Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 19

Chapter 194,000 wordsPublic domain

Or te requier, à jointes mains, Que tu vueilles, à tout le moins. Me tollir le mal qui me blesse; Car je suis en telle destresse, Que languir me fault, soirs et mains. Pour les, etc.

RONDEL.

{Benoist d'Amien.)

Pour parvenir à vostre grace, Esperant que mon dueil efface, Vous vueil servir jusqu'à la mort; De ce, vous povez tenir fort, Que nul autre bien ne pourchace. Par quelque semblant que je face, Ne quelque chemin que je trace, N'est que pour arriver au port. Pour parvenir, etc.

Quant des yeulx ne vous voy en place, Plus rien qui soit ne me soulace, Dont soussy me tient si tres fort; Non pourtant, mon seul reconfort, Ne me chault quoy qu'on me mefface, Pour parvenir, etc.

RONDEL

de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

A ce jour de saint Valentin, Puisqu'estes mon per ceste année, De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin. Menez à beau frere hutin Tant qu'ayez la pense levée. A ce jour, etc.

Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma mal assenée, Dont me fait les groings au matin. A ce jour, etc.

RONDEL.

(Tignonville.)

Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle, Mon cueur a choisy Damoiselle, Moyennant l'amoureux desir. Par ung regart fait à loisir, Se voult logier es mains de celle. Pour la, etc. Ceste saint, etc.

S'on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'il se rappelle, Et puis se tiengne à la plus belle Que ses yeulx lui pourront choisir. Pour, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Contre _fenoches_ et _nox buze_, Peut servir ung tantost de France, _Daly_ parolles de plaisance, Au plus _sapere_ l'en cabuze, Ja _cossy_ maintes foiz s'abuze, _Grandissime_ fault pourveance. Contre _fenoches_, etc.

_Sta fermo_, toutes choses uze, _Aspecte_ ung _poco_ par savance, _La Rasonne fa_ l'ordonnance _De quella_ medicine on uze, Contre _fenoches_, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de pensée, Avecques mon cueur, seul entray. Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée. Ce premier, etc. Quant, etc.

En gast, fleurs et arbres trouvay; Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent, ou nuée, Avoit fait tel piteux array. Ce premier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors merencolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses yeulx, voit. Ung malade s'en gueriroit, Et ung mort revendroit en vie. Qui est cellui, etc. De bouter, etc.

En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit. Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie, Qui partout vous va reboutant; Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye. Allez vous, etc. Ennuyeuse, etc.

Jusques vers Karesme prenant Que jeusne les gens amaigrie, Et la saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant, ne quant. Allez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant beaulté fait de morisque l'entrée, De plaisance si richement parée, Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant: C'est cy raige desesperée. Qui est cellui, etc. Quant, etc.

Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit: A! vieille rassotée, Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose où ne gist gueres d'amendement. Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief; Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, De travailler sans riens mener à chief; C'est par espoir, ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, J'en parle au vray, à mon entendement. Bon fait avoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous povez garder. Cuidez vous, par voz motz farder. Mener les gens de deux en trois. Je vous, etc. Et part, etc.

Vous savez tirer et tarder, Raige faictes, et feu Gregois; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder. Je vous. etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort, Beaucoup de soussy sans confort, Oultraige de peine, où que soye; Trop de douleur à grant montjoye, Foison de tres piteux rapport. Plus de desplaisir, etc. Assez d'ennuy, etc.

Tant de grief que je ne diroye, Mains amant ma vie, que mort, Pis que mourir, n'est ce pas fort? Telz beaulx dons fortune m'envoye. Plus de desplaisir, etc.

RONDEL.

(Orléans}

Pour mon cueur qui est en prison, Mes yeulx vont l'aumosne quérir; Gueres n'y pevent acquérir, Tant petitement les prise on. Reconfort qui est l'aumosnier, Et Espoir, sont allez dehors; On ne donna point l'aumosne hier, Refus estoit portier alors. Pour mon, etc.

Il est si plain de mesprison, De rien ne le faut requerir, N'essayer de le conquerir, Tousjours tient sa vieille aprison. Pour mon, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Fortune! sont ce de voz dons? Engoisses que vous aportez, A présent vous en deportez, Ce sont trop doloreux guerdons; D'entrer ceans vous deffendons, Dures nouvelles rapportez. Fortune, etc. Engoisses, etc.

Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez Jouer vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons. Fortune, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Et comment l'entendez vous? Ennuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie. Me tourmenter en courrous? Le plus maleureux de tous Doy je estre? je le vous nye. Et comment, etc, Ennuy, etc.

De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie, Tout va sen dessus dessous. Et comment, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Voire, dea! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray; Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie. Voire, dea, etc. Ennuyeuse, etc.

Jamais ne m'y rebouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon eur à moy s'alie, Je fait à vous, mais non feray. Voire, dea, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté, Ung peu je soye déporté, Que Desespoir ne me conqueste; Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument deporté. Fortune, passez, etc. Quant, etc.

Mon droit, sans que plus y acqueste. Aux jeunes gens j'ay transporté; Se riens est de moy rapporté, Je vous prie qu'on en face enqueste. Fortune, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

De quoy vous sert cela? Fortune, Voz propos sont, puis longs, puis cours, Une foiz estes en decours, L'autre plaine comme la lune; On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours. De quoy, etc. Voz propos, etc.

S'est vostre maniere commune; Car, quant je vous requiers secours, Vous fuyez, apres vous je cours, Et pitié n'a en vous aucune. De quoy, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie. A Nonchaloir vueil tenir compaignie, Par qui j'auray repos sans que m'esveille. Serviteur, etc. Je ne seray, etc.

Se de vous puis faire la departie, Et il seurvient quelque estrange merveille, Legierement passera par l'oreille; Au contraire jamais nul ne me die. Serviteur, etc

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l'effort? Par tout je vois criant: Confort, Confort, C'est pour neant, jamais ne me respont. Me convient il tousjours ou plus parfont De dueil nager, sans venir à bon port. Pourquoy moy, etc. Doy je, etc.

J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, Ou je cuide qu'il contrefait le mort: Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. Pourquoy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, mains que nulluy Que je congnoisse aujourduy, Auray je part en liesse, Veu qu'ay despendu jeunesse Longuement, en grant ennuy. Doy je donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon eur, qu'à peu de largesse. Pourquoy moy, etc.

J'ay loyal désir suy, A mon povoir, et fuy, Tout ce qui à tort le blesse; Désormais, en ma vieillesse, Demourray je sans apuy? Pourquoy moy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

C'est pour rompre sa teste De fortune tanser, Qui à riens ne s'arreste, Trop seroit fait en beste. C'est pour, etc. Quant elle tient sa feste, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste. C'est pour, etc.

RONDEL.

Du tout retrait en hermitage De Nonchaloir, laissant folie. Desormais veult user sa vie, Mon cueur, que j'ay veu trop volage. Et savez vous qui son courage A changié? s'a fait maladie. Du tout, etc. De Nonchaloir, etc.

Fera il que fol, ou que sage? Qu'en dictes vous? je vous en prie, Il fera bien, quoy que nul dye, Moult y trouvera d'avantage. Du tout, etc.

RONDEL.

Sans faire mise, ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur, en propos je maintien; Que mal et bien en gré accepte. Se fortune est mauvaise, ou bonne, A chascun la fault endurer; Quant raison y mectra la bonne, Elle ne pourra plus durer; Rien n'y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien, Qui fera le mal, ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte. Sans faire, etc.

RONDEL.

Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin, N'auray je que d'Espoir butin, L'actente des desconfortez. Petitement vous m'enhortez D'estre joyeulx à ce matin. Est ce tout, etc. A vostre jour, etc.

Nulle rien ne me rapportez, Fors _bona dies_ en latin, Vieille relique en viel satin; De telz presens vous deportez. Est ce tout, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Ou millieu d'espoir et de doubte, Helas! je pense jours et nuys; Mais, par Dieu! bien bref, se je puis, J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste. Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute, Si non que maintenant j'en suis. Ou millieu, etc. Helas! je pense.

J'ay tant fait le guet et l'escoute, A la fenestre et à l'uis, Et n'ay pas ce que g'y poursuis, Aincois m'est force que j'escoute. Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De dueil, par le doulx temps d'espoir, La nef de desireulx vouloir A port eureux fait sa descente; Sa marchandise met en vente, Et à bon marché la presente A ceulx qui ont fait leur devoir. Quant pleur, etc. Et que cessée, etc.

Lors les marchans de longue actente, Pour gaigner, et corps, et rente, En ont ce qu'en pevent avoir; D'en acheter font leur povoir; Tant que chascun cueur s'en contente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Faret.)

Ou millieu d'espoir et de doubte, Une foiz mal, autre foiz bien, Je m'y trouve; mais je voy bien Que c'est fortune qui m'y boute; Et pour vous dire, somme toute, C'est une chose où n'entens rien. Ou millieu, etc. Une foiz, etc.

Mais quelque chose qui me coute, Si est ce bien le vouloir mien De m'ouster hors de ce lien Aucuneffoiz, tant me reboute, Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

En la grant mer de desplaisance, Sans avoir espoir d'alegance De trouver port, fors de douleur, Nage tousjours mon povre cueur, En bateau banny d'esperance; Voille n'a que de decevance, Ne soutte que de pascience, Jamais n'y vente que maleur. En la grant, etc. Sans avoir, etc.

Dueil, Soussy ont la gouvernance; Qui ne lui donnent, pour pitance Que bescuit durcy de langueur, Avecques eaue de rigueur; Ainsi languist, faisant penance. En la grant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Le bruit sourt de jeux et risée, Et Joye vient appareillée De recevoir d'Espoir sa rente Assignée sur longue actente. Mais apres loyaument paiée. Quant, etc. Le bruit, etc.

Ja Reconfort est mis en vente, Et Plaisance fait sa livrée De biens si richement ouvrée, Que deuil fuyt, et s'en mal contente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Chose qui plaist est à demy vendue, En quelconque marchandie que ce soit. Mais l'ueil prise tel chose qui decoit, Le plus souvent, quant elle est bien congnue; Car, quant Amour se vendoit à Priere, Peu de marchans y conquestoit proufit; Desir survient qui met la fole enchiere, A qui marchié de raison ne suffit. Adonc vela qui apovrist, et tue Le maleureux que chascun monstre au doit, Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit, Dont s'ordre n'est à son droit maintenue. Chose qui plaist, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Quant je congnois que vous estes tant mien, Et que m'aymez de cueur, si loyaument, Je feroye vers vous trop faulcement Se, sans faindre, ne vous amoye bien; Essayez moy se vous fauldray en rien, Gardant tousjours mon honneur seulement. Quant, etc. Et que, etc.

Se me dictes: Las! je ne scay combien Vostre vouloir durera longuement; Je vous respons, sans aucun changement, Qu'en ce propos me tendray, et me tien. Quant, etc.

RONDEL

pour Monseigneur de Beaujeu.

Puisqu'estes de la contrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx, Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? Qu'en dictes vous de telle vie? Souffler vous y fault l'alquemie, Ainsy que font jeunes et vieulx. Puisqu'estes, etc. D'Amours, etc.

Ne cuidez par nygromancye Estre invisible; se m'aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Comment jourez de l'escremye. Puisqu'estes, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Dedans l'amoureuse cuisine, Où sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine. Saulce ne faut, ne cameline, Pour jeunes appetiz nouveaulx. Dedans, etc. Où sont, etc.

Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux, C'est au cueur vraye medicine. Dedans, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Où le trouvez vous en escript? Se dient à mon cueur mes yeulx, Que nous ne soyons vers vous tieulx Que devons, de jour et de nuyt. Se ne vous conseillon prouffit, Nous en croirez vous? nennil, Dieux. Où le trouvez, etc.

Quant rapportons quelque deduit Que nous avons veu en mains lieux, Prenez en ce qui vous plaist mieulx, L'autre lessez, est ce mau dit? Où le trouvez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée, Qui doit fournir la despense du cueur. Despartir fait farine de doulceur, D'avecques son de dure destinée. L'eaue, etc.

Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, En prent prouffit, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe mainteffois, par rigueur. L'eaue, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En verray je jamais la fin De voz euvres? Merencolie, Quant au soir de vous me deslie. Vous me ratachez au matin; J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie. En verrai je, etc. De voz euvres, etc.

Vers moy venez en larrecin, Et me robez plaisance lie; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin. En verray je, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soupper ou baing, et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie, L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, Les autres font balades, ou rondeau. Et y boit on du viel et du nouveau, On l'appelle le desduit de la pie. Soupper ou baing, etc. En ce monde, etc.

Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; A mon advis, c'est mestier bon et beau. Soupper ou baing, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qu'est cela? c'est Merencolie. Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce Que vostre compaignie acourse Mes jours, dont je foys grant folie. Se me chassez par chiere lie, Brief revendray de plaine course. Qu'est cela, etc. Vous, etc.

Il fault que raison amolie Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez auroir ressource, Mais que vostre mal sens deslie. Qu'est cela, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire, C'est de quoy on fait memoire, Quant on vient en aucun lieu. Ce n'est ne bourde, ne jeu, Qui mon conseil vouldra croire? En yver, etc. Et en esté, etc.

Chaulx morceaux faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire, En chault, froide pomme, ou poire; C'est l'ordonnance de Dieu. En yver, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. Estroictement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. Ne cessez, etc. Et fort, etc.

Et leur monstrez telle rigueur, Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, A vous, vous monstrant leur Seigneur. Ne cessez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n'a sur mon fait envye. D'en tant parler, ce m'est follie, Il vault trop mieulx que je me taise. Je ne voy, etc. Et ne scay, etc.

Vouldroit aucun changer sa vie A moy? pour essayer mon aise; Je croy que non, car plus mauvaise Ne trouveroit, je l'en deffie. Je ne voy, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur Qui parmi Confort et Douleur, Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? Peu, respondy pour le meilleur. Ne bien, ne mal, etc. J'ay trouvé, etc.

Aux dames et aux paons fais veulx, Se fortune me tient rigueur, De sa foy requerray bon eur, Qu'il s'aquicte quant je me deulx. Ne bien, ne mal, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fermez lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie, Gardez qu'elle n'entre mye, Pour gaster nostre mesnaige; Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye. Fermez lui l'uis, etc. Mon cueur, etc.

C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie, Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige. Fermez lui l'uis, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours, Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les deboute. L'oreille je tens, et escoute Savoir que, sur ce, dit Secours. Ou millieu, etc. Les cueurs, etc.

Eslongné de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours, Dieu y voye, je n'y voy goute. Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Devenons saiges desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais. Passer fault nostre temps en paix, Veu que sommes du renc des vieulx. Devenons, etc. Mon cueur, etc.

Se nous povoions par souhaiz Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux; Mais les plus grans coups en sont faiz, Devenons, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui le vous a commandé? Soussy, de me mener guerre; Avant qu'on vous aille querre, Venez sans estre mandé. M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m'enferre. Qui le vous, etc. Soussy, etc. Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre, Apres que seray en terre, Vous en sera demandé. Qui le vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, Regardez les, sont ilz pas à louer? Au service sont tous pres d'eulx louer Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. Bon escolle sauront bientost aprendre, Bons escolliers, je les vueil advouer. Ces beaulx, etc. Regardez, etc.

Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs braz la chemise nouer, Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. Ces beaulx, etc.

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Si fait, dea! des foiz plus de trente, Maint se tourmente, Souffrant le revers de son vueil, Et touteffoiz lerme de l'ueil Neist hors du sueil, Pour payer du courroux la rente; Du dolent, ou de la dolente, Qui seuffre doleur non pas lente, Sans nulle actente D'assouagement de leur dueil. Quant pleur, etc.

Tant y en a en ceste sente, Souffrans de corps, de cueur, d'entente, Loing de la tente Où sont Plaisance et Doulx acueil; Quant à moy, des maulx que recueil, Dont tant me dueil, Seulet, à part moy, me guermente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Orléans)

D'Espoir, il n'en est nouvelles, Qui le dit? Merencolie, Elle ment, je le vous nye; A! a! vous tenez ses querelles. Non faiz, mais parolles telles Courent, je vous certiffie. D'Espoir, etc. Qui le dit, etc.

Parlons doncques d'autres, quelles? De celles dont je me rie, Peu j'en scay, or je vous prie Que m'en contez des plus belles. D'Espoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Une povre ame tourmentée Ou Purgatoire de Soussy, Est en mon corps, qu'il soit ainsi; Il y pert, et nuyt, et journée, Piteusement est detirée, Sans point cesser, puis là, puis cy. Une povre, etc. Ou, etc.

Mon cueur en a peine portée, Tant qu'il en est presque transy; Mais esperance j'ay aussi, Qu'au derrenier, sera sauvée. Une povre, etc.

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau.)

Espoir où est? en chambre close, Et là que fait? il se repose, Sera il empiece esveillé? Il dit que il a trop veillé, Et que dormir veult une pose. Que pour quelque pris je compose A vous, et l'esveiller je n'ose, Car il est las, et traveillé. Espoir, etc.

Par Dieu, ainsi que je suppose, Il fait quelque roman, ou glose; Moy mesmes suis esmerveillé De le veoir si ensommeillé, Ne m'en direz vous autre chose? Espoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux Qui, en penser desireux, Va songant soir et matin; Donnez lui ung bon tatin, Il s'endort le maleureux. Pour, etc. Il ne, etc.

D'eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses cheveulx, D'un coup d'esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin. Pour, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qu'esse la? qui vient si matin? Se suis je, vous, saint Valentin, Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous departir butin? A present nulluy ne demande, Fors bon vin et bonne viande, Banquetz, et faire bonne chiere; Car Karesme vient et commande A charnaige, tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arriere. Ce nous est ung mauvais tatin, Je n'y entens nul bon latin, Il nous fauldra dorenavant Confesser, penance faisant, Fermons lui l'uys à tel hutin. Qu'esse la, etc.

RONDEL.

Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise; Trop a esté, dont me poise, Avecques vous, c'est folie. Commandez, etc. Mon cueur, etc.

Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie A traictez en tirannie; Sang de moy, quelle bourgoise! Commandez, etc.

RONDEL.

(Bourbon jadiz Clermont.)

Je gis au lit d'amertume et doleur, Livré à mort, par faulte de secours, Et si ne scay quant finera le cours De mon aspre et immortel malheur. Priez pour moy, car je m'en vois mourir, Mes bon amis, aiez en souvenance; On ne me veult au besoing secourir, Requerez en, apres mes jours, vengance. Si vous m'amez, car c'est pour la valleur D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours Ma povre vie, sans repit, ne recours, Pour estre tant son loyal serviteur, Je gis au lit, etc.

RONDEL.

(Response d'Orleans à Bourbon.)

Comme parent et alyé Du duc Bourbonnois à present, Par ung rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé; Par une, gist malade, mis Ou lit d'amertume et grevance, Requerant tous ses bons amis, S'il meurt, qu'on demande vengance. Quant à moy, j'ay ja deffie Celle qui le tient en tourment, Et apres son trespassement, Par moy sera bien hault crié. Comme parent, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, Criant mercy piteusement, S'ilz le chastient rudement, Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? Batu de verges de Beaulté, De lui font sang par tout courir, Mais qu'il n'ait fait desleauté, Pitié le devroit secourir; S'il n'a point hanté entre tieulx Qui ne s'acquictent loyaument; Doit estre tel pugnissement, A mon advis, en autres lieux. Quant, etc.

RONDEL.

(Le Seneschal.)