Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 20

Chapter 203,944 wordsPublic domain

Ma fille de confession, Vueillez avoir compassion De cellui qui sert loyaument, Et qui est vostre entierement, Sans point faire de fiction. Selon raison et conscience, Tort lui tendrez, c'est ma creance, S'il n'a bien brief ce que tant vault. Je vous charge par penitence, Q'ayez en lui toute fiance, Sans plus respondre: Ne m'en chault. Cellui qui souffrist passion, Vous doint bonne contriction; Au chois de mon entendement, Plus eureux soubz le firmament N'auroit, dont il soit mencion. Ma fille, etc.

RONDEL.

(Response d'Orleans au Seneschal.)

Beau Pere! _benedicite_, Je vous requier confession, Et, en humble contriction, Mon pechié sera recité. En moy n'a eu mercy, ne grace, Prenant de ma beaulté orgueil, Amours me pardoint, ainsi face, Desormais repentir m'en vueil; Reffus à mon cueur delité, J'en feray satisfacion, Donnez m'en absolucion Et penance, par charité. Beau Pere, etc.

RONDEL.

(Blosseville.)

Ma tres belle, plaisante seur, _Confiteor_ du bon cueur Dictes, par grant devocion, Sans plus avoir intencion De maintenir vostre folleur. Car tost apres, de ma puissance Vous absouldray, en esperance Que doulce serez envers tous. Et vous enjoings, par penitance, De donner demain allegance A cellui qui se meurt par vous; Lequel, par vostre grant rigueur, Seuffre, comme j'entens, doleur, Et sans cause pugnicion; Dont ja n'aurez remission, Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur. Ma très belle, etc.

RONDEL.

(Bourbon.)

Je sens le mal qu'il me convient porter Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, Et qu'en la fin maleureux je deviengne, Sans m'asservir ailleurs, ne transporter; S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, Que Dieu ne vueille, que feray je sans per? Las! je ne scay, si ce mal on me donne. Des malheureux je seray le non per. Pour le meilleur, il me fault deporter Jusques à tant que ce malheur me viengne; Mais à ma Dame hardiement en souviengne; Car pour tousjours sa rigueur supporter, Je sens le mal, etc.

RONDEL.

(Response d'Orléans à Bourbon.)

A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, Jamais n'auront ung si bon serviteur, Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Ilz perdroient leur renom de doulceur. A voz amours, etc. Duc de, etc.

S'il est jangleur qui soctement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, Je ne respons, fors que pour vostre honneur, Esperance convient que vous soustiengne. A voz amours, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement? Et par oultrageux hardement, As entrepris contre mon vueil. Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil. Sans guerre avoir aucunement. Descouvreur, etc. Pourquoy, etc.

En aguet se tient Bel acueil, Et se par puissance, ou orgueil, Une fois en ses mains te prent, Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de dueil. Descouvreur, etc.

RONDEL.

(Maistre Berthault de Villebresme.)

Puisque Atropos a ravy Dyopée, Contre humain cours prinse et anticipée, Cupido! plus je ne vous serviray; Car tel douleur que pour vous servir ay, Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée. Plaisance s'est de moy émancipée, Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; En Boreas, Zephirus s'est viray. Puisque, etc. Contre, etc.

Adieu vous dy, toute nymphe actrapée Aux laqs, Venus com oyseau a pipée, Plus avecques vous je ne me deduiray, Mais à gémir du tout me reduiray, Ou m'occiray, com Piramus, d'espée. Puisque, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Amours, à vous ne chault de moy, N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, Ung vieillart jamais ne prouffite Avecques vous, comme je croy; Puisque suis absolz de ma foy, Et jeunesse m'est interdicte. Amours, etc. N'à moy, etc.

Jeune, sceu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despite, Ne je ne crains la mort subite De regart; qu'en dictes vous? quoy? Amours, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, Affin que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure; Veu que, nuyt et jour, il labeure De me gaster; et je le fuy. J'ay pris, etc. D'Espoir, etc.

Bon eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy; Autre part ne quiers mon apuy, En actendant qu'il me sequeure, J'ay pris, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Mon oeil m'a dit qu'il me deffie A tousjours, sans repentir. Se je ne lui fais ce plaisir D'amer une qu'il a choisie; Se c'estoit pour sauver sa vie, Plus ne m'en pourroit requérir. Mon oeil, etc. A tousjours, etc.

Je lui ay dit: Tu fais folie, Je te prie, laisse moy dormir, Je n'ay pas à présent loisir De penser à ta reverie. Mon oeil, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Escoutez et laissez dire, Et en voz mains point n'empire Le mal, retournez le en bien; Tout yra, n'en doublez rien, Si bien qu'il devra suffire. Dieu, comme souverain mire, Fera mieulx qu'on ne désire, Et pourverra; tout est sien. Escoutez, etc. Et en voz, etc,

Chascun à son propos tire, Mais on ne peut pas eslire, Je l'ay trouvé, ou fait mien; Au fort, content je m'en tien, Car apres pleurer, vient rire. Escoutez, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.}

Contre _fenouches_ et _nox buze_, Convient l'un faire, _l'aultro_ dire, Pleurer d'un ueil, de _l'aultro_ rire, _Questo modo_ les gens abuze. Or _da poy_ que _lo mondo_ en uze, _Non est dy besoingno dormire_. Contre, etc. Convient, etc.

_Tanto principo_ comme _duze_, Veulent le _lour fato_ conduire, Et _li soy servitor_ instruire A _sapere jouar_ la ruze. Contre, etc.

RONDEL.

(Maistre Berthault de Villebresme.)

Puisque chascun sert de _fenouches_, Et de mentir, neiz que de mouches. Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte Souffist, soit honneur, ou reprouches. Retraire je me vueil es touches Des bois, ainsi que les farouches, Car d'estre au monde j'ay grant honte. Puisque, etc. Et de mentir, etc.

Je y congnois tant de males bouches, De clers voyans faisant les louches. De bons et simples que l'on donte; Veu donc que mal bien y surmonte. Plus me plaist vivre entre les souches. Puisque, etc.

RONDEL.

(Le Duc de Bourbon.)

Prenez l'ommaige de mon cueur, En recevant sa feaulté, Et il gardera loyaulté, Comme doit leal serviteur. S'il se forfait en vous servant, Et qu'il soit clerement cogneu, Ne le tenez plus pour servant, Banny soit comme descongneu. Mais ce pendant, toute doulceur Lui soit faicte, sans cruaulté, Actendant que vostre beaulté Ait pouveu à sa grant douleur. Prenez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaige. Je tiens de mon cueur l'eritaige, A vous sommes et serons tieulx, Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. Soit nostre prouffit, ou dommaige. En arrierefief, etc. Amours, etc.

J'appelle Déesse et Dieux Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, Se voulez, j'en tendray ostaige; Vous puis je dire, ou faire mieulx? En arrierefief, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

J'en baille le denombrement Que je tiens soubz vous loyaument. Loyal desir et bon vouloir; Mais j'ay trop engagé povoir, Se je n'en ay relèvement. Je vous ay servi longuement, En y despendant largement Des biens que j'ay peu recevoir. J'en baille, etc. Que je tiens, etc.

Vieillesse m'assault tellement, Et me veult à destruisement Mener, mais, veu qu'ay fait devoir Que m'aiderez, j'ay ferme espoir A mes drois, voyez les comment. J'en baille, etc.

RONDEL.

(Orléans).

Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera. Qui m'en gardera ? Je suis, etc.

Puisqu'ainsi me va, Je croy qu'à ma vie Autre ne sera. Je suis, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

On ne peult chastier les yeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye, Dont le cueur se complaint et crye, Quant s'esgarent en trop de lieux. Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, On ne peut, etc. N'en chevir, etc.

Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, Et assez lassez de follie; Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye Comme enragiez, n'est ce le mieulx? On ne peut, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Sont les oreilles estouppées? Rapportent ilz au cueur plus rien? Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernées. Se leurs portes ne sont fermées, Tout y court de va et de vien. Sont les oreilles, etc. Rapportent, etc.

Les miennes seront bien gardées De Nonchaloir, que portier tien; Dont se plaint et dit le cueur mien, On ne me sert plus de pensées. Sont les oreilles, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement, D'eulx retraire piteusement, En regretz privez pour le mieulx. Lors divers se dient adieux, Esperans revenir briefment. Tel est le, etc. Quant, etc.

Et si laissent, en plusieurs lieux, Des larmes par engagement Pour paier leur deffrayement, En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. Tel est le, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz, Ce May, le plus plaisant des mois, Vueil servir ce present esté. Quoy que Soucy m'ait arresté, Sans son congié, je m'y envoiz. Pour monstrer, etc. Des amoureux, etc.

Pour ce, je me tiens apresté A deduiz, en champs et en bois, S'Amours y prent nulz de ses droitz, Quelque bien m'y sera presté. Pour monstrer, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jeunesse, Que trop chier m'a esté rendu; Car lors à rien je n'ay tendu, Qu'à conquester foison lyesse. Tant ay, etc. Des biens, etc.

Commandé m'est, et deffendu Desormais par Dame Vieillesse, Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, Tout leur ay remis et vendu Tant ay, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien; Mais souventeffoiz n'en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez. Quant Desir les a affolez, Au grant besoing leur fault du sien. Fyez vous y, etc. En Espoir, etc.

Lors sont de destresse affolez; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; Quant les oyseaux s'en sont vollez. Fyez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir, Pasmé l'ay veu esvanouir En la fosse desconfortée; Mais que seurté vous soit donnée De tenir foy et revenir. Jaulier, etc. Soussy, etc.

S'il mouroit en prison fermée, Honneur n'y povez acquerir; Vueilliez au moins tant l'eslargir Qu'ait sa finance pourchassée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Jaulier des prisons de Pensée, Mon povre cueur aux fers tenez, Et dit on que vous lui donnez, Chascun jour, une bastonnée. Est ce par sentence ordonnée, Qu'en ce point le me gouvernez? Jaulier, etc. Mon povre, etc.

Se sa cause estoit bien menée, On jugeroit que mesprenez, Et qu'à grant tort le retenez, Sans plainte de personne née. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Tignonville.)

Jaulier des prisons de Pensée, Avez vous le commandement De traicter ainsi rudement Les povres cueurs, en ceste année; Vous est la puissance donnée De par Soussy, ou autrement. Jaulier, etc. Avez vous, etc.

Dedens la chartre adoulée, Tenir les deussiez doulcement, Batre ne devez nullement Prisonniers en fosse fermée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Gilles des Ourmes.)

Jaulier des prisons de Pensée, Qui tenez tant de gens de bien, Ouvrez leur, ilz paieront bien Le droit de l'yssue, et l'entrée. Ilz m'ont commission baillée D'appointer, dictes moi combien? Jaulier, etc. Qui tenez, etc.

Car j'ay cy finance apportée Assez, que du leur, que du mien; Tant qu'on ne vous en devra rien, Jusqu'à la derreniere journée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Donnez l'aumosne aux prisonniers, Reconfort, et espoir aussi, Tant feray au jaulier Soussy, Qu'il leur portera voulentiers. Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain; il est ainsi. Donnez, etc. Reconfort, etc.

Meschans ont esté mesnagiers, Tenuz pour debte jusques cy, Faictes les euvres de mercy, Comme vous estes coustumiers. Donnez, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

N'oubliez pas les prisonniers, Bonnes gens, aiez en mercy; Ilz sont en la tour de Soussy, Et n'ont ne mailles, ne deniers, Larrons ne sont point, ne murtriers, Par envie on les tient ainsi. N'oubliez pas, etc. Bonnes gens, etc.

Faictes comme bons aumosniers, Pour la grant pitié que veez cy, Et pour vous prieront Dieu aussi De tres bon cueur, et voulentiers. N'oubliez pas, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Jaulier des prisons de Pensée, Ouvrez à Reconfort la porte, Car à mon cueur l'aumosne porte, Que mes yeulx lui ont pourchassée; Tenu l'avez, mainte journée, Ou cep d'anuy, et prison forte. Jaulier, etc. Ouvrez, etc.

Tant à faim et soif endurée, Qu'il a perdu couleur et sorte, Helas! pour Dieu, qu'on le supporte, Autrement sa vie est finée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville, C'est ung crocheteur trop habille Pour embler joye qui tant vault; Copper une oreille lui fault, Il est fort larron entre mille. Banissons, etc. Batu de, etc.

Se plus ne revient, ne m'en chault, Laissez le aller sans croix, ne pille, Le Deable l'ait ou trou Sebille; Point n'en saille pour froit, ne chault. Banissons, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à present, Dieu mercy; Vieillesse me gouverne ainsi, Qui m'a condempné en ses cours. Je m'esbahis quant à rebours Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? Des vieilles, etc. Je suis, etc.

Mon vieil temps convient qu'ait son cours, Qui en tutelle me tient sy, Du jaulier appellé Soussy, Que rendu me tiens pour tousjours. Des vieilles, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy; Jeunesse m'a laissé, pourquoy? Je ne suis plus de sa livrée. Puisque telle est ma destinée, Desormais me fault tenir coy. Comme, etc. Amours, etc.

Plus ne prens plaisir, qu'en pensée Du temps passé; car, sur ma foy, Ne me chault du present que voy, Car Vieillesse m'est delivrée. Comme, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose, Desormais travailler n'ose, Abayer, ne mot sonner. On lui doit bien pardonner, Ung vieillart peut pou de chose. Laissez, etc. Le vieil, etc.

Et Vieillesse emprisonner L'a voulu, en chambre close; Par quoy j'entens que propose Plus peine ne lui donner. Laissez, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Comme monnoye descriée, Loyaulté je voy abriée Dessoubz le pavillon de Honte, Par Faulceté qui la surmonte, Et l'a d'oultrance deffiée. De Bonnefoy s'est alyée, Et de son aide l'a priée, Mais on n'en tient que peu de conte. Comme, etc. Loyaulté, etc.

Du tout la tiens pour ravallée, Par montaigne et par vallée, Est notoire ce que raconte; En maison de Duc, ne de Conte, Ne se treuve qu'à l'eschappée. Comme, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant me treuve seul, à part moy, Et n'ay gueres de compaignie, Ne demandez pas s'il m'ennuye, Car ainsi est il, sur ma foy. En riens plaisance n'apercoy, Fors comme une chose endormye. Quant me, etc. Et n'ay, etc.

Mais s'entour moy plusieurs je voy, Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, Je chasse hors merencolie Que tant hair et craindre doy. Quant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye; Foy que doy à Dieu, je vouldroye Que feussiez du pays bannie. Vous venez sans que l'on vous prie, Bon gré, maugré, à l'estourdie, Alez, que plus on ne vous voye. Trop ennuyez, etc. Douloureuse, etc.

Soussy avecques vous s'alye, Si lui dy je que c'est folie, Quel mesnaige! Dieu vous convoye Si loing, tant que vous revoye Querir, quant? jamais en ma vie. Trop ennuyez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu, Je suis à l'estude tenu, Es derreniers jours de ma vie; Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, Quant me sens vieillart devenu. Escollier, etc. Des verges, etc.

Pitié convient que pour moy prie, Qui me treuve tout esperdu, Mon temps je pers, et ay perdu, Comme rassoté en folie. Escollier, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Escollier de Merencolie, Par Soussy qui est le recteur, A l'estude est tenu mon cueur; Et Dieu scet comme on le chastie. De s'y mectre fist grant folie, Car on le tient à la rigueur. Escollier, etc. Par Soussy, etc.

Bon temps n'aura jour de sa vie. Puisqu'il y est, de son maleur, Dedens le livre de douleur, Lui est force qu'il estudie. Escollier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Et fust ce ma mort, ou ma vie, Je ne puis de mon cueur chevir, Qu'il ne veuille conseil tenir Souvent, avec Merencolie. Si lui dy je que c'est folie, Mais comme sourt ne veult oir Et fust ce, etc. Je ne puis, etc.

A Grace, pour ce, je supplie Qu'il lui plaise me secourir, Au par aller ne puis fournir, Se ne m'aide par courtoisie. Et fust ce, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mye. Trop privée vous devenez. Soussy avecques vous menez, Mon huis ne vous ouvreray mye. Allez vous en, etc. Ennuyeuse, etc.

Car mon cueur en tourment tenez, Quant estes en sa compaignie; Prenez congié, je vous en prie, Et jamais plus ne retournez, Allez vous en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A qui en donne l'en le tort? Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun message De beaulté plaine de confort. Ilz crient: Resveille qui dort, Lors le cueur ne dort pas si fort, Qui ne dye: J'oy compter rage. A qui en, etc. Puisque le, etc.

Adoncques Desir picque et mort, Savez comment? jusqu'à la mort; Mais le cueur, s'il est bon et sage, Remede y treuve et avantage, Bien, ou mal en vient oultre bort. A qui en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir L'embusche de plaisant desir, Comme hardiz avanturiers; Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, Et leurs gaiges fault desservir. Doivent ilz, etc. Les yeulx, etc.

Ilz se tiennent siens si entiers, Qu'au besoing ne pevent faillir, Jusques à vivre, ou à mourir. Ilz le font bien, et voulentiers. Doivent ilz, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

N'oubliez pas vostre maniere, Non ferez vous, je m'en fais fort, Ennuy armé de desconfort, Qui tousjours me tenez frontiere, Venez combatre à la barriere, Et faictes à coup vostre effort. N'oubliez pas, etc. Non ferez, etc.

Quant mectez sus vostre banniere, Cueurs loyaux guerriez si fort, Que les faictes retraire ou fort De Douleurs, à piteuse chiere. N'oubliez pas, etc.

RONDEL.

(Orleans)

Chiere contrefaicte de cueur. De vert perdu et tanne painte, Musique notée par fainte, Avecques faulx bourdon de maleur. Qui est il ce nouveau chanteur? Qui si mal vient à son actainte. Chiere, etc. De vert, etc.

Je ne tiens contre, ne teneur Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte, C'est la chapelle de douleur. Chiere, etc.

RONDEL.

(Le grant Seneschal.)

Qui trop embrasse, peu estraint; Je le dy pour maintes et maint Qui scevent servir de telz tours, Mectans loyaulté en decours, Dont leur bon los peut estre estaint. Qui a choisy et pris party, Puisque son cueur y a party, Est ce bien fait de le laisser? Pose qu'on feust trop mieulx party, Si seroit ce mal depparty, Et son honneur trop fort blesser. Qui varie, sans bien remaint; Par fermeté souvent on vaint, Les bons trouvent tousjours secours, Ceulx qui changent, l'ont à rebours; Il est pieca escript et paint. Qui trop, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Il n'est nul si beau passe temps Que de jouer à sa pensée, Mais qu'elle soit bien despensée Par raison, ainsi je l'entens. Elle a fait milz despens contens, Par espoir soit recompensée. Il n'est, etc.

Elle dit: A ce je m'actens, Veu qu'ay loyaulté pourpensée, Que de mes soussiz dispensée Seray, malgré les malcontens. Il n'est, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Le cueur, dont vous avez la foy, Se recommande à vous, ma Dame, Vous faisant savoir qu'il vous ame, Mais pensez que ce n'est pas poy. Il parle nuyt et jour à moy, En vous louant, belle, plus que ame. Le cueur, etc. Se recommande, etc.

Il m'a juré, et je le croy, Qu'à son vivant n'ayma tant femme, Et Dieu scet comment il me blasme Que plus souvent je ne vous voy. Le cueur, etc.

RONDEL.

Prophetizant de vostre advenement, Voyant venir voz haulx biens clerement, Acompaignez de vostre grant beaulté, A vous amer si fort me suis bouté, Qu'au monde n'ay nul autre pensement. Tres que mon oueil vous vit premierement, Il ordonna mon cueur entierement Pour vous servir en toute feaulté. Prophetizant, etc.

Lors je jugay, à mon entendement, Que quelquefoiz j'auroye advencement. Vous remonstrant ma tres grant loyaulté, Et que de biens j'auroye à grant planté, Cela je creu des le commencement. Prophetizant, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Mon oueil, je te pry et requier Que tu n'ayes plus en pensée D'aler veoir ma tant desirée. Ou tu me metz en grant dangier: Et si te dy, pour abregier, Que c'est ma mort toute jurée. Mon oueil, etc. Que tu n'ayes, etc.

Quant tu la verra au moustier, Ou quelque part à la passée, Ne te metz pas en sa visée, Car perilleux est tel archier. Mon oueil, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance; car, en ma jeunesse, Savez que vous amoye bien; Pour vous n'ay espargné du mien, Or suis povre, plain de foiblesse. Pour Dieu, etc. Veu que, etc.

Devoir ferez, comme je tien. Car j'ay despendu à largesse, Pieca, mon tresor de liesse, Et maintenant je n'ay plus rien. Pour Dieu, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie, Quant je la cuide faillie, J'y rentre de plus en plus. Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plaisance lie. C'est la prison, etc. Que de ma, etc.

Oncques ne fut Tantalus En si tres peneuse vie, Ne, quelque chose qu'on die, Chartreux, hermite, ou reclus. C'est la prison, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Ha! mort, helas! Veu que je suis de vivre las, Que ne tens tu vers moy tes las, Pour abregier mon infortune, Aussi pour monstrer à Fortune Qui me fortune, La puissance que sur elle as. Fay ton effort, et si t'avance, Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce Que je m'occye de mes mains; Monstre ton povoir et savance, Puisque je vueil faire l'avance, Car certes tu ne peutz à mains. Pren tes esbas A faire cesser noz debas, Aussi bien sont ce tes cabas Que de tousjours trouver rancune; Tu es seule, celle et chascune: Sans autre aucune, Par qui tout cesse hault et bas. Ha! mort, helas!

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Par bien celer mains tours divers, Monstrant de son vueil le revers, Soubz ung peu de maniere fainte. Avec abstinence contrainte, Sont les secrez d'Amours ouvers. Refus les deffent à travers, Et ne sont à nulz descouvers, Que ce ne soit en tres grant crainte. Par bien celer, etc.

Honte, les tient clos et couvers, Pour les faulx Dangiers et pervers. Dont elle a eu repcouche mainte; Mais pour venir à nostre actainte, Loyaulté nous baille ces vers. Par bien celer, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Ou val obscur, avantureux, Où les loyaulx cueurs doloreux Des amoureux Sont condempnez d'user leurs jours, En piteux plains et grans clamours, Me tient Amours, Comme le chief des langoureux. Et faut qu'avec les maleureux, Par son faux refus rigoureux, Plus que poureux, J'actende la mort à secours. Ou val obscur, etc.

C'est le hault guerdon dangereux, Ordonné pour moy et pour eulx, Peu savoureux, Sans autre part avoir recours; Et la voyant nostre decours. De criz et plours, Faisons ung tresor plaintureux. Ou val obscur, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Que me grevez plus que oncques mes, Me voulez vous à tousjours mes Tenir en courroux et rudesse; Je vous fais loyalle promesse Que ne vous aymeray james. A! que vous, etc. Que me, etc.

Vous m'avez banny de jeunesse, Rendre me convient desormais, Et faictes vous bien? Nennil, mais, De tous maulx on vous tient maistresse. A! que vous, etc.

RONDEL.

Les biens de vous, honneur et pris, M'ont tant espris De vous amer, ma gente Dame, Qu'il n'est pas en puissance d'ame De tourner ailleurs mes espris. C'est à moy trop hault entrepris, Com mal apris, Mais blasmez en, s'il y a blasme, Les biens, etc.