Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 16

Chapter 164,099 wordsPublic domain

Cueur, à qui prendrez vous conseil? A nul ne povez descouvrir Le tres angoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveil. Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, De vous plus parfait vray martire. Cueur, a qui, etc. A nul, etc.

Au moins faictes vostre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil. Cueur, à qui, etc.

RONDEL.

A Dieu! qu'il m'anuye, Helas! qu'est ce cy? Demourray ainsi En merencolie? Qui que chante, ou rie, J'ay tousjours soussy. A Dieu, etc. Helas! qu'est ce, etc. Penser me guerrie, Et fortune aussi, Tellement, et si Fort que hé ma vie. A Dieu, etc.

RONDEL.

Dedens mon livre de pensée, J'ay trouvé escripvant mon cueur, La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée; En deffassent la tres amée Ymage de plaisant doulceur. Dedens mon, etc. J'ay trouvé, etc.

Helas! où l'a mon cueur trouvée? Les grosses goutes de sueur Lui saillent, de peine et labeur Qu'il y prent, et nuit, et journée. Dedens, etc.

RONDEL.

Ci pris, ci mis, Trop fort me lie Merencolie, De pis en pis, Quant me tient pris En sa baillie. Ci pris, etc. Trop fort, etc.

Se hors soussis Je ne m'alie A chiere lie, Vivant languis. Ci pris, etc.

RONDEL.

En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'amours prie, Chascune d'elle s'ajolie, Et farde de plaisans couleurs; Tant embasmées sont de odeurs Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. En regardant, etc. Que le temps, etc.

Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie, Et font joyeuse chanterie, De contres, des chans et teneurs. En regardant, etc.

RONDEL.

Et de cela, quoy? Se soussy m'assault, A mon cueur n'en chault, N'aussi peu à moy; Comme j'appercoy, Courroux riens n'y vault. Et de cela, etc. Se soussy, etc.

Par luy je reçoy Souvent froit et chault, Puisqu'estre ainsi fault, Remede n'y voy. Et de cela, etc.

RONDEL.

Oncques feu ne fut sans fumée, Ne doloreux cueurs sans pensée, Ne reconfort sans esperance, Ne joyeulx regart sans plaisance, Ne beau soleil qu'apres nuée. J'ay tost ma sentence donnée, De plus sachant soit amendée, J'en dy selon ma congnoissance. Oncques feu, etc. Ne doloreux, etc.

Esbatement n'est sans risée, Souspir sans chose regretée, Souhait sans ardant desirance, Doubte sans muer contenance, C'est chose de vray esprouvée. Oncques feu, etc.

RONDEL.

Et de cela, quoy? En ce temps nouveau, Soit ou laid, ou beau, Il m'en chault bien poy; Je demourray quoy En ma vieille peau. Et de cela, etc.

Plusieurs, comme voy, Ont des pois au veau; Je mectray mon seau Qu'ainsi je le croy. Et de cela, etc.

RONDEL.

Chantez ce que vous pensez, Monstrant joyeuse maniere. Ne la vendez pas si chiere, Trop en vis la despensez. Or sus, tost vous avancez, Laissez coustume estrangiere. Chantez ce que, etc. Monstrant, etc.

Tous noz menuz pourpensez Descouvrons, à lye chiere, L'un à l'autre, sans priere; J'acheveray, commencez. Chantez, etc.

RONDEL.

Le trouveray je jamais? Ung loyal cueur joint au mien, A qui je soye tout sien, Sans departir desormais. D'en deviser par souhais, Souvent m'y esbas, et bien. Le trouveray, etc. Ung loyal, etc.

Autant vault se je m'en tais, Car certainement je tien Qu'il ne s'en fera ja rien; En toute chose a ung mais. Le trouveray, etc.

RONDEL.

Gens qui cuident estre si saiges Qu'ilz pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; Payer leur fauldra les usaiges De leurs becz jaunes, sans faillir. Gens qui, etc. Qu'ilz pensent, etc.

On scet par anciens ouvraiges, Dequel mestier scevent servir; Melusine n'en peut mentir, Elle les cognoist aux visaiges. Gens qui, etc.

RONDEL.

Il me pleust bien, Se tour il a, Quan me monstra Que estoit tout mien; Par son maintien Tost me gaigna. Il me, etc. Se tour, etc.

Sans dire rien, Mon cueur pensa, Et ordonna, Qu'il seroit sien. Il me, etc.

RONDEL.

Quant j'ay ouy le tabourin Sonner, pour s'en aler au May, En mon lit fait n'en ay effray, Ne levé mon chief du coissin; En disant: il est trop matin, Ung peu je me rendormiray. Quant j'ay, etc. Sonner, pour, etc.

Jeunes gens partent leur butin, De nonchaloir m'accointeray, A lui je m'abutineray, Trouvé l'ay plus prouchain voisin. Quant j'ay, etc.

RONDEL.

En mon cueur cheoit, Et là devinoye, Comme je pensoye, Qu'ainsi m'avendroit. Fol tant qu'il reçoit, Ne croit rien qu'il voye. En mon, etc. Et là, etc.

Sotye seroit, Se plus y musoye; Ma teste romperoye, Soit ou tort, ou droit. En mon, etc.

RONDEL.

Le premier jour du mois de May, De tanne et de vert perdu, Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, Dieu scet en quel piteux array! Tantost demandé je lui ay, Dont estoit cest habit venu? Le premier, etc. De tanne, etc.

Il m'a respondu, bien le scay, Mais par ma foy ne sera cogneu; Desplaisance m'en a pourveu, Sa livrée je porteray. Le premier, etc.

RONDEL.

Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui; Je ne congnois rien aujourdui Dont il me chaille que bien poy. Dont quanque devant mes yeulx voy, Puis nommer anuy sur anuy. Le monde, etc. Et moy, etc.

Chierement se vent bonne foy, A bon marché n'en a nulluy; Et pour ce, se je suis cellui Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. Le monde, etc.

RONDEL

De riens ne sert à cueur en desplaisance, Chanter, dancer, n'aucun esbatement, Il lui souffit de povoir seulement Tousjours penser en sa male meschance; Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, Et desir n'est à son commandement. De riens ne sert, etc. Chanter, dancer, etc.

S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; S'il peut, à part se met le plus souvent. Afin qu'à nul ne tiengne parlement; Pour le guerir ja mire ne s'avance. De riens ne sert, etc.

RONDEL.

Vous y fiez vous? En mondain espoir, S'il scet decevoir, Demander à tous. Son actrait est doulx, Pour gens mieulx avoir. Vous y, etc. En mondain, etc.

De joye, ou courroux, Soing, ou nonchaloir, Veult, à son vouloir, Tenir les deux boux. Vous y, etc.

RONDEL.

Fiez vous y, A qui? En quoy? Comme je voy, Riens n'est sans sy; Ce monde cy A sy Pou foy. Fiez, etc. A, etc.

Plus je n'en dy, N'escry, Pourquoy? Chascun j'en croy; S'il est ainsy, Fiez, etc.

RONDEL.

Vengence de mes yeulx Puisse mon cueur avoir, Ilz lui font recevoir Trop de maulx en mains lieux. Amours, le Roy des Dieux, Faictes vostre devoir. Vengence, etc, Puisse mon, etc.

Se jamais plus sont tieulx, Encontre mon vouloir, Sur eulx, et main, et soir, Crieray jusques aux cieulx. Vengence, etc.

RONDEL.

De legier pleure à qui la lippe pent; Ne demandez jamais comment lui va, Laissez l'en paix, il se confortera, Ou en son fait mectra appoinctement. A son umbre se combactra souvent, Et puis son frein rungier lui convendra. De legier, etc. Ne demandez, etc.

S'en parle à lui, il en est mal content; Cheminée, au derrain trouvera, Par où passer sa fumée pourra; Ainsi avient le plus communement. De legier, etc.

RONDEL.

Espoir ne me fist oncques bien, Souvent me ment pour me complaire, Et assez promet sans riens faire, Dont à lui peu tenu me tien; En ses ditz ne me fie en rien, Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. Espoir ne, etc. Souvent me, etc.

Quant reconfort requerir lui vien, Et cuide qu'il le doye faire, Tousjours me respont au contraire, Et me hare reffus son chien. Espoir ne, etc.

RONDEL.

Dont viens tu maintenant, souspir, Aportes tu nulles nouvelles? Dieu doint qu'ilz puissent estre telles Que voulentiers les doye ouir. S'ilz viennent de devers Desir, Ilz ne sont que bonnes et belles. Dont viens, etc. Aportes tu, etc.

Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, J'ayme mieulx que tu les me celes, Assez et trop j'en ay de telles; Ne dy riens que pour m'esjouir. Dont viens, etc.

RONDEL.

C'est par vous seulement, Fiance, Qu'ainsi je me trouve deceu; Car, se par avant l'eusse sceu, Bien y eusse mis pourveance. Au fort, quant je suis en la dance, Puisqu'il est trait, il sera beu. C'est par vous, etc. Qu'ainsi je, etc.

Je doy bien hair l'acointance Du premier jour que vous ay veu, Car prins m'avez au despourveu; Nul n'est trahy qu'en esperance. C'est par, etc.

RONDEL.

Ou pis, ou mieulx, Mon cueur aura, Plus ne sera En soussy tieulx; Par Dieu, des cieulx Chemin prendra. Ou pis, etc. Mon cueur, etc.

En aucuns lieux, Fortune, or ca, On vous verra Plus cler aux yeulx. Ou pis, etc.

RONDEL.

Par vous, regart, sergent d'amours, Sont arrestés les povres cueurs, Souvent en plaisirs et doulceurs, Et mainteffoiz tout au rebours; Devant les amoureuses cours, Les officiers et gouverneurs. Par vous, etc. Sont arrestés, etc.

Et adjournez à trop briefz jours, Pour leur porter plus de rigueurs, Comme subgiez et serviteurs, Endurent mains estranges tours. Par vous, etc.

RONDEL.

S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez, Plaisance, Ja Fortune n'aura puissance Que n'aye ma part de voz biens; En despit de Dueil et des siens, Qui me tourmentent de penance. S'en mes, etc. Pas ne, etc.

Doy je tousjours, sans avoir riens, Languir en ma dure grevance? Nennil, promis m'a Esperance Que serez de tous poins des miens. S'en mes, etc.

RONDEL.

Payés selon vostre deserte Puissiez vous estre! faulx trompeurs, Au derrenier des cabuseurs Sera la malice deserte. D'entre deux meures, une verte Vous fault servir, pour voz labeurs. Payés selon, etc. Puissiez vous, etc.

Vostre besongne est trop ouverte, Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; Aux esches s'estes bons joueurs, Gardez l'eschec à descouverte. Payés selon, etc.

RONDEL.

Plus penser que dire, Me convient souvent, Sans monstrer comment, N'a quoy, mon cueur tire; Faignant de soubzrire, Quant suis tres dolent. Plus penser, etc. Me convient, etc.

En toussant, souspire Pour secretement Musser mon tourment, C'est privé martire. Plus penser, etc.

RONDEL.

Mort de moy! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie? Mon cueur, vous faictes grant folye, C'est la nourrisse de courroux. Ung baston qui point à deux boutz, Porte, dont elle s'escremye. Mort de moy, etc. Avec Dame, etc.

Je tiens saiges toutes et tous, Qui eslongnent sa compaignie; Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, Que je m'y boutasse à quans coups. Mort de moy, etc.

RONDEL.

Je ne suis pas de ses gens là, A qui Fortune plaist et rit, De reconfort trop m'escondit, Veu que tant de mal donné m'a. S'on demande comment me va? Il est ainsi comme j'ay dit. Je ne suis, etc. A qui, etc.

Quant je dy que bon temps vendra, Mon cueur me respont par despit: Voire, s'Espoir ne vous mentit, Plusieurs decoit et decevra. Je ne suis, etc.

RONDEL.

Allez, allez, vieille nourrice De courroux et de malle vie Rassotée Merencolie, Vous n'avez que dueil et malice; Desormaiz plus n'aurez office Avec mon cueur, je vous regnye. Allez, allez, etc. De courroux, etc.

Pour vous n'y a point lieu propice, Confort l'a prins, n'en doubtez mie, Fuyez hors de la compaignie; D'Espoir fais nouvel edifice. Allez, allez, etc.

RONDEL.

Remede comment Pourray je querir? Du mal qu'à souffrir J'ay trop longuement. Qu'en dit loyaument Conseil? sans mentir. Remede, etc. Pourray je, etc.

Pour abregement, Guerir, ou mourir; Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent. Remede, etc.

RONDEL.

Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous? Voulez vous estre seul sur tous, Et qu'on vous laisse tenir quoy? Merencolie suiz, et doy En tous faiz, tenir l'un des bouts. Vous ne tenez, etc. Beau Sire, etc.

Se je vous pinsse par le doy, Ne me chault de vostre courroux; On verra se serez rescous Des mains, par qui, et pourquoy? Vous ne tenez, etc.

RONDEL.

Quant je voy ce que ne vueil mie. Et n'ay ce dont suis desirant, Pensant ce qui m'est desplaisant, Est ce merveille s'il m'anuye? Nennil, force est que me soussie De mon cueur qui est languissant. Quant je voy, etc. Et n'ay, etc.

En douleur et merencolie Suis, nuit et jour, estudiant; Lors je me boute trop avant En une haulte theologie. Quant je voy, etc.

RONDEL.

Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit apres Dangiers En la forest de ma pensée, Dont rencontra grant assemblée Trespassans par divers sentiers; Deux ou trois saillirent premiers, Comme fors, orgueilleux et fiers; N'estoit ce pas chose esfroyée? Ainsi que, etc. Mon cueur, etc. En la forest, etc.

Lors mon cueur lascha sus levriers, Lesquels sont nommés Desiriers; Puis Esperance l'asseurée, L'espieu ou poing, sainte l'espée, Vint pour combatre voulentiers. Ainsi que, etc.

RONDEL.

Sot euil, reporteur de nouvelles, Où vas tu? et ne sces pourquoy, Ne sans prandre congié de moy En la compaignie des belles, Tu es trop tost accointé d'elles; Il te vaulsist mieulx tenir quoy. Sot euil, etc. Où vas tu, etc.

Se ne changes manieres telles, Par raison, ainsi que je doy, Chastier te vueil, sur ma foy; Contre toy j'ay assez querelles. Sot euil, etc.

RONDEL.

Mort de moy! vous y jouez vous? En quoy? es faiz de tromperie; Ce n'est que coustume jolie Dont ung peu ont toutes et tous; Renverser s'en dessuz dessoubz, Est ce bien fait? je vous en prie. Mort de moy, etc. En quoy, etc.

Laissez moy taster vostre pouls, Vous tient point celle maladie? Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, Il semble que criez aux loups. Mort de moy, etc.

RONDEL.

Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? M'apporte il point quelque bonne nouvelle? Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle Ce que lui vueil de mon fait enquerir. Suis je jugié de vivre, ou de mourir? Soustendra ja Loyaulté ma querelle? Est ce vers moy, etc. M'apporte il, etc.

Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir S'auray confort de ma paine cruelle, Pire ne peut estre se non mortelle, Dictes se riens y a pour m'esjouir? Est ce vers moy, etc.

RONDEL.

M'apellez vous cela jeu? D'estre tousjours en ennuy; Certes, je ne voy nulluy Qui n'en ait plus trop que peu. Nul ne desnoue ce neu, S'il n'a de Fortune apuy. M'apellez, etc. D'estre, etc.

On s'art qui est pres du feu; Et pour ce, je suis cellui Qui à mon povoir le sui, Quant je n'y congnois mon preu. M'apellez vous, etc.

RONDEL.

Alons nous esbatre, Mon cueur, vous et moy, Laissons, à part soy, Soussy se combatre; Tousjours veult desbatre, Et jamais n'est quoy. Alons nous, etc. Mon cueur, etc.

On vous devroit batre, Et monstrer au doy, Se, dessoubz sa loy, Vous laissez abatre. Allons nous, etc.

RONDEL.

Aussi bien laides que belles Contrefont les dangereuses, Et souvent les precieuses, Ilz ont les manieres telles; Pareillement les pucelles Deviennent tantost honteuses Aussi bien, etc. Contrefont, etc.

Les vieilles font les nouvelles, En parolles gracieuses Et accointances joyeuses, C'est la condicion d'elles. Aussi bien, etc.

RONDEL.

Je vous arreste, de main mise, Mes yeulx, emprisonnés serez, Plus mon cueur ne gouvernerez, Desormais je vous en avise; Trop avez fait à vostre guise, Par ma foy, plus ne le ferez. Je vous arreste, etc. Mes yeulx, etc.

On peut bien pour vous corner prise, Prins estes, point n'eschapperez; Nul remede n'y trouverez, Rien n'y vault apel, ne franchise. Je vous arreste, etc.

RONDEL.

Qui a toutes ses hontes beues, Il ne lui chault que l'en lui die, Il laisse passer mocquerie Devant ses yeulx, comme les nues. S'on le hue parmy les rues, La teste hoche à chiere lie. Qui a toutes, etc. Il ne lui, etc.

Truffes sont vers lui bien venues, Quant gens rient, il faut qu'il rie; Rougir on ne le feroit mie, Contenances n'a point perdues. Qui a toutes, etc.

RONDEL.

En mes pais, quant me trouve à repos, Je m'esbays, et n'y scay contenance, Car j'ay apris travail des mon enfance, Dont fortune m'a bien chargié le dos. Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. En mes pais, etc. Je m'esbays, etc.

Tout à part moy, en mon penser m'enclos, Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts, forge mainte ordonnance, Chascun jour, j'ay plus de mille propos. En mes pais, etc.

RONDEL.

Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui menguent poisson, Vous qui jeusnez par grant devocion, Ce vendredi ne povez faire mieulx. Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, Avoir confort, ou consolacion, Repaissez vous, etc. Avec dames, etc.

Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion, Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. Repaissez vous, etc.

RONDEL.

Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, Me cuidez vous toute ma vie Gouverner, comme fait avez? Je vous promet que non ferez, Raison aura sur vous maistrie. Alez vous en, etc, Soussy, Soing, etc.

Se jamais plus vous retournez Avecques vostre compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, Et ce par qui vous revendrez. Alez vous en, etc.

RONDEL.

Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Voyez vous riens? ouil, assez; Qu'est ce cela que vous savez? Cler, le vous puis monstrer au doy. Regardez plus avant un poy, Vos regars ne soient lassez. Hau guecte, etc. Voyez vous, etc.

Acquicté me suis, comme doy, Il a ja plusieurs ans passez, Sans avoir mes gaiges cassez, Bien avez servi, sur ma foy. Hau guecte, etc.

RONDEL.

Se vous voulez que tout vostre deviengne, En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne. Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, Tres loyaument, desoresenavant. Se vous voulez, etc. En me monstrant, etc.

Sans que mercy, ne grace me soustiengne, S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. Se vous voulez, etc.

RONDEL.

Que nous en faisons De telles manieres, Et doulces, et fieres, Selon les saisons; En champs, ou maisons, Par bois et rivieres, Que nous, etc. De telles, etc.

Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres, Nos joyeuses chieres, Puis nous rapaisons. Que nous, etc.

RONDEL.

A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance, Et me tanse, Quant en tristesse je suis. Jours et nuys, Cellui demande alegance. A l'autre, etc. Souvent, etc.

Oncques puis Que failli ma desirance, De plaisance Mon cueur et moy, sommes vuys. A l'autre, etc.

RONDEL.

Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure; A grant marché, oultre mesure, J'en ay assez contre mon vueil. Ja n'entrera dedans le sueil De mon Penser, je vous le jure. Vendez, etc. Quant est, etc.

Desconforté, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mene vie dure, Puisque mal vous fait son accueil. Vendez, etc.

RONDEL.

Comme j'oy que chascun devise; On n'est pas tousjours à sa guise, Beau chanter si ennuye bien, Jeu qui trop dure, ne vault rien; Tant va le pot à l'eaue qui brise. Il convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien. Comme j'oy, etc. On n'est pas, etc. Beau chanter, etc.

Apres chault temps, vient vent de bise, Apres hucques, robbes de frise, Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien, Tant entre gens laiz que d'Eglise. Comme j'oy, etc.

RONDEL

Clermondois.

Qui veult achater de mon dueil? D'en avoir trop, las! je me vante, Car ma povre vie dolante N'en peut plus, non fait pas mon vueil. Partout où je voys, mon recueil Est si piteux, et mon actente. Qui veult, etc. D'en avoir, etc.

Que j'aye ung petit bon accueil Au commancement de ma vante, Et puis apres, se jamais hante. Amours, qu'on me creve cest ueil. Qui veult, etc.

RONDEL.

Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay, Priveement estreneray; Ce qui me gist en ma pensée, C'est chose que tondray cellée, Et que point ne descouvreray. Ad ce premier, etc. De cueur, etc.

Avant que soit toute passée L'année, je l'aproucheray, Et puis à loisir conteray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. Ad ce premier, etc.

RONDEL DOUBLE.

Que voulez vous que plus vous die? Jeunes assotez amoureux, Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx Qui ont eu vostre maladie; Prenez exemple, je vous prie, A moy qui m'en complains et deulx. Que voulez, etc.

Et pour ce, de vostre partie, Se voulez croire mes conseulx, D'abregier, conseillier vous veulx, Voz faiz, en sens, ou en folie. Que voulez vous, etc.

Plusieurs y trouvent chiere lye Mainteffoiz, et plaisans acueulx. Que voulez vous, etc.

Mais au derrain, Merencolie De ses huis fait passer les seulx, En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; Lors ne chault de mort, ou de vie. Que voulez vous, etc.

RONDEL.

Mais que vostre cueur soit mien, Ne doit le mien estre vostre? Ouil, certes, plus que sien. Que vous en semble? dy je bien? Vray comme la Patenostre. Mais que vostre, etc.

Content et joyeulx m'en tien, Foy que doy saint Pol l'Apostre, Je ne désire autre rien. Mais que vostre, etc.

RONDEL.

A ce jour de saint Valentin, Que prendray je? per, ou non per; D'Amours ne quiers riens demander, Pieca, j'eus ma part du butin; Veu que plus resveille matin Ne vueil avoir, mais reposer. A ce jour, etc. Que prendray, etc.

Jeunes gens voisent au hutin Leurs sens, ou folie esprouver; Vieux suis pour à l'escolle aller, J'entens assez bien mon latin. A ce jour, etc.

RONDEL.

Pour Dieu! boutons la hors, Ceste Merencolie, Qui si fort nous guerrie, Et fait tant de grans tors. Monstrons nous les plus fors, Mon cueur, je vous en prie. Pour Dieu, etc. Ceste, etc

Trop lui avons amors D'estre en sa compaignie, Ne nous amuserons mie A croire ses rappors. Pour Dieu, etc.

RONDEL.

Contre le trait de faulceté, Convient harnois de bonne espreuve, Artillerie forgé neufve, Chascun jour, en soutiveté. A! Jhesus, _benedicite_, Nul n'est qui seulement se trouve Contre le, etc. Convient, etc.

Au derrain fera Loyaulté, Faulceté de son penser, veufve; Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, Monstrant sa puissance et bonté. Contre le, etc.

RONDEL.

Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur, Ne laissez mourir en douleur Ce qui avoir vostre aide pense; Puisque avez le povoir en ce De l'aider, par grace et doulceur. Acquictez vostre, etc. Et gardez, etc.

On criera sur vous vengence, Se souffrez murdrir en rigueur, Ainsi à tort, ung povre cueur; Assez a porté pascience. Acquictez vostre, etc.

RONDEL.

On ne peut servir en deux lieux, Choisir convient ou ca, ou là; Au festu tire qui pourra, Pour prendre le pis, ou le mieulx. Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, Parle qui parler en vouldra. On ne peut, etc. Choisir, etc.

Les faiz de ce monde sont tieulx: Qui bien fera, bien trouvera; Chascun son paiement aura, Tesmoing les Deesses et Dieux. On ne peut, etc.

RONDEL.

Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur, De par Reconfort, son seigneur, Lui a une lectre apportée; Puis a sa creance contée, En langaige plein de doulceur. Le truchement, etc. Qui est venu, etc.

Response ne lui est donnée, Pour le present, c'est le meilleur; Il aura, par conseil greigneur, Son ambaxade despeschée. Le truchement, etc.

RONDEL.

Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser, Car s'on te vient araisonner, Tost y trouves d'estranges gloses. De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter. Quant tu es, etc. Cueur, mieulx, etc.

De tes levres les portes closes, Penses de saigement garder; Que dehors n'eschappe parler Qui descouvre le pot aux roses. Quant tu es, etc.

RONDEL.

Le truchement de ma pensée, Qui parle maint divers langaige, M'a rapporté chose sauvaige Que je n'ay point acoustumée. En francoys la m'a translatée, Comme tres souffisant et saige. Le truchement, etc. Qui parle, etc.

Quant mon cueur l'a bien escoutée, Il lui a dit: Vous faictes raige, Oncques mais n'ouy tel messaige, Venez vous d'estrange contrée? Le truchement, etc.

RONDEL.

J'ayme qui m'ayme, autrement non; Et non pourtant je ne hay rien, Mais vouldroye que tout feust bien, A l'ordonnance de raison. Je parle trop, las! se faiz mon; Au fort, en ce propos me tien. J'aime qui, etc. Et non pourtant, etc.

De pensées son chapperon A brodé le povre cueur mien, Tout droit de devers lui je vien, Et m'a baillé ceste chancon. J'aime, etc.

RONDEL.

Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse, Encores le suis en vieillesse; Vers moy la trouve tousjour une. Je suis ung de ceulx, soubz la lune, Qu'elle plus à son vouloir dresse. Comme le, etc. Que j'ay, etc.