Chapter 18
Le fer est chault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien; Tout le saurez, sans celer rien, Se venez vers moy vous esbatre. Il a convenu fort combatre, Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. Le fer est chault, etc. Vostre fait, etc.
Convoitise vouloit rabatre Escharsement, et trop du sien; Mais ung peu j'ay aidié du mien, Qui l'a fait cesser de debatre. Le fer est chault, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Je regrecte mes dolans jours, Comme celluy la qui tousjours Ne fait que desirer sa mort; Car plus avant vois, et plus fort Acroissent mes dures dolours. Quant on me fait d'estranges tours, Que, mille foiz le jour, en plours, Me fault dire par desconfort: Je regrecte, etc.
En vous seul est tout mon recours, Faictes donc, plustost que le cours, Cesser le mal que souffre à tort, Ou autrement je me voy mort, Et tout pour bien servir Amours. Je regrecte, etc.
RONDEL.
(Responce au dit Fredet.)
Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent Que j'ay delivré franchement, Cuidant de vous donner secours. Se ne sont pas les premiers tours Dont Convoitise sert souvent. Se regrectez, etc. Et je regrecte, etc.
Mais se vous n'avez voz amours, Puisque Convoitise vous ment, Le mien recouvreray briefment, Ou mectray le fait en droit cours. Se regrectez, etc.
RONDEL.
à Daniel.
Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison, Je n'ayme fors ung chapperon, Et ung couvrechief, plus n'en veulx; C'est assez pour ung amoureux; Mal me louez, ce faictes mon. Vous dictes, etc. Mais vous, etc.
Certes je ne suis pas de ceulx Qui partout veulent à foison Eulx fournir, en toute saison; N'en parlez plus, j'en suis honteux. Vous dictes, etc.
RONDEL.
(Olivier de la Marche)
Pour amours des dames de France, Je suis entré en l'observance Du tres renommé saint Francois, Pour cuidier trouver une fois La doulce voye d'alegance. Saint suis de corde de souffrance, Soubz haire d'aigre desirance, Plus qu'en mon Dieu ne me congnois. Pour amours, etc. Je suis entré, etc.
Soubrement vis de ma plaisance, Et june ce que desir pense, Mandiant par tout où je vois, Je veille à conter, par mes dois, Les maulx que m'a fait Esperance. Pour amours, etc.
RONDEL.
(Vaillant.)
Des amoureux de l'observance, Je suis le plus subgiet de France, Car je sers d'estre mandien, Et cherche le cotidien; Mais nul en mon sac rien ne lance. Aux freres l'aumosne, pour Dieu, Tousjours vois criant d'uys en huis, Las! Charité ne trouve en lieu, Ne Pitié ne scet qui je suis, Retourner m'en fault sans pitance; Desir le proveheur me tance, Puis le beau pere gardien, Pis suis que Boesme, n'Yndien; L'ordre vueil laisser sans doubtance. Des amoureux, etc.
RONDEL.
(George.)
Les serviteurs submis à l'observance, Quoyque souvent, il leur tourne à grevance, De non avoir leur plaisir à toute heure; Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, A telz servans ne fist onc decevance; Mains il convient par contrainte eslevance, Qu'onneur, fortune, ou amour les avance En quelque endroit, et au besoing seceure. Les serviteurs, etc. Quoyque, etc. De non, etc.
Ce long souffrir en penible estrivance N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance, Finablement, qui les paye et honneure; Apres l'aigret, trouve on la doulce meure Qui radoulcist en leur propre savance. Les serviteurs, etc.
RONDEL.
(Vaillant.)
Quant à moy, je crains le filé Que d'autres ne craignent mye, C'est d'avoir Dame sans amye, Qui est un cas mal compilé. Le fait d'amour est avilé, Car Pitié y est endormie. Quant à moy, etc. Que d'autres, etc.
Puis voy, par maint bec affilé Faire plus fort que l'arquemie, Dont, sur mon ame, je fremie Et de paour d'estre aux piez pilé. Quant, etc.
RONDEL.
Celle que je ne scay nommer Com à mon gré desireroye, Ce jour de l'an, de biens et joye Paise à Dieu de vous estrener. S'amie vous vueil appeller, Trop simple nom vous bailleroye. Celle que, etc. Com à mon, etc.
De ma Dame, nom vous donner, Orguilleuse je vous feroye, Maistresse point ne vous vouldroye; Comment donc doy je à vous parler? De celle, etc.
RONDEL.
A ce jour de saint Valentin, Que l'en prent per par destinée, J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, Pluye, vent et mauvais chemin. Il n'est de l'amoureux butin, Nouvelle, ne chancon chantée. A ce jour, etc. Que l'en, etc.
Sourges me donne ce tatin, Et à plusieurs de ma livrée; Mieulx vauldroit en chambre natée Dormir, sans lever sy matin, A ce jour, etc.
RONDEL.
(Bouciquault.)
Assez ne m'en peuz merveiller Qu'aucuns amoureux ont creance D'estre de ceulx de l'observance, Mais plus n'y veulent travailler. Je dy que leur vaulsist trop mieulx Plus large reigle avoir choisie; Par servir jeunes, et puis vieulx, Laisser tout, c'est ypocrisie. Autre nom leur convient bailler, C'est apostat, qui pour doubtance D'avoir un peu de penitance, Ont voulu Loyaulté soiller. Assez m'en, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Ce n'est pas par ypocrisie, Ne je ne suis point apostat Pourtant, se change mon estat Es derreniers jours de ma vie. J'ay gardé, ou temps de jeunesse, L'observance des amoureux, Or m'en a bouté hors Vieillesse, Et mis en l'ordre douloreux Des chartreux de Merencolie, Solitaire, sans nul esbat; A briefz motz, mon fait va de plat, Et pour ce, ne m'en blasmez mye. Ce n'est pas, etc.
RONDEL.
(Bouciquault.)
Monstrer on doit qu'il en desplaise Du meffait, à qui n'a povoir De servir; car si cru pour voir, En parler, il semble qu'il plaise; Qui ne peut pour le moins se taise, Et face en dueil larmes pleuvoir. Monstrer on doit, etc. Du meffait, etc.
Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, Pour aage, d'y faire devoir, Chascun scet bien apparcevoir Que pou courcé, tost se rappaise. Monstrer on doit, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
A quiconques plaise, ou desplaise, Quant Vieillesse vient les gens prendre, Il convient à elle se rendre Et endurer tout son malaise. Nul ne peut faire son devoir De garder d'Amours l'observance, Quant, avecques son bon vouloir, Il a povreté de puissance. Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, Car j'en ay à vendre et revendre; Ung chascun doit son fait entendre; Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. A quiconques, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Le truchement de ma pensée, Ceste saint Valentin passée, J'ay envoyé devers Amours, Pour lui compter les grans dolours Que seuffre, pour ma tant amée; Requerant ma peine alegée, Autrement ma vie est finée, Comme scet bien, il a mains jours. Le truchement, etc.
Et quant sa raison eut contée, Lui dist: Ta requeste m'agrée, Car trop leal l'ay veu tousjours; Lors fut commandé mon secours, Et le m'apporta la journée, Le truchement etc.
RONDEL.
(Simonnet Caillau.)
Pour bref telz maulx d'amours guerir, Esgrun de Dueil te fault fuyr, Les poix au veau te sont contraires, Quant les fleurs de plaisans viaires Sont dedans mises au boillir. L'oubliete te peut servir, Et l'herbe de Nonsouvenir, A faire bons electuaires. Pour bref, etc.
Du triacle de Repentir, Pour tes accez faire faillir, Prendras sur les appoticaires; Avecques siropz necessaires, Faiz en succres de Deppartir. Pour bref, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Les malades cueurs amoureux Qui ont perdu leurs apetiz, Et leurs estomacs refroidiz Par soussiz et maulx douloureux, Diete gardent sobrement, Sans faire exces de trop douloir; Chaulx electuaires souvent Usent de Conforté vouloir, Succres de Penser savoureux, Pour renforser leurs esperiz; Ainsi pevent estre gueriz, Et hors de danger langoureux. Les malades, etc.
RONDEL.
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
Pour brief du mal d'amer guerir, Esloingner l'air de Souvenir Convient, sans grant merencolie; Apres tout mes, mengier l'oublie Pres du couchier, pour mieulx dormir. De Nonchaloir, pour adoulcir La medicine de Desir, Prendre fault la plus grant partie. Pour brief, etc. Esloingner, etc.
Puis ung beau regime, à l'issir De vostre acces, pourrez choisir, D'une Leaulté m'y partie, Affin que ne rencheez mye, Faictes reffuz d'amour bannir. Pour brief, etc.
RONDEL.
Pour tous voz maulx d'amours guerir, Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancollie, Et n'obliez pas la soussie, Et meslez tout en Desplaisir. L'erbe de loing de son Desir, Poire d'Angoisse pour refreschir, Vous envoye Dieu, de vostre amye. Pour tous, etc.
Pouldre de Plains pour adoulcir, Feille d'aultre que vous choisir, Et racine de Jalousie, Et de tretout la plus partie Mectes au cueur, avant dormir. Pour tous, etc.
RONDEL.
Puisque tu t'en vas, Penser, en message, Se tu fais que sage, Ne t'esgare pas. Au mieulx que pourras, Pren le seur passage. Puisque, etc. Penser, etc.
Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long voyage Ne deviengnes las. Puisque, etc.
RONDEL.
L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, Et ont trouvé contenance nouvelle; Pour mieulx embler priveement Plaisance, Mommerie sans parler de la bouche, En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, Faignent souvent l'amoureuse querelle; Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, Vestu m'y suis à droit et à rebours; Je jangle trop, au fort, je me rappelle. L'ueil et le cueur, etc.
RONDEL.
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
Pour eschever plus grant dangier, Certes, mon cueur, il est mestier, Puisque nous alons veoir la belle, Que tenez mon ueil en tutelle, Qui ne vous donne à besongner; Commandez lui bien, sans prier, Qu'il ne croie riens de legier, Dont il vous rapporte nouvelle. Pour eschever, etc.
Et s'il ne s'y veult obligier, Mectez Raison pour espier
A part sa couverte cautelle; Car c'est cellui seul qui se mesle De tieulx defaultes corrigier. Pour eschever, etc.
RONDEL.
Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par pais; Jamais ne sont bons marchands esbahis, Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, Voyent Plaisir à bon marchié en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon eur? Et deussent ilz engaiger biens et rente, Et à rachat toute leur revenue, De lascheté seroient bien trays, Et devroient d'Amours estre hays; Marchandise doit estre maintenue. Chose qui plaist, etc.
RONDEL.
Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement, Qui du marchié le denier a Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. D'en debatre n'est que paine perdue, Prenez ore, qu'apres on s'en repent. Chose qui, etc. A bon compte, etc.
S'aucun aussi monstre sa retenue, Et au bureau va faire le serement, Les officiers n'y font empeschement, Mais demandent tantost la bienvenue. Chose qui, etc.
RONDEL.
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
L'abit le moine ne fait pas, Pourtant se je me veis de dueil, J'ay la lerme assez loing de l'ueil, Passant mes ennuiz au gros sas; Je fains d'assembler à grans tas Douleurs à part, mais quant je vueil. L'abit le, etc. Pourtant, etc.
Conclusion, vecy mon cas: De nulle rien je ne me dueil, En gré prens d'Amours le recueil, Soit beau, ou lait; puis je diz bas: L'abit le, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, Et plaisant maintient de visage Ne monstre pas toujours le cas. Alez tout soubrement le pas, N'est que contrefaire le sage. L'abit le, etc. L'ouvrier, etc.
Soubtil sens couchié par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage; Cuider decoit en mains estas. L'abit le, etc.
RONDEL.
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
De fol juge, briefve sentence; Certes bon cueur ne peut mentir, Et si ne scet du sac yssir Que ce qui est d'acoustumence. Là où Raison pert pascience, On voit bien souvent avenir, De fol juge, etc. Certes bon, etc.
Envie, atout sa double lance, Blesse en mains lieux sans cop ferir, Dont il se convient repentir Aucuneffoiz, qui bien y pense. De fol juge, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remedier, Quant l'advocat oultrecuidier, Sans raison, mainteffois sentence; Apres s'en repent et s'en tence, C'est tart, et ne se peut vuidier. De fol juge, etc. On n'y, etc.
Fleurs portent odeur, et sentence Et savoir vient d'estudier; Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, J'en dy ce que mon cueur sent en ce. De fol juge, etc.
RONDEL.
(Madame d'Orleans.)
L'abit le moine ne fait pas, Car quelque chiere que je face, Mon mal seul tous les autres pace, De ceulx qui tant plaignent leur cas. Souvent, en dansant fais mains pas Que mon cueur pres en dueil trespace. L'abit le, etc.
Las! mes yeulx gectent sans compas Des lermes tant parmy ma face, Dont plusieurs foiz je change place, Alant à part pour crier las! L'abit le, etc.
RONDEL.
(Guiot Pot.)
L'abit le moine ne fait pas, Car tel n'est pas vestu de noir, Qui a cause de se douloir; Par Dieu, qui congnoistroit son cas? S'on lui fait changer ses esbas Contre raison et son vouloir. L'abit le, etc.
Quant Fortune charge le bas Au compaignon, s'il a povoir, Et s'il joue ung tour de savoir, Disant que de souffrir est las. L'abit le, etc.
RONDEL.
(Messire Philippe Pot.)
En la forest de longue actente Où mainte personne est dolente, Espoir me promist de donner, Se bien vouloye cheminer, Ce qui tous amoureux contente. J'ay tout mis, cueur, corps et entente, A traverser chemin et sente, Pour cuider ce grant bien trouver. En la forest, etc. Où mainte, etc. Espoir me, etc.
Mais d'une chose je me vente, Que j'ay eu tous les jours de rente, Pour ma queste parachever, Paine et ennuy, sans conquester Riens, si non dueil qui me tourmente. En la forest, etc.
RONDEL.
(Anthoine de Lussay.)
En la forest de longue actente Où les contentés, Dieu contente, Je vous asseure, sur ma foy, Que je n'y ay eu, tant soit poy, Joye, ne bien dont je me sente. Pensez se ma vie est dolente, Veu, qu'ainsi soit, je me garmente, Et que nul bien n'y a pour moy En la forest, etc. Où les contentés, etc.
Ou fort, d'une chose me vente, Se je ne faulx en mon entente, Ou se la mort brief ne recoy, Que je y auray, savez vous quoy? Aucun plaisir qui vauldra rente. En la forest, etc.
RONDEL.
(Guiot Pot.)
En la forest de longue actente, Ja pieca, fus en une sente, Là où j'ay esgaré mon cueur, Mais y souffrit tant de douleurs Que tousjours convient que s'en sente Depuis, tousjours tant fort lamente, Par Fortune qui le tourmente, Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. En la forest de, etc. Ja pieca, etc.
Mais, s'il eschappe, bien se vente Qu'il gardera qu'on ne le tente Par beau parler, ne par rigueur; Car chascun se doit tenir seur Que l'on fault bien à son entente, En la forest, etc.
RONDEL.
(Gilles.)
En la forest de longue actente, Mon povre cueur tant se garmente D'en saillir par aucune voye, Qu'il ne lui semble pas qu'il voye Jamais la fin de son entente; Deconfort le tient en sa tente, Qui par telle facon le tente, Que j'ay paour qu'il ne le forvoye. En la forest, etc. Mon povre, etc.
Espoir en riens ne le contente, Comme il souloit, pourquoy dolente Sera ma vie, où que je soye; Et si auray, en lieu de joye, Dueil et soussy tousjours de rente. En la forest, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus, Fredet, on ne le voit plus; Est il mis en oubliete? Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte? Quant en oubly les a mis. Banny à son de trompete, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point fait sa retrete? Crié soit, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Se veoir ne vous voys plus, Helas! ce fait mariage, Qui me fait avoir courage D'estre desormais reclus; Puisque si fort m'a confus, Ne le tenez à oultrage. Se veoir, etc. Helas! etc.
Mais non pourtant, je conclus Que ce n'est pas fait que sage, Car j'en puis, à brief langage, Pour le moins perdre le plus. Se veoir, etc.
RONDEL
(Orléans.)
En l'ordre de mariage, A il desduit, ou courrous? Comment vous gouvernez vous? Y devient on fol, ou sage? Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, Rapporter m'en vueil à tous. En l'ordre, etc. A il desduit, etc.
Le premier an, c'est la rage, Tant y fait plaisant et douls; Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, Cesser me fait de langage. En l'ordre, etc.
RONDEL.
(Jacques bastart de la Tremoille.)
En la forest de longue actente J'ay couru l'année presente, Tant que la saison a duré, Mais j'ay esté plus maleuré Que homme qui vive, je m'en vente. La haye fut garnie de tente, Et fis ma queste belle et gente, Suivant les chiens, je m'esgaré En la forest, etc. J'ay couru, etc. Je cours, je corne, je tourmente En traversant, sans trouver sente, Me trouvay tres fort enserré, Tout seul presque desesperé, Cuiday mourir des fois soixante. En la forest, etc.
RONDEL.
(Le Cadet Dalebret.)
Dedans l'abisme de douleur, Où tant a d'amere saveur, Aussi d'angoisseuse destresse, Se trouve tourmenté, sans cesse, Pour vous amer, mon povre cueur. Ma Dame, par vostre doulceur, Secourez ce bon serviteur, A qui l'on fait tant de rudesse. Dedans, etc. Où tant, etc.
Las! ostez de lui tout maleur, Ou autrement il se tient seur De jamais n'avoir que tristesse; Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur. Dedans, etc.
RONDEL.
(Orleans.)
Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povres ames Des amans; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur. Ostez les de ceste langueur, Où ilz sont en maulx et diffames. Dedans, etc. Sont, etc.
Se n'y monstrez vostre doulceur, Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prieres de fames, Dangier, des dyables le greigneur. Dedans, etc.
RONDEL.
(Gilles des Ourmes.)
Dedans l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, par faulte de secours, Qui n'ont à personne recours, Qu'à Pitié qui detient le leur. Car, quant ilz ont servy, on leur Taille la broche sans couleur; Lors ilz s'en vont languir le cours Dedans, etc. Sont, etc.
Par Dieu ! c'est faulte de valeur A ceulx qui le font par chaleur, Et de fait, les tiennent si cours, Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur. Dedans, etc.
RONDEL.
(Philippe de Boulainvilliers.)
Tirez vous là, regart trop convoiteux, Renom avez d'estre de nul piteux, Vostre semblant demonstre, pour tout voir, Qu'estes venu pour mon cueur décevoir; Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux. Pour me tromper, faictes le marmiteux, II ne fault point clocher devant boiteux; Allez, allez, je ne vous vueil plus voir. Tirez vous là, etc. Renom avez, etc.
Point ne vous fault faire le despiteux, Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux De quelque mal, plus que de bien avoir; Je vous congnois sans plus rien en savoir, Où que soyez, vous estes rioteux. Tirez vous là, etc.
RONDEL.
(Clermont.)
Rendre vous fault de toutes choses conte, Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur? N'en mentons point, est il plus serviteur Vostre tenu? dont je tien si grant conte. A celle fin que l'en ne me mesconte, Je vous diray, mais par mon créateur, Rendre vous, etc. Qu'avez, etc.
Entendez vous ce que je vous raconte, Dictes moy vray, hay avant rigueur Sera elle en vous? lui donrez vous faveur? Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte. Rendre vous, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Que je vous ayme maintenant ! Quant je congnois vostre maniere Venant de voulenté legiere, Enveloppée en faulx semblant. Je ne m'y fie tant, ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere. Que je vous, etc. Quant je, etc.
N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaictes comme mesnagiere, De haulte lisse bonne ouvriere; Plus vous voy, plus vous prise tant. Que je vous, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, Quelles sont ilz? amoureuses et belles, Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, Et qui a il? bon marchié de querelles. Cueur, etc. Qu'apportez, etc.
C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. Cueur, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Soussy, beau Sire, je vous prie, SOUSSY. De quoy? que me demandez vous? LE CUEUR. Ostez moy d'anuy et courous, SOUSSY. Où vous estes? non feray mie. LE CUEUR. Tenir je vous vueil compaignie, SOUSSY. Las! non faictes, soyez moy douls. LE CUEUR. Soussy, etc. De quoy, etc.
Parlez en à Merencolie, SOUSSY. Conseil premier entre vous. LE CUEUR. Espoir y pourroit plus que nous, SOUSSY. Faictes donc qu'il y remédie. LE CUEUR. Soussy, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Et on les scet à deu entretenir. En temps et lieu, et pour lui retenir, Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. J'en congnois deux qui portent grant atour, Où contre droit en emportent le bruit; Helas! voire, et ne font pas sejour, Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. Garder se fault que nul ne les ressemble, Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; Pour ce, conclus, pour au point revenir, Que jamais mal entre amoureux n'assemble Quant, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry, Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grace receu. Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy. Plus tost, etc. Plus tost, etc.
Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy, Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu. Plus tost, etc.
RONDEL.
(Le Cadet.)
Tu vas trop avant, retray toy, Mon cueur, ou tu te feras prendre, Pas n'est bon de tant entreprendre; Arreste et te tiens tout coy. Le feras tu? or le dy coy, Affin qu'on ne te puist reprendre Tu vas, etc. Mon cueur, etc.
Siet toy quelque part en requoy, Pour mieulx te garder de surprendre; Et de là tu pourras comprendre Ton fait bien au long, or m'en croy. Tu vas, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va; Je ne scay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin; Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva. A ce jour, etc. Bien et beau, etc.
Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva, Bien garday que ne me greva; _Maledicatur_ en latin. A ce jour, etc.
RONDEL.
(Orléans)
A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faictes de plaisirs, ou douleurs, Rimes en francoys, ou latin; Ne dormez pas trop au matin, Pensez à garder voz honneurs. A ce jour, etc. Venez, etc.
Heur et maleur sont en hutin, Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, Veulent departir leur butin. A ce jour, etc.
RONDEL.
(Orléans)
A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper, Pensée prens pour mon butin. Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper. A ce jour, etc.
Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer; Mais, s'Espoir je peusse atrapper, Je parlasse d'autre latin. A ce jour, etc.
RONDEL.
(Benoist d'Amien.)
Au plus fort de ma maladie, M'a abandonné Esperance, Laquelle sans point decevance, Me devoit tenir compaignie. Helas! ce n'est pas mocquerie, D'avoir perdu telle alliance. Au plus fort, etc.
Car certes qui que chante, ou rie, J'ay à toute heure desplaisance Plus que nes ung qui soit en France, Par quoy je ne scay que je die. Au plus fort, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Au plus fort de ma maladie Des fievres de merencolie, Quant d'anuy j'ay frissonné fort, J'entre en chaleur de desconfort Qui me met tout en resverie; Lors je jangle mainte folie, Et meurs de soif de chiere lie, De mourir seroye d'accort. Au plus fort, etc.
Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie, Qui de me guérir se fait fort; Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie. Au plus fort, etc.
RONDEL.
(Benoist d'Amien.)
Pour les maux dont je suis si plains, Fortune, ay je tort? se me plains De ta grant fierté et rudesse Qui, nuyt et jour, sans point de cesse, Me tient en douleur et en plains. Las! pense qu'ilz ne sont pas fains, Mais avant tres plus grans que mains, Veu que suis en telle foiblesse. Pour les, etc.