pu en recueillir que des échantillons sans fleurs. Cet arbuste est confiné dans un ravin étroit, où il est malheureusement brouté par les chèvres et les moutons. Il y forme de petits buissons qui, sans la dent meurtrière des bestiaux, s’élèveraient sans doute à un mètre environ. Quelques rameaux portent encore des fruits de l’année précédente. Rentrés à Gabès, nous avons une preuve désobligeante du goût des animaux pour cette plante, car, durant la visite que nous faisons au colonel de la Roque, le cheval d’un spahi de notre escorte dévore à belles dents la botte d’échantillons que nous en avions suspendue à l’une de nos selles, ne nous en laissant que quelques-uns encore en état d’être préparés.
A Gabès, nous avons retrouvé la flore littorale de Sfax, plus quelques plantes désertiques des environs de Gafsa. La saison était déjà trop avancée pour que nous pussions faire de bonnes récoltes dans cette localité admirablement explorée par M. Kralik et visitée avant nous par notre collègue M. A. Letourneux ; nous ne citerons donc que peu de plantes, parmi lesquelles : _Pistacia vera_ (cultivé), _Hedysarum coronarium_, _Pulicaria Arabica_ var. _longifolia_, _Atriplex parvifolia_, _Potamogeton pectinatus_ ; mais la plante la plus intéressante, sans contredit, de notre récolte à Gabès, a été le _Prosopis (Lagonychium) Stephaniana_, espèce orientale, d’Égypte, des provinces transcaucasiennes, de Syrie, de l’Asie Mineure, de Chypre, du Turkestan et de l’Afghanistan.
Nous retrouvons également à Gabès la faune de Gafsa, moins les espèces monticoles du Djebel Hattig.
Le _Naja Haje_ y existe, ainsi que le _Cerastes Ægyptius_, dont un beau spécimen a été pris à dix heures du soir, à quelques mètres de la tente de nos hommes, c’est-à-dire en plein campement. Outre ces reptiles, nous avons capturé le _Cœlopeltis insignitus_ et l’_Acanthodactylus Boskianus_.
Les eaux limpides et chaudes de l’oued nous ont fourni, comme celles d’Oudref, le _Cyprinodon Calaritanus_.
Parmi les mollusques, nous avons à noter, indépendamment des _Melania_, _Melanopsis_, _Bythinia_ et _Physa_, que nous avons déjà trouvés dans d’autres localités, une espèce du genre _Neritina_, que nous voyions pour la première fois et qui avait déjà été récoltée avant nous par M. A. Letourneux.
Les alluvions anciennes de l’oued recèlent aussi bon nombre d’espèces subfossiles, parmi lesquelles des _Planorbis_ et des _Auricula_ étudiés depuis par M. Bourguignat.
Comme crustacés, nous avons retrouvé une Crevette d’eau douce, la même sans doute que celle d’Oudref et de Tozzer.
Nous citerons parmi les insectes : un _Pimelia_ nouveau, déjà pris à Tozzer (_P. confusa_), les _Scarites striatus_, _Cicindela Maura_, _Probosca viridana_, etc. ; et, sur les _Tamarix_ de la rive droite de l’oued, les _Cryptocephalus acupunctatus_ et _fulgurans_.
Les matériaux servant aux constructions nouvelles et provenant des montagnes voisines m’ont fourni quelques intéressants fossiles, parmi lesquels le genre _Roudairia_, de création récente, de grands spécimens d’_Inoceramus_ et des _Chactetes_, appartenant à l’étage sénonien. Enfin, durant notre court séjour, nous visitons, sous la conduite du colonel de la Roque, les ruines de l’ancienne cité de Tacape, dont l’emplacement est situé sur une petite éminence, en face de l’oasis de Menzel, près de la rive gauche de l’oued. L’enceinte fortifiée de la ville antique se distingue encore très bien, et les fouilles qui y ont été exécutées dernièrement ont mis à découvert des restes de constructions et d’édifices importants, des fours, etc. Le sol de cet emplacement est jonché de débris de poteries communes et de vases samiens, de morceaux de marbre appartenant aux variétés les plus estimées, de fragments de mosaïques, etc. Il y aurait, sans doute, sur ce point, beaucoup de choses intéressantes à exhumer.
Le 8 juin, nos préparatifs de départ sont terminés, et une partie de nos caisses expédiées directement en France par les transatlantiques. Nous rendons notre matériel militaire, et nous faisons nos adieux aux hommes qui nous escortaient depuis Sfax. Durant ce long et fatigant trajet, nous n’avons eu qu’à nous louer d’eux ; le brigadier Crabos a toujours montré de l’énergie, de la présence d’esprit et un tact remarquable dans la direction du détachement. La plupart de ces braves gens ont montré un grand empressement à nous seconder dans nos recherches et nos chasses ; quelques-uns d’entre eux sont même passés maîtres dans la capture des reptiles qui les effrayaient beaucoup au commencement du voyage. Ils y sont maintenant si bien accoutumés, que la veille, à dix heures du soir, l’un d’eux nous avait apporté une Vipère-à-cornes toute vivante qu’il venait de prendre à quelques pas de leur tente. Ces hommes nous quittent à regret, et, de notre côté, nous ne demanderions pas mieux que de les garder plus longtemps ; mais les ordres de service ne le permettent pas, bien qu’ils eussent pu rendre encore bien des services à la Mission.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES FAITES DE GAFSA À GABÈS.
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EL-GUETTAR, 21 mai, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 740mm,0
Baromètre Fortin 740mm,0
Thermomètre du baromètre + 21°,8
Thermomètre frondé + 22°,0
Vent. — Sud-est violent (6).
État du ciel. — Couvert (8), brumeux.
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Violente bourrasque vers 3h 30 du matin ; elle reprend vers 7 heures du matin.
FEDJ EL-KHEÏL, 22 mai, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 727mm,1
Thermomètre minima de la nuit + 14°,0
Vent. — Nord fort (5).
État du ciel. — Nuageux (5).
REDIR ZITOUN, 22 mai, 5 heures soir.
Baromètre holostérique no 2 728mm,5
BLED CHERB, 23 mai, 6 heures matin.
Thermomètre frondé + 22°,0
Vent. — Est très fort (5).
État du ciel. — Voilé, nuageux (5).
BIR BENI-ZID, 24 mai, 6h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 760mm,0
Baromètre Fortin 760mm,0
Thermomètre du baromètre + 23°,0
Thermomètre frondé + 22°,0
Minima de la nuit + 18°,5
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Brumeux (3).
REDIR TIMIAT, 25 mai, 8h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 746mm,5
Thermomètre frondé + 19°,5
Minima de la nuit + 14°,0
Vent. — Ouest modéré (3).
État du ciel. — Couvert (8), quelques gouttes de pluie.
Le Fortin renversé par le vent se brise contre une pierre.
BIR OUM-ALI, 26 mai.
Violent orage et pluie abondante de 7 heures du matin à midi.
BIR OUM-ALI, 27 mai, midi.
Baromètre holostérique no 2 746mm,0
Thermomètre frondé + 22°,0
Minima de la nuit + 12°,3
Vent. — Est fort (4).
État du ciel. — Nuageux (5).
BIR MARABOT, 28 mai.
Température minima de la nuit + 11°,5
Orage violent vers 2 heures du soir.
CAMPEMENT AU PIED DU DJEBEL BERD, 29 mai, 5h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 730mm,0