Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 14

Chapter 144,053 wordsPublic domain

Se Dangier me tolt le parler A vous, mon bel amy, sans per; Par le pourchas des envieux, Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, Ne me tendray de vous amer, Car mon cueur m'a voulu laissier Pour soy du tout à vous donner, Et pour estre vostre en tous lieux. Se Dangier, etc. A vous, etc. Par le, etc.

Tout son povoir ne peut garder, Que, sur tous autres, n'aye chier Vostre gent corps, tres gracieux; Et se ne vous voy de mes yeulx, Pourtant ne vous veuil je changier. Se Dangier, etc.

CHANCON.

Fault il aveugle devenir? N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on desire? Dangier est bien estrange sire, Qui tant veult amans asservir. Vous lerrez vous aneantir. Amours, sans remede querir, Ne peut nul Dangier contredire? Faut il, etc. N'ose l'en, etc. Pour, etc.

Les yeulx si sont faiz pour servir, Et pour raporter tout plaisir Aux cueurs, quand ilz sont en martire; A les en garder, Dangier tire, Est ce bien fait de le souffrir? Faut il, etc.

CHANCON.

Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques; D'où venez vous? petit mercier, Gueres ne vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques. Chier les tenez comme reliques, Les voulez vous mectre en croniques, Vous n'y gangnerez ja denier. Riens ne valent, etc. Et ses menues, etc. D'où venez vous, etc.

En plusieurs lieux sont trop publiques, Et pour ce, sans faire repliques, Desploiez tout vostre pannier; Affin qu'on y puisse serchier Quelques bagues plus auctentiques. Riens ne valent, etc.

CHANCON.

Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer? Certes, c'est le vray mirouer De toute joyeuse plaisance. Entre les parfaictes de France Se peut elle l'une advouer? Regardez, etc. Lui siet, etc.

Pour fol me tien, quant je m'avance De vouloir les grans biens louer, Dont Dieu l'a voulu douer; Ses faiz en font la demonstrance.

CHANCON.

Petit mercier, petit pannier; Pourtant se je n'ay marchandise Qui soit du tout à vostre guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier. Je gangne denier à denier, C'est loings du tresor de Venise. Petit mercier, etc. Pourtant, etc.

Et tandiz qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise; Je voys parfaire mon emprise, El parmi les rues crier: Petit mercier, etc.

CHANCON.

Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement, Sans congié, ou commandement, Hors de la prison de Desir. Mesdisans l'ont ouy partir, Dont ilz tiennent leur parlement. Reprenez, etc. Qui s'est, etc.

Se le meschant eust sceu saillir Sans noyse, tout priveement, N'en peult chaloir, mais sotement L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. Reprenez, etc.

CHANCON.

L'ostellerie de Pensée Plaine de venans et alans, Soussiz soient petitz ou grans, A chascun est habandonnée; Elle n'est à nul reffusée, Mais preste pour tout les passans, L'ostellerie, etc. Plaine de, etc.

Plaisance chierement amée S'y loge souvent, mais nuisans Lui sont ennuiz gros et puissans, Quand ilz la tiennent empeschée. L'ostellerie, etc.

CHANCON

Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deffendre, Veu qu'estes desarmé et tendre, Nul ne vous doit tenir couard. Vous serez pris ou tost, ou tard, S'Amour le veult bien entreprendre. Fuyez le, etc. Cueur, etc.

Retrayez vous sous l'estendart De Nonchaloir, sans plus actendre; S'a Plaisance vous laissiez rendre, Vous estes mort, Dieu vous en gard! Fuyez le trait, etc.

CHANCON.

Yver, vous n'estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril, Qui l'accompaignent soir et main. Esté revest champs, bois et fleurs, De sa livrée de verdure, Et de maintes autres couleurs, Par l'ordonnance de Nature. Mais vous, Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et grezil; On vous deust bannir en exil, Sans point flater, je parle plain. Yver, etc.

CHANCON.

Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux, En esperant que brief vous voye. Car je ne fais que querir voye De venir vers vous, se m'aist Dieux. Mon seul, etc. Cellui. etc.

Et se par souhaidier povoye Estre empres vous, un jour ou deux, Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, Outre rien ne souhaideroye. Mon seul, etc.

CHANCON.

Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit, Et, se jamais il me décoit, Je renie son acointance. Nous deux avons fait aliance, Tant que mon cueur tel l'aparcoit. Je le retiens, etc. Espoir, etc.

Monstrer me puisse bienvueillance, Ainsi que mon penser concoit, Dont mainte liesse recoit; Quand à moy, j'ay en lui fiance. Je le retiens, etc.

CHANCON.

Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer, Car il n'y a que tout amer, Et grant foison de faulx semblans; Pour les maulx qui y sont doublans, Pire que les perils de mer. Je ne les, etc. Tous les, etc.

Ilz ne sont à riens ressemblans, Car ung jour viennent entamer Le cueur, et apres embasmer; Ce sont amouretes tremblans. Je ne les, etc.

CHANCON.

Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la maniere, Nulle excusacion n'y quiere, Quoyque soit prouffit ou dommaige. Tousjours parle plus fol que saige, C'est une chose coustumiere. Hors du propos, etc. Ce n'est que, etc.

Se l'en me dit: Vous contez raige; Blasmez ma langue trop legere, Raison de Secret tresoriere La tance, quant despent langaige. Hors du propos, etc.

CHANCON.

Au besoing congnoist on l'amy Qui loyaument aidier desire, Pour vous je puis bien cecy dire, Car vous, ne m'avez pas failly; Mais avez, la vostre mercy, Tant fait qu'il me doit suffire. Au besoing, etc. Qui loyaument, etc.

Bien brief pense partir de cy, Pour m'en aler vers vous de tire; Loisir n'ay pas de vous escrire, Et pour ce, plus avant ne dy. Au besoing, etc.

CHANCON.

O tres devotes creatures, En ypocrisies d'amours Que vous querez d'estranges tours! Pour venir à voz aventures. Vous cuidez bien par voz paintures, Faire sotz, aveugles et sours. O tres devotes, etc. En ypocrisies, etc.

On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours; Prenez les champs, ou les faulbourgs, Ilz sont de diverses natures. O tres devotes, etc.

CHANCON.

Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir; Aidier scevent, et decevoir Ung cueur qui tout en eulx se fie. Il ne fault ja que je le dye, Chascun le peut en soy savoir. Que c'est, etc. De Penser, etc.

D'eulx me plains et ne m'en plains mye, Car mal et bien m'ont fait avoir; Menty m'ont, et aussi dit voir, Je l'aveu et si le renye. Que c'est, etc.

CHANCON.

(Orléans.)

Sera elle point jamais trouvée? Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Il convient qu'elle soit criée, Pour en savoir la verité. Sera elle point, etc. Celle qui, etc.

Je crois bien qu'elle est deffiée Des aliez de faulceté, Dont il y a si grant planté, Que de paour elle s'est mussiée. Sera elle, etc.

CHANCON.

(Responce du duc Jehan de Bourbon,)

DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Ja ne fault qu'elle soit criée, J'en scay assez la vérité. DUC D'ORLÉANS, etc. Celle qui, etc.

C'est ma Dame tres bien amée, Qui a des biens si grant planté, Qu'el ne craint vostre faulceté, Ne de ceulx de vostre livrée. DUC D'ORLÉANS, etc.

CHANCON.

Puis ça, puis là, Et sus, et jus, De plus en plus, Tout vient et va. Tous on verra Grans et menus, Puis ça, etc. Et sus, etc.

Vieulx temps desja, S'en sont courus, Et neufz venus, Que dea! que dea! Puis ca, etc.

CHANCON.

Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage, Rapportez tost joyeulx message Vers le cueur pour le conforter; Ne vueillez gueres demourer, Exploictez comme bon et sage. Dieu vous, etc. Et vous, etc.

Riens ne vous convient ordonner, Les secrez savez du courage, Besongnez à son avantage, Et pensez de brief retourner. Dieu vous, etc.

CHANCON.

Puisque par deca demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres, Souhaidez nous des bonnes chieres Des Bourbonnois et Bourguignons. Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons, Et yrons pescher sur rivieres. Puisque, etc. Nous, etc. En la maison, etc.

Vivres, tabliers, cartes aurons Où souvent nous estudirons; Vins, mangers de plusieurs manieres, Galerons, sans faire prieres, Et de dormir ne nous faindrons. Puisque, etc.

CHANCON.

Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance, Dont les mercy de ma puissance, Et m'en tiens à eulx obligé. Afin que tost soit abregé Le mal qui me porte grevance, Les fourriers, etc. En ung lieu, etc.

Desja je me sens alegé, Car acointié m'a Esperance, Et croy qu'amoureux n'a en France Qui soit mieulx que moy hebergé. Les fourriers, etc.

CHANCON.

Penser, qui te fait si hardy, De mectre en ton hostellerie La tres diverse compaignie D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. Se congié en as, si le dy, Ou se le fais par ta folie. Penser, qui, etc. De mectre, etc.

Nul ne repose pour leur cry, Boute les hors, et je t'en prie, Ou il faut qu'on y remedie; Veulx tu estre à tous ennemy? Penser, qui, etc.

CHANCON.

Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? Beaulté, doulceur, et encor mieulx Y sont à trop grant habondance; Soudainement luyst par semblance, Comme un escler venant des cieulx. Dont vient, etc. Qui ainsi, etc.

Il fait perdre la contenance A toutes gens, jeunes et vieulx; N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, Qui de l'obscurcir ait puissance. Dont vient, etc.

CHANCON.

(Fraigne.)

Et où vas tu? petit souspir, Que j'ay ouy si doulcement; T'en vas tu mectre à saquement Quelque povre amoureux martir? Viens ca, dy moy tost, sans mentir, Ce que tu as en pensement. Et où vas tu, etc. Que j'ay, etc.

Dieu te conduye à ton désir, Et te remaine à sauvement; Mais je te requier humblement Que ne faces ame mourir. Et où vas tu, etc.

CHANCON.

Laissez moy penser à mon aise, Helas! donnez m'en le loisir, Je devise avecques Plaisir, Combien que ma bouche se taise. Quant merencolie mauvaise Me vient maintes foiz assaillir, Laissez moy, etc. Helas! donnez, etc.

Car affin que mon cueur rapaise, J'appelle plaisant souvenir, Qui tantost me vient resjouir; Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. Laissez moy, etc.

CHANCON.

As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement? Le cueur qu'as mis à saquement; A il remede de guerir? Tu as mal fait de le ferir En haste, si piteusement. As tu ja, etc. Est il sur, etc.

Amours qui t'en doit bien pugnir, A fait de toy son jugement; Pren franchise hastivement, Sauve toy, quant tu as loisir. As tu ja, etc.

CHANCON.

Levez ces cuevrechiefz plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; De riens ne servent telz umbraiges, Quant il ne fait hale, ne chault. On fait à beaulté qui tant vault, De la musser, tort et oultraiges: Levez ces, etc. Qui trop, etc.

Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, Et pense qu'il ait donné gaiges, Pour entretenir telz usaiges; Mais l'ordonnance rompre fault. Levez ces, etc.

CHANCON.

Deux ou trois couples d'ennuys J'ay tousjours en ma maison, Desencombrer ne m'en puis, Quoyqu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de raison. Deux ou trois, etc.

Je les chasse d'où je suis, Mais en chascune saison, Ilz rentrent par un autre huis. Deux ou trois, etc.

CHANCON.

Entre les amoureux fourrez, Non pas entre les decoppez, Suis, car le temps sans refroidy, Et le cueur de moy l'est aussi; Tel me veez, tel me prenez. Jeunes gens qui Amours servez, Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, Il est ainsi que je vous dy. Entre les, etc. Non pas, etc.

Car, quant Amours servy aurez Autant que j'ay, vous devendrez Pareillement en mon party; Et quant vous trouverez ainsy, Comme je suis, lors vous serez. Entre les, etc.

CAROLE.

Las! Merencolie, Me tendrez vous longuement, Es maulx dont j'ay plus de cent, Sans pensée lie. Je l'ay souffert main et soir, Loingtain de joyeulx confort; Mais nul bien n'en puis avoir, Dont mon cueur est presque mort. Au moins, je vous en prie, Que me laissiez seulement, Aucun peu d'alegement, Sans m'oster la vie Las! etc.

Esperance d'avoir mieulx Dist qu'elle me veult aidier; Mais tousjours maugracieux Je trouve le faulx Dangier, Qui tant me guerrie. Si, vous requier humblement, Qu'en ce douloureux tourment Ne me laissiez mie, Las! Merencolie.

CAROLE.

Avancez vous, Esperance, Venez mon cueur conforter, Car il ne peut plus porter Sa tres greveuse penance. Pieca, Joyeuse pensée S'esbatoit avecques lui, Mais elle s'en est alée, Tant a pourchassié Ennuy. Se vous n'avez la puissance De tout son mal lui oster, Plaise vous à alegier Au moins un peu sa grevance. Avancez, etc.

Vous lui avez fait promesse De le venir secourir, Et de lui tollir tristesse, Mais trop le faictes languir. Ayez de lui souvenance, Et le venez deslogier De la prison de Dangier, Où il meurt en desplaisance, Avancez, etc.

CAROLE.

M'avez vous point mis en oubly? Par Dieu, je double fort, oy, Ma seule maistresse et ma joye; Non pourtant, quelque part que soye, Je m'actens à vostre mercy. Espoir m'a dit que Leauté Vous fera souvenir de moy, Car vostre bonne voulenté Ne peult faillir, comme je croy. Quant est à moy, je vous supply, Pensez que l'amoureux party, Que j'ay prins, changier ne pourroye; Certes avant mourir vouldroye, Je vous prometz qu'il est ainsi. M'avez vous, etc.

Amour a tort, ce m'est advis, Qu'il ne fait aux dames sentir Les maulx, où leurs servans sont mis, Pour les tres loyaument servir. Pour vous, ma Dame, je le dy, Car se vous saviez le soussy, Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, Vous diriez bien que j'auroye, De droit, gaingné le don d'amy. M'avez vous, etc.

RONDEL.

Et ne cesserez vous jamais? Tousjours est à recommencer; C'est folie d'y plus penser, Ne s'en soussier desormais. Plus avant j'en diroye, mais Rien n'y vault flater, ne tanser. Et ne cesserez, etc. Tousjours, etc.

Passez a plusieurs moys des Mays Qu'Amour vous vouldrent avanser; Mal les voulez recompenser, En servant de telz entremais. Et ne cesserez vous, etc.

RONDEL.

(Orleans à Nevers.)

Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gaige vostre cueur, Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez arriere. Contentez, car c'est la maniere, Vostre hostesse pour vostre honneur. Pour paier, etc. Laissez en, etc.

Et se voiez nostre priere Estre trop plaine de rigueur, Changons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entiere. Pour paier, etc.

RONDEL.

(Responce de Nevers.)

Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse, Tres humblement et plus vous remercie Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. Aussi fais je de vostre grant largesse Et tres soingneuse et bonne compaignie. Mon tres bon hoste, etc. Tres humblement, etc. Mon povre cueur pour paiement vous laisse, Prenez en gré, et je vous supplie, Et oultre plus, tant que je puis vous prie, Que m'octroyez estre maistre et maistresse. Mon tres bon, etc.

RONDEL.

Qu'il ne le me font, Pour veoir que feroye, Et se je sauroye Leur donner le bont. Puisque telz ilz sont Affin qu'on les voye Qu'il ne, etc. Pour veoir, etc.

Droit à droit respont, Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'il desserviront. Qu'il ne, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A ce jour de saint Valentin, Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per? Sans partir à vostre butin. A mon resveillier au matin, Je n'y ai cessé de penser, A ce jour, etc. Que chascun, etc.

Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui ma conseillié reposer, Et rendormir sur mon coussin. A ce jour, etc.

RONDEL.

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Herault; Monter me fault en l'eschaffault, Pour jugier des amoureux tours. Quant je verray riens à rebours Dieu scet se je crieray bien hault. J'ay esté, etc. Mais, etc.

Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault; Ja devant moy, clochier ne fault, D'amer scay par cueur le droit cours. J'ay esté, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Apres une seule exceptée, Je vous servirai ceste année, Ma doulce Valentine gente, Puisqu'Amours veult que m'y consente, Et que telle est ma destinée. De moy, pour autre habandonnée Ne serez; mais si fort amée Qu'en devrez bien estre contente. Apres une seule, etc. Je vous, etc.

Or me soit par vous ordonnée, S'il vous plaist, à ceste journée, Vo voulenté doulce et plaisante; Car à la faire me presente Plus que pour Dame qui soit née. Apres une seule, etc.

RONDEL.

Je suis desja d'amour tanné, Ma tres doulce Valentinée, Car pour moi fustes trop tart née, Et moy pour vous fus trop tost né. Dieu lui pardoint qui estrené M'a de vous, pour toute l'année. Je suis desja, etc. Ma tres doulce, etc.

Bien m'estoye suspeconné, Qu'auroye telle destinée, Ains que passast ceste journée, Combien qu'Amours l'eust ordonné. Je suis desja, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soubz parler couvert D'estrange devise, Monstrez qu'avez prise Douleur; il y pert. Du tout en desert, N'est pas vostre emprise. Soubz parler, etc. D'estrange, etc.

Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise, Sera recouvert. Soubz parler, etc.

RONDEL.

Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas. Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. Par leur manche deschiquetée. Laissez aler, etc.

Il portent petiz soulers gras, A une poulaine embourrée, Froidure fera son entrée, Par leurs talons nuz par en bas. Laisser aler, etc.

RONDEL.

Les en voulez vous garder Ces rivieres de courir, Et grues prendre et tenir, Quant hault les veez voler. A telles choses muser, Voit on folz souver servir. Les en voulez, etc. Ces rivieres, etc.

Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber. Les en voulez, etc.

RONDEL.

Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné, Du plaisir qu'il m'avoit donné, Sans cause m'a tost desservy. Mon cueur loyaument son serf vy, Mais à tort l'a abandonné. Veu que j'ay, etc. Ne suis, etc.

Plus ne lui sera asservy; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, Je croy que suis à ce don né, D'avoir mal pour bien desservy. Veu que j'ay, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Pourtant se vous plaignez d'Amours, Il n'est pas temps de vous retraire, Car encore il vous pourra faire Tel bien, que perdrez vos dolours. Vous congnoissez assez ses tours, Je ne dy pas pour vous desplaire. Pourtant, etc. Il n'est, etc.

Ayez fiance en lui tousjours, Et mectez paine de lui plaire; Combien que mieulx me vaulsit taire, Car vous pensez tout le rebours. Pourtant, etc.

RONDEL.

Se vous estiez comme moy, Las! vous vous devriez bien plaindre; Car de tous mes maulx le maindre Est plus grant que vostre ennoy. Bien vous pourrez, sur ma foy, D'Amours alors vous complaindre; Se vous estiez, etc. Las! vous, etc.

Car si tres dolent me voy, Que plus la mort ne veuil craindre; Touteffoiz, il me faut faindre; Aussi feriez vous, se croy, Se vous estiez, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans.)

Chascune vieille son dueil plaint; Vous cuidez que vostre mal passe Tout autre; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint. Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, Le tourment que mon cueur enlasse. Chascune vieille, etc. Vous cuidez, etc.

Ma peine pers comme fait maint, Et contre Fortune je chasse; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraint. Chascune vieille, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Bien deffendu, bien assailly, Chascun dit qu'il a grant dolours, Mais, au fort, je veuil croire Amours Par qui le debat est sailly; Affin que qui aura failly, N'aye jamais de lui secours. Bien deffendu, etc. Chascun dit, etc.

Car se j'ay en riens deffailly De compter mon mal puis deux jours, Banny vueil estre de ses cours, Com un hom lasche et failly. Bien deffendu, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans.)

Bien assailly, bien deffendu; Quant assez aurons debatu, Il faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du debat nouvel advenu. Tres fort vous avez combatu, Et j'ay mon billart bien tenu; C'est beau debat que de deux bons. Bien assailly, etc. Quant assez, etc.

Vray est qu'estes d'Amour feru, Et en ses fers estroit tenu; Mais moy non, ainsi l'entendons; Il a passé maintes saisons, Que me suis aux armes rendu. Bien assailly, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Si dolant je me trouve à part De laisser ce dont mon bien part; C'est celle en qui n'a que redire, Que ne fus oncques si plain d'ire, Ou jamais Dieu n'ait en moy part. Car, quant je pense en mon depart, Et qu'aler me fault autre part, Je ne scay plus que je dois dire. Si dolant, etc. De laisser, etc.

Fortune, qui les lotz depart, M'a baillé ce dueil pour ma part, Qu'est pis qu'on ne seroit redire; Et si ne lui puis contredire, Dont a peu que mon cueur n'en part. Si dolant, etc.

CHANCON.

(Orléans.)

Durant les treves d'Angleterre Qui ont esté faictes à Tours, Par bon conseil avec Amours, J'ay prins abstinence de guerre; S'autre que moy ne la desserre, Content suis que tiengne tousjours. Durant les, etc. Qui ont, etc.

Il n'est pas bon de trop enquerre, Ne s'empechier es faiz des cours; S'on m'assault, pour avoir secours, Vers Nonchaloir iray grant erre. Durant les, etc.

RONDEL.

Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir, Et congnustes, à l'ueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye. L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir. Vous vistes, etc. Ce que je ne, etc.

Trop est saige qui ne foloye, Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir, Et fist comme pieca souloye. Vous vistes, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Jusques Pasques soient passées, Donnez trieves à mes pensées, Je vous pri tant que je puis, Amours; Car c'est bien droit qu'à ces bons jours En paix de vous soient laissées. Assez voz gens les ont lassées, Et pour ceste foiz couroussées, Allez ailleurs faire vos tours. Jusques Pasques, etc. Donnez trieves, etc.

Pour plus donc n'estre d'eulx pressees, Qui tant les ont fort menassées, Faictes les crier par voz cours, Et leur deffendez bien tousjours, Que par eulx ne soient cassées. Jusques Pasques, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans)

Tant que Pasques soient passées, Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accors, Que pensées soient cassées, Et en aumaires entassées, Fermans à clef tres bien et fort. Tant que Pasques, etc. Sans resveiller, etc.

Quand aux miennes, ilz sont lassées, Mais de les garder, mon effort Feray, par l'avis de Confort, En fardeaulx d'espoir amassées. Tant que Pasques, etc.

CHANCON.

La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit, Souventeffoiz s'esbat et rit A planter une gente bourde; Contrefaisant la coquelourde, Soubz un malicieux abit. La veez vous, etc. Qui pense, etc.

Quelle part que malice sourde, Tost congnoist s'il y a prouffit; Benoist en soit le saint Esprit, Qui de si finete me hourde. La veez vous me, etc.

RONDEL.

Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir; S'ilz vous povoient conquerir, Ilz ne demanderoyent mieulx. Vous estes seule soubz les cieulx Le tresor de parfait plaisir. Beaulté, etc. Car ilz vous, etc.

Congneuz les ay jeunes et vieulx, Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur desir, Je vous avise qu'ilz sont tieulx. Beaulté, etc.

CHANCON.

Helas! et qui ne l'aymeroit? De Bourbon le droit heritier, Qui a l'estomac de papier, Et aura la goute de droit; Se Lymosin ne lui aidoit, Il mourroit, tesmoing Villequier. Helas! et qui, etc. De Bourbon, etc.

Jamais plus hault ne sailliroit, S'elle lui monstroit ung dangier; Et pour ce, Fayete et Gouffier, Aidiez chascun en vostre endroit. Helas! et qui, etc.

RONDEL.

Bien viengne doulx regart qui rit, Quelque bonne nouvelle porte, Dont Dangier fort se desconforte, Et de courroux en douleur frit. Ne peut chaloir de son despit, Ne de ceulx qui sont de sa sorte. Bien viengne, etc. Quelque, etc.

Dangier dist: baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte; Mais Amour, comme la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit. Bien viengne, etc.

CHANCON.