Chapter 15
Dieu vous envoye pascience, Gentil conte Cleremondois, Vous congnoissez, à ceste foiz, Qu'est d'amoureuse penitence; Puisqu'estes hors de la presence, De celle que bien je congnois. Dieu vous, etc. Gentil conte, etc.
Vouer vous povez aliance A la riche, comme je crois, Ne vous trouverez de ce mois, Las! trop estes loing d'alegance. Dieu vous, etc.
RONDEL.
En la promesse d'Esperance Où j'ay temps perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé, Qui me povoit donner plaisance. Las! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, En la promesse, etc. Où j'ay temps, etc.
Et, de ma nysse gouvernance, Devant Raison j'ay accusé Mon cueur; mais il s'est excuse, Disant que deceu l'a Fiance En la promesse, etc.
CHANCON.
Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir, Qu'estre batu, pour dire voir; Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. Riens ne perdons, se nous taisons, Et se jouons au plus savoir. Sauves toutes, etc. Mieulx vault, etc.
Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir; On aprent à taire et à veoir, Selon les temps et les saisons. Sauves toutes, etc.
RONDEL.
Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous, N'en ayez ennuy, ou courroux; Certes il convient ainsi estre. Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous. Mon cueur, etc. A ma foiz, etc.
Allez à dextre, ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre. Mon cueur, etc.
CHANCON.
Il souffist bien que je le sache, Sans en enquerir plus avant; Car se tout aloye disant, On vous pourrait bien dire actache. Nul de la langue ne m'arrache Ce qu'en mon cueur je voys pensant. Il souffist, etc. Sans en, etc.
Ainsi qu'en blanc pert noire tache, Vostre fait est si apparant, Que m'y trouve trop congnoissant; Qui est descouvert, mal se cache. Il souffist, etc.
RONDEL.
Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beaulté belle, Ilz reviennent comme affamez; Maugré mesdisans peu amez, Et Dangier qui tient leur querelle. Mes yeulx, etc. Quant ma, etc.
Estre devroient diffamez, S'ilz ne voloyent, de bonne elle, Vers les grans biens qui sont en elle; De ce ne seront ja blasmez. Mes yeulx, etc.
CHANCON.
Pense de toy Dorenavant, Du demourant Te chaille poy. Ce monde voy En empirant. Pense, etc. Dorenavant, etc.
Regarde et oy, Va peu parlant; Dieu tout puissant Fera de soy. Pense, etc.
RONDEL.
Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; Certes, Aguet par tous lieux vous convoye Priveement, en habit desguisé. De gens saichans en estes moins prisé, D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. Retraiez vous, etc. Vous cuidez, etc.
Dangier avez contre vous atisé, Quant sot maintien tellement vous forvoye; Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, Il est ainsi que je l'ay devisé. Retraiez vous, etc.
CHANCON.
Ce n'est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles, Que de baster aux corneilles Les mariz, et l'erbe pestre. Car de jouer tours de maistre, Femmes sont les nompareilles. Ce n'est riens, etc. On voit, etc.
Tant aux huis, comme aux fenestres, En champs, jardins, ou en trailles, Par tout ont yeulx et oreilles, Soit à dextre, ou a senestre. Ce n'est riens, etc.
RONDEL.
Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez, Il semble qu'aux barres jouez; Reprenez un peu vostre alaine. Cueurs qu'Amours tient en son demaine, Cuident qu'assaillir les voulez. Regart, vous, etc. Tousjours, etc.
Amours, une fois la sepmaine C'est raison que vous reposez, Et affin que ne morfondez, Il faudra que l'en vous pourmaine. Regart, etc.
CHANCON.
Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'est plus; Mes propos sont en ce conclus, Qu'ainsy demourray desormais. De s'entremectre de mes faiz, Je n'en requier nulles, ne nuls. Or est, etc. Et tout, etc.
Fortune, par ses faulx atraiz, En pipant, a pris à la glus Mon cueur, et en soussy reclus Se tient, sans departir jamais. Or est, etc.
RONDEL.
Le voulez vous? Que vostre soye, Rendu m'octroye, Pris ou recous. Ung mot pour tous, Bas qu'on ne l'oye. Le voulez, etc. Que vostre, etc.
Maugré jalons, Foy vous tendroye, Or sa, ma joye, Accordons nous. Le voulez, etc.
CHANCON.
C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir; Si convient il, en vivant, mal souffrir, Et au derrain, de mort passer la bonde. S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, On ne les peut longuement retenir. C'est grant, etc. Encores, etc.
Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, Se plus pense, quoyque voye à venir, Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; Las! il n'est rien que soussy ne confonde. C'est grant, etc.
RONDEL.
Crevez moy les yeulx, Que ne voye goute, Car trop je redoubte, Beaulté en tous lieux; Ravir jusqu'aux cieulx Veult ma joye toute. Crevez moy, etc. Que ne, etc.
D'elle me gard Dieux, Affin qu'en sa route Jamais ne me boute; N'est ce pour le mieulx? Crevez moi, etc.
Quant je la regarde, Elle vient ferir Mon cueur, de la darde D'amoureux desir.
CHANCON.
En vivant en bonne esperance, Sans avoir desplaisance, ou dueil, Vous aurez brief, à votre vueil, Nouvelle plaine de plaisance. De guerre n'avons plus doubtance, Mais tousjours gracieulx acueil. En vivant, etc.
Tous nouveaulx revendrons en France, Et quant me reverrez à l'ueil, Je suis tout autre que je sueil; Au moins j'en fais la contenance. En vivant, etc.
RONDEL.
Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison, Par les rues, sans raison, Chevauchent faisans les saulx; Et font saillir des carreaulx Le feu, comme de charbon. Jeunes, etc. En la, etc.
Je ne scay se leurs travaulx Ilz employent bien, ou non; Mais piqués de l'esperon, Sont autant que leurs chevaulx. Jeunes, etc.
CHANCON.
(Orléans à Secile.)
Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier, Quant vous a pleu de m'envoyer Le don qu'ay receu à grant joye; Tel que dy, et plus, se povoye, Me trouverez à l'essayer. Vostre esclave, etc. Qui trop, etc.
Paine mectray que brief vous voye, Et tost arez, sans delayer, Chose qui est sus le mestier, Qui vous plaira; plus n'en diroye. Vostre esclave, etc.
RONDEL.
Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez, Car plus tost en serez blessez, Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. N'alez à dextre, ne à senestre Regardant, mais les yeulx bessez. Gardez, etc. Amans, etc.
Se n'avez medicin bon maistre, Si tost que vous serez navrez, A Dieu soiez recommandez; Mort vous tiens, demandez le prestre. Gardez, etc.
CHANCON.
Tellement, quellement, Me faut le temps passer, Et soucy amasser Mainteffoiz, mallement, Quant ne puis nullement Ma fortune casser. Tellement, etc. Me faut, etc.
G'iray tout bellement, Pour paour de me lasser, Et sans trop m'enlasser, Ou monde follement. Tellement, etc.
RONDEL.
En gibessant toute l'apres disnée Parmy les champs, pour me desanuyer, N'a pas longtemps que faisoye l'autrier Voler mon cueur apres mainte pensée; La quilote souvenance nommée, Sourdoit deduit, et savoit remerchier. En gibessant, etc. Parmy, etc.
Gibessiere de passe temps ouvrée, Emplie toute d'assez plaisant gibier, Et puis je peu mon cueur, au derrenier, Sur ung faisant d'esperance celée. En gibessant, etc.
CHANCON.
A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, Et ne scet on le jour, ne l'eure; Souvent en devroit souvenir. Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, En brief temps, ou longue demeure, A tout bon, etc. Convendra, etc.
Las! on ne pense qu'à suyr Le monde qui tousjours labeure; Et quant on cuide qu'il sequeure, Au plus grant besoing vient faillir, A tout bon, etc.
RONDEL.
Que faut il plus à ung cueur amoureux? Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; Qu'avitailler tantost sa forteresse D'assez vivres de Bon espoir eureux, Cappitaine face Desir songneux, Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. Que faut, etc. Quant, etc.
Artillié soit d'Avis avantureux, Coulevrines et canons, à largesse, Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, Es boulevers et lieux avantageux. Que faut il, etc.
CHANCON.
Vous estes paié pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart; Devant ung ancien regnart, Tost est apparceu ung tel tour; Quant on a esté à sejour, Ce sont les gaiges de musart. Vous estes, etc. Puis qu'avez, etc.
Il souffist pour vostre labour, Et s'apres on vous sert de lart, Prenez en gré, maistre coquart, Ce n'est qu'un restraintif d'amour. Vous estes, etc.
RONDEL.
Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle, Qui, pour mourir en la querelle, N'acheve ce qu'a entrepris; Diffamé de droit, et repris Par devant dame et damoiselle, Des maleureux, etc. Servant Dame, etc.
Pourquoy est d'amer si espris Quant congnoist que son cueur chancelle? En soy donnant repreuve telle, Où a il ce mestier apris? Des maleureux, etc.
CHANCON.
Puisqu'estes en chaleur d'amours. Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; On vous trouvera medicine Qui briefment vous fera secours. Trop tost, oultre le commun cours, Vous bat le cueur en la poictrine. Puisqu'estes, etc. Pour Dieu, etc.
La fievre blanche ses sejours A fait, se voulez que termine, Et que plus ne vous soit voisine, Repousez vous pour aucuns jours. Puisqu'estes, etc.
RONDEL.
En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy; J'en sauroye, sur ma foy, De ma main ung livre escripre, Où amans pourroient lire, Des yeulx larmoyans, sans rire, Je m'en croy. En amer, etc. Nully, etc.
Des maulx qu'on y peut eslire, Celluy qui est le mains pire, C'est anoy, Qui n'est jamais à part soy; Plus n'en dy, bien doit souffire. En amer, etc.
CHANCON.
Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement, Receu ne serez vrayement Ainsi que acoustumé avez. Soussy et penance amenez, Qui vous recevroit lyement? Saint Valentin, etc. En Karesme, etc.
Une autreffoiz vous avancez Plus tost, et alors toute gent Vous recuilliront autrement; Et pers à choisir amenez. Saint Valentin, etc.
RONDEL.
Me fauldrez vous à mon besoing? Mon reconfort et ma fiance, M'avez vous mis en oubliance? Pourtant se de vous je suis loing, N'avez vous pitié de mon soing, Sans vous, savez que n'ay puissance. Me fauldrez vous, etc. Mon reconfort, etc.
On feroit des larmes ung baing, Qu'ay pleurées de desplaisance, Et crie, par desesperance, Ferant ma poictrine du poing, Me fauldrez, etc.
CHANCON.
Saint Valentin dit: Veez me ca, Et apporte pers à choisir; Viengne qui y devra venir, C'est la coustume de pieca. Quant le jour des Cendres hola Respond, auquel doit on faillir? Saint Valentin, etc. Et apporte, etc.
Au fort, au matin convendra En devocion se tenir, Et apres disner, à loisir, Choississe qui choisir vouldra. Saint Valentin, etc.
RONDEL.
Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant, S'on lui va riens demandant, Il respont à la volée, Et parle de voix cassée, Sans propos ne tant, ne quant. Cueur endormy, En transes, etc.
Tout met en galimafrée, Lombart, Anglois, Alemant, Francois, Picart et Normant, C'est une chose faée. Cueur, etc.
CAROLE EN LATIN.
Laudes Deo sint, atque gloria, Hoc tempore, pre cordis gaudio, Exultemus cum Dei Filio, Misso nobis a patris gracia.
Tunc prophete vere predixerant Nasciturum de pura virgine, Ut salvaret hos qui perirant, Pro parentum dampnati crimine.
Tunc natus est ex stirpe Regia, Flos ascendens de Jesse gremio; Illi honor et benedictio Qui nos replet tanta leticia. Laudes, etc.
Sic induit se carne hominis, Ut per carnem, carnem redimeret, Sic amorem demonstrans servulis, Quos creavit ne ipsos perderet.
O miranda Regis clemencia! Qui non parcens corpori proprio, Se obtulit diro supplicio, Nostra sanans cruore vicia. Laudes, etc.
RONDEL.
A trompeur, trompeur et demy; Tel qu'on seme convient cuillir; Se mestier voy partout courir, Chascun y joue, et moy aussi. Dy je bien de ce que je dy? De tel pain souppe fault servir. A trompeur, etc. Tel qu'on seme, etc.
Et qui n'a pas langaige en lui, Pour parler selon son desir, Ung truchement lui fault querir Ainsi, ou par là, ou par cy. A trompeur, etc.
RONDEL.
Baillez lui la massue, A cellui qui cuide estre Plus subtil que son maistre, Et sans raison l'argue; Ou il sera beste mue, Quant on l'envoyera pestre. Baillez, etc. A cellui, etc.
Quoy qu'il regibe, ou rue, Si sault par la fenestre, Comme s'il vint de nestre, Sera chose esperdue. Baillez, etc.
RONDEL.
_Ubi supra_, N'en parlons plus Des tours cornulz, _Et cetera; Non est cura_, De telz abus. _Ubi_, etc. N'en, etc.
_Mala jura_ Sont suspendus, Ou deffendus, _Et reliqua. Ubi_, etc.
RONDEL.
Il vit en bonne esperance, Puisqu'il est vestu de gris, Qu'il aura, à son advis, Encore sa desirance; Combien qu'il soit hors de France, Par deca le mont Senis, Il vit, etc. Puisqu'il, etc.
Perdu a sa contenance, Et tous ses jeux et ses ris, Gaigner lui fault Paradis. Par force de paciance. Il vit, etc.
RONDEL.
_Noti me tangere_ Faulte de serviteurs, Car bonté de seigneurs Ne les scet _frangere_. Il vous fault _regere_ En craintes et rigueurs. _Noli me_, etc. Faulte de, etc.
De hault _erigere_ Trop tost en grans faveurs, Ce ne sont que foleurs Bien m'en puis _plangere. Noli me_, etc.
RONDEL. (Orléans à Maistre Estienne le Gout.)
Maistre Estienne le Gout nominatif, Nouvellement, par maniere optative, Si a voulu faire copulative; Mais failli a en son cas genitif. Il avait mis six ducatz en datif, Pour mieulx avoir s'amie vocative. Maistre, etc. Nouvellement, etc.
Quant rencontré a un accusatif, Qui sa robbe lui a fait ablative; De fenestre assez superlative, A fait ung sault portant coups en passif. Maistre, etc.
RONDEL.
Responce de Maistre Estienne le Gout.)
Monseigneur tres supellatif, Pour respondre au narratif De vostre briefve expositive; Elle fut premier vocative, Par le moyen du genitif. Les six ducatz sont nombratif, Mais quant au fait du possessif, La chose est ung peu neutrative. Monseigneur, etc. Pour respondre, etc.
Et quant au dangier du passif, J'ay saufconduit prerogatif, Par quoy mectray paine soubtive D'accorder, sus la negative, L'adjectif et le substantif. Monseigneur, etc.
RONDEL.
Pres là, briquet aux pendantes oreilles, Tu sces que c'est de deduit de gibier, Au derrenier tu auras ton loyer, Et puis seras viande pour corneilles. Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, Et as aide pour te bien enseigner. Pres là, briquet, etc. Tu sces, etc.
A toute heure diligemment traveilles, Et en chasse vaulx autant qu'un limier, Tu amaines au tiltre de levrier Toutes bestes, et noires, et vermeilles. Près là briquet, etc.
RONDEL.
Or s'y joue qui vouldra; Qui me change, je le change; Nul ne le tiengne chose estrange, D'avoir selon qu'il fera; Quant par sa faulte fera, Gré ne dessert, ne louange. Or s'y joue, etc. Qui me, etc.
Puisque advisé on l'en a. Et à raison ne se range, S'apres s'elle se revange, Le tort à qui demourra? Or s'y joue, etc.
RONDEL.
(Orléans à Alençon.)
En la vigne jusqu'au peschier Estes bouté, mon filz tres chier, Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, Quant de rimer vous voy songneux, Et vous en voulez empeschier? Soit au lever, ou au couchier, Ou quant vous devez chevauchier, Esbatez vous pour le mieulx. En la vigne, etc. Estes bouté, etc.
Se Desplaisir vous vient serchier, Pour de lui tost vous despeschier, Sans estre merencolieux, Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, Passez y temps sans plus preschier. En la vigne, etc.
RONDEL.
(Responce d'Alençon.)
Le vigneron fut atrapé, Quant il fut trouvé en la vigne, Trop mieulx que poisson à la ligne, Ne que rat au lardon hapé; D'un trait d'ueil fut prins et frapé, Par celle qui pas ne forligne. Le vigneron, etc, Quant il fut, etc.
A peine lui fut eschappé, Le povre compaignon qui pigne, Tres mal pigne des dents d'un pigne, Ainsi surprins et agrapé. Le vigneron, etc.
RONDEL.
Quant je fus prins ou pavillon De ma Dame tres gente et belle, Je me brulay à la chandelle, Ainsi que fait le papillon. Je rougiz comme vermeillon, Aussi flambant qu'une estincelle. Quand je fus, etc. De ma Dame, etc.
Si j'eusse esté esmerillon, Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, Je me feusse gardé de celle Qui me bailla de l'aguillon. Quant je fus, etc.
CHANCON.
_Satis, satis, plus quam salis_, N'en avez vous encore assez? Par Dieu, vous en serez lassez Des folies _quas amatis. Cum sensibus ebetatis_, Soctes gens vous les amassez. _Satis, satis_, etc. N'en avez, etc.
Et pour ce, _si me credatis_, Oubliez tous les temps passez, Et voz meschans pensers cassez, _Dolendo de perpetratis. Salis, satis_, etc.
CHANCON.
Mon cueur plus ne volera, Il est enchaperonné, Nonchaloir l'a ordonné, Qui ja piaca le m'osta. Confort depuis ne lui a Cure, n'atirer donné. Mon cueur, etc Il est, etc.
Se sa gorge gectera? Je ne scay, car gouverné Ne l'ay, mais abandonné; Soit com avenir pourra. Mon cueur, etc.
CHANCON.
_Non temptabis_, tien te coy, Regard plain d'atrayement, _Vade retro_ tellement Que point n'aproches de moy. _Probavi te_, sur ma foy, Je crains ton assotement. _Non_, etc. Regard, etc.
_Ecce_ la raison pourquoy, Tu resveilles trop souvent _Corda_, bien congnois comment Presches l'amoureuse loy. _Non temptabis_, etc.
CHANCON.
Chascun dit qu'estes bonne et belle, Mais mon ueil jugier n'e saura, Car lignage m'avuglera, Qui maintendra vostre querelle; Quant on parle de damoiselle Qui à largesse de biens a. Chascun dit, etc. Mais mon, etc.
A nostre assemblée nouvelle, Verray ce qu'il m'en semblera, Et, s'ainsi est, bien me plaira; Or prenons que vous soyez telle. Chascun dit, etc.
CHANCON.
Gardez vous de _mergo_ Trompeur faulx et rusez, Qui les gens abusez Mainteffoiz _a tergo_. En tous lieux où _pergo_, Fort estes accusez. Gardez vous, etc. Trompeur, etc.
Mercy dit: _abstergo_ Les faultes dont usez, Mais que les refusez; Avisez vous _ergo_. Gardez vous, etc.
RONDEL.
Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant amée, A celui qui cueur et pensée Avoit en elle, comme tien. Combien qu'il n'y aye plus rien, Et qu'autre la lui ait ostée. Encore lui, etc. De veoir, etc.
En regardant son doulx maintien, Et son fait qui moult lui agrée, S'il la peut tenir embrassée, Il pense que une foiz fut sien Encore lui, etc.
CHANCON.
Quant n'ont assez fait dodo, Ces petitz enfanchonnés, Ilz portent soubz leurs bonnés Visaiges pleins de bobo. C'est pitié s'ilz font jojo Trop matin, les doulcinés. Quant n'ont, etc. Ces petitz, etc.
Mieux amassent à gogo Gesir sur molz coissinés, Car ilz sont tant poupinés, Helas! che, guoguo, guoguo. Quant n'ont, etc.
RONDEL.
Avugle et assourdy, De tous poins en nonchaloir, Je ne puis ouir, ne veoir Chose dont soye esjouy. Se desplaisant, ou marry, Tout m'est ung, pour dire veoir. Avugle, etc. De tous, etc.
Es escolles fu nourry D'amours, pensant mieux valoir; Quant plus y cuiday savoir, Plus m'y trouvay rassoty. Avugle, etc.
RONDEL.
_Procul a nobis_ Soient ces trompeurs, _Dantur_ aux flateurs _Verba pro verbis, Sicut pax vobis_, Et tendent ailleurs. _Procul_, etc. Soient ces, etc.
_Non semel sicul bis_, Et des foiz plusieurs, Sont loups ravisseurs Soubz peaulx de brebiz. _Procul_, etc.
RONDEL.
J'estraine de bien loing m'amie, De cueur, de corps et quanque j'ay, En bon an lui souhaideray Joye, santé et bonne vie. Mais que ne m'estraine d'oublie, Ne plus ne moins que la feray. J'estraine, etc. De cueur, etc.
Mon cueur de chapel de soussie, Ce jour de l'an, estreneray; Et à elle presenteray Des fleurs de ne m'oubliez mie. J'estraine, etc.
RONDEL.
Faulcette confite En plaisant parler, Laissez la aler, Car je la despite. Ce n'est que redite De tant l'esprouver. Faulcette, etc. En plaisant, etc.
Et quant on s'acquicte Plus de l'amender, Pis la voy ouvrer, C'est chose maudicte. Faulcette, etc.
RONDEL.
Parlant ouvertement Des faiz du Dieu d'amours, N'a il d'estranges tours En son commandement? Ouil, certainement, Qui dira le rebours? Parlant, etc. Des faiz, etc.
S'on faisoit loyaument Enqueste par les cours, On orroit tous les jours Qu'on s'en plaint grandement. Parlant, etc.
RONDEL.
Il fauldroit faire l'arquemie, Qui vouldroit forgier faulceté Tant qu'elle devint loyaulté, Quant en malice est endurcie. C'est rompre sa teste en folie, Et temps perdre en oysiveté. Il fauldroit, etc. Qui vouldroit, etc.
Plus avant qu'on y estudie, Et moins y congnoist on seurté, Car de faire de mal, bonté, L'un à l'autre trop contrarie. Il fauldroit, etc.
RONDEL.
Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, Pour le present, comme j'ay fait jadiz. Par cueur retiens ce que j'en ay apris, Car plus ne scay lire ou livre de joye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc.
Chascun diroit qu'entre les rassotiz, Comme aveugle des couleurs jugeroye, Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! Plaisans regars n'ont plus en moy logis. Tant sont, etc.
RONDEL.
En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain, Et de menger meurs de fain D'un fres et nouveau pain bis. A mon gré, ce pain faitis, C'est ung morceau souverain. En changeant, etc. Je suis tout, etc.
S'il en fust à mon devis, Plus tost anuyt que demain J'en eusse mon vouloir plain, Car grant desir m'en est pris. En changeant, etc.
RONDEL.
(Maistre Jehan Caillau)
Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye Pour le present, comme j'ay fait jadiz; Joye et soulaz ne sont plus mes amis, Chose ne voy de quoy je me resjoye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc.
Je suis mouillé, et retrait, et remis, Morne et pensif, trop plus que ne souloye, J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye, Et n'y congnois le blanc d'avec le bis, Tant sont, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Pour mectre à fin la grant doleur Que par trop amer je reçoy, Secourez moy; Las! ou autrement, sur ma foy, Mes jours n'auront pas grant longueur. Car si tres tourmenté je suis, De tant d'ennuys Qui sans cesser me courent seure, Que je n'ays bons jours, bonnes nuys; Et si ne puis Trouver, fors vous, qui me sequeure. Aidez à vostre serviteur, Qui est mieulx pris que par le doy, Ou mort me voy, Se ne montrez brief, savez quoy? Que vous ayez mon fait à cueur. Pour mectre, etc.
RONDEL.
Helas! me tuerez vous? Pour Dieu retraiez cest ueil Qui d'un amoureux acueil M'occit, se ne suis rescous. Je tiens vostre cueur si doulx, Que me rens tout à son vueil. Helas! etc. Pour Dieu, etc.
De quoy vous peut mon courrous Valoir? ne servir mon dueil? Quant humblement, sans orgueil, Je requier mercy à tous. Helas, etc.
RONDEL.
(Responce d'Orleans à Fredet.)
Pour mectre à fin vostre doleur, Où pour le present je vous voy, Descouvrez moy Tout vostre fait, car, sur ma foy, Je vous secourray de bon cueur; Plus avant offrir ne vous puis, Fors que je suis Prest de vous aider à toute heure, A vous bouter hors des ennuys Que, jours et nuys, Dictes qu'avec vous font demeure. Quant vous tenez mon serviteur, Et vostre doleur apparcoy, Montrer au doy On me devroit, se tenir quoy Vouloye, comme faint seigneur. Pour mectre, etc.
RONDEL.
Ung cueur, ung vueil, une plaisance, Ung desir, ung consentement, Ung reconfort, ung pensement, Fermez en loyalle fiance, Dieu que bonne en est l'accointance! Tenir la doit on chierement. Ung cueur, etc. Ung desir, etc.
Contre Dangier et sa puissance. Qui les het trop mortelement, Gardons les bien et saigement; N'est ce toute nostre chevance? Ung cueur, etc.
RONDEL.
Pour ce que plaisance est morte, Ce May suis vestu de noir, C'est grant pitié de veoir Mon cueur, qui s'en desconforte. Je m'abille de la sorte Que doy, pour faire devoir. Pour ce que, etc. Ce May, etc.
Le temps ces nouvelles porte, Qui ne veult deduit avoir, Mais par force de plouvoir, Fait des champs clorre la porte. Pour ce que, etc.
RONDEL.