Paris de siècle en siècle

Part 9

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En 1548, pour y loger des orphelins, on retira leur salle aux Confrères de la Passion et ceux-ci, ayant reçu en outre défense de jouer désormais des pièces religieuses, s’en allèrent porter leur théâtre à l’hôtel de Bourgogne sous la tour de Jean sans Peur.

Le peuple désigne sous le nom d’_Enfants bleus_ les enfants recueillis à la Trinité à cause de la couleur de leur habillement, comme il appelle _Enfants rouges_ les _orphelins_ de l’hôpital fondé sous François Iᵉʳ dans la rue Porte-Foin au Marais.

Plus bas et du même côté de la rue Saint-Denis, dans le quartier de l’Apport, Paris qu’assombrissent les tours du Grand Châtelet, un autre hôpital, la _Maison-Dieu de Sainte-Catherine_, administrée par des frères et des sœurs, loge les pèlerins et reçoit pendant trois jours les femmes ou filles qui viennent à Paris chercher une condition.

L’hôpital de la Trinité et l’hôpital Sainte-Catherine ont été supprimés à la Révolution et tout vestige a disparu de leurs édifices ou chapelles, comme a disparu aussi tout vestige de l’ancien hôpital du Saint-Esprit, ce vieux voisin de la maison de ville, qui touchait à la Maison aux Piliers et tomba au commencement du siècle pour l’agrandissement de l’Hôtel de Ville.

Le Saint-Esprit avait été fondé au XIVᵉ siècle rue Geoffroy-l’Asnier et transféré bientôt en place de Grève, où les confrères du Saint-Esprit firent construire maison et chapelle mitoyennes avec l’hôtel de la ville, l’antique Maison aux Piliers. Cet hôpital élevait cent vingt orphelins, filles et garçons, dont les parents étaient morts à l’Hôtel-Dieu.

Une autre institution plus célèbre du moyen âge a survécu. C’est l’hospice des Quinze-Vingts, fondation de saint Louis pour les pauvres aveugles.

_Aussi li benoyez roi fist acheter une pièce de terre de lez Saint-Ennouré où il fist fere grand mansion porce que les poures avugles demorassent ileques perpetuelement jusques a trois cents; et ont touz les anz de la borse du roi pour potages et pour autres choses rentes..._»

La maison des _Quinze-Vingts_ au _Champ-Pourri_, tout près du Louvre, était dans la campagne au temps de saint Louis, quand la première porte Saint-Honoré s’ouvrait où se trouve aujourd’hui l’oratoire du Louvre. Au XIVᵉ siècle, l’enceinte d’Étienne Marcel a mis les Quinze-Vingts dans la ville, derrière la seconde porte Saint-Honoré. Dans cet enclos du Champ-Pourri assez vaste, des bâtiments divers entourent une petite chapelle dédiée à saint Rémi. C’est à peu près l’emplacement du guichet de l’Échelle, à l’entrée du Carrousel actuel; à côté sur la ligne de notre cour du Carrousel, s’élèvent deux autres petites églises, Saint-Nicaise et Saint-Thomas, entourées de leurs cimetières.

Les rentes établies par saint Louis ne suffisent pas à l’entretien des aveugles et de l’établissement des Quinze-Vingts; tous les matins les aveugles sortent et s’en vont par troupes quêter leur pain dans la ville et, se traînant les uns les autres, regagnent l’hospice quand la besace est garnie des aumônes des Halles ou des rogatons des logis bourgeois.

Jusqu’en 1780, les Quinze-Vingts sont restés là entre Louvre et Tuileries. Le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, l’homme de l’affaire du Collier, les fit transférer au faubourg Saint-Antoine, dans leur local actuel, alors caserne des Mousquetaires noirs. Leur nombre fut porté à huit cents, mais les malheureux furent bien près d’être forcés par la misère à reprendre la besace pour mendier comme jadis, les spéculations et dilapidations du cardinal ayant à peu près ruiné l’hospice; cela fit scandale alors et le règlement de la gestion des biens des Quinze-Vingts fut très laborieux.

D’autres hôpitaux encore se rencontrent en divers quartiers: hôpital Saint-Eustache, Saint-Jacques de l’Hôpital, le petit Saint-Antoine; ce dernier, hospice fondé par Charles V, est affecté aux pauvres atteints de ces maladies étranges qu’on appelait le feu Sacré, le feu Saint-Antoine ou le mal des Ardents, espèce de peste qui régna épidémiquement jusque vers la fin du XVᵉ siècle.

L’hôpital des Ardents se distinguait par une particularité pittoresque; il avait pour privilège spécial le droit de laisser vaguer par les rues, cherchant leur nourriture aux tas d’ordures, des cochons portant la marque du couvent et une clochette au cou. L’animal consacré à saint Antoine errait dans le quartier en toute liberté, sans que nul s’en offusquât ou cherchât à l’empêcher de rentrer au gîte une fois repu.

Ce vieux Paris, qui abonde en pittoresque et en singularités, put montrer pendant les deux derniers siècles une communauté très singulière qui n’était pas un couvent, des frères qui n’étaient que des demi-moines; c’était la communauté des frères cordonniers de Saint-Crépin, établie en deux maisons, rue de la Grande-Truanderie et rue Pavée-Saint-André. Les frères cordonniers ne faisaient pas de vœux monastiques, ils ne portaient pas de froc, mais vivant en commun, ils tiraient l’alène dévotement entre les offices et, il faut le croire, confectionnaient, en l’honneur de leur patron, d’excellentes chaussures. Le plan de Gomboust indique leur chapelle en cette rue Pavée-Saint-André, dite aussi rue Pavée-d’Andouilles à cause de ses éleveurs de porcs.

A la même époque il y eut aussi des frères tailleurs vivant, priant et travaillant en commun ainsi que les bons disciples de saint Crépin.

III

Les églises de la rive droite.--Paroisses royales de Saint-Germain l’Auxerrois et Saint-Paul.--Au temps de la Ligue.--Saint-Eustache.--La Jussienne.--Les paroissiens de Saint-Jacques la Boucherie, écorcheurs et enlumineurs.--Les maisons de Nicolas Flamel.--Saint-Merry.--Saint-Julien des Ménétriers.--La loue des jongleurs, ménestrels et musiciens.--Saint-Gervais.

Si le Paris de la rive droite n’a pas de collèges, s’il a moins de couvents que le Paris de la rive gauche, il possède par contre de nombreuses églises.

Il est peu de rues importantes qui ne se glorifient de plusieurs clochers espacés, peu de voies secondaires qui ne possèdent au moins une église, et il se trouve des édifices religieux jusque dans les quartiers retirés, où mènent seulement des ruelles détournées, et que l’étranger non prévenu ne découvrirait pas. Presque toutes ces églises sont entourées de leur cimetière ou bien, si l’espace leur a été marchandé, elles enterrent leurs paroissiens à peu de distance, dans quelque terrain bien enfermé de maisons.

De même qu’il y a des églises de toutes les tailles, depuis la majestueuse cathédrale jusqu’à l’humble petite chapelle, il est des paroisses de toutes les grandeurs. Les unes étendent leur juridiction religieuse sur tout un quartier, sur une immense agglomération de maisons, les autres sur quelques rues ou ruelles. Quelques-unes doivent se contenter de moins encore et la plus petite, Sainte-Marine dans la Cité, n’a pour territoire qu’une vingtaine de maisons.

Près les tours du Louvre et séparée seulement de la demeure royale par l’hôtel de Bourbon, s’élève la plus ancienne des églises de la rive droite, la plus glorieuse par ses souvenirs. L’église collégiale Saint-Germain l’Auxerrois, paroisse royale, est née au temps des Mérovingiens; fondée par Childebert, dit la tradition, elle s’appelait alors Saint-Germain le Rond pour sa forme circulaire.

Cette église primitive, les Normands en 886 la détruisirent et firent de ses ruines le centre de leur camp retranché de ce côté de Paris, de même qu’ils s’installèrent sur l’autre rive parmi les ruines de Saint-Germain des Prés. Rebâtie par le roi Robert, l’église, pour n’être pas confondue avec Saint-Germain le Vieux et Saint-Germain des Prés, fut appelée Saint-Germain l’Auxerrois en souvenir du séjour à Paris de l’évêque d’Auxerre.

Dans la grande poussée de la période ogivale, on la reconstruisit entièrement. La caractéristique de Saint-Germain l’Auxerrois, ce qui lui donne cet aspect si pittoresque, ce bel agencement de lignes, c’est, en avant-corps sous le grand pignon, un large porche du XVᵉ siècle flanqué de deux jolis pavillons à combles d’ardoises réunis par la terrasse à balustrade qui couronne cinq grandes arcades de hauteurs et de formes variées.

La place en avant de ce porche, c’est le Cloître, non pas le préau à arcades des monastères, mais un terrain appartenant à l’église, une espèce de cour irrégulière, fermée de portes et entourée des maisons habitées par les chanoines ou louées par le chapitre. Le porche et les portes qu’il abrite, tout est sculpté, ciselé, fleuri, décoré de rangées de figures sous les voussures, de statues sous des niches, de figurines accrochées aux saillies.

De chaque côté des portes centrales de ce porche, les deux pavillons à comble ardoisé renferment chacun une belle chambre éclairée par des fenêtres jumelles. Le trésor et les archives de l’église y sont gardés dans de grandes armoires de chêne à panneaux sculptés. L’une de ces chambres est encore intacte aujourd’hui dans ses dispositions anciennes et dans son mobilier.

Les années des troubles de la Ligue vont remplir cette place du cloître des clameurs et du fracas de la guerre civile. Le signal d’ailleurs est parti des clochers de l’église; le soir du 24 août, la reine Catherine, toutes dispositions prises, et impatientée de ne rien entendre encore, fit sonner la grosse cloche à laquelle répondit aussitôt celle du palais de justice, jetant par leur grosse voix l’ordre aux massacreurs de commencer la besogne. Trois jours auparavant, Coligny, longeant le cloître en sortant du Louvre pour regagner son hôtel de la rue de Béthisy, avait reçu l’arquebusade de Maurevert, à l’affût dans une maison de la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois.

Aux journées des Barricades, en mai 1588, quand le roi essaie son coup de force contre Guise et la Ligue, «en moins de rien, disent les Mémoires de l’Estoile, chacun prend les armes, tend les chaînes et fait barricade au coin des rues, l’artisan quitte ses outils, le marchand ses trafics, l’Université ses livres, les procureurs leurs sacs, les avocats leurs cornettes, les présidents et les conseillers mêmes mettent la main aux hallebardes». Et tout de suite le quartier de Saint-Germain-l’Auxerrois est soulevé et barricadé, sous la direction d’un «coquin de tavernier, nommé Perrichon, qui depuis fut pendu par ses compagnons». Les Ligueurs entassant barricades après barricades de ce côté, bloquent le Louvre pendant que les soldats de Guise, avec une troupe de sept à huit cents écoliers et quatre cents moines sortis de tous les couvents, se préparent à marcher pour y forcer le roi.

Mais les tumultes ont passé, les farouches prédicateurs de la Ligue se sont tus, les pavés sont remis en place et les hallebardes aux râteliers, le Béarnais au Louvre est le premier paroissien de Saint-Germain. Il traverse quelquefois le cloître pour aller à la messe ou pour voir la belle Gabrielle dans la maison dite du Doyenné occupée par sa tante Mᵐᵉ de Sourdis,--une des maisons du cloître, où Gabrielle reçut souvent le Vert-Galant, qu’elle comptait bien avant peu aller rejoindre de l’autre côté de la rue du Louvre, comme épouse et reine. Ce fut là aussi que Gabrielle, saisie d’un mal soudain après un repas chez Zamet, se fit transporter mourante.

Peu d’années après, Saint-Germain voit un autre cadavre lui arriver, ce n’est plus une favorite, c’est un favori, celui de Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, Concini, le maréchal d’Ancre, maître détesté, dont Luynes, Vitry et quelques conspirateurs débarrassent le jeune Louis XIII, d’un coup de pistolet tiré sur le pont-levis du Louvre; on l’a inhumé secrètement dans un caveau sous les orgues, mais la populace avertie vint l’y déterrer, pour s’en aller le brûler sur le Pont-Neuf devant la statue du bon roi.

Saint-Germain, paroisse du Louvre, possédait les sépultures de nombreux personnages de la cour, chanceliers, secrétaires d’État, grands officiers de la couronne et aussi celles des artistes gratifiés par le roi d’un logement dans les galeries du Louvre. On y voyait même la tombe d’un fonctionnaire d’un autre ordre, d’un fou de Charles V auquel le roi avait fait l’honneur d’une tombe de marbre noir sur laquelle était couchée sa statue revêtue des insignes de sa charge et marotte en main.

Dans ce quartier du Louvre, il y a Saint-Honoré, église collégiale aussi, mais moins importante, enfermée au milieu de son carré de maisons canoniales; Saint-Nicolas, proche la chapelle des Bons-Enfants-Saint-Honoré, collège d’étudiants mendiants; Saint-Thomas, entre le Louvre et la tour du Bois, autre petite collégiale dont la voûte, s’écroulant en 1739, écrasa plusieurs chanoines...

L’église Saint-Eustache n’est pas loin du Louvre non plus, mais elle domine un quartier populaire, le très commerçant, très riche, et très turbulent quartier des Halles.

Simple chapelle au XIIIᵉ siècle, on la rebâtit en 1532, quand les accroissements de population du quartier n’ont plus permis de se contenter d’un aussi petit édifice. Entreprise sur des proportions considérables, la nouvelle église Saint-Eustache ne devait pas se terminer vite ou plutôt ne devait jamais s’achever, car son portail ne l’est pas encore. La nef, très haute et très vaste, est d’un superbe aspect, avec un caractère d’étrangeté due à l’alliance, sur un plan gothique, des formes de l’art ogival et de l’art de la Renaissance, constituant un ensemble d’une grande élégance et d’une extrême légèreté aussi, par la délicatesse des colonnes et colonnettes superposées et poussées audacieusement à une prodigieuse hauteur.

Au dehors, c’est le même mélange des deux styles fusionnés produisant néanmoins un bon ensemble, avec des détails remarquables comme le très élégant portail latéral sud, qui fait face aux Halles.

Les guerres civiles, qui vinrent interrompre les travaux, n’ont pas permis d’achever l’œuvre et de donner à l’église un frontispice digne d’elle. Le grand portail abandonné fut repris plus tard, et épaissi et abîmé par de lourdes superpositions de colonnes, une sorte d’emplâtre très laid qui déshonore un remarquable édifice.

Non loin de Saint-Eustache, l’église des Saints-Innocents est de l’autre côté des Halles, bâtie à l’un des angles du plus grand champ funéraire de Paris, du fameux cimetière où la nuit brûle la lampe des morts, un fanal allumé sur un édicule, parmi des monuments nombreux. Coin sinistre du vieux Paris, sur lequel planent de macabres légendes, ce sont les grandes Halles de la Mort, très étrange réunion, à côté des Halles de la Vie, des immenses charniers dont les galeries abritent, à rez-de-chaussée, des boutiques vendant de menus articles de modes, et fort bien achalandées, au-dessus desquelles s’empilent et s’entassent les ossements exhumés d’un cimetière à la terre dévorante, sans cesse approvisionné par la mort, comme les divers marchés d’à côté sont, par l’incessante production de la terre, approvisionnés pour la vie.

Sainte-Marie l’Égyptienne, dite par corruption la Jussienne, est une simple chapelle de la «_grant rue Montmartre_» au coin de la rue de la Jussienne, tout proche le rempart; sainte Marie l’Égyptienne, sous l’invocation de laquelle se trouve l’édifice, fut une pécheresse repentie qui se retira au désert. L’abbé Le Bœuf pense, d’après quelques vieux documents, que l’origine de cette chapelle vient d’une Égyptienne ou bohémienne qui, lasse d’une vie de désordres, se serait retirée ici dans un reclusoir.

Cette chapelle est ornée de verrières illustrant naïvement la vie de la sainte, même en ses moments scabreux avant la conversion, comme ce vitrail qui montre Marie l’Égyptienne passant une rivière et offrant, faute d’argent, son corps au batelier pour payer le passage.

Gagnons plus loin la «_grant rue Saint-Denis_»; ici les passants ne peuvent faire cent pas le long des maisons serrées, sous les auvents et les enseignes des marchands, sans rencontrer quelque édifice religieux, pignon d’hôpital ou portail d’église.

Avant le commencement de la rue, au débouché du pont aux Meuniers sous le Châtelet, se trouve déjà Saint-Leufroy, chapelle du Châtelet, petite chapelle sans importance qui fut démolie sous Louis XIV pour l’agrandissement des prisons. Après la voûte noire du Châtelet, commence la rue Saint-Denis. A l’Apport-Paris, petit marché étranglé par les maisons, devant la grande boucherie du Châtelet, tout de suite après les étaux de la grande boucherie, on rencontre à droite l’hôpital Sainte-Catherine et en face, à gauche, l’église Sainte-Opportune fondée en l’honneur des reliques de sainte Opportune apportées du diocèse de Séez à Paris, pour les mettre à l’abri des Normands, et que Paris ne voulut pas rendre.

Plus haut dans la rue, presque en face les Innocents, se montre le grand pignon de l’église du Saint-Sépulcre; cette collégiale, fondée au XIVᵉ siècle à l’occasion d’un hôpital pour les pèlerins du saint Sépulcre de Terre Sainte, est l’église de nombreuses confréries qui possèdent de gros revenus et pourvoient largement aux magnificences des cérémonies et à l’embellissement des chapelles, mais sont cause aussi de nombreux différends entre les administrateurs de la confrérie du Saint-Sépulcre et les chanoines,--querelles scandaleuses où les torts étaient souvent des deux côtés et qui amenèrent en 1582 un arrêté du chapitre de Notre-Dame, rapporté par M. H. Cocheris, où se lisent entre autres les articles suivants donnant quelque idée des désordres survenus:

«... Les maisons et eschoppes appartenantes à l’église du Sépulchre et proches d’icelle ne seront louées à l’advenir à des ouvriers desquels le travail se faict avec grand bruit qui empêche la célébration de l’office divin.

«Les chanoines, clercs et officiers sont advertis d’estre habillés honnestement de longues soutanes ou robbes à l’église, et allant à la ville ils porteront la soutane et le manteau long et deffences d’aller en habits cours et de couleur, aultres que celles dont les ecclésiastiques modestes usent ordinairement. Comme aussi de porter des habits fendus sur la chemise, déccouppés ou chamarrez.

«Les chanoines n’iront aux cabarets, ni aux jeux publicqs de boulles ou aultres semblables.

«Toutes les servantes qui sont maintenant demeurantes avec les chanoines sortiront de leurs maisons... etc.»

L’église Saint-Leu et Saint-Gilles se présente ensuite à peu de maisons au-dessus du Sépulcre, puis c’est Saint-Jacques de l’Hôpital en face, chapelle de l’hôpital des pèlerins de Saint-Jacques, qui possède en son trésor d’admirables reliquaires, ensuite c’est Saint-Sauveur en face de la Trinité.

A Saint-Leu que le boulevard de Sébastopol, poussé inflexiblement en ligne droite, a amputé d’une partie de son abside, il ne faut point oublier le tour de force exécuté en 1727 par un maître charpentier nommé Guérin, qui, la tour du Nord menaçant ruine, transporta tout simplement le clocher avec la charpente et les cloches, de cette tour sur celle du Sud en franchissant une distance de huit mètres.

Dans le labyrinthe des ruelles tournant sur les côtés du Grand Châtelet, par-dessus les toits serrés contre les chapelles, s’élève la haute tour de Saint-Jacques la Boucherie, commencée sous Louis XII, en 1508, pour compléter l’église déjà vieille alors de quelques siècles, mais qui allait s’agrandissant et s’embellissant, au fur et à mesure que croissaient la population du quartier et la richesse de cette population. Quartier des bouchers, écorcheurs, corroyeurs et pelletiers, des gros commerçants que la boucherie fait très riches et qui ont avec l’argent l’influence, comme ils le montrent lors des grandes commotions populaires des _XIV_ᵉ et XVᵉ siècles; les maîtres des étaux de la grande Boucherie sont les seigneurs de la foule aux bras musculeux et rouges maniant la masse et le couteau dans les tueries et triperies, des rudes ouvriers écorcheurs et assommeurs de bœufs qui, dans les séditions sous Charles VI, saignèrent et assommèrent dans les prisons et par la ville tous ceux qui paraissaient Armagnacs et qui tinrent Paris épouvanté sous le couteau de leur chef Caboche.

Bien heureusement il n’y a pas que ces rudes métiers dans le quartier, il n’y a pas que des écorcheurs parmi les paroissiens de Saint-Jacques. Sur le côté nord de l’église court une ruelle dite des _Écrivains_; là, entre les contreforts, s’appuient de petites échoppes pour des travailleurs paisibles et doux, pour les bons calligraphes et enlumineurs, qui calligraphient des missels et les décorent de grandes lettres ornées, peintes et dorées, de belles miniatures représentant les personnages des scènes de l’Écriture ou de la légende des saints, en costumes de seigneurs et de nobles dames ou de chevaliers de leur temps.

L’un de ces écrivains a pour clientèle les plus riches bourgeois, les princes, le roi Charles V lui-même qui lui a fait exécuter une superbe Bible. Il s’appelle maistre Nicolas Flamel, c’est un homme de haut talent et de grande réputation, époux de dame Pernelle, bonne et sage bourgeoise. Son échoppe, au vitrage de laquelle on peut voir exposés quelques échantillons de son talent, est une des premières en entrant à main droite dans la rue des Écrivains, sous l’enseigne de la Fleur de Lys. La maison qu’il habite est en face de l’échoppe à l’angle de la rue Malivault.

Maître Flamel a pignon sur rue, et même pignons sur plusieurs rues, car on lui connaît rue de Montmorency une grande maison, dite la maison _du grand pignon_, qu’il a fait bâtir de ses économies, maison de rapport comme on dit maintenant, dans laquelle il a réservé en haut quelques logements donnés pour

rien ou loués à bas prix à de pauvres artisans, ainsi qu’en témoigne l’inscription gravée sur la poutre au-dessus des boutiques, sous un grand bas-relief représentant, au milieu, Dieu le Père avec son Fils en croix, et de chaque côté diverses figures parmi lesquelles Nicolas Flamel et dame Pernelle:

«_Nous homes et femes laboureurs damourant au porche de cette maison qui fust batie en l’an de grâce mil quatre cens et sept, somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une patenôtre et I Ave Maria en priant Dieu q. sa grace face pardo. aux poures pescheurs tréspassez-Amen._»

Cette maison de Flamel existe encore aujourd’hui au nº 45 de la rue de Montmorency, mais l’aspect de sa façade a été totalement changé, seule l’inscription sur la poutre au-dessus des boutiques se lit toujours et perpétue ce naïf souvenir du bon enlumineur. Quant à sa demeure près de l’église Saint-Jacques, la rue de Rivoli passe sur son emplacement.

Le riche Nicolas Flamel a consacré une forte somme à faire établir à l’église Saint-Jacques la Boucherie, en face de sa maison de la rue des Écrivains, un petit portail sculpté dans le tympan duquel le sculpteur l’a représenté agenouillé avec sa femme aux pieds de la Vierge Marie. Notable paroissien et bienfaiteur de l’église, il y eut sa dalle tumulaire représentant son cadavre étendu avec cette inscription:

De terre suis venus et en terre retorne L’âme rens à toi IHS qui les péchés pardonne.