Poésies de Charles d'Orléans

Chapter 13

Chapter 134,035 wordsPublic domain

Au Dieu d'amours je m'en rapport Qu'en peine suis bouté si fort, Que povoir n'ay plus d'endurer, S'en ce point me fault demourer; Quant est de moy, je m'y accort. Je ne, etc.

CHANCON.

Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Passez, presens, ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy. Au fort, plus avant que ne doy, Jamais je ne pense en guerir. Qui? quoy? etc. Passez, etc.

On s'en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir, Pour bien aprendre et retenir, Assez ay congneu, je m'en croy. Qui? quoy? etc.

CHANCON.

Belle que je cheris et crains, En cest estat suis ordonné, Que Dangier m'a emprisonné De vostre grant beaulté loingtains; N'il ne m'a de tous biens mondains Qu'un souvenir abandonné. Belle que je, etc. En cest estat, etc.

Mais de nulle riens ne me plains, Fors qu'il ne m'a tost raenconné; Car bien lui seroit guerdonné, Si j'estoye hors de ses mains. Belle que je, etc.

CHANCON.

Je prens en mes mains voz debas Desormais, mon cueur et mes yeulx, Se longuement vous seuffre tieulx, Moy mesmes de mon tour m'abas. Pour vostre prouffit me combas, Le desirant de bien en mieulx. Je prens en, etc. Desormais, etc.

Quant voz desirs souvent rabas Desordonnez, en aulcuns lieux, Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. Passons temps en plus beaulx esbas. Je prens en, etc.

CHANCON.

Ma Dame, tant qu'il vous plaira De me faire mal endurer, Mon cueur est prest de le porter, Jamais ne le refusera. En espérant qu'il guerira, En cest estat veult demourer. Ma Dame, etc. De me, etc.

Une fois pitié vous prendra, Quant seulement vouldrez penser, Que c'est pour loyaument amer Vostre beaulté qu'il servira Ma Dame, etc.

CHANCON.

Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort; Le cueur dit que l'ueil fait rapport Que tousjours lui accroist son dueil. La verité savoir j'en vueil, Que semble il qui ait le tort? Mon cueur, etc. Jamais ne les, etc.

Se je trouve que Bel acueil Ait gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray à mort; Doy je souffrir un tel orgueil? Mon cueur, etc.

CHANCON.

De la regarder vous gardez La belle que sers ligement, Car vous perdrez soudainement Vostre cueur, se la regardez; Se donner ne le lui voulez Clignez les yeulx hastivement, De la regarder, etc. La belle que, etc.

Les biens que Dieu lui a donnez, Emblent un cueur subtilement; Sur ce, prenez avisement, Quant devant elle vous vendrez. De la regarder, etc.

CHANCON.

Tant que Pasques soient passées, Se nous avons riens trespassé. Prions mercy du tems passé, Et pour les ames trespassées. Chascun pas à pas ses passées Face, avant que soit trespassé. Tant que, etc. Se nous, etc.

Foleur a fait grandes passées, Mains cueurs ont tout oultre passé; Pour ce, par nous soit compassé D'eschever faultes compassées. Tant que, etc.

CHANCON.

Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse, Il me convient suir l'adresse Telle que me vouldrez donner. Povoir n'ay pas de l'amender, Car douleur est de moy maistresse. Puisque je ne, etc. De vous, etc.

Si manderay par ung penser A mon las cueur vuit de liesse, Qu'il prengne en gré sa grant destresse, Car il lui fault tout endurer. Puisque je ne, etc.

CHANCON.

Sans ce, le demourant n'est rien; Qu'esse? je le vous ay à dire, N'enquerez plus, il doit suffire, C'est conseil que tres segret tien. Pourtant n'y entendez que bien, Autrement je ne le desire. Sans ce, etc. Qu'esse? etc.

S'ainsi m'esbas ou penser mien, Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire; Tout ung est mon fait, et le sien. Sans ce, etc.

CHANCON.

C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy; Pour tenir l'amoureux party, Il m'a voulu abandonner. Riens ne vault m'en desconforter, Ne d'estre dolent ou marry. C'est fait, etc. Mon cueur, etc.

De moy ne se fait que mocquer; Quant piteusement je lui dy, Que je ne puis vivre sans luy, A paine me veult escouter. C'est fait, etc.

CHANCON.

Assez pourveu, pour de cy à grant piece, Et plus qu'assez, de penser et anuy, Je me treuve sans congnoistre nulluy. Qui se vente d'en avoir telle piece. Fortune dit, qui tout mon fait despiece, Que j'endure comme maint aujourduy. Assez pourveu, etc. Et plus qu'assez, etc.

Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, Prenant confort d'espoir, comme celluy Qui me fye parfaitement en luy, Ainsi remains qui le croiroit en piece. Assez pourveu, etc.

RONDEL.

Puisqu'Amour veult que banny soye De son hostel, sans revenir, Je voy bien qu'il m'en fault partir, Effacé du livre de Joye. Plus demourer je n'y pourroye, Car pas ne doy ce mois servir. Puisqu'Amour, etc. De son hostel, etc.

De Confort ay perdu la voye, Et ne me veult on plus ouvrir La barriere de Doulx plaisir, Par desespoir qui me guerroye. Puisqu'Amour, etc.

CHANCON.

Ca, venez avant, Esperance, Or y perra que respondrez, Et comment vous vous deffendrez; On se plaint de vous à oultrance. L'un dit que promectez de loing, Et qu'en estes bonne maistresse, L'aultre que faillez au besoing, En ne tenant gueres promesse. Quoique tardez, c'est la fiance Qu'aux faiz de chascun entendrez Et au derrain guerdon rendrez; Dy je bien, ou se trop m'avance? Ca, venez, etc.

RONDEL.

Pour le don que m'avez donné, Dont tres grant gré vous doy savoir, J'ay congneu vostre bon vouloir, Qui vous sera bien guerdonné. Raison l'a ainsi ordonné, Bienfait doit plaisir recevoir. Pour le don, etc. Dont tres, etc.

Mon cueur se tient emprisonné, Et obligé, pour dire voir, Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir Vers vous, et se soit raenconné, Pour le don, etc.

CHANCON.

Mon cueur, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie; S'il y entre, ne doubte mye, Il est dangereux à merveilles; Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy, je t'en prie. Mon cueur, etc. Pour le vent, etc.

Il cause doleurs nompareilles, Dont s'engendre la maladie Qui n'est pas de legier guerie; Croy moy, s'à raison te conseilles. Mon cueur, etc.

CHANCON.

Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté, J'en auroye si grant planté Qu'il ne me fauldroit jamais riens. Et si gaingneroye des miens, Ma Dame, vostre voulenté. Se j'eusse, etc. Autant que, etc.

Car pour asseuré je me tiens Que vostre tres plaisant beaulté, De s'amour me feroit rente, Maugré Dangier et tous les siens. Se j'eusse, etc.

CHANCON.

(Philippe de Boulainvilliers.)

Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, Vous vous cuidez embler trop coyement, Contrefaisant ung peu le cayement; Grant fain avez qu'on vous die tien, Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement. Hola, hola, etc. Vous vous, etc.

Trop vous hastez, de vray, comme je tien, Car l'on congnoist vostre fait clerement, Une autreffoiz faictes plus saigement, Car maintenant vous n'y gangnerez rien. Hola, hola, etc.

CHANCON.

Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur, Je desire que vous ayez mon cueur, Comme de moy, tres loyaument amée. Tresoriere, je vous voy ordonnée A le garder en plaisance et doulceur. Pour les, etc. Dont j'oy, etc.

Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, Du mien ne puis vous donner don meilleur; C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, A vous l'offre de loyalle pensée. Pour les, etc.

CHANCON.

(Gilles des Ourmes.)

Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, C'est à ung sourt à qui il le fault faire, Retrayez vous, et pensez de vous taire, Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; Se d'aventure il vous oyt, je vous tien Pour rué jus, car c'est vostre adversaire. Hola, hola, etc. C'est à ung, etc.

Ne saillez plus, actendez aucun bien, Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire? Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien. Hola, hola, etc.

CHANCON.

En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine, Combien qu'estes de moy loingtaine, Belle, tres loyaument amée, Pour ce qu'estes la mieulx parée De toute plaisance mondaine. En songe, etc. Vous voy, etc.

Dutout vous ay m'amour donnée, Vous en povez estre certaine, Ma seule Dame, souveraine, De mon las cueur moult desirée. En songe, etc.

CHANCON.

Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande; De vous, quant ausmone demande, Ne se parte meschantement. Son cas monstre piteusement, Il semble que la mort actende. Aidez ce povre, etc. Souspir, je le, etc.

Donnez lui assez largement, Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, Affin que n'en faictes amende, Au jour d'amoureux jugement. Aidez, etc.

CHANCON.

De leal cueur, content de joye, Ma maistresse, mon seul desir, Plus qu'oncques vous vueil servir, En quelque place que je soye; Tout prest en ce que je pourroye, Pour vostre vouloir acomplir. De leal, etc. Ma maistresse, etc.

En desirant que je vous voye, A vostre honneur, et mon plaisir Qui seroit briefment, sans mentir, S'il fust ce que souhaideroye. De leal, etc.

CHANCON.

En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée M'est par les fourriers ordonnée, Ne scay combien fault que je y soye. Autre part ne me bouteroye, Content m'en tien, et bien m'agrée. En faulte, etc. L'ostellerie, etc.

Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, Pensant de veoir, quelque année, Quelle sera ma destinée, Et en quel lieu demeurer doye. En faulte, etc.

RONDEL.

Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy, Car je congnois que j'ay failly Envers ce que devoye plaire. Mais j'espoire que debonnaire Trouveray sa grace et mercy. Se mon, etc. Certes, etc.

Je vueil endurer et me taire, Quant cause suy de mon soucy; Las! je me sens en tel party Que je ne scay que pourray faire. Se mon, etc.

CHANCON.

Et bien, de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir? Me voulez vous ainsi tenir Hors, et ens toujours en balance? Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la scay où querir. Et bien, etc. Esse doncques, etc.

Au fort, puisque suis en la dance, Bon gré maugré, m'y fault fournir, Et n'y scay de quel pié saillir, Je reculle, puis je m'avance. Et bien, etc.

RONDEL.

Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma tres belle maistresse, J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. Mais de cellui que j'amoye le mieulx, N'ay peu avoir qu'à petite largesse. Par le pourchas, etc. En vous, etc.

Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, J'ay eu trois moys la fievre de destresse; Mais Bon espoir m'a guery de liesse, Qui m'a promis de ses biens gracieux. Par le pourchas, etc.

CHANCON.

Armez vous de joyeux confort, Je vous en pry, mon povre cueur, Que destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu'à la mort; Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, Tant qu'aurez passé sa chaleur, Armez vous, etc. Je vous, etc.

Faictes bon guet, tant qu'elle dort; Espoir dit qu'il sera seigneur, Et fera vostre fait meilleur, Contre Dangier qui vous fait tort. Armez vous, etc.

CHANCON.

Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye, Presentement ma chancon vous envoye. Or la prenez en gré, je vous en prie. En passant temps, plain de merencolie, L'autrier la fis ainsi que je pensoye; Pour vous, etc. Comme, etc.

Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, A vous m'offre du tout à chiere lye. Pour vous, etc.

CHANCON.

Tousjours dictes: Je vien, je vien; Espoir! je vous congnois assez, De voz promesses me lassez, Dont peu à vous tenu me tien. Se vous requier au besoin mien. Legierement vous en passez. Tousjours, etc. Espoir, etc.

Vous ne vous acquictez pas bien Vers moy, quant ung peu ne cassez Les soussiz que j'ay amassez En me contentant d'un beau rien. Tousjours, etc.

CHANCON.

Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir. Sans nul confort recevoir, Mon cueur en tristesse s'ente. Par quoy convient que je sente Mains griefz maulx, pour dire voir. Loingtain, etc. Où l'en peut, etc..

En dueil a fait sa descente De tous poins, sans s'en mouvoir; Et s'il fault qu'à mon savoir Maugré mien je m'y consente. Loingtain, etc.

CHANCON.

Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie; Jamais vers moy ne s'amolye, Mais plaisir me faist estranger. D'ainsi demourer, sans changer, Se me seroit trop grant folie. Vivre et, etc. Me veult, etc.

Pour d'elle plus tost me venger, Force m'est qu'à Confort m'alye, Acompaigné de Chiere lye; A le suir me vueil ranger. Vivre et, etc.

CHANCON.

Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance, Ou par maniere d'accointance; Trop de gens en sont parconniers. On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance. Je ne prise, etc. Qui sont, etc.

Mais savez vous lesquelz sont chiers? Les privez venans par plaisance; Tous autres ne sont, sans doubtance, Que pour festiers estrangiers, Je ne prise, etc.

CHANCON.

Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confiz; Si ne seront ja desconfiz Les pensées qui m'ont en leurs mains. En ce propos seurement mains, Qu'il vendront à aucuns prouffiz. Pourtant, etc. Sans macher, etc.

Travail mectray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souffiz, D'en faire quelque chose au mains. Pourtant, etc.

CHANCON.

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer, Je n'ay plus riens à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse. En allegant, par espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer. Ma seule, etc. Puisqu'il, etc.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse, S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse. Ma seule, etc.

CHANCON.

Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut ja pieca, quant l'afola Le trait du regart de ma Dame. Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. Trop entré, etc. Mon cueur, etc.

Mieux l'eust valu estre soubz lame, Car sotement s'en afola; Si, lui dis je, mon cueur, hola! Mais conte n'en tint, sur mon ame. Trop entré, etc.

CHANCON.

Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement, Et garderoye seurement Dedens le tresor de ma joye. Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vous voye, Belle que j'ayme loyaument. Se desplaire, etc. Voulentiers, etc. Ung doulx, etc.

Jamais ne m'en confesseroye, Ne pour larrecin le tendroye, Mais grant aumosne vrayement; Car à mon cueur joyeusement, De par vous le presenteroye, Se desplaire, etc.

CHANCON.

Pour nous contenter, vous et moy, De bon cueur et entier povoir, Ne s'espargne Leal vouloir; Viengne avant sans se tenir quoy. Commandez moy je ne scay quoy, Vous verrez se feray devoir, Pour nous, etc. De bon cueur, etc.

Se faulx, par l'amoureuse loy Mis en fossé de Nonchaloir, Soye sans grace recevoir; Baillez la main, prenez ma foy, Pour nous, etc.

CHANCON.

Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine, Vous envoye, ma souveraine, Un souspir merencolieux. Par lui saurez, mon bien joyeulx, Comment desplaisir me demaine. Malade, etc. Faisant, etc.

Car aler ne pevent mes yeulx, Vers la beaulté dont estes plaine, Mais au fort, ma joye mondaine, J'endureray pour avoir mieulx; Malade, etc.

CHANCON.

Tousjours dictes: Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens, Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, Qui ne scevent comment vous l'entendez; De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, Ne souffrez plus qu'elle face contens. Tousjours, etc. Pas ne payez, etc.

Vostre grace tost sur moy estandez, Vous congnoissez assez à quoy contens; Plus ne perdray ung tel tresor com temps, Ainsi que fait qui son eur met en dez. Tousjours, etc.

RONDEL.

Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous presente, La belle, bonne, jeune et gente, Par sa tres grant grace, et doulceur; Bon guet feray, sus mon honneur, Afin que Dangier riens n'en sente. Prenez tost, etc. Que ma, etc.

Dangier toute nuit en labeur A fait guet, or gist en sa tente; Accomplissez brief vostre entente Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. Prenez tost, etc.

CHANCON.

Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours; Tousjours fuyez, et apres vous je cours, Où j'ay assez de paine despensée; La verray je jamais recompensée? Quelque office lui donnent en vos cours. Resjouissez, etc. Leal espoir, etc.

La penance soit par vous dispensée, Car desormais mes temps deviennent cours; Ne souffrez plus son plaisirs en decours, Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, Resjouissez, etc.

CHANCON.

Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si tres fort hair? Qu'il ne me chault de desplaisir Qu'il puisse pour vous endurer. Son mal m'est joyeux à porter, Mais qu'il vous puisse bien servir. Comment vous, etc. Et mon cueur, etc.

Las! or ne deusse je penser Qu'à le garder et chier tenir, Et non pourtant, mon seul desir, Pour vous le vueil abandonner. Comment, etc.

CHANCON.

M'amye Esperance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort? Ay je droit ou tort, S'en lui j'ay fiance? Peu de desplaisance Prent en ma grevance, Il semble qu'il dort. M'amye, etc. Pourquoy, etc. Joyeulx, etc.

Quoy qu'à lui je tence, Pour sa bienvueillance Acquerir; au fort, Je suis bien d'accort D'actendre allegance: M'amye, etc.

CHANCON.

Dedens mon sein, pres de mon cueur J'ay mussié ung privé baisier Que j'ay emblé, maugré Dangier; Dont il meurt en paine et langueur. Mais ne me chault de sa douleur, Et en deust il vif enragier, Dedens mon, etc. J'ay mussié, etc.

Se ma Dame, par sa doulceur, Le veult souffrir, sans m'empeschier, Je pense d'en plus pourchassier, Et en feray tresor greigneur. Dedens mon, etc.

CHANCON.

D'Espoir, et que vous en diroye? C'est ung beau bailleur de parolles, Il ne parle qu'en parabolles, Dont ung grant livre j'escriroye. En le lisant, je me riroye, Tant auroit de choses frivolles. D'Espoir, etc. C'est ung, etc.

Par tout ung an ne le liroye. Ce ne sont que promesses folles, Dont il tient chascun jour escolles; Telles estudes n'esliroye. D'Espoir, etc.

RONDEL.

De vostre beaulté regarder, Ma tres belle, gente maistresse, Ce m'est certes tant de lyesse Que ne le sauriez penser. Je ne m'en pourroye lasser. Car j'oublie toute tristesse. De vostre, etc. Ma tres belle, etc.

Mais, pour mesdisans destourber De parler sus vostre jeunesse, Il fault que souvent m'en delaisse, Combien que ne m'en puis garder. De vostre, etc.

CHANCON.

Passez oultre, decevant Vueil, Où portez vous cest estendart De plaisant, actrayant regart, Soubz l'emprise de Bel acueil? De ma maison n'entrez le sueil Plus avant, tirez autre part. Passez oultre, etc. Où portez, etc.

Vous taschez à croistre mon dueil, Et gens engigner par votre art; A! a! maistre sebelin regnart, On vous congnoist tout cler à l'ueil. Passez oultre, etc.

CHANCON.

Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers, Je vouldroye moult voulentiers Que la debte fust acquictée; Quoyque vous soyez excusée Que n'osez pour les faulx Dangiers. Trop estes, etc. Vous me, etc.

J'en ay bonne lectre scellée, Paiez les, sans tenir si chiers; Autrement, par les officiers D'Amours, vous serez arrestée. Trop estes, etc.

CHANCON.

Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont tresor de pensée, Est soubz clef, seurement gardée, Par Esperance ma Déesse. Se vous me demandez et qu'esse? N'enquerez plus, elle est mussée. Ma plus, etc. Ou parfont, etc.

Avecques elle, seul, sans presse, Je m'esbas soir et matinée, Ainsi passe temps et journée, Au partir dy: Adieu maistresse. Ma plus, etc.

CHANCON.

Vostre bouche dit: Baisiez moy, Se m'est avis quant la regarde; Mais Dangier de trop pres la garde, Dont mainte doleur je reçoy. Laissez m'avoir, par vostre foy, Ung doux baisier, sans que plus tarde. Vostre, etc. Se m'est, etc.

Dangier me heit, ne scay pourquoy? Et tousjours destourbier me darde, Je prie à Dieu que mal feu l'arde! Il fust temps qu'il se teinst coy. Vostre bouche, etc.

CHANCON.

Va tost, mon amoureux desir, Sur quanque me veulx obeir, Tout droit vers le manoir de Joye; Et pour plus abregier ta voye, Prens ta guide doulx souvenir. Metz peine de me bien servir, Et de ton messaige accomplir, Tu congnois ce que je vouldroye. Va tost, etc. Sur, etc. Tout, etc.

Recommandes moy à Plaisir; Et se brief ne peuz revenir, Fay que de toy nouvelles oye, Et par Bon espoir les m'envoye; Ne vueilles au besoing faillir. Va tost, etc.

CHANCON.

Ou puis parfont de ma merencolie L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. Soif de confort la me fait desirer, Quoy que souvent je la trouve tarie. Necte la voy ung temps et esclercie, Et puis apres troubler et empirer. Ou puis, etc. L'eaue, etc.

D'elle trempe mon ancre d'estudie; Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, Fortune vient mon pappier dessirer, Et tout gecte par sa grant felonnie. Ou puis, etc.

CHANCON.

Je me metz en vostre mercy; Tres belle, bonne, jeune et gente, On m'a dit qu'estes mal contente De moy, ne scay s'il est ainsi. De toute nuit je n'ay dormy, Ne pensez pas que je vous mente. Je me, etc. Tres belle, etc.

Pour ce, tres humblement vous pry, Que vous me dictes vostre entente; Car d'une chose je me vante, Qu'en loyaulté n'ay point failly. Je me, etc.

CHANCON.

Monstrez les moy, ces povres yeulx, Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. Ne se congnoissent ilz pas tieulx; Mal se sont au matin mirez. Monstrez les moy, etc. Tous batuz, etc.

Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? Comme de leur grace inspirez, Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, Priveement en aucuns lieux. Monstrez les, etc.

CHANCON.

S'il vous plaist vendre voz baisiers, J'en achecteray voulentiers, Et en aurez mon cueur en gaige, Pour les prendre par heritaige, Par douzaines, cens ou milliers. Ne les me vendez pas si chiers, Que vous feriez à estrangiers, En me recevant en hommaige. S'il vous, etc. J'en achecteray, etc. Et en aurez, etc.

Mon vueil et mon desir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers; Faictes comme loyalle et saige, Que pour mon guerdon et partaige, Je soye servy des premiers. S'il vous, etc.

CHANCON.

Traitre regart, et que fais tu? Quant tu vas souvent _in questu_; Tu fiers sans dire: garde toy. Et ne sces la raison pourquoy, N'il ne t'en chault pas ung festu. Tu es de couraige testu, Et de fureur trop _in estu_ , Change ton propos, et me croy. Traitre, etc. Quant, etc. Tu fiers, etc.

On te deust batre devestu Parmi les rues _cum mestu_ , Par l'ordonnance de la loy; Car tu n'as leaulté, ne foy, On le voit _in tuo gestu_ . Traitre, etc.

CHANCON.

Ma seule amour, que tant desire, Mon reconfort, mon doulx penser, Belle, nompareille, sans per, Il me desplaist de vous escrire; Car j'aymasse mieulx à le dire De bouche, sans le vous mander. Ma seule, etc. Mon reconfort, etc.

Las! or n'y puis je contredire; Mais Espoir me fait endurer, Qui m'as promis de retourner En liesse, mon grief martire. Ma seule, etc.

CHANCON.

Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout à cop vostre envye. Ay je bien dit? Nennil, je le renye; Et, par conseil de Bon espoir, vous prie Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. Anuy, Soussy, etc. Se vous prenez, etc. Et desirez, etc.

Et qu'esse cy? je suis en resverie, Il semble bien que ne scay que je dye; Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? Vuidez, vuidez de moy telle folie. Anuy, Soussy, etc.

CHANCON.

Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier Qui me viengne festier, D'aucun amoureux soulas. Tandis que Dangier est las, Et le voyez sommeillier, Logiez, etc. Et m'envoyez, etc.

Pour Dieu, ne l'esveillez pas Ce faulx, envieux Dangier; Jamais ne puist s'esveillier! Faictes tost, et parlez bas. Logiez moy, etc.

CHANCON.