Poésies choisies de André Chénier
Chapter 12
Mère du vain caprice et du léger prestige, La fantaisie ailée autour d'elle voltige, Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d'air, Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide éclair, Ou la glace inquiète au soleil présentée, 5 S'allume en un instant, purpurine, argentée, Ou s'enflamme de rose, ou pétille d'azur. Un vol la précipite, inégal et peu sûr. La déesse jamais ne connut d'autre guide. Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide, 10 D'un vol étincelant caressent ses lambris. Auprès d'elle à toute heure elle occupe les Ris. L'un pétrit les baisers des bouches embaumées; L'autre, le jeune éclat des lèvres enflammées; L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau 15 En globe aérien souffle une goutte d'eau. La reine, en cette cour qu'anime la folie, Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie, Et, dans mille cristaux qui portent son palais, Rit de voir mille fois étinceler ses traits. 20
V
LE POÈTE
... Pour lui L'ombre du cabinet en délices abonde. S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde, Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret, 5 Las de parler, enfin il demeure muet, Il regagne à grands pas son asile et l'étude: Il y trouve la paix, la douce solitude, Ses livres, et sa plume au bec noir et malin, Et la sage folie, et le rire à l'oeil fin. 10
ODES
I
A VERSAILLES
O Versaille, ô bois, ô portiques, Marbres vivants, berceaux antiques, Par les dieux et les rois Élysée embelli, A ton aspect, dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée, 5 Coule un peu de calme et d'oubli.
Paris me semble un autre empire, Dès que chez toi je vois sourire Mes pénates secrets couronnés de rameaux, D'où souvent les monts et les plaines 10 Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines, Sous de triples cintres d'ormeaux.
Les chars, les royales merveilles, Des gardes les nocturnes veilles, Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour: 15 Mais le sommeil, la solitude, Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'étude, Composent aujourd'hui ta cour.
Ah! malheureux! à ma jeunesse Une oisive et morne paresse 20 Ne laisse plus goûter les studieux loisirs. Mon âme, d'ennui consumée, S'endort dans les langueurs. Louange et renommée N'inquiètent plus mes désirs.
L'abandon, l'obscurité, l'ombre, 25 Une paix taciturne et sombre, Voilà tous mes souhaits: cache mes tristes jours, Et nourris, s'il faut que je vive, De mon pâle flambeau la clarté fugitive Aux douces chimères d'amours. 30
L'âme n'est point encor flétrie, La vie encor n'est point tarie, Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix Qui cherche les pas d'une belle, Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle, 35 De ses jours peut porter le poids.
J'aime; je vis. Heureux rivage! Tu conserves sa noble image, Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre le soir, Quand, l'âme doucement émue, 40 J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue, Et l'instant où je dois la voir.
Pour elle seule encore abonde Cette source, jadis féconde, Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux. 45 Sur mes lèvres tes bosquets sombres Forment pour elle encor ces poétiques nombres, Langage d'amour et des dieux.
Ah! témoin des succès du crime, Si l'homme juste et magnanime 50 Pouvait ouvrir son coeur à la félicité, Versailles, tes routes fleuries, Ton silence, fertile en belles rêveries, N'auraient que joie et volupté.
Mais souvent tes vallons tranquilles, 55 Tes sommets verts, tes frais asiles, Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil. J'y vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocents qu'un tribunal perfide Précipite dans le cercueil. 60
II
A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY
Quoi! tandis que partout, ou sincères ou feintes, Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes Consacrent leur Marat parmi les immortels, Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, Des fanges du Parnasse un impudent reptile 5 Vomit un hymne infâme au pied de ses autels.
La vérité se tait! dans sa bouche glacée, Des liens de la peur sa langue embarrassée Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie, 10 Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie, Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux?
Non, non, je ne veux point t'honorer en silence, Toi qui crus par ta mort ressusciter la France Et dévouas tes jours à punir des forfaits. 15 Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime, Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime, Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
Le noir serpent, sorti de sa caverne impure, A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre 20 Le venimeux tissu de ses jours abhorrés! Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides, Tu vins redemander et les membres livides Et le sang des humains qu'il avait dévorés!
Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie, 25 Féliciter ton bras et contempler ta proie. Ton regard lui disait: 'Va, tyran furieux, Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices. Te baigner dans le sang fut tes seules délices, Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.' 30
La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage, Épuiserait Paros pour placer ton image Auprès d'Harmodius, auprès de son ami; Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse, Chanteraient Némésis, la tardive déesse, 35 Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
Mais la France à la hache abandonne ta tête. C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort. Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, 40 Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche, Crut te faire pâlir aux menaces de mort!
C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres, Et notre affreux sénat et ses affreux ministres, Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, 45 Ta douceur, ton langage et simple et magnanime Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime, Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable, Dans ses détours profonds ton âme impénétrable 50 Avait tenu cachés les destins du pervers. Ainsi, dans le secret amassant la tempête, Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête A foudroyer les monts et soulever les mers.
Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, 55 Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée; Ton front resta paisible et ton regard serein. Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile, et fécond en outrage, Et qui se croit alors et libre et souverain. 60
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire, Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire; Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains! Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme, Nous savons répéter quelques plaintes de femme; 65 Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Non, tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France Un seul traître immolé suffît à sa vengeance, Ou tirât du chaos ses débris dispersés. Tu voulais, enflammant les courages timides, 70 Réveiller les poignards sur tous ces parricides, De rapine, de sang, d'infamie engraissés.
Un scélérat de moins rampe dans cette fange. La Vertu t'applaudit; de sa mâle louange Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix. 75 O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre, Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre Laisse régner le crime et te vend à ses lois.
III
LA JEUNE CAPTIVE
'L'épi naissant mûrit de la faux respecté; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été Boit les doux présents de l'aurore; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, 5 Je ne veux point mourir encore.
'Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord Je plie et relève ma tête. S'il est des jours amers, il en est de si doux! 10 Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts? Quelle mer n'a point de tempête?
'L'illusion féconde habite dans mon sein. D'une prison sur moi les murs pèsent en vain, J'ai les ailes de l'espérance; 15 Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomèle chante et s'élance.
'Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors, Et tranquille je veille, et ma veille aux remords 20 Ni mon sommeil ne sont en proie. Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux; Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.
'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin! 25 Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J'ai passé les premiers à peine. Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé La coupe en mes mains encor pleine. 30
'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; Et comme le soleil, de saison en saison, Je veux achever mon année. Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que les feux du matin: 35 Je veux achever ma journée.
'O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi; Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi, Le pâle désespoir dévore. Pour moi Palès encore a des asiles verts, 40 Les Amours des baisers, les Muses des concerts; Je ne veux point mourir encore!'
Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix, Ces voeux d'une jeune captive; 45 Et secouant le faix de mes jours languissants, Aux douces lois des vers je pliai les accents De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, Feront à quelque amant des loisirs studieux 50 Chercher quelle fut cette belle: La grâce décorait son front et ses discours, Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d'elle.
_Saint-Lazare._
ÏAMBES
I
HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES RÉVOLTÉS ET AMNISTIÉS DU RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX
Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles; Rends-nous ces guerriers illustrés Par le sang de Désille et par les funérailles De tant de Français massacrés. Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée; 5 Ni quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la voûte sacrée Où la gloire donne un tombeau; Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie Rentrèrent aux murs de Paris, 10 Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie Prosternés devant ses écrits. Un seul jour peut atteindre à tant de renommée, Et ce beau jour luira bientôt: C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée, 15 Et Lafayette à l'échafaud. Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous ces princes, Qui, partout diffamant nos lois, Excitent contre nous et contre nos provinces Et les esclaves et les rois! 20 Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie. Que leur front doit être abattu! Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie Pour les amis de la vertu, Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore 25 Et qui savez baisser les yeux, De voir des échevins que la Râpée honore Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères Assit un arrêt outrageant, 30 Et qui n'out égorgé que très peu de nos frères Et volé que très peu d'argent! Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées? Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées, 35 Il faut de plus nobles accents. Quarante meurtriers, chéris de Robespierre, Vont s'élever sur nos autels. Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre, Hâtez-vous, rendez immortels 40 Le grand Collot d'Herbois, ses clients helvétiques, Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques. Peuplez le ciel d'astres nouveaux, O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide, 45 C'est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d'une reine timide Sont tressés en célestes feux; Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes Flotte encor dans l'azur des airs. 50 Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes, Comme eux dominateurs des mers. Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles, Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles, 55 Les Suisses de Collot d'Herbois.
(_Journal de Paris_, 15 avril 1792.)
II
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort, Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie Ne s'informe plus de son sort. Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine, 5 Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine Entrelaçaient rubans et fleurs, Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre. Dans cet abîme enseveli 10 J'ai le même destin. Je m'y devais attendre. Accoutumons-nous à l'oubli. Oubliés comme moi dans cet affreux repaire, Mille autres moutons, comme moi, Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, 15 Seront servis au peuple-roi. Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie Un mot à travers ces barreaux Eût versé quelque baume en mon âme flétrie; De l'or peut-être à mes bourreaux... 20 Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre. Vivez, amis; vivez contents. En dépit de----soyez lents à me suivre. Peut-être en de plus heureux temps J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune, 25 Détourné mes regards distraits; A mon tour, aujourd'hui; mon malheur importune: Vivez, amis, vivez en paix.
_Saint-Lazare._
III
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre Animent la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre. Peut-être est-ce bientôt mon tour; Peut-être avant que l'heure en cercle promenée 5 Ait posé sur l'émail brillant, Dans les soixante pas où sa route est bornée, Son pied sonore et vigilant, Le sommeil du tombeau pressera ma paupière. Avant que de ses deux moitiés 10 Ce vers que je commence ait atteint la dernière, Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres, Escorté d'infâmes soldats, Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres, 15 Où seul, dans la foule à grands pas J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime, Du juste trop faibles soutiens, Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime; Et chargeant mes bras de liens, 20 Me traîner, amassant en foule à mon passage Mes tristes compagnons reclus, Qui me connaissaient tous avant l'affreux message, Mais qui ne me connaissent plus. Eh bien! j'ai trop vécu. Quelle franchise auguste, 25 De mâle constance et d'honneur Quels exemples sacrés doux à l'âme du juste, Pour lui quelle ombre de bonheur, Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles, Quels pleurs d'une noble pitié, 30 Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles, Quels beaux échanges d'amitié, Font digne de regrets l'habitacle des hommes? La peur blême et louche est leur Dieu, La bassesse, la honte. Ah! lâches que nous sommes! 35 Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu. Vienne, vienne la mort! que la mort me délivre!... Ainsi donc, mon coeur abattu Cède au poids de ses maux!--Non, non, puisse-je vivre! Ma vie importe à la vertu. 40 Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage, Dans les cachots, près du cercueil, Relève plus altiers son front et son langage, Brillant d'un généreux orgueil. S'il est écrit aux cieux que jamais une épée 45 N'étincellera dans mes mains, Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée Peut encor servir les humains. Justice, vérité, si ma main, si ma bouche, Si mes pensers les plus secrets 50 Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche, Et si les infâmes progrès, Si la risée atroce, ou plus atroce injure, L'encens de hideux scélérats, Ont pénétré vos coeurs d'une large blessure, 55 Sauvez-moi. Conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge. Mourir sans vider mon carquois! Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de lois! 60 Ces vers cadavéreux de la France asservie, Égorgée! ô mon cher trésor, O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie! Par vous seuls je respire encor: Comme la poix brûlante agitée en ses veines 65 Ressuscite un flambeau mourant. Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines, D'espérance un vaste torrent Me transporte. Sans vous, comme un poison livide, L'invisible dent du chagrin, 70 Mes amis opprimés, du menteur homicide Les succès, le sceptre d'airain, Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine, L'opprobre de subir sa loi, Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine 75 Dirigé mon poignard. Mais quoi! Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire Sur tant de justes massacrés! Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire! Pour que des brigands abhorrés 80 Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance! Pour descendre jusqu'aux enfers Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance Déjà levé sur ces pervers! Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice! 85 Allons, étouffe tes clameurs; Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice. Toi, vertu, pleure si je meurs.
_Saint-Lazare._
FIN
NOTES[50]
[Footnote 50: N.B.--In the notes the student is occasionally referred to the following works:--
AYER (C.). _Grammaire comparée de la Langue française_, quatrième édition, Paris, G. Fischbacher, 1885.
DARMESTETER (A.). _Cours de grammaire historique de la Langue française_, ive partie: _Syntaxe_, pub. par les soins de M. Léopold Sudre, 2e édition, Paris, Delagrave, n.d.
HAASE (A.). _Syntaxe française du XVIIe siècle_, traduite par M. Obéit, Paris, Alph. Picard, 1898.
MEYER-LÜBKE (W.). _Grammaire des Langues romanes_, traduction française par A. Doutrepont et G. Doutrepont, t. iii: _Syntaxe_, Paris, H. Welter, 1900.]
BUCOLIQUES.
I. L'AVEUGLE.
L. 1._Iliad_, i. 37: 'Hear, thou god that bear'st the silver bow, O Smintheus.'--CHAPMAN.
L. 3. _cet aveugle_, meaning 'himself,' is a Greek, and also Latin, idiom. Seneca, writing of himself, uses the phrase _in hoc sene_, which Montaigne (_Ess._ II. XXXV. translates _en ce vieillard_, followed by his own translator, Cotton, with: 'in this old fellow.' Corneille, _Polyeucte_, V. iii: 'C'en est assez: Félix, reprenez ce courroux Et sur _cet insolent_ i.e. _me_) vengez vos dieux et vous.'
L. 4. _C'est ainsi qu'achevait l'aveugle... Et près des bois marchait._ The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of a subject before _marchait_. Here is, however, another instance of the same construction from Racine, _Idylle de la Paix_: 'Déjà marchait devant les étendards Bellone, les cheveux épars et _se flattait_ d'éterniser les guerres'...
L. 6. _S'asseyait._ A very happy _enjambement_. The rhythm also stops as if for very weariness.
L. 18. _à la prière._ Is this a Latinism, a translation of the Latin _ad preces_, or an extension of the use of _à=pour_ so common in French? See note to p. 3, l. 88.
L. 26. _pures_, i.e. _sans mélange_, 'unmixed, unalloyed.'
Ll. 27, 28. Cf. in the _Odyssey_ (viii. 64): Demodocus, 'the blind singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men and gods to delight.'--Lamb, _Advent. of Ulys._, vii.
Ll. 31, 32. Menander in Stobaeus, _Florilegium_, xcvi.
Ll. 33-38. _Od._ vii. 208.
L. 39. _Thamyris._ The story is told in the _Iliad_ (ii. 594): 'the muses.... Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing than that Pierian race of Jove.... Bereft his eyesight, and his song that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp disfurnished his hand.'--CHAPMAN.
L. 45. _puisse... changer ta destinée_, for _puisse ta destinée changer_. The same construction may be seen in: 'Puisse périr comme eux quiconque leur ressemble.'--Racine, _Athalie_, IV. ii.
Ll. 46, 47. _ce que... tient la peau._ For the inversion of the subject in relative clauses see Meyer-Lübke, iii. § 751, and A. Darmesteter-Sudre, _Syntaxe_, § 492.
L. 48. _Ils versent..._ The verb _verser_, 'to cause a liquid to flow out of a vessel,' is extended to solids, e.g. '_verser_ du blé dans un sac' (LITTRÉ).
Ll. 49, 50. _les olives huileuses,... et les figues mielleuses._ 'The honied fig and unctuous olive smooth.'--Cowper, _Od._ vii. 139.
L. 56. _venus de Jupiter._ In the sense in which Nausicaa, _Od._ vi. 207, says: '_From Jove come_ all strangers, and the needy of a home.'--CHAPMAN.
Ll. 57-67. _Od._ vi. 154.
L. 62. _ce palmier de Latone._ In Lamb's _Adventures of Ulysses_, the hero says to Nausicaa: 'Lately at Delos (where I touched) I saw a young palm which grew beside Apollo's temple; it exceeded all the trees which ever I beheld for straightness and beauty: I can compare you only to that.' Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and Diana. See also _Solomon's Song_, vii. 7: 'This thy stature is like to a _palm-tree_.'