Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 21

Chapter 214,045 wordsPublic domain

Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris En son pourpris, Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prens sus mon ame Que jamais n'en serons repris. Les biens, etc

RONDEL.

M'amerez vous bien? Dictes par vostre ame, Mais que je vous ame Plus que nulle rien; Le vostre me tien, Sans faire autre Dame. M'amerez, etc. Dictes par, etc.

Dieu mist tant de bien En vous, que c'est basme; Pour ce, je me clame Vostre, mais combien. M'amerez, etc.

RONDEL.

C'est par vous que tant fort souspire, Tousjours m'empire; A vostre advis, faictes vous bien? Que tant plus je vous vieulx de bien, Et, sus ma foy, vous m'estes pire. Ha! ma Dame, si grief martire, Ame ne tire Que moy, dont ne puis mais en rien. C'est par vous, etc.

Vostre beaulté vint, de grant tire, A mon oueil dire Que feist mon cueur devenir sien; Il le voulut, s'il meurt? et bien, Je ne lui puis aider, ou nuyre. C'est par vous, etc.

RONDEL.

Pour mectre fin à mes douloureux plains, Et aux ennuys dont je me sens si plains, Fort me complains A toute heure, mais remede n'y treuve, Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve, Ou dame neuve, Car la mienne se rit, tant plus me plains; Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, A triste cueur, de dueil paliz et tains, Mais pensez vous que de riens et se meuve? Pour mectre fin, etc.

Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, Et qu'en ay mains Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve, Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve, Son cas le preuve; Ne suis je pas doncques en bonnes mains? Pour mectre, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse, Où vois mon povre pain querant; Aage ne me veult, tant ne quant, Donner l'aumosne de liesse. Puisqu'elle se tient ma maistresse, Demander ne lui puis promesse, Pour ce, n'enquerons plus avant. Temps, etc.

Je n'ay repast que de foiblesse, Couchant sur paille de destresse, Suis je bien payé maintenant De mes jeunes jours cy devant? Nennil, nul n'est qui le redresse. Temps, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance, Pris de goute de Grevance, Ne scay à quoy puis valoir. Voulez vous mon fait savoir? Je suis presque mis en trance. Asourdy, etc. Aveuglé, etc.

Se le Medicin Espoir, Qui est le meilleur de France, N'y met briefment pourveance, Vieillesse estaint mon povoir. Asourdy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Dedens la maison de douleur, Où estoit tres piteuse dance, Soussy, Vieillesse et Desplaisance Je vy dancer comme par cueur. Le tabourin nommé Maleur Ne jouoit point par ordonnance. Dedens la, etc. Où estoit, etc.

Puis chantoient chancons de pleur, Sans musicque, ne accordance; D'ennuy, comme ravy en trance, M'endormy lors, pour le meilleur. Dedens la, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Dedens la maison de douleur, Où n'a leesse, ne musique, Mon las cueur gist merencolique, Malade ou piteux lit de pleur. Dieu! n'est ce pas grant maleur? Il est pis que paralitique. Dedens la, etc. Où n'a, etc.

Par racine, feuille, ne fleur, Ne par medicine auctentique, Remedier n'y scet phisique; Confesse soy, c'est le meilleur, Dedens la, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie, Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; Point ne vous envoye querir, Assez hay vostre compaignie. Je vous sans, etc. Ennuyeuse, etc.

Jeunes pevent paine souffrir, Plus que vieillars; pour ce, vous prie Que n'ayez plus sur nous envie, Ne nous vuelliez plus assaillir. Je vous sans, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye, Loyaulté dit, de sens garnie. Fy de vous et de voz raisons; On ne vous prise deux boutons, Et pour ce, nous vous deboutons. Esloignant nostre compaignie. Mentez, etc.

Voz parlez, pires que poisons. Boutent par tout feu en maisons; Que voulez vous que l'en vous die? Dieu tout puissant si vous mauldie, Vous donnant de maulx jours foisons. Mentez, etc.

RONDEL

(Gilles des Ourmes.)

Pour bien mentir souvent et plaisamment, Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice, Il m'est advis que ce n'est point de vice, Mais est vertu et bon entendement: On en voit maint eslevé haultement, Bien recueilly et requis en service, Pour bien, etc. Mais qu'il, etc.

Mais controuveurs qui mentent faulcement, Pour diffamer quelcun par leur malice, Soient pugniz par droit, selon justice; Pour ce, chascun s'avise saigement. Pour bien mentir, etc.

RONDEL.

Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui, De deulx bien garny j'en suy, Quoique mon argent soit court. A les avoir chascun y court, Mais quant à moy, je m'enfuy. Des soucies, etc. J'ay acheté, etc.

Je deviens vieil, sourt et lourt, Et quant me treuve en ennuy, Nonchaloir est mon apuy, Qui mainteffoiz me secourt. Des soucies, etc.

RONDEL

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Je voy mal faire et mal parler, Je voy meschefz renouveller, Je voy loyaulté du tout morte, Je voy trahison aspre et forte, Je voy partout tout mal aler. Je voy hayneurs entre acoler, Verité voy dissimuler, Grans et petiz sont d'une sorte. Je voy mal, etc.

Je voy vertuz aux piez fouler. Je voy amictié desseler, Raison voy musser à la porte, Par mehain voy justice morte, Quant honneur veult voile caller. Je voy mal, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, Je metz courroux hors de mon souvenir, Je suis content de tout ce que j'oy dire, Je n'ay soucy qui me garde de rire, Je suis d'amours bien aise à tenir. Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil, Dorenavant consentir plus ne vueil Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde. C'est folie d'asubgetir son vueil, C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, Sans coup ferir, te blesser par mesgarde. N'ay je pas droit de joyeulx devenir? N'ay je cause de mon ennuy bannir? N'ai je raison de rigueur desconfire? Ne doy je pas paix et repos eslire? Je dye oy, et pour ce maintenir, Je prens le temps, etc.

RONDEL.

Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy, En nonchaloir j'ay tant dormy Qu'ay mainte chose descongneue. Vieillesse tient mon cueur en mue, Accompaignée de soucy. Je n'ay, etc. Et ne, etc.

Plus ne suis de la retenue De jeunesse qui m'a banny; Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, Souffrir fault fortune advenue. Je n'ay, etc.

RONDEL.

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender, Ton jangler ne vault ung festu; Tu pers temps, d'espoir devestu. Pense de toy reconforter. Tais toy, etc. C'est folie, etc.

J'ay desja plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au par aler Il faut bien, ou mal endurer, Riens ne gaigner d'estre testu. Tais toy, etc.

RONDEL.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chancon, ou balade? Dieu mercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé; D'Orleans s'est appareillé Aler à Blois mangier salade. Qu'a mon, etc. A faire, etc.

Son harnois fourbira rouillé, Quelque foiz aussi sa salade; Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaillé. Qu'a mon, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, Qui me poursuit, certes c'est grant folie, Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; Craindre ne fault Fortune la diverse, Qui Passe temps avecques elle alie. Tout plain, etc. Soubz clef, etc.

Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse. Tout plain, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Nagent en angoisse parfonde, Où joye, ne plaisir n'abite, Mon dolent cueur en nef mauldite, D'Ercules a passé la bonde; D'y avoir bien nul ne s'y fonde, La voye si est interdite. Nagent, etc. Où joye, etc.

L'aider, nul ne peut en ce monde, Fors Thetis qui Deesse est dicte De la mer, car, sans contredite, En elle tout povoir habonde. Nagent, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Tant plus regarde, moins y voy; Et plus y voy, moins y congnois; Le monde va de deux en trois, Sans savoir comment, ne pourquoy. Faulceté regne, et tient sa loy En trestous les lieux où je vois. Tant plus, etc. Et plus, etc.

Loyaulté si est en recoy, Deboutée on l'a tant de foiz, Que passez sont mains jours et mois, Qu'on ne la vit, comme je croy. Tant plus, etc.

RONDEL.

Dieu les en puisse guerdonner, Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie; Dont peu nous en devons louer. Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. Dieu les, etc.

Or ca, il fault parachever. Et puisqu'il est trait, avaler; On congnoistra qu'est de clergie, D'Orleans trait de Lombardie, Tous bien faiz convendra trouver. Dieu les, etc.

RONDEL.

Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir. Prenons congié, etc. Puisqu'à, etc.

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; Pour ce, chascun en face son povoir, Nul ne mecte sa seurté en espoir, Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. Prenons, etc.

RONDEL.

M'appelez vous cela jeu? En froit d'aler par pays; Or pleust à Dieu qu'à Paris Nous feussions empres le feu. Nostre prouffit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis. M'appelez, etc. En froit, etc.

Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis. Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. Passer convient par ce treu. M'appelez, etc.

RONDEL.

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Quoy que soit contre mon desir, Mais maugré myen le fault souffrir, Quant par Nature est ordonnée. Elle est d'ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achaptée, Sans gueres d'argent de plaisir. De Vieillesse, etc.

Par moy puist estre bien usée, En eur et bonne destinée, Et à mon souhait parvenir, Tant que vivre puisse et mourir Selon l'escript de ma pensée. De Vieillesse, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Saluez moy toute la compaignie Où à present estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y porroye, Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. Au temps passé, Jeunesse si jolie Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. Saluez moy, etc.

Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie; Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par aige, convient que la deslie. Saluez moy, etc.

CHANCON.

Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx Assis, et derriere, et devant, Ja n'yrez si pres regardant, Que vostre propos en soit mieulx; Estre ne povez en tous lieux, Vous prenez peine pour neant. Et eussiez, etc. Assis, etc.

Les faiz des amoureux sont tieux, Tousjours vont en assoubtivant, Jamais ne saurez faire tant Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. Et eussiez, etc.

CHANCON.

Patron vous fais de ma galée Toute chargée de pensée, Confort, en qui j'ay ma fiance, Droit ou pais de Desirance, Briefment puissiez faire arrivée; Affin que, par vous, soit gardée De la tempeste fortunée Qui vient du vent de Desplaisance. Patron, etc.

Au port de Bonne destinée Deschargez tost, sans demourée, La marchandise d'Esperance; Et m'aportez quelque finance, Pour paier ma joye empruntée. Patron, etc.

RONDEL.

Apres l'escarde route, Mectons à saquement Annuyeulx pensement, Et sa brigade toute; Il crye: Volte route, Ralions nostre gent. Apres, etc. Mectons, etc.

Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement Dye gaillardement: Daly brusque sans doubte. Apres, etc.

RONDEL.

Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis, Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus: En estendant tappis velus De vert herbe par le pais. Les fourriers, etc. Pour, etc.

Cueurs d'ennuy pieca morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourerez plus. Les fourriers, etc.

RONDEL.

Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: Je laisse tout courir à val le vent, Sans regarder lequel bout devant aille. Ce mois, etc. Estre ne, etc.

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille, Que vous semble de mon gouvernerment? Ce mois, etc.

RONDEL.

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de brouderie De souleil luisant, cler et beau. Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante, ou crie: Le temps, etc. De vent, etc.

Riviere, fontaine et ruisseau, Portent, en livrée jolie, Goutes d'argent d'orfaverie, Chascun s'abille de nouveau. Le temps, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Mais que mon propos ne m'empire, Il ne me chault des faiz d'Amours, Voisent à droit, ou à rebours, Certes je ne m'en fais que rire. En ne peut de riens m'escondire, Aide ne requiers, ne secours. Mais que, etc. Il ne me, etc.

Quant j'oy ung amant qui souspire, A, ha! dis je, vela des tours Dont usay en mes jeunes jours. Plus n'en vueil, bien me doit souffire. Mais que, etc.

RONDEL.

(Robertet.)

Ung droit Cesar en liberalité, Ung grant Chaton en pure integrité, Ung Fabius en foy non defaillable, Vous tient chascun vray, constant et estable, Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté. En si hault sang, parfonde humilité, Clemence grant et magnanimité, Cela avez; mais vous passez, sans fable, Ung droit Cesar, etc.

En vostre bouche tousjours a verité, En cueur, amour et ardent charité, En loyaulté non jamais variable; Qu'affiert il plus à Prince si notable? Puisqu'on vous tient, parlant en equité, Ung droit Cesar, etc.

Ung robertet indigne à porter plume, Pour atouchier apres voz haulx escriptz, Ces petiz vers icy vous a escriptz, De rude mains, plus pezant qu'un enclume.

RONDEL.

(Cadier.)

Vous l'ung des plus nobles du monde, Prince, tres redoubté Seigneur, A Blois m'avez acreu d'onneur, Dont joye en moy trop surhabonde. Par vostre humilité parfonde, Dieu vous en soit retributeur. Vous l'ung, etc. Prince, etc.

J'ay peu science, moins faconde, Et encore prudence mineur, Et vous me clamez serviteur Digne pour estre en table ronde. Vous l'ung, etc.

Cadier, qui endormy estoit, Avez tout esveillé en joye, Il prie Dieu qu'il vous octroie Autant de bien qu'il vous vouldroit.

RONDEL.

(Bourbon.)

Gardez vous bien du cayement, Ung chascun tendez y l'oreille, Pour vous decevoir tousjours veille, Escoutez s'il dit vray, ou mant. Il vous trompera meschamment, Pour ce que sans cesser traveille. Gardez, etc. Ung chascun, etc.

Dieu met en mal an le flament, Vous direz qu'il dort et sommeille Quant il va; mais il se reveille En temps et lieu, incessamment Gardez vous bien, etc.

RONDEL.

Des droiz de la porte Baudet, Pour toute recompense et paine, Tout au beau long de la sepmaine, Suis servy comme ung grant cadet; Si doulx ne sont que muscadet, Rien n'en vault le fruit, ne la graine. Des droiz, etc. Pour toute, etc.

C'est bien joué du soubz coudet, Puisqu'il le fault, ribon ribayne, Endurer, comme à la quintayne, On en deust servir Mistodet. Des droiz, etc

RONDEL.

Gardez vous bien de ce fauveau, C'est une dangereuse beste, Arsoir, me donna par la teste, Tant qu'il me rompit le cerveau. Il est ferré tout de nouveau, Et rue comme la tempeste. Gardez vous bien, etc. C'est une, etc.

Et combien qu'il soit bon et beau, Doulx au brider, et faisant feste A ung chascun, vous amonneste Que vous ne le peignez sans eau. Gardez vous bien, etc.

_BALADE_.

En ceste nouvelle saison Qui remplist jeunes cueurs de joye, Et qu'Amours sault de sa maison Pour conquester aucune proye; Nulle riens n'ay qui me guerroye, Se non Jeunesse qui me prie D'estre amoureux plus conques mais, Mais ainsi ne feray je mye, Il me vault mieulx tenir en paix.

Je ne congnois point d'achoison Pourquoy son conseil croire doye, En elle n'a riens de raison; Pour trop fol doncques me tendroye, S'apres elle me gouvernoye; Quel besoing est que je me lie? Quant je suis franc en tous mes fais; Pardieu, ce seroit grant folie. Il me vault mieulx tenir en paix.

Je suis de ceste entencion, Et seray quelque part que soye; Mais Pieu me gart de la prison Qu'Amours souventeffoyz m'envoye, Par mes yeulx qui trop vont en voye, Combien que souvent je leur die Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, Il me vault mieulx tenir en paix.

L'ENVOY.

J'ay essayé toute ma vie Qu'est de porter amoureux faiz, Pourquoy congnois, sans moquerie, Il me vault mieulx tenir en paix.

RONDEAU.

J'ay tant en moy de desplaisir, Puisqu'il me convient departir, Helas! de vous, et loing aller: Et si ne puis à vous parler, Dont j'auray maint mal à souffrir; N'est riens qui puist esjoir, Si n'est le tres doulx souvenir Que j'ay par vous bien fort amer. J'ay tant, etc.

Adieu ma joye, mon plaisir, Adieu mon loyal souvenir, Adieu belle Dame sans per; Adieu dire m'est coup mortel, Car je m'en vois sans vous veoir. J'ay tant, etc.

RESPONCE.

Mon amy, Dieu te convoye, Et brief te remaint à joye, A ton honneur et plaisir, Tout ainsi que je desire, Mieulx que dire ne sauroye. Si par souhait je povoye, Plus souvent te reverroye Mais, car ne te puis veoir. Mon amy, etc.

Ceste chancon je t'envoye, De m'amour par grant montjoye, Si t'en vueilles esjoir; Car te jure, sans mentir, Que t'ayme loing que je soye. Mon amy, etc.

CHANCON.

Faire ne puis joyeulx semblant, Reconfort n'ay, qui soit plaisant A moy qui suis sans mon amy; Il a long temps que ne vous vy, Ne le verray, je ne scay quant? Faire ne puis, etc.

Guerir ne puis du mal qu'ay tant, Helas! emy! jusques à tant Retournera celluy pourquoy. Faire ne puis, etc.

Mon cueur si est si desplaisant, Aussi bien doit estre dolent, Il m'ayme tant! si foys je lui; Ne le mectray point en oubli, Et l'ameray en l'actendant. Faire ne puis, etc.

CHANCON.

Faictes pour moy com j'ay pour vous, Retenez moy, par dessus tous, Amy tout seul, tres belle Dame, Je vous jure sur Dieu, sur m'ame, Ne vueil servir autre que vous. Faictes pour moy, etc.

Guerrissez moy du mal d'Amours, Et me donnez du bien de vous; Reconfort tel plus ne m'en chaille, Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx, A vous me rens, à vous suis tous. Faictes pour moy, etc.

Je vous ayme plus que autre femme, N'autre que vous n'aura la garde, Helas! de moy qui suy à vous. Faictes pour moy, etc.

LE LAY PITEUX.

Bonne saison, bon temps avoye, Helas! amy, quant vous veoye, Reconfort bon en vous prenoye; Tant de plaisir et d'autre bien Rejoissoit ma seule joye, A vo vouloir me soubzmectoye, Nul autre bien ne demandoye, Dessoubz les cieulx pour estre mien,

Que vostre amour qui tant amoye, En vous servant me delictoye, Et pourquoy moult seur estoye Que vous m'amiez tres loyaument; Et quant jadiz vous requeroye Que vo servant estre vouloye, Mon seul vouloir vous appelloye, Et mon vaillant entierement.

Vous me dictes si doulcement, En moy baisant et accollant, Amy, amons nous chierement, Baille ton cueur, et prens le mien; Et je changay joyeusement, Et vous aussi si liement, Et feismes loyal serment Qu'avons tenu, je le scay bien.

Et est vray qu'oncques crestien En amours n'eust autant de bien, Gardant vostre honneur et le mien, Que j'ay eu, et sans avoir blasme, Vo doulx acueil, vo doulx maintien. Vostre plaisir, que fust le mien, Car sans cellui, ne m'estoit rien, Je le jure sur Dieu, sur m'ame.

Si vous baillay le mien en garde, Belle Dame, Prenant charge De vous loyaument servir, Sans reprouche, ne diffame, Sur mon arme, Sans jamais de vous partir.

Helas! quant d'elle partoye, Je pensoye Quant pourroye Bientost vers elle venir, Nuit et jour je la sonjoye, La veoye parler, aler et venir; Tant espris d'elle estoye, Qu'en veillant je l'appelloye, Puis que bien loing en estoye, A soy cuidoye parler; Mais puis bien apres veoye Que resvoye, Me prenoye à plourer.

Cest dueil m'estoit à porter, Et bien aise endurer, Car bientost, du retourner Me prenoit tres grant talent; En elle si fort penser, Ma joye renouveller Me faisoit incontinent.

Et quant venir n'y povoye, Entre deux lui rescripvoye, Son nom et le mien mectoye Escript bien estrangement; Et puis quant je la veoye, Dieu scet quel chiere j'avoye Recueilly joyeusement.

Puis nous faillu esloingner L'un de l'autre, guermenter, Car dangier, Plusieurs autres mesdisans Nous firent tant endurer, Et plourer, Tourmenter, Oncques puis n'eusmes bon temps Et puis entre autre gent Failloit, en nous esloingnant, A plusieurs autres parler, Avoir autre pensement, Muer la couleur souvent, Sans l'un l'autre regarder.

Helas! elle s'esbatoit, Et bonne chiere faisoit A tous autres, fors qu'à moy, Dont mon cueur fort souspiroit, Quant elle me regardoit, Je vous jure par ma foy.

Dont sourdit grant jalousie, Car elle ne creoit mye Que n'eusse fait autre amye; Ainsi me sembloit il d'elle, Que s'amour me fust faillie, Departie, Et guerpie, M'eust laissié la bonne belle.

Dont ensiues grant querelle; Moy et elle, Advint qu'en une chappelle Nous nous trouvasmes tous deux, Et je lui dis: Bonne et belle, Ne me soiez si cruelle, Puisque nous sommes tous seulz. Dictes moy vostre vouloir, Ne me vueillez decevoir, Ne mectre à nonchaloir; Car, vers vous, n'ay rien forfait.

Mon amy, vueillez savoir, Vous me feistes trop douloir, Ne savez vous comment il m'est? Vous m'avez abandonnée Et laissiée, Desolée, Esloingnée; A qui oseray je dire Ma tres dolente pensée Qui grevée M'a, et trestant mal menée Que je vis en grant martire.

N'est riens qui me puist souffire, Tant ay d'ire; Quant les autres vous voy rire, Et grant joye demener, Je ne vueil avoir nul mire Qui me mire, J'ayme mieux mes jours finer.

Et lors nous nous advisames, Et l'un l'autre pardonnasmes, Car pour obvier mains blasmes, Il nous faillut eslongner; Noz amours renouvellasmes, Et de nouvel, nous jurasmes De nous loyaument amer.

Cecy nous dura long temps, On dit qu'au bout de sept ans, Revient voulentiers mal ans Ainsi m'est il advenu, Dont je vis piteusement, En tourment, Las! je suis pis que perdu. Helas! tres cruelle mort, Tu me fais crier à tort A la mort, Que ma mort Bonnement ne l'ose dire Mon confort, Ma joye et mon deport.

Or me fault passer du port Du royaulme en l'empire De tout plaisir, en tristesse, Mectre mon cueur en destresse Qui me blesse, Et ne cesse De destruire ma jeunesse, Puis que m'as mort ma maistresse.

Dont liesse Si me blesse, Helas! qu'esse Qui me presse De dire las! que feray? Que diray? où iray?

Si mourray, Ou si de dueil creveray, Car je n'ay que esmay Helas! et où me mectray Jusques mes jours fineray! En lieu ne reposeray Jusque là où la verray.

Car pour ce que tant l'aymay, Tous les jours souhaiteray La mort qui desja m'aprouche, Entre deux je ne vouldroye Estre en lieu où eust joye, Com souloye, Car ma douleur doubleroit.

Veoir ce qu'avoir souloye, Helas! car mieulx ameroye M'enfouir où que que soit, Disant adieu tres douloureux, Adieu, adieu tous amoureux, Adieu le plaisir de mes yeulx, Adieu, sans plus estre joyeulx.

Adieu le bien de tous les lieux, Adieu le mien dessoubz les cieux, Adieu regard tres gracieux, J'en preing congié de cueur piteux; Si fineray ma complainte, Ma joye sera actainte, Et de douleur auray mainte.

Grant actainte Dont il me convient languir, Et sevir, Car j'ay aymé, et sans fainte, Celle qu'avoye tant crainte, Que pour elle vueil mourir.

Sa tres bonne renommée, Sa grace de tous louée, Et de beauté aournée, Tant amée et prisée, Desirée De tres toute autre gent, La fait estre regrectée, Dont ay la mort demandée, Toute joye oubliée, A Dieu son ame command.